Pour se faire pardonner de n'avoir pu réunifier la Bretagne et d'avoir ôté à l'Alsace sa personnalité régionale, François Hollande qui a, par ailleurs, osé imposer la réunification normande à Laurent Fabius, nous a promis qu'en 2016 la France ratifierait enfin la charte européenne des langues régionales et minoritaires moyennant la réunion des deux chambres du parlement en Congrès à Versailles afin de modifier le célèbre article 2 de la Constitution qui stipule que la seule langue de la République "une et indivisible" est le français.

Cette ratification ne sera pas une aimable formalité car les parlementaires d'une France qui doute et s'interroge de plus en plus sur son identité propre n'ont pas l'intention de ratifier ladite charte à commencer par les Sénateurs où le lobby départementaliste jacobin anti-régionaliste montre une nouvelle fois sa toute puissance...

Et il semblerait que le désolant Philippe Bas, sénateur et président du conseil départemental de la Manche ait pris la tête de cette croisade néo-jacobine contre la diversité linguistique de nos régions françaises rappelant les plus tristes heures du Comité de Salut Public de la Terreur révolutionnaire des années 1793 - 1794 !

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Charte des langues régionales : coup de semonce au Sénat

 Le Monde.fr  | 15.10.2015 à 17h42 par Jean-Baptiste de Montvalon

Le Congrès que François Hollande envisage de convoquer en 2016 a du plomb dans l’aile. La commission des lois du Sénat vient de tirer une première rafale en déposant, jeudi 15 octobre, une question préalable à l’encontre du projet de loi constitutionnelle autorisant la ratification de la Charte européenne des langues régionales ou minoritaires, l’un des textes susceptibles d’être inscrits à l’ordre du jour de cet éventuel Congrès.

La « question préalable » est une motion de procédure signifiant qu’il n’y a pas lieu à délibérer sur un texte. Si elle est adoptée en séance, le texte est rejeté avant même d’être examiné.

 On n’en est pas là. Mais ce coup de semonce signifie qu’il sera particulièrement difficile pour l’exécutif de remplir les deux conditions requises : l’adoption du texte dans les mêmes termes par les deux Assemblées, puis un vote à la majorité des trois cinquièmes lors du Congrès. Un objectif qui semble quasiment hors de portée.

Près d’un quart de siècle de discussions

Deux raisons à cela. La première est purement politique: on voit mal les parlementaires de droite accepter sans barguigner de donner un coup de pouce à M. Hollande un an avant l’élection présidentielle. Cet obstacle-là se dressera également sur la route des autres textes que le chef de l’Etat serait tenté d’inscrire à l’ordre du jour de cet éventuel Congrès.

La seconde raison tient au sujet lui-même – la charte européenne sur les langues régionales –, qui passionne et divise dès qu’il en est question. Et il en est question à intervalle régulier, puisque, depuis près d’un quart de siècle, la France se montre incapable de décider de quoique ce soit en la matière.

La Charte européenne des langues régionales et minoritaires a été adoptée sous les auspices du Conseil de l’Europe en 1992. La France a mis sept ans à la signer. C’était le 16 mai 1999, à Budapest. Seize ans plus tard, ce texte n’a toujours pas été ratifié.

La ligne de fracture – qui traverse les principaux partis – est juridico-politique. Elle sépare grossièrement les jacobins-républicains « purs » d’une part, farouches défenseurs de l’indivisibilité de la République et de l’unicité du peuple français, les girondins ou partisans d’une reconnaissance explicite de la diversité d’autre part.

Trouver un chemin juridiquement praticable

Pour trouver un chemin médian et juridiquement praticable, la France avait accompagné sa signature, en 1999, d’une « déclaration interprétative » rappelant que, pour la France, le « groupe » – notion utilisée dans la charte – « renvoie aux individus qui le composent et ne peut en aucun cas former une entité qui en serait distincte, titulaires de droits qui lui seraient propres ».

 La charte et la déclaration interprétative sont deux textes « difficilement compatibles entre eux », a jugé le Conseil d’Etat dans l’avis défavorable (mais non contraignant) qu’il a rendu au gouvernement, le 30 juillet. Insérer dans notre Constitution cette double référence, estime la plus haute juridiction administrative, « introduirait une contradiction interne génératrice d’insécurité juridique ».

Lire aussi : > Nouvel obstacle à la ratification de la Charte des langues régionales 

Président de la commission des lois du Sénat – et rapporteur du texte –, Philippe Bas (Les Républicains), l’a clairement indiqué, jeudi, sur son compte Twitter : « Le Sénat veut enterrer une révision constitutionnelle inutile car ne permettant de respecter ni la Constitution ni la charte ! »

Ce message était une réponse à son homologue de l’Assemblée nationale, Jean-Jacques Urvoas (PS), élu du Finistère qui, sur le même canal, avait déploré en ces termes la décision prise au Palais du Luxembourg: « Le Sénat cherche à enterrer la ratification de la Charte… »


 

  • Et en Normandie, qu'en est-il?

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La langue normande, comme les autres langues d'oïl, n'est pas reconnue et ne pourra pas bénéficier des droits octroyés par la charte en France: seules les langues régionales les plus étrangères au domaine linguistique français et situées aux coins de l'Hexagone ont été répertoriées (Breton, Flamand, Alsacien-mosellan, Niçois, Catalan, Corse et Basque).

Nos amis régionalistes normands défenseurs et promoteurs d'une expression normande contemporaines tentent néanmoins de faire exister politiquement la question de la culture normande et il semble que seuls les Ecologistes, par principe, sensibilisés à la question de la biodiversité en péril le soient aussi à la question toute aussi urgente de l'appauvrissement de la diversité culturelle et linguistique.

Claude Hagège, le célèbre linguiste, s'alarme régulièrement du fait que des milliers d'idiomes sont menacés de disparition totale au point qu'il y aura bientôt à ce rythme à la surface de la Terre plus de langues mortes que de langues vivantes !

Nos amis se mobilisent néanmoins...

LE 24 OCTOBRE 2015 DEVANT LE CHATEAU DE CAEN un rassemblement aura lieu à partir de 14H00 pour la défense et la promotion de l'expression normande contemporaine: une fédération de toutes les associations promouvant la culture normande est en projet afin d'être un interlocuteur incontournable et reconnu par le futur conseil régional de Normandie.

Rémi Pezeril de l'association Magène nous précise:

   J'ai été contacté par la liste Manche de Normandie écologie en tant que défenseur de la langue normande et j'ai accepté en position non éligible (2 au maxi de la Manche seront élus).

  J'aurais dû être à Rouen ce samedi pour cela.
  Mais pour moi priorité aux actions associatives locales (ce samedi Rencontres et dédicaces à Bricbé d'aveu Magène-éditions, sortie d'un livre excellent d'un nouvel auteur normand Louisot L'Fève, c'est pas du pipi de chat !) et présentation de la grammaire normande rééditée avec qqs images couleur d'illustrations (édition UPNCoutançais, diffusion magene.com).

   Le maire de Bricbé est un copain de Philippe Bas, Président du Conseil départemental et sénateur en tête des opposants aux langues régionales ! Tout est bloqué ! Mais le dernier mot n'est pas dit !

Rémin


 

Ci-après la preuve magnifique que la poésie d'expression normande est bien vivante et que la langue française officielle de France aurait bien tort d'aseptiser totalement ses racines d'oïl ou d'oc sous peine d'être à son tour une langue morte après des années passées dans l'avachissement d'un parisianisme naïvement fasciné par le ... globish !

  • Voici donc quelques jolis vers normands de Louisot L'Fève justement, précédé d'une présentation de Jean-Pierre Montreuil

Combien y a-t-il d'auteurs normands qui écrivent en vers, dans l'élan spontané d'un rythme court, loin du lourd alexandrin et près d'une émotion qui a envie de chanter ?

Vous avez entre les mains un ouvrage tout à fait original. On y trouve de la colère, de la passion, de la malice, du bon sens, de la sensualité, de l'enthousiasme, de la bonhomie, tout le spectre de nos émotions qui s'expriment en vers mesurés, dans une langue normande qui jaillit. Chez Louis Lefèvre, il n'y a que de l'authentique. Les journaliers dont il parle, c'est sa famille. Le cheval à qui il exprime tant d'affection, il l'a conduit et brossé pendant des années. Les travaux des champs qu'il évoque, il les a faits. La mer, dont il décrit les humeurs, il la connaît de première main. Il n'y a dans sa poésie aucun subterfuge. Et pas une once de prétention.

Mais il y a de la liberté. Les vers dansent avec abandon. Parfois sautillants et taquins, parfois sombres et puissants, ils communiquent une émotion réelle. L'expression, spontanée, s'enrichit de surprises et de trouvailles.

Les connaisseurs reconnaîtront, mêlées au normand de référence, des touches du parler de la pointe de Gatteville : quelques formes en - o du portement sairais (ndlr: du Val de Saire), d'autres en - âo (j'âome plutôt que j'ime), quelques choix de mots particuliers. C'est ainsi que Louis parle du cœur

Merci, Louisot, de m'avoir laissé collaborer. Mais merci surtout pour la chaleur de ces textes. Des mises en musique ne tarderont pas : la forme s'y prête si bien. La veine poétique ne se tarit pas chez toi, et ce recueil, si accompli, est aussi riche en promesses. Tu te défends d'être un poète, eh bien mettons-nous d'accord pour ne pas être d'accord.

 Jean-Pierre Montreuil


À vouos

 

 

À vouos égohineus (1) d’ métyi

À vouos touos les porteus d’ fusis

À vouos mercenaires de malheu

À vouos j’étchurfe (2) ma raunqueu (3).

 

 

À vouos tchyins mâodits d’ déhait (4)

À vouos qui taunt dé quœus minchaez (5),

À vouos qui jouaez d’aveu nous vies

À vouos ma haïauntise (6) j’envie.

 

À vouos qui lus obéyissaez

À vouos qui ne vouos rebellaez

À vouos qui trou'aez cha norma

À vouos je veurs biâocoup de ma.

 

À vouos qu’escoffiaez (7) pour des sous

À vouos, à vouos et pyis à vouos

À vouos assassineus, nauntis,

À vouos je ouinse (8) touot men mépris.

 

 

(1) Égohineus : tueurs, assassins, (2) Étchurfe : crache, (3) Raunquoeu : rancœur, (4) Déhait : malheur, (5) Minchaez : brisez, (6) Haïauntise : haine, (7) Escoffiaez : tuez, (8) Ouinse : crie


Barflleu

 

 

Dreit à côtaé du phare d’ Gad’ville

Se niche eune byin joulie p’tiote ville.

D’aveu l’ boujou d’ Sant Nicoulas,

Barflleu vouos ouvre touot graund ses bras.

 

Eun pyid dauns l’iâo, eun pyid sus terre

O s’est bâtie sa p’tite histouère.

Cha ya c’menchi n’y a byin loungtemps

Byin dé d’vaunt la Guerre de Chent auns

 

Dé touot cha no n’ sait paé graund-chose

Mais j’ péeus vouos dire quaund même quique chose.

Quaund les Normaunds ount déberqui,

Cha ya vlaôdaé, cha ya buûli.

 

Et quaund l’ Bâtard est dév’nin Roué

Dé l’âote côtaé dé la graund Mé

La famile qui ya seuccédaé,

Sus les roquis d’ Quil’boeu s’est niée.

 

Byin d’s auns ampraès, ch’est d’âotes bâtés

Qui dauns l’blle se sount amarraés.

Ch’étaient les bâtiâos des barquous

Et d’ touotes les familes de pêquous.

 

Burinaé pa les fllots et l’ vent

Barflleu a brin chaungi pouortaunt.

Ch’est reide même muus qu’ cha, veu qu’annyi

Ch’est eun hammé jouli, jouli.

 

 

Achteu, d’ pêquous yen a pus brin

Et l’blle est dév’nin eun gardin

Iyoù qué s’mirent les vuules maisouns

Oû r’nouvé et en touotes saisouns.

 

Bayard

 

J’ t’i counin, j’étais bout-d'tchu (1)

L’ pé mé juquait sus ten tchu,

J’étais fyi coume eun picot

J’étais eun vrai carabot (2).

 

Lao yoù qu’ t’es parti,

J’ vouorais qu’ tu seis byin,

Hale (3) men biâo Bayard,

Trotte men biâo Bayard.


T’étais eun jati p’tit qu’va,

Eun fort et quœuru (4) p’tit qu’va

Tu halais à n’en pouvi

Et cha qu’étais-t-i genti !


Lao yoù qu’ t’es parti,

J’ vouorais qu’ tu seis byin.

Hale (3) men biâo Bayard,

Trotte men biâo Bayard.

 

Quaund j’allais t’ trachi oû cllos,

Tei, tu suusais men vélo,

J’avais brin bésouen d’ té t’nin,

Tu suusais coum’ eun gouspin (5).


Lao yoù qu’ t’es parti,

J’ vouorais qu’ tu seis byin.

Hale (3) men biâo Bayard,

Trotte men biâo Bayard.


Et pyis vint lé jouo mâodit

Yoù qué l’mounde s’mint à chaungi

Méconnique et touot l’tintouin (6)

 

T’ont mins sus l’ côtaé du qu’min.

    

 Lao yoù qu’ t’es parti,

J’ vouorais qu’ tu seis byin.

Hale (3) men biâo Bayard,

Trotte >men biâo Bayard.


Quaund lé pé, i t’a vendu,

Oh, cha qu’ j’yen i-t-i vouolu !

Mais, j’ pouovais encou te veî,


T’étais dauns l’ cllos d’à côtaé.

Lao yoù qu’ t’es parti,

J’ vouorais qu’ tu seis byin.

Hale (3) men biâo Bayard,

Trotte men biâo Bayard.


Et pyis lé veisin mâodit

I t’a vendu oû bouochi.

Ouh, cha qué j’t’i-t-i plleuraé…


Annyi (7), j’ pense encou à tei.

 


(1)Bout-d'tchu : tout petit, (2) Carabot : vaurien, (3) Hale : tire, (4) Quoeuru : robuste, (5) : Gouspin : gamin, (6) Touot l’ tintouin : tout le restant,

(7) Annyi : aujourd’hui.