Depuis une bonne vingtaine d'années, tous les spécialistes de la langue française, tant du côté de l'Académie française que du côté de l'université s'accordent à tirer la sonnette d'alarme:

La langue usuelle française en France s'appauvrit, se déforme se relache dans sa syntaxe et son lexique dans le bain anglophile ambiant sachant que c'est moins la langue de Shakespeare autrefois visitée par le français de Normandie qui vient présentement nous chatouiller les oreilles qu'un déplorable et informe globish !

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Il y a plus grave: le français est en train de devenir la plus morte des langues vivantes car le divorce s'approfondit entre la langue orale qui se créolise dans la mondialisation et la langue écrite patrimoniale. L'orthographe qui fait la passerelle branle et on voit un abîme entre les planches: ça fait peur, ça fait cuistre, ça fait ringard, pas assez snob! On renonce !

Pour le dire d'un mot: à  Paris, les soi-disant élites françaises n'aiment pas le français, a fortiori, elles détestent encore plus le moindre particularisme linguistique régional qui ose encore survivre...

A tel point que le français d'outremer de la Francophonie, du côté du Québec ou de l'Afrique occidentale, se porte finalement beaucoup mieux que le français à Paris.

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Pour ne pas même parler des provinces! Car l'une des sources de la langueur francophone française ne viendrait-elle pas de cette purification par simplification et par aseptisation commencée il y a bien longtemps? Le normand et caennais François Malherbe au début du XVIIe siècle fut le premier puriste français... car il fallait bien que les imprimeurs aux quatre coins du royaume s'y retrouvent!

Le français de France s'applatit et se désagrège dans la vitesse d'une logorrhée vue à la télé ou entendue à la radio. Notre belle langue commune a perdu ses diphtongues, ses accents toniques et, de plus en plus, ses accents régionaux. Le français officiel et médiatique méprisant les patrimoines syntaxiques régionaux, ne renouvelle sa syntaxe qu'en se laissant attrapper au pot à miel de la globalisation. C'est ainsi que l'on piège en été les guêpes et les mouches!

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Lire absolument ci-dessous, le coup gueule d'un berrichon qui pointe la déplorable perturbation anglophilique de la syntaxe française:

http://www.gilblog.fr/parlons-francais/le-franglais-quon-pense.html

Le génocide linguistique et culturel se poursuit avec l'éradication lente et silencieuse des langues d'oïl et d'oc sources historiques encore vivantes du français et par la contention sourcilleuse d'idiomes barbares et étranges aux extrêmes géographiques d'une pure galette hexagonale égalitaire sans relief!

Cet idéal jacobin semble avoir triomphé et la France serait en passe de réaliser dans le domaine linguistique ce que tous les grands totalitarismes du XXe siècle avaient osé avec la diversité culturelle et politique des peuples: une simplification radicale et tragique de la réalité.

La République UNE et INDIVISIBLE a paradoxalement beaucoup divisé et séparé à l'aide de la... guillotine!

Cela fait donc 23 ans que la France se traine avec la signature et la ratification de cette fameuse charte européenne des langues régionales et minoritaires qui repasse ces temps-ci au Sénat puis à l'Assemblée Nationale afin qu'en 2016, en congrès réuni à Versailles (tout un symbole pour cette séculaire guerre civile entre Jacobins et Girondins) le parlement français ose modifier l'article 2 de la constitution de la 5ème République: "la langue de la République française est le français" sachant que la charte européenne consacre le droit d'un habitant d'avoir accès aux informations officielles de l'administration dans sa langue maternelle ou usuelle. Si cette dernière n'est pas le français comment faire?

On pourrait imaginer, si ce sujet était pris au sérieux, un cadre légal pour des accomodements qui permettrait de respecter, quant au fond, le principe constitutionnel (le bilinguisme, c'est bien connu fait reculer la bêtise et l'ignorance) voire, mettre en oeuvre, une politique publique pour sauver ce qui peut encore rester (car nous en sommes désormais là) du patrimoine historique et culturel de la diversité linguistique qui a créé le français il y a 800 ans:

Paradoxe absolu! La France qui abrite à Paris le siège officiel et international de l'UNESCO est donc l'un des derniers pays où l'on pratique ainsi l'éradication linguistique!

La promesse n°56 du candidat Hollande en 2012 ne sera donc peut-être jamais réalisée: en fait, à Paris, tout le monde s'en fout! Sauf à proposer une minable séduction légèrement teintée de régionalisme à quelques semaines d'élections régionales qui s'annoncent désastreuses pour le parti socialiste.


 

Comme on pouvait s'y attendre...

Le Sénat rejette le projet de loi sur les langues régionales

Le Monde.fr avec AFP et Reuters | 27.10.2015 à 21h03 • Mis à jour le 28.10.2015 à 00h03

Le Sénat, où la droite est majoritaire, a rejeté mardi 27 octobre le projet de loi de ratification de la Charte européenne des langues régionales. Cent quatre-vingts élus ont adopté la motion de procédure sur le texte du gouvernement, déposée le 15 octobre. Celle-ci a automatiquement entraîné le rejet du projet de loi.

L’issue de ce scrutin contrarie la volonté de François HOLLANDE de soumettre cette révision de la Constitution – un engagement de sa campagne présidentielle – au Parlement réuni en Congrès à Versailles durant l’année 2016.

Pour être adopté définitivement, outre la voie référendaire, exclue puisque trop risquée, tout texte constitutionnel doit être voté dans les mêmes termes par les deux assemblées puis obtenir au Congrès une majorité des trois cinquièmes des votes exprimés.

Lire aussi : Le Sénat se penche sur l’épineuse question des langues régionales

Les députés avaient massivement adopté le 28 janvier 2014 une proposition de loi qui visait à ratifier la Charte. Cette déclaration souligne que l’usage du français s’impose aux personnes morales de droit public et aux personnes de droit privé dans l’exercice d’une mission de service public, ainsi qu’aux usagers dans leurs relations avec les administrations et services publics.

Le vote du Sénat survient à quelques semaines des élections régionales, qui auront lieu les 6 et 13 décembre.


 

  • A écouter aussi, le billet d'humeur de Stephane Robert dans la matinale de France Culture, mardi 27 octobre 2015:

http://www.franceculture.fr/emission-le-billet-politique-de-stephane-robert-la-france-begaie-ses-langues-regionales-2015-10-27

La France bégaie ses langues régionales 

27.10.2015 - 07:15

Ca fait 23 ans que ça dure et ça n'est pas prêt de s'arrêter...

La charte européenne sur les langues régionales et minoritaires devrait rapidement retrouver le tiroir poussiéreux duquel on l'avait retirée. Puisque le Sénat devrait enterrer, cet après-midi, le projet de loi constitutionnel en vue de sa ratification avant même de l'avoir examiné...

Langues régionales - manifestation en faveur du breton © MaxPPP

 

C'était pourtant une promesse de François Hollande. Engagement de campagne numéro 56. "Je ratifierai cette charte" avait dit le président...

Elaborée par le Conseil de l'Europe en 1992, elle a été signée par la France 7 ans plus tard, en 1999. Depuis, plus rien, ça patinait, jusqu'à cet engagement du candidat aujourd'hui devenu président. Tout le problème était donc de savoir quand et comment la ratifier...

Oui. Parce qu'il faut modifier la constitution. Et pour ça il faut soit un référendum, soit une majorité des 3/5ème au congrès (c'est à dire à l'Assemblée Nationale et au Sénat réunis)...

Un référendum, c'était inenvisageable vu l'actuelle impopularité du chef de l'Etat, le Non l'emporterait haut la main. François Hollande avait donc choisi la voie du congrès. Et il avait fait déposer un projet de loi, fin juillet, dans la perspective d'une adoption au printemps 2016...

Seulement, la majorité de droite au Sénat a préféré mettre le holà tout de suite. Elle a déposé une question préalable, il y a une dizaine de jours. Question qui permet, si elle est adoptée, de tout rejeter en bloc sans même examiner le texte sur le fond...

Alors attention. Ca n'est pas que les sénateurs, à droite, sont tous d'accords sur la question. Au contraire, certains sont pour, d'autres sont contre. Seulement ils estiment, et sans doute à raison, qu'il y a là de la manoeuvre politique à visée électorale...

Le débat est organisé à quelques semaines des élections régionales. Manière de dire : "vous voyez, j'essaie de la tenir ma promesse de campagne". Et la droite sénatoriale est, dès lors, prise au piège. Soit elle offre un argument de campagne aux socialistes en validant le texte. Soit elle porte le chapeau d'un nouveau report du débat à dans plusieurs années... 

La manoeuvre du président est habile. Car il sait qu'au bout du compte, il n'a pas les moyens de la faire ratifier, cette charte, ni majorité dans l'opinion, ni majorité chez les parlementaires. Car le débat est vieux comme Hérode. Enfin presque...

Il date de la révolution française et des balbutiements de la République. Et il oppose les jacobins centralisateurs aux girondins défenseurs de la diversité culturelle et linguistique...

C'est "en imposant le français que s'est construit la République" disent les jacobins... et "les menaces, les remises en cause de cette unité de la République, se sont toujours exprimés en patois locaux". "Au contraire", répondent les girondins. "C'est la diversité qui fait la richesse d'une Nation. Et nos dialectes se meurent. Les locuteurs sont de moins en moins nombreux"...

Le problème de cette charte est qu'elle stipule qu'un homme doit pouvoir dialoguer "dans sa langue" avec les services publics et l'administration. Tandis que la constitution française impose que "la langue de la République (article 2) est le français". Rien que le français...

On en est là.
Et pour changer ça, il faudrait sans doute beaucoup plus qu'un petit projet de loi, même constitutionnel. Il faudrait peut être même une autre révolution...

En attendant, une évolution est en cours. Plus lente. Plus insidieuse. Bien loin des grands débats franco-français et des petits calculs électoraux.

L'anglais et les anglicismes envahissent de plus en plus la langue française. Certains linguistes et autres chercheurs y voient, au mieux une perte des repères culturels, au pire une rampante victoire idéologique du libéralisme anglo-saxon...

Mais que fait le président ? il faudrait élaborer une charte pour défendre la France éternelle. Et on peut imaginer que les sénateurs, même de droite, la voteront...


 

Commentaire de Florestan:

NOUS SOMMES GIRONDINS et NORMANDS !