Une des conséquences les plus pernicieuses de la division de la Normandie en deux régions administratives contiguës voire antagonistes tant la méfiance s'était accumulée sur une ignorance réciproque, fut de contourner la pénible exigeance (pour certains notamment du côté du clan fabiusien haut-normand) d'avoir à coopérer, malgré tout pour d'évidences raisons géo-historiques et géo-économiques, entre Haut et Bas Normands, en développant de façon totalement séparée des coopérations stratégiques avec les régions voisines de la Normandie: la Picardie, l'Ile de France ou le Centre pour la Haute-Normandie. La Bretagne, les Pays de la Loire et le Centre pour la Basse-Normandie.

Coopérer avec la Picardie, les Pays de la Loire ou la région Centre, passe encore tant qu'il s'agit de gérer les deux rives d'une vallée (la Bresle) ou des parcs naturels communs (le Maine et le Perche).

Cependant, l'état de la Nationale 12 à l'Est de la Bretagne ou l'absence de voie express à 2x2 continue entre Nonancourt et l'autoroute d'Orléans montrent que ces coopérations avec les régions Centre et Pays de la Loire n'ont pas donné grand chose.

Mais quand il s'agit de coopérer avec les Bretons à l'Ouest et les Parisiens à l'Est voilà qui est une toute autre affaire car avec ces deux voisins arrogants, la coopération indispensable par ailleurs, doit se doubler d'une nécessaire lucidité:

La coopération interrégionale avec ces partenaires est aussi un rapport de force.

Et c'est précisément ce qui a été oublié par la région Basse Normandie vis-à-vis de la Bretagne (coopérations Pôle Mer Bretagne et Valorial) ou par la région Haute-Normandie vis-à-vis de la région parisienne (coopérations Movéo, dossier ferroviaire avec la SNCF et la région Ile de France)

Aussi, avec le retour en Normandie de certaines directions administratives stratégiques publiques et privées, l'autre grand enjeu de la création d'une région administrative normande unifiée sera de repenser totalement ces politiques de coopérations interrégionales trop déséquilibrées en défaveur de l'intérêt général normand!


  • Lire ci-après, l'analyse précise proposée par Yves LOIR, président de l'Union pour la Région Normande que l'on trouvera dans la feuille d'information Normandie XXL (10 novembre 2015):

http://www.normandiexxl.com/article.php?id=1155

Partenariats ou marchés de dupes ?

 Yves Loir -Président Union pour la Région normande

Tribune. Dès 2016, la Normandie devra remettre à plat un certain nombre de « partenariats » établis auparavant entre chacune des deux demi-régions normandes et certaines des régions extérieures qui leur étaient contigües. Une des conséquences négatives de la division normande était en effet que les « partenariats » en question étaient dès le départ engagés sur des bases pénalisantes pour celles-ci vu le faible poids qui était le leur, prises isolément Ce déséquilibre entraînait naturellement un déséquilibre, au détriment des deux régions normandes, concernant tout d'abord la gestion de ces «partenariats » et également pour les retombées qu'elles étaient censées recueillir de ceux ci.

Parmi les « partenariats » engagés au cours des dix années passées nous prendrons 3 exemples pour montrer que ceux-ci se sont résumés à des marchés de dupes contractés par les deux régions normandes : le pôle de compétitivité Axe-Seine, le pôle mer Valorial et les rapports avec la Bretagne.

Axe Seine…la portion congrue de la collaboration avec l’Ile de France

Le soit- disant projet « Axe-Seine » dans sa forme actuelle consiste essentiellement pour l'ex Haute Normandie (c'est le concept de la « Normandie utile » cher aux Parisiens) à servir de boulevard maritime pour le « Grand-Paris » afin que celui-ci puisse, par un accès à la mer, rivaliser dans la compétition des grandes métropoles mondiales. Qu'a obtenu en échange la Normandie ? Des promesses faites par Mr Philizot « Délégué interministériel au développement la Vallée de la Seine » de réaliser certains équipements de ce « boulevard maritime » comme la LNPN, la liaison Serqueux -Gisors, le contournement routier de Rouen etc. Le CPIER (Contrat de Plan Interrégional Etat Régions) Vallée de Seine signé à Rouen le 25 Juin dernier par Mr Mayer-Rossignol et Beauvais a montré ce que valaient les promesses de Mr Philizot. En effet ce CPIER qui devait indiquer notamment le montant de l'implication de l'Etat dans le financement de ces investissements classés « priorités nationales » (dont le coût total dépasse officiellement 10 milliards d’euros) a montré au contraire que celui-ci se désengageait massivement de ce financement en y participant d'une manière dérisoire (219 millions euros pour les 3 régions de l'Axe-Seine et pour 6 ans!) et en faisant reposer sur les Normands la charge de certains financements relevant de cet Axe-Seine (donc « priorités nationales » et en tant que telles devant recevoir une participation financière significative de l'Etat) comme le contournement routier de Rouen (dont le coût dépasse 1 milliard d’euros.)

Le pôle agro-alimentaire Valorial plus breton que normand

Examinons brièvement par ailleurs deux autres exemples de « partenariats » contractés, ceux-là, par la Basse Normandie avec la Bretagne. Depuis l'origine, on le sait dans le domaine des partenariats interrégionaux Mr Beauvais a toujours privilégié comme son prédécesseur Duron ceux de la Basse Normandie avec la Bretagne au point que certains élus de Caen parlent du « tropisme breton » de Mr Beauvais.

En effet aussitôt après son accession à la présidence de la Basse Normandie en avril 2008 Mr Beauvais poursuit l'intégration de la Basse-Normandie dans le Pôle de compétitivité agro-alimentaire breton « Valorial » décidée le 4 mars précédent par Philippe Duron. Un des objectifs premiers des Pôles de compétitivité est, on le sait, de « labelliser » un certain nombre de projets innovants lesquelles labellisations entraînent des retombées positives en matière d'activité économique et d'emploi pour les territoires concernés. Or cette procédure de labellisation est menée par une instance dépendante bien sûr de l'organe de gouvernance du « Pôle Valorial » détenu par les Bretons qui tout naturellement privilégient leurs propres candidats. Un premier inventaire comparatif des projets labellisés selon leur localisation territoriale établit déjà ce constat. Dès que ce premier inventaire sera complété il sera publié.

Le Pôle Mer Bretagne, la Basse-Normandie au pain sec

Le cas de figure qui vient d'être évoqué est illustré d'une manière particulièrement éloquente par l'intégration de la Basse-Normandie dans le « Pôle Mer Bretagne » décidée par Mr Beauvais dès le début de son second mandat. En effet le 27 Septembre 2010 dans les locaux de l'Institut des Techniques de la Mer (INTECHMER) de Cherbourg, Mr Beauvais signait avec Hervé Moulinier Président du Pôle Mer Bretagne l'intégration de la Basse-Normandie au sein de cette structure.

Mr Beauvais, pour des raisons que l'on comprend aisément présentait cette décision sous l'aspect d'un « partenariat » d'égal à égal. Cinq années après, le bilan comparatif des retombées du Pôle Mer établit que l'un des deux partenaires est plus « égal » que l'autre. En effet le Pôle Mer Bretagne qui récapitule périodiquement l'ensemble des projets qu'il a labellisés depuis l'origine vient de publier l'édition 2015 de ceux-ci qui représentent un budget total de 721 millions d’euros .Cette liste indique pour chaque projet sa localisation géographique et permet donc de faire la ventilation territoriale de l'ensemble des projets :

-Sur les 213 projets labellisés par le « Pôle Mer Bretagne » seulement 8 ont pour porteur de projet un acteur bas-normand

-Sur les 22 formations maritimes ayant fait l'objet d'une labellisation, une seule est bas-normande

-Enfin, sur les 11 projets s'inscrivant dans le « Programme des Investissements d'avenir » aucun n'est bas-normand.

Même si l'on introduit quelques éléments pondérateurs dans la comparaison afin qu'elle soit rigoureuse, on est contraints de constater un déséquilibre écrasant concernant les retombées du Pôle Mer Bretagne au détriment de la Basse-Normandie. L'argument selon lequel la faiblesse supposée du potentiel ou des capacités maritimes bas normandes justifierait un tel déséquilibre ne résiste pas à un examen objectif de la situation ainsi que l'ont montré divers documents provenant du CESER de Basse Normandie, par exemple. Il faut donc chercher l'origine de ce déséquilibre dans le système de gouvernance du Pôle Mer détenu sans partage par des administrateurs bretons privilégiant naturellement les intérêts de leur région.

Les trois exemples qui viennent d'être évoqués montrent que les partenariats mis en œuvre par les deux régions normandes à l'époque où elles étaient séparées leur ont été lourdement préjudiciables.

La Normandie réunifiée bénéficiera bien entendu d'un rapport de forces qui lui sera beaucoup plus favorable qu'auparavant pour établir des partenariats équilibrés avec les régions qui lui sont contigües En ce qui concerne les « partenariats » déjà engagés comme ceux évoqués précédemment il appartiendra à la nouvelle région normande d'imposer notamment des règles nouvelles de gouvernance les concernant afin de garantir que ces « partenariats » signifient autre chose que ce qu'ils sont actuellement c'est à dire des marchés de dupes à notre détriment.

Union pour la Région Normande - www.union-région-normande.com