Mieux vaut tard que jamais... Paris-Normandie "quotidien normand" (tel qu'il s'intitule désormais) a eu la bonne idée de questionner les candidats sur les enjeux de l'économie normande. Au delà du "yakafokon" et de quelques coups de pieds donnés dans des portes largement ouvertes, il faut craindre, tout simplement, que nos candidats y compris les plus en vue pour le second tour ne maîtrisent pas la matière normande, ne connaissent pas les dossiers normands et leurs urgences. Ci-après, l'article de Paris Normandie qui fait l'état des lieux des forces et faiblesses de l'économie normande qui a le potentiel d'être la 1ère région industrielle ou la 1ère région d'économie maritime de France et dont le nom est connu dans le Monde entier.


 

Régionales 2015 : ce que les candidats proposent pour l’économie normande

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Régionales 2015 : ce que les candidats proposent pour l’économie normande

Que pèse la Normandie retrouvée?

Sur 29907km², elle compte cinq départements, 3221 communes et 111 habitants au km². Plus de 3,3 millions de personnes habitent en Normandie, qui occupent 1279400 emplois ; 273 700 d’entre elles sont en quête d’un emploi. Les entreprises revendiquent néanmoins 60 300 projets de recrutement, en sachant toutefois qu’entre un projet et une embauche, le fossé est parfois grand.

La Normandie, c’est aussi 225 000 établissements, dont 92% de sièges sociaux sur son territoire; c’est 21 200 créations d’établissement en 2015 (12,6% de taux de création) mais aussi 2700 défaillances d’entreprises. La Normandie, c’est 14,2% de la production française d’électricité, 1,1 million de lits touristiques, 1,2 milliard d’euros de dépenses en recherche et développement, 477 demandes de brevets publiés. L’ouverture de la Normandie sur la mer, grâce notamment aux ports de Rouen, duHavre et de Cherbourg, lui permet déjà d’exporter dans le monde entier.

Une chambre d’agriculture déjà normande, une chambre de commerce et d’industrie qui finalise la fusion de ses réseaux haut et bas-normands, une filière aéronautique et spatiale grandissant sur un socle normand... Mais comment aller plus loin sous l’égide de la Normandie ? Depuis Shanghai ou Abidjan, il y a bien longtemps que les entrepreneurs en déplacement parlent de Normandie (avec un « y » le plus souvent), leurs hôtes n’ayant que faire de la « haute » ou de la « basse ». A fortiori si l’on fait référence au Débarquement du 6 juin 1944. Mais si la « marque » Normandie existe, encore faut-il la faire fructifier.

Des filières à restructurer

Pour être plus fort justement, le réseau consulaire regroupe ses douze chambres de Haute et de Basse-Normandie (6 et 6). A l’automne 2016 normalement, il comptera juridiquement une seule chambre Normandie et cinq chambres territoriales. Mais les CCI montrent qu’elles savent déjà s’affranchir des contraintes administratives. «Depuis 2011, le fonctionnement en mode ‘normand’ a entraîné un partage des ressources, de la gestion du personnel, des schémas stratégiques. Les orientations d’actions et de conseils aux entreprises sont plus ciblées, plus professionnelles, argumente Jean-Pierre Désormeaux, président de la CCI Normandie. On peut se concentrer sur l’innovation, sur l’international...»

Président de Normandie AeroEspace, Philippe Eudeline a essuyé les plâtres. «La filière compte 110 membres et 14 500 salariés. Mais pour en arriver là, on est parti de la Haute-Normandie pour aller chercher en Basse-Normandie d’autres prestataires, fournisseurs, équipementiers qu’on a formés à nos métiers. Ça s’est fait naturellement, et ils étaient très heureux de trouver une structure pour les entraîner. On n’a jamais parlé d’entreprises hautes ou bas-normandes». Pour autant, NAE appelle de ses vœux la Normandie administrative. «Quand on retournera au salon du Bourget, on n’aura plus six financeurs, dont les deux Régions (avec deux logos), et deux gestionnaires des fonds européens... Ça va simplifier notre mécanique financière. Et puis surtout, en termes d’attractivité, la Normandie sans différence va nous donner plus de poids, notamment à l’export».

D’autres filières devraient suivre, comme l’automobile, la logistique, l’énergie..., accompagnées certes par les deux Régions actuelles, mais séparément. À charge pour ces filières d’opérer un remodelage intelligent, de gagner encore une fois en attractivité, d’attirer des entreprises extérieures complétant l’offre.

Aujourd’hui, pour le visiteur, la première vision normande reste très agricole. La Basse-Normandie fait davantage de transformation (yaourts, plats cuisinés, fromages...) que la Haute-Normandie. Elle affiche ses atouts agro-industriels et touristiques tandis que la Haute-Normandie est plus tournée vers la chimie, la pétrochimie, la pharmacie, l’automobile, l’énergie nucléaire... Au moins, sur le papier, les deux territoires se complètent. Et si la Haute-Normandie accueille des poids lourds de l’économie (Renault, Ferrero, Snecma, Matmut, Sanofi, Total, les ports de Rouen et du Havre...), la Basse-Normandie affiche un tissu de PME plus dense dans l’agroalimentaire, les équipements électriques et électroniques, l’automobile et la métallurgie. Des géants sont bien présents toutefois, comme Areva à Flamanville (malgré ses difficultés), Renault et Peugeot, le port de Cherbourg... Les deux régions semblent donc complémentaires mais pas toujours imbriquées.

La Normandie est aussi très visitée, accueillant 18 millions de visiteurs, dont 73 % de Français, du Mont-Saint-Michel au Tréport en passant par les falaises d’Etretat. L’idée, c’est notamment d’inciter les touristes à rester plus longtemps, à se jouer de la météo (ou à en jouer) pour une affirmation de ses atouts, en devenant un peu plus « breton » dans la façon de vendre la région. Avec de l’audace viking pour mille ans supplémentaires.

Marc BRAUN

m.braun@presse-normande.com

Focus sur les deux régions normandes

La Haute-Normandie

Sur 12 317 km², elle est peuplée de 1,85 million d’habitants au 1er janvier 2013, ce qui la classe au 14e rang métropolitain. Sa population augmente de 0,3 % par an en moyenne, un rythme beaucoup moins soutenu qu’en France métropolitaine.

L’industrie occupe une place plus importante que la moyenne dans l’emploi régional : un emploi sur cinq. Le niveau de l’emploi, durement touché par la crise économique, a fortement reculé. Le taux de chômage se monte à 10,9 % en 2014.

Le PIB de la région s’élève à près de 50 milliards d’euros en 2012, soit 2,5 % du PIB national. La croissance économique régionale est moins vive que dans le reste du territoire métropolitain. Après avoir enregistré deux baisses en 2008 et 2009, la région n’a retrouvé un PIB supérieur ou égal à son niveau d’avant-crise qu’en 2011. Tous les secteurs d’activité ont été touchés par la crise.

L’orientation portuaire a permis à l’économie de s’ouvrir au commerce extérieur. Le port du Havre est le premier en France pour les conteneurs, et le port de Rouen est leader européen pour les céréales.

La Basse-Normandie

Avec 17 589 km², soit 3,2 % du territoire métropolitain, elle est la 16e région par sa superficie. Sa population s’élève à 1,48 million d’habitants, soit 2,3 % de la population nationale. Depuis 2006, la population croît en moyenne de 0,2 % par an.

Au total, 573 800 personnes y travaillent, soit 2,2 % de l’emploi métropolitain. Le taux de chômage en 2014 (9,2 %) y est inférieur au taux de chômage national.

La croissance du PIB de la région est l’une des moins rapides en France métropolitaine (+1,2 % en volume entre 1990 et 2009, contre 1,6 % en France métropolitaine). Elle s’accompagne d’une moindre capacité à attirer des emplois ou à en créer de nouveaux.

La région occupe la dernière place des régions françaises en termes de création de richesse par actif, avec un PIB par emploi inférieur de 9 % à la moyenne des régions de province. Cependant, l’augmentation du chômage est parmi les plus faibles en France depuis 2008.


 

Commentaires de Florestan:

L'analyse est pertinente. On aurait cependant aimé un rappel des conséquences de près de 50 années de divorce normand sur le potentiel économique régional: à savoir un déclin et une perte d'attractivité (fuite des sièges sociaux et des directions, absence de métropolisation régionale), un retard dans la modernisation (ex: infrastructures) et un certain défaitisme ou résignation face à la destruction presque complète de l'industrie normande "taylorienne" sur les 30 dernières années qui avait fait les années heureuses de l'Après Reconstruction des années 1960 -1980, lorsque le plein emploi et la vie dans la région qui était alors la plus moderne de France faisaient oublier le défaut structurel essentiel pour affronter l'avenir: une Normandie subordonnée à Paris dans la division.

Enfin qu'on nous épargne cette référence permanente à un pseudo modèle breton de développement régional: quand on voit ce que ce soit-disant modèle nous propose et nous inflige aujourd'hui, il serait plutôt urgent de penser un modèle normand alternatif résolument tourné vers la haute qualité et fondé sur une identité régionale ouverte, individuelle et démocratique.