C'est peut-être, avec les cartes ci-dessous toutes extraites de l'Atlas des risques sociaux de l'échec scolaire publié en 2014 par le Centre d'Etudes et de Recherche sur la Qualification (CEREQ) sous la direction de Gérard Boudesseul à la demande de l'Education Nationale (voir le lien suivant: http://cache.media.education.gouv.fr/file/2014/92/4/DEPP_Cereq_2014_Atlas_academique_risques_sociaux_echec_scolaire_335924.pdf ) la conséquence la plus cruelle de plus de quarante années de division normande... 

Alors que dans l'Ouest, le Sud de la France ainsi qu'en région parisienne, la jeunesse a pu avoir accès largement aux diplômes, en Normandie la situation n'a pas changé depuis les années 1970!

Les cartes suivantes sont édifiantes: elles représentent la part des non diplômés parmi les 15/24 ans non scolarisés dans les académies de Caen et Rouen et les différentes typologies de risques sociologiques et culturels pouvant favoriser le décrochage scolaire des jeunes normands. Pour le coup, la comparaison avec l'académie de Rennes est cruelle!

Hier soir (1er décembre 2015) nous avons animé la séance de notre séminaire "Normandie" sur l'avenir de la jeunesse normande avec deux lycéens de Lisieux qui militent avec brio pour un Conseil Régional des Jeunes. Vers la fin, j'ai posé la question de leur projet personnel de formation: tous les deux ont été obligés d'avouer qu'ils envisageaient de quitter la Normandie pour leur formation supérieure (en sciences politiques) alors qu'une antenne de Sciences-po Rennes existe à Caen (tout un symbole ! ) ainsi qu'une antenne de Sciences-po Paris spécialisée sur l'Asie existe au Havre...

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Vues aériennes du futur palais universitaire caennais du campus 1 juste après son inauguration en 1957 (et avant son extension)

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Vue panoramique sur l'université et la ville de Caen depuis le restaurant universitaire A (1970)

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Caen, capitale de la jeunesse normande en 1970 (l'entrée du Lycée Laplace non loin du Campus 1)

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La statue du Phénix (Louis Leygues) symbolise la renaissance mais aussi la vitalité militante de la jeunesse normande

Alors que Caen avec son université séculaire fièrement reconstruite avait pu être entre 1960 et 1980 une capitale de la jeunesse dans l'Ouest de la France au point qu'en 1971 à l'occasion des Assises Nationales de la Recherche Française tenues à Caen, Hubert Curien le secrétaire d'état de l'époque à la recherche et à l'enseignement supérieur avait osé comparer Caen à Grenoble, on ne pourra qu'être consterné par l'ampleur du déclin normand et du temps que nous avons perdu depuis plus de 30 ans!

... EN 2015, après plus de quarante années de division et de déclin:

En analysant les cartes suivantes, on voit l'impact des politiques publiques éducatives et leur déploiement sur le territoire. Ainsi l'effet positif du réseau des Lycées et des IUT de l'université de Caen dans les petites villes de la Manche et de l'Orne (Cherbourg; Flers; Argentan; Vire; Alençon; St Lô; Coutances; Avranches) qui a fait qu'une partie de la jeunesse bas-normande a pu bénéficier de la démocratisation de l'accès au diplôme de l'Ouest français. Mais faute d'attraction métropolitaine suffisante à Caen, l'exode de cette jeunesse diplômée normande est massif ( merci Ouest France!).

Il faut noter que la présence de l'université de Caen et l'offre caennaise en formation au centre du Calvados n'est pas suffisante pour tirer vers le diplôme la jeunesse de l'Est du département (le Pays d'Auge): les obstacles à la mobilité des jeunes augerons vers Caen sont nombreux, à commencer par les PEAGES de l'A13 ou le relatif enclavement de Lisieux. On retrouve ainsi la limite ancienne d'Ancien Régime entre Haute-Normandie (Pays d'Auge) et Basse-Normandie. Quant au Pays d'Ouche, désormais au coeur de la Normandie, il a été victime d'être pendant plus de 40 années un "confin artificiel" entre deux régions, trois départements, deux académies, deux zones de vacances et d'un enclavement routier et ferroviaire permanent.

En Haute-Normandie, malgré la création d'une université à Rouen et au Havre (1965 et 1972) la politique de décentralisation avec des IUT a été moins prononcée: on s'est dit qu'une petite région avec deux universités ça devrait suffire. Mais c'était sans compter avec le surplomb de la Région parisienne toute proche qui aspire toute la jeunesse diplômée haut-normande tandis que la spécialisation haut-normande en région SEVESO-normande de services industriels pour la région parisienne a enfermé la jeunesse haut-normande dans une filière professionnelle manquant de qualification.

La prise de conscience des élus Haut-Normands est forte mais récente et Rouen va pouvoir se spécialiser dans un plateau régional de formation supérieure en ingéniérie, recherche développement, techniciens supérieurs et services aux entreprises (Le technopôle du Madrillet et la Cité des métiers): MAIS il faudrait qu'à Rouen, certains décideurs publics ou privés (on pensera au directeur d'une école de commerce qui a préféré une aventure incertaine dans la Champagne plutôt que de jouer la carte de la solidarité normande) prennent conscience de la nécessité de SORTIR du LOCALISME ROUENNAIS obnubilé par sa relation privilégiée (et subordonnée) avec la région parisienne...

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(Le coup de patte des Bretons de Ouest-France contre Rouen, leur nouveau terrain de chasse...)

C'est tout le pari de l'unité normande: fixer l'avenir de nos jeunes normands dans les villes normandes afin qu'ils y trouvent les formations supérieurs qu'ils souhaitent et les emplois rémunérés qu'ils souhaitent. Un défi immense de réveil de la belle endormie normande commence dès 2016 et le relever prendra  autant de temps que le temps que nous avons perdu dans la division, le déclin et la subordination aux métropoles voisines de la Normandie.

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La comparaison avec l'académie de RENNES est devenue cruelle...

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Alors, que faire?

Tout est à faire, à refaire, à repenser, à reconstruire...

1) Assurer la mobilité des jeunes normands vers les villes normandes avec un PLAN REGIONAL NORMAND de la mobilité et des transports (le titre de transport unique, repenser toutes les correspondances, le cadencement, palier d'urgence l'insuffisance de la SNCF, participer au financement du permis de conduire)

2) Relancer d'urgence l'attractivité du tripôle CAEN-ROUEN-LE HAVRE en le faisant connaître aux Jeunes Normands, en allant chercher de façon volontariste des délocalisations institutionnelles scolaires et culturelles importantes (une école centrale, une haute administration, un grand musée)

3) Créer l'université fédérale de Normandie avec les trois universités existantes (avec pilotage caennais) et en couvrant toute la Normandie urbaine moyenne d'un réseau d'IUT avec une spécialisation complémentaire: Caen technopole régionale, Le Havre logistique et commerce international, Rouen métropole régionale, ingénierie industrielle et services.

4) Créer des filières industrielles normandes et une filière de l'excellence professionnelle: des cités des métiers, la valorisation des métiers manuels (ex: la Normandie est candidate pour l'organisation des Olympiades des métiers), proposer une carte des formations qui tienne plus compte des réalités du potentiel économique normand

5) Créer un service régional de l'Orientation et de la formation: remettre un peu d'ordre dans le secteur de la formation et de l'apprentissage en faisant de la Région le chef d'orchestre de l'avenir de la jeunesse


 

L'article suivant ne fera que confirmer les insuffisances normandes en terme de niveau de qualification et leurs conséquences en terme de compétitivité économique...

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Ne pas oublier enfin que la jeunesse normande excelle aussi dans les métiers manuels:

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