La rédaction de l'Etoile de Normandie a reçu au courrier le dernier communiqué du Mouvement Normand, qui tout comme nous, déplore que cette campagne électorale qui n'avait de régionale que le nom avec des thématiques normandes passées par pertes et profits, ait le résultat que nous sommes en train de subir collectivement. "Nous avons la démocratie que nous méritons d'avoir" diront certains... Ici nous disons surtout que la Normandie mérite mieux que ça!


 

Mouvement Normand
Communiqué n° 230 - Semaine 50 - 8 décembre 2015
 
 
 
 
 
 
 
Et la Normandie dans tout cela ?
 

Le premier tour des élections régionales vient d’avoir lieu : c’était un scrutin historique. Pour la première fois depuis… 1789, les Normands étaient appelés à donner leur avis sur le devenir de la Normandie enfin réunifiée. Notre déception est grande : pratiquement la moitié des électeurs ont boudé les urnes. Et la Normandie, en cella, ne s’est pas vraiment comportée différemment du reste de la France : pourtant, elle était sans doute la seule région à avoir trouvé un avantage à la Loi de janvier 2015 qui a remodelé le découpage des régions…

 

IL Y A LIEU DE S’INTERROGER SUR CETTE DESAFFECTION DU DROIT DE VOTE.

  1. Le quinquennat, accouplé aux élections législatives, fait des élections intermédiaires des compétitions électorales subalternes. Elles servent notamment de défouloirs et ne parviennent pas à devenir des élections de projet et d’orientation.

  2. Le national l’emporte sur le local (municipal, départemental, régional) et européen.

  3. La presse, même locale ou régionale, contribue à « nationaliser » la campagne électorale.

  4. La situation de la France, en général, inquiète : le chômage explose, les précarités s’accroissent, la désindustrialisation s’accélère, les exportations dégringolent, le secteur primaire régresse… Plus grave encore, la population française se met à douter de son destin, constatant le déclin du pays et son influence dans le monde.

  5. Depuis vingt à trente ans, les partis « dits de gouvernement » se sont révélés incapables de renverser la tendance mortifère et ils continuent à se chamailler dans un affrontement convenu entre la Droite et la Gauche, pour lesquelles beaucoup de citoyens ne parviennent plus à s’intéresser.

  6. Les citoyens connaissent peu les régions, leur rôle, leurs compétences et les conseillers régionaux n’ont pas une assise géographique précise.

  7. Les nouvelles régions ne sont pas encore intégrées dans l’esprit des citoyens… quoique la Normandie soit évidente dans l’esprit des Normands. Le millefeuille territorial déroute et complique : il n’est pas hiérarchisé et les compétences des échelons restent imprécises, voire confuses.

  8. Les événements dramatiques que la France vient de connaître a relégué au second plan les préoccupations de tous les jours, qui restent cependant prégnantes.

 

LA CAMPAGNE ELECTORALE FUT INSIPIDE ET FRUSTRANTE

Même sans les attentats du vendredi 13 novembre, la campagne eut été morne.

Certains invoquent le calendrier. Le Gouvernement a sans doute voulu profiter de la COP 21 (pour se rabibocher avec écologistes ?) et de la fièvre acheteuse des fêtes de fin d’année, mais, disons-le franchement, le monde politique s’est réveillé bien tard pour se lancer dans la compétition électorale et les considérations nationales l’ont emporté sur les préoccupations régionales (nous nous répétons à dessein…) et l’horizon des élections présidentielles de 2017 était la vision d’avenir des des différents états-majors des partis politiques hexagonaux.

Nombre de candidats ne se sont pas engagés à fond sur les dossiers régionaux.

  • La campagne du sortant (M. Mayer-Rossignol) s’est contentée d’étaler un bilan fallacieux, a caché les engagements qu’il a pris impactant le devenir de la Normandie.

  • La campagne du Front National (M. Nicolas Bay) a d’abord été la même que partout en France, même si son leader régional a évoqué sur le tard et superficiellement les problèmes spécifiques de la Normandie.

  • La campagne de la Droite républicaine et des Centres (M. Morin) a été trop généraliste et n’est pas entrée dans le vif du sujet, à savoir quels sont les problèmes A VENIR de la Normandie et les solutions concrètes pour les résoudre.

  • Les campagnes de l’U.P.R., Lutte Ouvrière, Nouvelle Donne ont été inaudibles.

  • Seules les campagnes de Debout la France (Mme Boissel – M. Calbrix), du Front de Gauche (M. Jumel) et des Verts se sont appesanties sur les problèmes normands. Ont-elles eu le retentissement qu’elles méritaient ?

     

QUE FAUT-IL PENSER DES RESULTATS ?

Le fait majeur n’est pas la croissance du Front National, que tous les observateurs voyaient venir, mais l’implantation quasi générale de cette formation dans tous les milieux et une percée qui en dit long dans le monde rural. C’est indiscutablement le signe d’un sentiment d’abandon dont souffre la Normandie profonde. Il devrait interpeller tous les responsables politiques. Le Front National en tête dans trois départements normands sur cinq est une donnée incontournable qui incite à réfléchir, d’autant que, dans les deux autres, le F.N. s’enracine. Ce n’est plus un vote protestataire (la protestation est à rechercher dans abstentions), cela devient un vote d’adhésion. Est-ce étonnant ? Ne faudrait-il pas superposer le vote frontiste avec le fameux vote contre le Traité de Maastricht qui avait abouti à un résultat négatif… dont les partis dits de gouvernement n’ont pas tenu compte ?

L’autre fait incontestable est la baisse importante du Parti Socialiste : dans l’ensemble du pays, il perd vingt points par rapport à 2010. Ils étaient aux manettes e ils n’ont voulu s’expliquer sur la déshérence dans laquelle l’Etat est en train de mettre la Normandie pour vingt ou trente ans par l’absence de projets FINANCES crédibles (nous y reviendrons).

Troisième constatation : la performance médiocre de la liste de la Droite républicaine et des Centres. L’explication trop facile du « siphonnage » de ses voix par le Front National est très insuffisante. Elle avait un boulevard devant elle, ne serait-ce que par la contestation qu’elle devait faire de l’absence de véritables perspectives offertes par les choix gouvernementaux concernant le ferroviaire normand, le schéma stratégique de la vallée de la Seine (qui exclut l’Orne, marginalise le Calvados et la Manche, dépouille les élus normands de la gouvernance de ce projet), la désertification rurale et la remise en cause des services publics de proximité.

Pour le reste des résultats, notons la baisse des Verts, la stabilité du Front de Gauche, le score prometteur de Debout la France : ces formations seront courtisées pour le second tour.

Enfin, quel que soit le résultat final (bien malin serait celui qui pourrait aujourd’hui désigner le vainqueur de « Trois hommes et un coup fin… », comme le titre drôlement Paris-Normandie de ce lundi 7 décembre !), rappelons que le gagnant ne représentera au mieux que le tiers de la moitié du corps électoral… ce qui devrait éviter tout triomphalisme et obligerait le candidat victorieux à rechercher des majorités d’idées plutôt que le diktat du fait majoritaire en sièges.

 

CE QUE SOUHAITE LE MOUVEMENT NORMAND

Il est évident que le Mouvement Normand entend rester vigilant, quel que soit le vainqueur de la joute électorale. Il sera attentif à la façon dont la liste qui engrangera le maximum de sièges gérera les problèmes de la Normandie.

Enumérons-les :

  1. Comment unifier la Normandie après la fusion ? Quel équilibre rechercher dans l’aménagement du territoire normand ?

  2. Quelle répartition des compétences et des fonctions entre les principales villes normandes ?

  3. Comment renégocier avec l’Etat le prochain Contrat de Plan Etat-Région et le C.P.E.I.R. (contrat de plan interrégional Ile-de-France, haute et basse Normandie) ?

  4. Comment préserver la Normandie d’une absorption pure et simple dans un Grand Bassin Parisien dans lequel les élus normands n’auraient qu’un rôle subalterne (pour ne pas dire « minoritaire ») ?

  5. Comment – et, surtout quand – résoudre les problèmes ferroviaires, routiers, fluviaux, aéroportuaires et les communications immatérielles de la Normandie ?

  6. Quelles compensations immédiates l’Etat doit-il apporter à la Normandie malgré la priorité accordée par celui-ci à la réalisation du Canal Seine – Nord – Europe ?

  7. Comment relancer les secteurs industriel, agricole et marchand d’une Normandie rongée par le chômage et insuffisamment dynamique ?

  8. Comment redonner espoir à la jeunesse normande dont les résultats scolaires et universitaires sont inférieurs à la moyenne nationale ? Comment relancer l’apprentissage ? Comment éviter l’hémorragie des cerveaux de nos jeunes diplômés nouvellement formés, ne trouvant  de débouchés professionnels que dans les autres régions de France ou à l’étranger ?

  9. Quelle promotion de l’identité et de la culture normandes peut-on envisager au cours de la prochaine mandature ?

  10. Comment renforcer l’attractivité de la Normandie et lui faire retrouver le dynamisme qu’elle n’aurait jamais dû perdre ?

Il ne faudra jamais oublier qu’il existe une population normande et qu’elle, seule, est digne de toutes les attentions des élus qui la représentent : les jeux d’appareils, les guerres picrocholines, les egos surdimensionnés, les oppositions de postures sont d’une autre époque.

La Normandie est de retour et c’est cela qui compte.

DIDIER PATTE, Président du Mouvement Normand

 
 
 
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