Le contournement routier Nord-Est de Rouen continue de faire des vagues et illustre, une fois de plus, qu'en France on ne sait toujours pas organiser le pilotage démocratique des grands projets d'infrastructure...

Outre le fait que ce contournement Nord-Est de Rouen, la seule métropole de province à n'avoir toujours pas de vrai périphérique n'est pas financé dans le cadre du CPIER vallée de la Seine, que la rocade autoroutière à l'Ouest de la région parisienne (barreau Rouen-Orléans) n'est toujours pas achevée, que ceci va coûter au bas mot plus UN MILLIARD d'euros dont la plus grande partie sera à la charge des collectivités territoriales normandes (via une subvention d'équilibre) et que le reste sera payé par les usagers eux-mêmes (avec un péage), cette affaire semble bien mal engagé du seul point de vue financier...

Mais qu'en est-il des autres? Un rapport devait faire le point. Pas sûr que l'on soit davantage plus éclairé après sa lecture... Sauf sur un point essentiel: une autoroute soit-disant faite pour nous débarrasser des poids-lourds du centre ville de Rouen pourrait les faire fuir si elle était... trop payante! A moins d'obliger les transports routiers en transit de prendre cette autoroute... payante.


 

http://www.normandie-actu.fr/contournement-est-de-rouen-combien-le-peage-quel-trafic-un-rapport-met-les-pieds-dans-le-plat_179827/

Contournement Est de Rouen. Combien le péage ? Quel trafic ? Un rapport met les pieds dans le plat

L'autorité environnementale a rendu un avis et délivré ses recommandations au sujet du projet de contournement Est de Rouen, dont la mise en service est prévue à l'horizon 2024.

Le contournement Est de Rouen : un projet de plusieurs décennies, qui devrait voir le jour à l'horizon 2024. L'autorité environnementale a rendu un avis le 3 février 2016, concernant ce projet d'infrastructure routière (Photo Isabelle Villy)

Le contournement Est de Rouen (Seine-Maritime) : un projet de plusieurs décennies, qui devrait voir le jour... à l'horizon 2024.

L'autorité environnementale a rendu un avis, le 3 février 2016, concernant ce projet d'infrastructure routière (Photo © Isabelle Villy)

Le contournement Est de Rouen (Seine-Maritime) était à l’ordre du jour de la réunion de l’Autorité environnementale, qui s’est réunie mercredi 3 février 2016. Rappelons que l’Autorité environnementale (Ae) est l’une des autorités administratives de l’État, compétente en matière d’environnement. C’est à ce titre qu’elle a délivré quelques recommandations, s’agissant du projet d’autoroute à péage à 2×2 voies de 42 kilomètres, qui vise à contourner Rouen par l’Est et à opérer une liaison entre les autoroutes A28 et A13. Un projet que nombre de personnes s’accordent à comparer à un serpent de mer, tant il agite les discussions depuis de nombreuses années. Pourtant, le tracé de cette nouvelle (future ?) infrastructure routière a été validé par l’État.

> Lire ici : Contournement Est de Rouen : le gouvernement donne son feu vert à la poursuite du projet

Un avis « ni favorable, ni défavorable »

Cette liaison devrait coûter plus d’un milliard d’euros et pourrait être mise en service à l’horizon 2024… mais c’est dès maintenant, insiste l’Ae, qu’il convient de prendre « des engagements précis » : une recommandation émise à l’intention du maître d’ouvrage et des collectivités compétentes… mais qui n’est qu’un avis consultatif. En aucun cas l’avis de l’Ae ne remet en cause le projet, mais ses préconisations peuvent être vues (et reprises) par tous. L’Ae le rappelle d’ailleurs en préambule de son rapport de plus de 30 pages : son avis n’est « ni favorable, ni défavorable au projet. Il vise à permettre d’en améliorer la conception (…) ».

Des incertitudes à lever, des précisions à apporter

Genèse du projet depuis ses balbutiements au début des années 70, évolution à travers les décennies avec les différentes variantes proposées pour son tracé, caractéristiques du projet finalement retenu, conséquences et impacts que ce dernier entraîneront sur l’environnement, présentation des enjeux… rien n’échappe à l’Ae, qui, en l’état, met en évidence quelques incertitudes dont elle estime qu’elles doivent être dès à présent levées, avant d’entrer dans toute autre phase du processus. Des incertitudes qui portent, entre autres choses, sur le trafic attendu, sur les conséquences que le contournement entraînera en terme de périurbanisation ou encore sur les effets qu’il sera susceptible de produire sur le développement des transports en commun et des modes dits doux.

• Les péages. Le contournement est donc prévu sous la forme d’une 2×2 voies, qui sera « mise en concession » : lire ici > Quel concessionnaire pour le contournement Est de Rouen ?
Toutefois, l’Autorité environnementale relève dans ce domaine quelques informations manquantes.

Les montants prévus des péages, d’une part, et de la subvention d’équilibre, d’autre part, n’apparaissent pas dans la présentation du projet. Il s’agit pourtant là d’éléments essentiels : le montant des péages influe directement sur les volumes de trafic, tant sur la future autoroute que sur le réseau existant ; quant à la subvention d’équilibre, elle représente la partie du projet qui devra être financée sur fonds publics. Il s’agit donc a priori d’un terme dans l’évaluation de l’intérêt public, attaché au projet », relève l’Autorité environnementale, qui préconise ainsi qu’au moins des estimations soient présentées.

• Impacts. Ils sont d’ordres différents et l’Autorité environnementale estime que pour certains d’entre eux, ils devraient être précisés, notamment pour « l’estimation des trafics », de leur diminution ou augmentation sur les autres voies de l’agglomération. Un préalable indispensable selon l’Autorité, pour évaluer « les effets sur la pollution de l’air, sur le bruit, sur les consommations énergétiques ou encore sur les émissions de gaz à effet de serre ». Au chapitre des impacts, l’Ae émet une recommandation au maître d’ouvrage, de préciser quels moyens doivent être mis en œuvre pour que les interdictions de trafic des poids-lourds en transit soit respectées.

Interdiction des poids lourds en transit : quelles mesures ?

Ces interdictions joueront un rôle important dans la réussite du projet : le trafic de poids lourds représente en effet presque la moitié de la justification du contournement. Il apparaît peu vraisemblable que le plus important des flux de poids lourds prévus sur la liaison, entre l’A28 au Nord et le rond-point des Vaches (Saint-Étienne-du-Rouvray) à l’Ouest, s’y reporte spontanément et massivement, étant donné la faiblesse du gain de temps et le montant du péage (à raison de 30 centimes d’euro par kilomètre – en 2010 -, le tarif poids lourd de ces 28 kilomètres serait de 8,40 euros). Il serait donc nécessaire de s’assurer, dès le stade de la Déclaration d’utilité publique (DUP), que les restrictions de trafic pourront réellement être mises en œuvre », souligne l’Ae, qui estime que la question du contrôle est essentielle : « la restriction ne s’appliquera pas aux poids lourds effectuant une desserte locale et ceux en transit pourront être tentés de ne pas la respecter. Le dossier devra donc apporter des éléments démontrant l’efficacité des mesures envisagées (par les collectivités locales et la préfecture) pour interdire le transit des poids lourds ».

D’autres aspects sont par ailleurs largement évoqués par l’Ae, concernant les effets du contournement sur l’environnement, le paysage, les forêts et sur l’agriculture. « En l’état actuel du projet, une surface forestière de l’ordre de 146 hectares est détruite par les emprises. La majorité de cette surface concerne la forêt de Bord (Eure), avec 70 hectares », observe l’Ae, qui recommande notamment de « réduire autant que possible l’emprise du projet et sa barrière de péage sur la forêt de Bord ».
Enfin, l’Ae constate que l’effet du projet de contournement est « contrasté », pour ce qui est de l’amélioration du cadre de vie, en fonction des endroits. « L’effet le plus fort apparaît à l’Est de Rouen et à Darnétal où le trafic de poids lourds serait significativement réduit », à condition bien entendu que la restriction de trafic des poids lourds soit mise en œuvre.

Isabelle Villy
journaliste à Normandie-actu