Après les discours de la campagne électorale, voici venir la réalité et ses complexités ou ses évidences...

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Tout d'abord: confirmation que la Normandie est bien parmi les nouvelles régions fusionnées, la seule vraie région sur la carte de France. Les personnels territoriaux de la région Normandie ont tous conscience d'être au service d'un bien public régional d'une qualité exceptionnelle, prestigieux, reconnu dans le Monde entier et ayant un potentiel remarquable. Les petits chefs de l'époque Le Vern encore dans la place du côté de la Caserne Jeanne d'Arc rouennaise en conviennent, désormais, eux aussi.

Hervé Morin semble avoir pris la mesure de la responsabilité qu'il a de présider la région modèle où la réforme territoriale doit se passer au mieux: le Gouvernement a plus qu'intérêt à la réussite du cas normand qui lui a permis de vendre ailleurs des fusions régionales qui s'avèrent extrêmement complexes à mener (voir ici même notre billet sur le cauchemar "Alcalien").

Ensuite, les cultures et les méthodes de travail divergent entre l'abbaye caennaise et la caserne rouennaise: c'est à l'image même des deux maisons, la règle dans l'abbaye caennaise se faisant plus spirituelle, plus humaine (par exemple: la pratique de la prise de décision collégiale) que la règle plus... règlementaire d'une caserne (où il y a surtout des chefs et des subordonnés). L'évidence devrait s'imposer d'elle-même: prendre le meilleur de l'abbaye caennaise et le meilleur de la caserne rouennaise et généraliser les meilleures méthodes à toute la Normandie.

Enfin, il y a des choses essentielles qui ne sont pas encore tranchées (et il faudra encore patienter jusqu'en mars prochain):

1) Diviser les directions régionales en les répartissant entre un pôle caennais et un pôle rouennais avec, par exemple, une tête décisionnelle à Rouen et un corps opérationnel à Caen: c'était l'objet de notre billet indiscret de la semaine passée. Visiblement, ce n'est toujours pas tranché...

2) Conserver l'unité des directions mais en spécialisant le pôle caennais et le pôle rouennais en se calquant sur la répartition des directions de l'Etat déconcentré en région mise en oeuvre depuis fin juillet 2015: culture, tourisme, éducation, santé, environnement, agriculture, recherche à Caen. Contrôle financier, finances, développement économique, transports, aménagement du territoire à Rouen.

3) Décentraliser les services du conseil régional de Normandie avec des antennes départementales en s'appuyant sur le réseau des villes moyennes normandes, en croisant, à commencer pour les deux sites principaux du conseil régional, antennes et pôles de direction.

En tout cas, d'après nos informations, et l'article de Paris Normandie qui suit le confirme, le 4 février 2016, la double prestation d'Hervé Morin, le matin au pied de l'escalier des matines de l'abbaye aux Dames de Caen devant quelques 300 fonctionnaires de la région qui l'ont chaleureusement applaudi, puis l'après-midi, à la caserne Jeanne d'Arc de Rouen où le discours d'Hervé Morin a rassuré, aura été une réussite:

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Hervé MORIN devient véritablement le président de la Normandie et prend en main sa région et entend nouer une relation privilégiée et de confiance avec les quelques 5000 personnels de la région Normandie.

Voilà donc une réalité humaine que certains qui n'aborderaient la question régionale normande que sous l'angle d'arrières pensées politiciennes plus ou moins avouables, vont devoir prendre en compte!

Et le nouveau directeur général des services de la région Normandie de comprendre qu'il n'est plus à la tête des personnels du conseil départemental du Calvados... Des avantages en nature plus que substantiels devraient l'inciter à y penser: était-ce nécessaire?

Et le président d'un conseil départemental "départementaliste" de comprendre, in fine, que la région Normandie entend bien exister totalement et puissamment pour l'intérêt de tous les Normands!


 

http://www.paris-normandie.fr/detail_article/articles/5054727/newsletters/herve-morin-a-l-epreuve-de-la-reorganisation-de-la-region

Hervé Morin à l’épreuve de la réorganisation de la Région

Hervé Morin à l’épreuve de la réorganisation de la Région

Le président de la Normandie se donne jusqu’à septembre pour lancer la nouvelle organisation (photo S. Péron)

Publié le 06/02/2016 á 23H24

Politique. Pour mettre en ordre de marche le Conseil régional de Normandie, son président Hervé Morin met de côté ses promesses d’économies salariales. Il préfère pour l’heure rassurer le personnel et muscler l’état-major de la collectivité.

C’était un discours fondateur. Celui de meeting de rentrée de la campagne qui allait finalement conduire Hervé Morin à la victoire. « Oui, j’assume qu’il n’y a aucune raison que les Normands financent une administration régionale qui pèse, rien que pour sa masse salariale, 50millions d’euros de plus que la Bretagne ou les Pays de Loire qui ont pourtant la même population que nous» , fait vibrer le 5 septembre dernier le candidat (UDI/LR) aux élections régionales normandes. Cinq mois et un second tour au couteau plus tard, le ton a changé. Jeudi, à l’issue de deux réunions avec le personnel, à Caen le matin, à Rouen l’après-midi, le patron de la collectivité de quelque 5 000 salariés a d’abord voulu rassurer des fonctionnaires territoriaux en pleine crise identitaire. « Cela s’est bien passé. Son intervention était très attendue et il a répondu à cette attente en montrant qu’il allait tenir compte de la réalité du terrain » apprécie le représentant CFDT au sein de la Région, Bruno Thénail. Même la CGT, majoritaire, a du mal à cacher sa joie. « C’était une réunion de com’, c’est sûr, mais avec un discours rassurant. Il appelle à la confiance en tenant compte des difficultés. Il y a la campagne politicienne et puis il y a la réalité du terrain...», brosse Stéphane Godefroy, l’un des deux délégués normands.

À l’issue de ses premières semaines aux commandes du nouveau vaisseau amiral normand, Hervé Morin s’est surtout rendu compte de l’étonnante hétérogénéité dans les organisations des deux ex-conseils régionaux. «Il y a deux cultures différentes: plutôt jardin à la française en Haute (NDLR : avec de grands services) - et jardin à l’anglaise en Basse (NDLR : avec de nombreux chefs). Nous avons deux administrations construites avec deux schémas et deux process différents » confie le président normand.

Afin de construire un nouveau système «qui évite les cloisonnements des services», il va installer six grands pôles de compétences répartis équitablement sur les deux sites rouennais et caennais. Leur intitulé et leur localisation n’ont pas été dévoilés jeudi, Hervé Morin se donnant jusqu’à fin mars pour rendre public l’organigramme de la nouvelle administration régionale. D’ici, là, un questionnaire va être envoyé à chaque agent afin qu’il exprime ses éventuels souhaits de mobilité géographique. Sans se faire trop d’illusions. « Très peu veulent aller de Caen à Rouen et inversement. C’est assez compréhensible » reconnait-il, d’ores et déjà soucieux d’un « accompagnement personnel très important» de ceux qui verront leur service déménager.

Le président normand a déjà interpellé le gouvernement à ce sujet afin de pouvoir bénéficier d’outils réglementaires - financiers - pour encourager la mobilité. Les Agglomérations pourraient également être sollicitées. L’objectif est que cette nouvelle organisation soit opérationnelle en septembre avec aux commandes un état-major renforcé et déjà contesté (lire ci-dessous). Ce défi de remise en ordre de marche relevé dans l’année, il restera en 2017 à s’atteler à l’harmonisation des statuts des fonctionnaires régionaux.

«Jardins à la française... ou à l’anglaise»

Au-delà de la question de la localisation des services de la région sur laquelle Hervé Morin a quasiment rejoint celle des socialistes, « le marqueur pendant la campagne était sur la réduction des effectifs rappelle justement Bruno Thenail. Et de ça, il n’en a pas été question hier (NDLR : jeudi). » De quoi assurer l’apaisement social dans ce moment hautement périlleux de naissance de la nouvelle région. Avant d’y voir plus clair.

Car Hervé Morin l’a bien promis, à un autre meeting, celui du lancement de sa campagne, le 27 juin dernier. « La politique de la Normandie, je vous le garantie, ce ne sera pas l’addition des politiques haut-normandes et bas-normandes, ce ne sera pas l’addition des services et de ses fonctionnaires». Une promesse dont la concrétisation reste plus qu’un chantier, un défi.

Thierry Delacourt

Un état-major à grands frais ?

Le rapport, voté le jeudi 28 janvier par l’assemblée régionale est passé inaperçu et pourtant il a de quoi interpeller. Il crée huit « emplois fonctionnels de direction » au sein du Conseil régional normand, avec un directeur général des services (DGS) et sept directeurs généraux adjoints (DGA), contre deux DGS et trois DGA précédemment dans les deux régions (1). Rien que le nombre interpelle. Au regard des impératifs d’économie au sein de l’administration régionale martelés par Hervé Morin pendant la campagne électorale, mais aussi du contexte général. Dans les régions voisines, l’état-major est plus mince : un seul DGA en Bretagne, cinq dans les Pays de Loire. En Auvergne-Rhône-Alpes, le nouveau président (LR) Laurent Vauquiez a annoncé la diminution de onze à cinq du nombre de DGA et la suppression de leurs voitures et logements de fonction. Autant dire que le recrutement de cadres supérieurs territoriaux n’est pas vraiment dans l’air du temps... « Laurent Wauquiez fait ce qu’il juge utile. Moi j’ai la prétention de considérer qu’il s’agit du système adapté à la Normandie » argumente Hervé Morin. Chaque DGA sera responsable d’un pôle, le septième sera dédié à l’organisation de la fusion.

Un logement T5 et une Peugeot 3008 de fonction

Mais la délibération va plus loin en offrant à la collectivité la possibilité d’offrir un joli matelas d’avantages à ces directeurs et au directeur de cabinet présidentiel : logement de fonctionavec gratuité des dépenses accessoires: eau, gaz électricité, chauffage, téléphone et garage le cas échéant»), véhicule de fonctionavec gratuité des prestations accessoires: carburant, entretien courant, réparation, assurance; le bénéficiaire conserve la jouissance du véhicule pour tout usage en dehors du service»), indemnité pour frais de représentationplafonnée à 900€ bruts mensuels») et prime de responsabilitéau taux maximal de 15% du traitement indiciaire accordé au directeur général des services »).

Et dès ce lundi, la commission permanente de la Région va faire un heureux. Frédéric Ollivier, ancien DGS du Département du Calvados et désormais de la Région normande, va bénéficier d’un « logement de type T5 situé à Caen, ainsi qu’un véhicule de type Peugeot 3008».

Des conditions choquantes, compte tenu de la diète publique imposée à tous ?

À mots couverts, les syndicats ne sont pas loin de le penser et l’opposition socialiste l’affirme ouvertement. « Ce sont des avantages que personne n’a jamais eus. Je m’étonne que la première décision de la nouvelle majorité soit d’augmenter le nombre de directeurs et de leur faire bénéficier d’avantages extrêmement élevés, y compris en dehors des heures de service,cogne l’ancien président haut-normand socialiste, Nicolas Mayer-Rossignol. Le champion des économies est en train d’augmenter de façon importante les coûts de fonctionnement au profit non pas d’agents modestes mais de sa garde rapprochée».

Interrogé sur le sujet, Hervé Morin ne masque pas son agacement, parle de « poubelles ».

Avant d’expliquer ses décisions:

« Concernant le rapport (NDLR : voté le 28 janvier) , nous n’avons fait que reprendre le texte général de la loi. Ce sera ensuite à la Commission permanente d’individualiser. Il n’y a pas de logements de fonction prévus pour les DGA. M.Ollivier gagne la même chose que Mme Burgy (NDLR : ancienne DGS de Haute-Normandie qui ne bénéficiaient ni de logement ni d’une prime de représentation) à 100€ près, indemnités comprises. Il n’y a pas une personne qui a pris plus que ce qu’il était payé auparavant pour venir travailler ici 75 heures par semaine. On peut faire l’addition, on verra!»

« On peut faire l’addition ! »

Signe du caractère très symbolique et hypersensible de ces questions, ni à droite ni à gauche, les montants de rémunérations des directeurs de services ne sont dévoilés.

Pour un DGS d’une région (de plus de 2 millions d’habitants désormais), le plafond indiciaire se situe à 5 880 € brut mais peut être abondé d’au moins 50 % avec les primes, sans compter le logement et la voiture de fonction.

Au-delà de 10 000 € net comme le laisse entendre la rumeur normande ?

En Aquitaine, la candidate LR Virginie Calmels a sorti en pleine élections régionales un courrier du préfet de 2014, jugeant illégale une partie de la rémunération du DGS du président sortant socialiste, Alain Rousset. Sa rémunération annuelle se montait à 186 415 € brut contre 145 000 € «légalement justifiés » (2). Soit 15 533 € brut mensuels tout de même ! Alain Rousset a répliqué en assurant que le DGS concerné avait une rémunération «comparable à celle de DGS de collectivités de taille analogue si l’on prend en compte le logement de fonction et les frais de représentation dont ne bénéficie pas le DGS de la Région Aquitaine ».

Des niveaux de rémunération justifiés compte tenu des responsabilités exercées ? Une chose est sûre : la transparence, elle, ne serait pas du luxe.

T.D.

(1) Postes pourvus au 4janvier 2016.

(2) Traitement indiciaire, plus prime de fonction et de résultat, plus prime de responsabilité, plus bonification indiciaire.


 

  • Voir aussi cet article de Normandie actu:

http://www.normandie-actu.fr/normandie-les-avantages-accordes-au-dgs-du-president-morin-font-polemique_180766/