"Beaucoup de bruit pour rien" aurait dit le grand William Shakespeare.

Face à l'agitation ministérielle, devant l'enfumage par tous les thuriféraires de cabinet, l'absence de vision globale, suivie, des urgences, des dossiers, des projets, constatant les rivalités féodales à l'intérieur de la caste parisienne qui prétend gouverner les réalités françaises, on observe une chose nouvelle: la désobéissance croissante des acteurs de la réalité face aux ordres de ces fantômes peuplant ce théâtre d'ombre qu'est en train de devenir l'Etat central parisien car le vrai pouvoir et ses moyens sonnants et trébuchants sont partis ailleurs (à Bruxelles?). Mais de là à penser que nous serions à l'aube d'une nouvelle révolution française pour une gouvernance enfin plus démocratique et locale permettant de décongeler les énergies du pays, nous n'en sommes, hélas, pas encore là!

Le cas normand est, une fois de plus, exemplaire...

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http://www.lefigaro.fr/histoire/2014/09/05/26001-20140905ARTFIG00276-70-ans-apres-le-havre-s-interroge-toujours-sur-sa-destruction.php

Pour permettre sa reconstruction après 1944, la Normandie a été nationalisée, divisée et subordonnée. Tant qu'on avait le plein emploi et la prospérité industrielle des années 1960-1990 ça semblait rouler. Mais depuis trente ans, avec l'ouverture du marché national français à la mondialisation et l'intégration de la France à l'Europe, cette organisation de type colonial montre son inefficacité et avant qu'un port municipal belge ne devienne d'ici 2025 le premier port français, il serait temps que les acteurs normands reprennent en main ce qu'ils ont laissé fuir à Paris, faute de pouvoir penser autrement, parce que c'était plus pratique, plus efficace, à savoir: LE POUVOIR !

La feuille d'information Normandie XXL nous propose dans sa dernière livraison, les réflexions roboratives de François HENRIOT et d'Yves LOIR sur le sujet stratégique et déterminant pour l'avenir même de la Normandie: la reconstruction d'une souveraineté normande en matière d'économie maritime et logistique...

"Much ado for nothing?"

http://www.normandiexxl.com/article.php?id=1307

http://www.normandiexxl.com/article.php?id=1308

De l'analyse d'Yves LOIR (président de l'Union pour la Région Normande) nous vous proposons de lire les lignes suivantes:

LA NOUVELLE NORMANDIE ET L'AXE-SEINE

Depuis toujours des relations étroites existent entre Paris et la région parisienne en général et la Normandie : la géographie physique et humaine l'impose, l'Histoire le démontre. La proximité géographique entre les deux entités, renforcée par le fait même qu'elles ont un fleuve en commun : la Seine, puissant vecteur d'échanges économiques et humains, rend évidente ces relations. Pour ne prendre qu'un seul exemple, il ne faut pas oublier que l'hinterland des ports normands de Rouen et du Havre est largement constitué par la région parisienne première région européenne par l'importance de son P.I.B. Mais ces relations nécessaires, devant être profitables à tous les territoires de la Vallée de la Seine ne sauraient revêtir l'aspect qu'elles ont pris depuis près de trois ans celui d'un véritable marché de dupes au détriment de la Normandie qui non seulement se voit dépouillée à moyen terme de son identité mais se voit réduite au rôle de financeur quasi exclusif des priorités nationales que sont l'axe-Seine et le désenclavement des grands ports du Havre et de Rouen.

A partir de ces considérations, les grands axes d'une véritable stratégie normande concernant l'Axe-Seine doivent être les suivants :

I - Concernant le Schéma stratégique Vallée de Seine

1/ -Considérer comme caduc le document « Schéma stratégique Vallée de Seine» pour deux raisons capitales : tout d'abord parce qu'il programme de façon explicite la «dissolution » de l'entité normande dans un ensemble territorial indifférencié et technocratique regroupant l'Ile de France et l'ex «haute » Normandie et ensuite parce que le CPIER- Vallée de Seine qui devait en être la «déclinaison » financière n'a aucun contenu pour le financement des grandes infrastructures de transport relevant de l'Axe-Seine et notamment de la participation de l'Etat dans celui-ci. Ce dernier point constituant à lui seul une clause de nullité du Schéma Vallée de Seine.

2/ -Exiger de l'Etat qu'il mette en conformité sa reconnaissance formelle du caractère de «priorité nationale» des infrastructures de l'Axe Seine avec une implication significative directe et via les opérateurs qui dépendent de lui (SNCF Réseau-AFITF...) dans le financement de celles-ci. Les ratios suivants concernant la clé de répartition entre les différents financeurs : Etat (AFITF):1/3 SNCF –Réseau (à l'époque RFF): 1/3 Collectivités Axe-Seine dont régions: 1/3 tels qu'ils étaient exigés avant 2012 par MM Fabius, Le Vern, Beauvais constituant une base minimum sur laquelle doit s'appuyer la Normandie (envers qui, de surcroit, la SNCFa une «dette» qu'il convient de rembourser selon son Président M. Pépy).

3/ -Le caractère de «priorité nationale » des infrastructures de l'Axe-Seine souligné par l'Etat lui-même implique également que le délai de réalisation de ceux-ci ne soit pas reporté indéfiniment dans le temps. A ce sujet, la prolongation jusqu’à 2020 des «études préalables» de la LNPN commencées en 2012 et qui devaient se terminer en 2016 selon RFF ne saurait être acceptée. L'exemple de la gestion exceptionnellement rapide (moins de deux ans) du dossier Canal Seine Nord Europe par le Gouvernement et de la décision récente de celui-ci de réaliser deux lignes de LGV au départ de Bordeaux sans s'embarrasser des procédures usuelles montre bien, quand on compare ces deux exemples avec le projet de LNPN, que l'Etat observe la règle de «deux poids -deux mesures» au détriment de la Normandie.

II – Concernant le système de gouvernance de l'Axe-Seine

Dans la mesure ou se manifesterait dans un avenir plus ou moins lointain et éventuellement dans le cadre d'une alternance politique nationale, une volonté de l'Etat de s'impliquer autrement qu'en paroles et d'une manière significative dans le financement de l'Axe-Seine, un autre dispositif de gouvernance de celui-ci doit être mis en œuvre écartant le système du « proconsulat » actuel et garantissant une représentation de la Normandie conforme au «poids» et aux intérêts de celle-ci.

Il est en effet littéralement scandaleux que l'avenir de la Normandie pour les 15 années à venir soit fixé par un haut-fonctionnaire n'ayant aucune légitimité élective et que parmi les diverses structures que l'Etat a décidé d'une façon discrétionnaire d'«associer» à la définition de l'avenir normand (à travers le « Schéma Vallée de Seine») une majorité d'entre elles est totalement étrangère à la Normandie telles que la Région Ile de France, les départements de Paris, des Hauts de Seine, de la Seine Saint-Denis, des Yvelines, du Val d'Oise, la CCIR d'Ile de France, le CESER d'Ile de France, la Chambre d'Agriculture d'Ile de France, les établissements étatiques VNF (Voies navigables de France) SNCF-Réseau. (cf. Décret du 22 avril 2013 relatif au délégué interministériel au développement de la vallée de la Seine)

Dans la mesure où ce qu'on appelle «l'Axe-Seine» comporterait un véritable contenu il est impératif de revoir d'une façon radicale la composition de la structure de gouvernance de cette entité afin de faire en sorte que la Normandie ne soit pas littéralement dépossédée de la maîtrise de son propre avenir comme cela a été décidé par M. Ayrault le 22 avril 2013 et est poursuivi depuis par M. Valls. Il faut souligner que cette exigence n'est pas contradictoire avec la mise en œuvre d'une politique de coopération interrégionale avec l'Ile de France qu'il conviendrait de mettre en œuvre dans le cadre d'un Axe-Seine doté -répétons-le- d'un véritable contenu.

Un an avant l'accession de François Hollande à la Présidence de la République, le 23 mai 2011, au Zénith de Rouen, lors du second Colloque sur l'Axe-Seine, Bruno Le Maire, alors Ministre de l'Aménagement du territoire et de l'Agriculture qui, comme on le sait, est, depuis longtemps, élu de l'Eure définissait ainsi ce que devait être la place de la Normandie dans l'Axe-Seine :

« Le défi que nous devons relever c'est de tirer parti de la proximité de la région capitale sans perdre l'âme de la Normandie. Nous avons vocation à développer économiquement, socialement, culturellement, industriellement la Normandie à côté de la Région parisienne, avec la Région parisienne ; pas sous l'autorité de la Région parisienne, pas dans la dépendance vis à vis de la Région parisienne. Normandie et Région parisienne doivent travailler main dans la main sur un pied d'égalité et de complémentarité ».

A l'opposé de cette voie de la dignité et de l’équité pour la Normandie a été imposée depuis mai 2012, la voie de la vassalisation à la région parisienne à laquelle s'ajoute l'absence d'implication significative de l'Etat dans le financement des grandes infrastructures de transport de l'Axe-Seine. Dans ces conditions, la nouvelle région Normandie en place depuis le 1er Janvier 2016 ne doit pas se considérer comme liée par les décisions prises par les gouvernements de MM Ayrault et Valls et avalisées par MM Le Vern, Mayer-Rossignol et Beauvais.

Elle doit mettre en place un cadre nouveau de ses relations avec l'Etat et l'Ile de France reposant sur les bases qui viennent d'être indiquées.

Yves Loir – Président de l’Union pour la Région Normande

Caen le 7 février 2016


 

Enfin, pour avoir une vision globale du potentiel maritime français, lire cette intéressante  synthèse proposée sur le site du "Cluster Maritime Français":

http://www.cluster-maritime.fr/fr/node/581