L'Etoile de Normandie a reçu le 23 février 2016 le communiqué suivant de Didier Patte, président du Mouvement Normand. En juin prochain, les sujets de sa gracieuse majesté britannique auront à choisir historiquement s'ils veulent rester dans l'Union européenne ou non sachant que le risque, en cas de "non" est l'approfondissement du mouvement de "dévolution" actuellement en cours avec l'Ecosse et le Pays de Galles jusqu'à l'indépendance d'une Ecosse qui souhaite, contrairement aux Anglais, rester dans l'Union européenne...

Ces états d'âme des états formant la nation britannique ne concernent  pas, a priori, la Normandie même si du côté de Jersey, aussi, on menace Londres d'une déclaration d'indépendance en cas de ... Brexit (car le paradis fiscal de Jersey est, hélas, plus lié aux intérêts de la City de Londres qu'à son souverain britannique fût-il encore "duc" de Normandie pour notre outremer de la Manche).

Mais quoiqu'il arrive, la relation Normandie- Royaume-Uni est stratégique pour l'avenir de notre région et toute décision nationale tant française que britannique ou supra-nationale européenne qui pourrait affecter les relations entre le Royaume-uni et le continent a, par principe, des conséquences positives ou négatives sur la Normandie.

Car la Normandie est à l'Angleterre ce que l'Alsace est pour l'Allemagne: une région française passerelle avec un voisin longtemps ennemi mais dont l'amitié enfin retrouvée dans la Paix ou "l'Entente cordiale" a permis le retour de la prospérité de la Normandie après 1815 ou celle de l'Alsace après 1945...


 

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                                             LE SEMAINIER DU MOUVEMENT NORMAND

                                    COMMUNIQUE N°236 – SEMAINE 8  - FEVRIER 2016

 

                           A PROPOS DE « LA COLONIE NORMANDE QUI A MAL TOURNE »

                On connaît le mot d’Alphonse Allais définissant l’Angleterre comme « la colonie normande qui a mal tourné ». Au-delà de l’humour « so british » de notre génial Honfleurais, considérons que cette manière de considérer le peuple de la Grande Ile est certainement plus pertinente que l’approche par les medias français du problème de la présence des Britanniques au sein de l’Union Européenne. On a vraiment l’impression que nos commentateurs gaulois sont dans la position des poules ne sachant que faire d’un couteau.

                « Brexit or not Brexit ? » : les Anglais sont plus qu’attirés par le fait de s’éloigner de l’Europe de Bruxelles plutôt que de s’y fondre. Ce n’est pas d’hier. Le Général De Gaulle l’avait clairement pressenti dans les années soixante du XXe siècle et nous, Français, le savions bien en 1972 lorsque, par le referendum organisé par le Président Pompidou, nous avons répondu majoritairement OUI pour l’entrée de la Grande Bretagne dans le Marché Commun. De ce fait, nous devrions être les derniers à nous plaindre de l’attitude britannique qui, depuis Margaret Thatcher, a été constante. Les Anglais sont entrés dans une zone de libre – échange et ont toujours refusé la supranationalité. De plus, ils sont allergiques à toute réglementation européenne qui, faut-il le souligner ?, est une accumulation de normes souvent intempestives, les agriculteurs en savent quelque chose !

                Ont-ils tort, les Godons, ou ont-ils des raisons de se méfier ? La question n’est pas là : les Britanniques sont ce qu’ils sont et ils ne changeront pas. Contrairement à la tendance très française qui consiste à appliquer la formule très brechtienne « Le peuple a tort, changeons le peuple ! » (cf les suites du NON au referendum sur la Constitution européenne), chez nos voisins d’outre – Manche, on respecte généralement l’opinion majoritaire de la population et nul ne peut nier que le mot « démocratie » ait un sens dans le Royaume – Uni…

                Sur le « Brexit », le Mouvement Normand n’a pas à se prononcer : c’est aux Anglais de décider et, quel que soit le résultat de la consultation du mois de juin prochain, il est des constantes dont les Normands doivent tenir le plus grand compte.

                C’est à propos de ces constantes que nous devons nous interroger et essayer d’en tirer des conclusions dans l’intérêt de la Normandie.

                1.- L’Angleterre est en face. De l’autre côté de la « mare aux harengs », comme l’on dit sur la côte. Cela, c’est intangible et, quelles que soient les vicissitudes de notre histoire COMMUNE – insistons sur cet adjectif -, ce qui se passe entre nos populations respectives a un grand retentissement sur la vie normande, sans doute plus qu’ailleurs en France.

                Rappelons quelques faits.

-          Pourquoi les Romains ont-ils créé une Seconde Lyonnaise organisée autour de la Baie de Seine appuyée par les môles du Cotentin et du Pays de Caux ? Parce que César et ses successeurs avaient des visées sur l’Ile de Bretagne et craignaient en retour les incursions venues de la mer.

-          Pourquoi les Normands, avant la conquête de 1066, s’intéressaient-ils tellement à la grande île celtico-saxonne ? Parce qu’à cette époque il était plus facile de traverser le Channel que d’aller de Rouen à Angers et que les relations commerciales et culturelles étaient déjà très intenses entre l’Angleterre saxonne et la Normandie.

-           Pourquoi la Conquête de l’Angleterre ? On nous dispensera de répondre à cette question…

-          Pourquoi l’extraordinaire symbiose culturelle dans l’ensemble anglo-normand, tant à l’époque de Guillaume et de ses fils qu’à l’époque des Plantagenêts ? Vaste sujet, réponses multiples… Génie administratif normand ? Réussite étonnante de l’interpénétration linguistique entre la Normandie romane et l’Angleterre saxonne qui a produit la langue anglaise ? Multiplicité des échanges commerciaux, architecturaux, culturels, qui ont forgé une conscience commune d’appartenir durant cette période à un même monde ?

-          Pourquoi la Guerre de Cent Ans, outre la querelle de la succession dynastique du Royaume de France ? Parce que la Normandie en tout premier lieu était un objectif des souverains anglais. On le vit bien durant la longue parenthèse de « l’occupation anglaise », de 1422 à 1453, durant laquelle le Régent Bedford aurait bien voulu qu’on distinguât la Normandie au sein du Royaume de France ;

-          Pourquoi l’affrontement maritime entre la France et l’Angleterre, qui, de la bataille de L’Ecluse à Trafalgar, a opposé Normands (surtout) et Anglais ? Parce qu’il s’agissait du contrôle de la mer commune de la Manche. Il en est résulté des périodes de prospérité lorsque l’antagonisme n’était pas dominant et des périodes d’affrontements et de méfiance qui s’inscrivirent dans les fortifications côtières, la création de certains ports (Cherbourg), le déclin de certains autres (Dieppe)…

-          Pourquoi l’anglomanie qui, au XIXe siècle, a saisi la France ? Parce que la Normandie, telle une éponge, s’est imprégnée des modes anglaises dont elle se sentait proche. Faut-il rappeler la naissance de l’Impressionnisme ? La création du Herd Book normand ? L’invention du roman policier français qui passe par la Normandie par le truchement du tourisme balnéaire britannique ? Que dire de l’influence anglaise en matière industrielle (textiles, métallurgie, chemin de fer) ?

Il n’est nul besoin de rappeler le débarquement de 1944 pour comprendre que la Normandie est chère au cœur de l’Angleterre… même si le crime de guerre du bombardement du Havre montre que cet attachement n’est pas exempt de jalousie…

                2.- La Normandie se situe entre le Bassin Parisien et le Bassin de Londres. Les deux capitales rivales, quoi qu’on en dise, se ressemblent : elles ont tendance à « centraliser » et à assécher de bien des manières leurs périphéries. Mais la Normandie partage, avec la Région Nord – Picardie, le privilège de se trouver entre les deux mégalopoles et d’être des lieux d’échanges entre leurs populations et leurs productions. La Normandie est l’une des portes d’entrée des ambitions anglaises en direction du continent et la population normande, plus que toute autre en France, peut avoir la prétention d’être un « people between » entre la France et l’Angleterre… Ne serait-ce que par la langue anglaise qui comprend une bonne part de vocabulaire normand, ne serait-ce que par le Droit britannique qui s’inspire directement du Droit coutumier normand…

                On remarquera que tous les faits auxquels nous faisons allusion transcendent les problématiques immédiates de la construction européenne. Ils sont antérieurs. Ils sont constants et, quoi qu’il arrive, ce seront les données lourdes d’un avenir commun et partagé.

                Qu’il ne soit pas facile de « travailler » avec les Anglais, ce n’est pas un « scoop » (sans doute en disent-ils autant de nous), mais les faits sont têtus. Il y aura toujours des liens forts entre la Normandie et l’Angleterre. Plutôt que de s’exciter sur les errances de la politique anglaise dans ses rapports avec l’Union Européenne, il faut repartir prioritairement sur des bases bilatérales, profitables pour les deux parties.

                C’est le moment ou jamais de relancer les coopérations de l’Arc Manche. On devrait se souvenir de la part prépondérante prise par Alain Le Vern, le calamiteux président de l’ex-région haute Normandie, qui, au cours de ses mandatures, fut un moteur de cette coopération (c’est le seul bilan positif de sa satrapie). La Normandie, dans cette affaire, a donné le ton. Ne faudrait-il pas que le Conseil régional de Normandie profitât de ces prochains mois, au cours desquels tout le monde glosera sur la « perfide Albion », pour relancer justement les coopérations avec les comtés du Sud de l’Angleterre ? Jusqu’à maintenant les thèmes abordés dans cette coopération transmanche ont été TANGIBLES, fondés sur le principe gagnant / gagnant et touchant des sujets CONCRETS. C’est ce qu’affectionnent particulièrement nos interlocuteurs britanniques. Brexit ou pas, qui voudrait empêcher que l’on continuât sur cette lancée ?

                D’autre part, et là, le Mouvement Normand s’adresse à la communauté universitaire normande, ne faudrait-il pas, pour échapper au dialogue par trop léonin entre les universités normandes et les universités parisiennes, que l’on développât les coopérations avec les universités du Sud de l’Angleterre ? Le moment n’est-il pas venu de créer en Normandie un « campus anglo-saxon » (ne devrait-on pas dire d’ailleurs « anglo-normand » ?), qui accueillerait, non seulement des étudiants britanniques, mais aussi des étudiants venus d’outre-Atlantique (Américains et Canadiens), spécialistes de notre histoire commune, de nos institutions de même origine, de la langue anglaise si métissée de vocabulaire et d’expressions normandes ?

                Il fut un temps où, à l’orée de l’Entente Cordiale, esquissée auparavant par Louis – Philippe – à Eu notamment – et Napoléon III, deux aristocrates normands, le marquis Stanislas de La Rochetulon – Grente et le vicomte Jehan Soudan de Pierrefitte, fondèrent le Souvenir Normand dans le but de rapprocher en priorité les Anglais d’origine normande et les Normands des Iles et du Continent… On était pourtant aux lendemains de Fachoda !

                Cet exemple doit nous inspirer. « Brexit or not Brexit », quelle que soit l’opinion que nous puissions avoir sur les Godons, malgré Jeanne d’Arc, Waterloo, Fachoda, l’anéantissement du Havre, il est indispensable de considérer la Grande Ile comme une partenaire privilégiée du devenir normand.

                                                                     DIDIER PATTE

                                                                     Président du Mouvement Normand


Commentaire de Florestan:

Tout n'est pas rose avec nos "cousins" britanniques: ainsi les accords du Touquet de 2003 entre Tony Blair et Jacques Chirac qui impose à la police et douanes françaises de sous-traiter la salle d'attente impossible des migrants et réfugiés désireux de rejoindre le marché du travail britannique qui échappe aux contraintes de l'espace dit de Schengen ou aux exigences plus sociales du continent. A l'heure où les autorités veulent éparpiller la jungle de Calais dans le sable des dunes comme on disperse la poussière sous un tapis, des centaines de migrants viennent d'arriver à Dieppe, Caen, Ouistreham et Cherbourg en croyant qu'une compagnie bretonne de ferries opérant depuis la Normandie serait moins surveillée que les ferries militarisés du Pas-de-Calais.

Une fois de plus, la Normandie, subit les aléas des relations franco-britanniques décidées depuis Paris et Londres... alors, le "people between" normand, peut-il dire quelque chose? A-t-il autre chose à proposer?

Mystère...

En attendant, lire l'excellent article signé Xavier Oriot (Ouest France édition caennaise 24/02/16) sur l'arrivée des réfugiés de Calais à Dieppe, Caen et Ouistreham:

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