Et Jules RENARD n'a pas écrit que Poil de Carotte qu'on ne lit plus d'ailleurs dans les écoles. La question de la transmission des textes des écrivains que l'on fait encore lire et découvrir dans les salles de classe, autrement dit, les "classiques" est au coeur de l'actuelle crise ou inquiétude identitaire qui s'est emparée de la France avec trois observations pénibles à faire:

1) L'herbe est toujours plus verte dans le pré du voisin que dans le sien.

2) Les étrangers apprécient parfois davantage nos trésors que nous mêmes.

3) Un pays qui ne s'aime plus ne sème plus.

Ces remarques qui valent pour la France valent aussi et surtout pour la Normandie car s'il y a une région en France qui n'existe que par la transmission d'un riche patrimoine culturel et historique c'est bien la nôtre...

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https://fr.wikipedia.org/wiki/Jean_de_La_Varende

Message aux censeurs et autres bien pensants:

Pendant la Seconde Guerre Mondiale, Jean De La Varende a choisi comme la plus notable partie des lettres françaises le risque de ne pas choisir: il ne refusa pas d'embrasser la France moisie dans les compromissions de la Défaite, de l'Armistice, de l'Occupation et de la Collaboration, fuyant la férocité des temps modernes en se réfugiant dans un passé idéalisé. Il resta en Normandie et fut même présent à Caen ruinée sous les bombes de la Libération durant l'été 1944. Epoque héroïque ou méfitique donc... La Varende a trempé dans ce sinistre jus. Mais son oeuvre est-elle moisie pour autant et à jeter à la poubelle en conséquence alors qu'elle nous raconte des choses universelles dans les secrets replis du Pays d'Ouche normand? 

Tous les livres de La Varende sont des romans d'aventures de la passion amoureuse...

Sur cette question essentielle et sensible, nous avons reçu le communiqué du Mouvement Normand qui suit au sujet de la suppression du nom de Jean De La Varende qui était autrefois donné à un collège du département de l'Eure.


 

Mouvement Normand
Communiqué n° 237 - Semaine 9 - Mars 2016
 
 
 
 
 
 
 
« La pire des absurdités pour un Normand,
c’est de méconnaître ses biens et ses intérêts »…
Proverbe normand
 

La réunification de la Normandie étant devenue enfin réalité et le nouveau Conseil régional normand étant installé, il est avéré qu’une nouvelle fierté normande réapparaît dans la population, quelles que soient les opinions de chacun. De nouvelles ambitions se font jour et l’on espère un nouveau dynamisme de la région, trop longtemps endormie et divisée contre elle-même. Sentiment d’appartenance conforté, attractivité mieux ciblée, la Normandie reprend les clefs de son devenir. L’espoir renaît.

Encore faut-il que toutes les forces vives tirent dans le même sens et que tout le monde joue le jeu de la prise de conscience normande. Dans tous les domaines…

La Normandie a beaucoup d’atouts. Encore faut-il bien les connaître. Parmi ceux-ci, relevons l’importance du patrimoine, dans toutes ses facettes, architecturale, picturale, littéraire, scientifique, sans oublier les savoir-faire et un paysage préservé, divers, souvent plantureux, riche de sa flore et de sa faune, un terroir plein de ressources qui offre des productions de qualité, comme en témoigne le nombre des A.O.C. / A.O.P. – la Normandie est l’une des régions de France où il y en a le plus !   Bref, il y a plus malheureux que nous et ce qui est désolant, c’est que nous n’en tirons pas le profit que l’on devrait en attendre. A tel point qu’on a le sentiment que la Normandie décline. Cherchez l’erreur !

Avons-nous vraiment conscience de notre héritage ? Retrouver la fierté est un combat de tous les instants et tout devrait tendre à s’approprier cet héritage prestigieux.

Un fait, anecdotique certes, a retenu notre attention ces jours-ci. A Bourg-Achard,  bourgade dynamique du Roumois, le collège, vétuste et trop exigu, vient d’être remplacé par un établissement flambant neuf, érigé pratiquement à côté de l’ancienne bâtisse. Ce collège portait le nom de Jean de La Varende, écrivain normand qu’on ne présente plus. Il a été décidé d’abandonner ce nom et le collège s’appellera désormais « Collège Simone Weil ». Pourquoi ce changement de patronage ? Pourquoi le Conseil départemental de l’Eure, qui vient de réaliser cette reconstruction, pourquoi l’Education dite nationale, qui a dû avoir son mot à dire, pourquoi la municipalité de Bourg-Achard et tous ceux qui pouvaient intervenir dans cette affaire ont-ils décidé de dégrader l’écrivain normand et de promouvoir la respectable philosophe ?

Car, que l’on nous entende bien : nous n’avons rien contre Simone Weil, décédée en exil en Angleterre durant la dernière guerre et dont l’œuvre suscite toujours l’admiration des spécialistes. Nous dirons même plus : Simone Weil nous est chère par l’un de ses livres les plus importants, « L’enracinement », ouvrage posthume édité par Albert Camus qui, en le publiant, concluait « Il me paraît impossible pour l’Europe une renaissance qui ne tienne pas compte des exigences que Simone Weil a définies ». Cette grande intellectuelle mérite pleinement que son nom soit donné à un établissement scolaire. Nous l’aurions d’ailleurs admis s’il avait été offert, par exemple, au lycée que le Roumois attend depuis des décennies… mais pourquoi Simone Weil doit-elle détroner – à son insu évidemment – Jean de La Varende ?

Jean de La Varende est un écrivain normand, du département de l’Eure, précisément. Certainement l’auteur normand le plus lu du XXe siècle, dont le style, inimitable, fascine toujours. C’était plus qu’un écrivain régionaliste : il a incarné une certaine Normandie, la décrivant magnifiquement.  A ce titre, il pouvait, il peut toujours « parler » aux élèves, car ce qu’il dépeint avec beaucoup de talent, c’est un environnement familier à ces jeunes Normands, pouvant ainsi s’imprégner de la nature normande dans laquelle ils vivent. Nous pensons d’ailleurs que les adolescents des collèges peuvent être plus sensibles à la musique lavarendienne qu’aux raisonnements subtils de Simone Weil, que l’on approche avec profit au niveau de la classe de philosophie…

Des jeunes en quête d’identité – base de la fierté normande en l’occurrence – trouveront plus de motifs d’identification chez La Varende que dans l’œuvre de Simone Weil qui suscite d’autres engouements, d’autres finalités, celles que l’on explore à un âge plus avancé. Au reste, il est vain d’opposer ces deux auteurs qui ont eu des ambitions différentes et ont œuvré dans des registres qui ne se comparent pas.

Ce que nous retenons dans cette affaire-là, c’est la mise au rencart d’un écrivain qui a illustré la Normandie et ce, à un moment où il faudrait que tout concourût à éveiller ou réveiller la fierté normande.

A moins que… A moins que – l’époque croulant de bêtise institutionnalisée – on ne se soit lancé dans une chasse aux sorcières envers un auteur politiquement incorrect… Certaines mauvaises langues laissent entendre que Jean de La Varende n’est pas très en cour en ce moment. Pensez donc, le maître du Chamblac était… monarchiste, exaltait les hobereaux et une société fleurant bon encore l’Ancien Régime. N’a-t-il pas écrit « Les manants du Roi » et autres ouvrages réactionnaires ou contre-révolutionnaires ?

Tout cela est vrai, et alors ? Au Mouvement Normand, nous avons une exigence : celle d’assumer TOUTE notre histoire, TOUT notre héritage, et nous parodierions volontiers Anna de Noailles qui versifiait :

«  Villes de monarchie ou de quatre-vingt-treize

Couvent des Augustins, club des Vieux Cordeliers

Je ne choisis pas dans la splendeur française

Et je veux, mon pays, tout ce vous vouliez »

Sans doute, Charles-Théophile Feret, le poète quillebois, a-t-il composé des vers aussi inspirés pour sa chère Normandie…

Pour en revenir à notre affaire, sachez que l’ostracisme n’est pas nouveau dans la planète enseignante : le Mouvement Normand a protesté en son temps lorsque le Lycée des Vikings, au Havre, a été débaptisé et s’est appelé Jules Verne (auteur contre lequel nous n’avions aucune hostilité, bien entendu).

C’est une manie chez certains que de dénigrer un passé, un auteur, « qui ne sont pas dans la ligne ».

Souvenir personnel : en 2006, au cours d’une commission du C.E.S.R. de haute Normandie, consacrée aux Affaires culturelles, j’eus l’outrecuidance de demander ce que la demi-région ferait à l’occasion du quatrième centenaire de la naissance de Pierre Corneille… Une vice-présidente du Conseil régional, devenue depuis parlementaire, me rétorqua sèchement que Corneille était ringard et que son œuvre dévoilait une conception de la vie aujourd’hui contestable… La brave dame avait dû lire en son jeune temps le « Corneille » de Robert Brasillach, dans lequel cet auteur maudit avait exalté l’héroïsme cornélien, qui lui rappelait les conceptions héroïques exaltées par le fascisme mussolinien… Peut-on donner plus résolument dans l’anachronisme ?

Autre souvenir personnel (Certes, le moi est haïssable, mais l’expérience d’une vie militante peut servir…) : un jour, un parlementaire de l’Eure me demanda de suggérer un nom à donner à un lycée polyvalent en construction, à Pont-Audemer… Il voulait un nom, soit d’inventeur, soit d’artiste, soit de grand industriel, soit d’économiste, qui eut un rapport avec la région. Après mûres réflexions, je lui ai proposé le nom de Le Pesant de Boisguilbert, neveu de Pierre Corneille, certainement l’un des premiers grands économistes français, Normand évidemment… Le député refusa : « Ce personnage est un inconnu », dit-il… Le lycée prit le nom de « Risle – Seine ». Deux ans plus tard, un Colloque international se tint en la Fac de Droit et Sciences Economiques de Rouen pour glorifier la mémoire et l’œuvre du « plus grand économiste du XVIIe siècle : Le Pesant de Boisguilbert »

Tout cela, finalement est navrant. Ce sont des occasions perdues d’exalter la richesse de notre patrimoine/héritage et, ainsi, de mettre en avant les Normands et la Normandie. Sans aller jusqu’à dire, comme Jean de La Varende, « Normands, premiers partout ! », un peu de fierté normande ne ferait pas de mal en ces temps où l’on cherche à redonner du tonus à une population locale que l’on a dépossédée de ses repères. Nous ferons donc une suggestion : à l’instar du Comité pour les Commémorations Nationales, il faudrait que la région créât un Comité pour les commémorations normandes qui, année après année, mettrait en avant les anniversaires de naissance ou de décès de personnages qui ont illustré la Normandie.

Au fait, 2016 n’est-elle pas l’année du centenaire de la naissance de Michel de Saint-Pierre ?

Zut ! Encore un auteur qui sent le fagot !

 

DIDIER PATTEPrésident du Mouvement Normand, Membre de l’Association « Présence de La Varende » 

                                                                  

P.S. : L’Association « Présence de La Varende » est certainement l’une des principales association d’écrivain et elle compte plusieurs centaines d’adhérents. Ses réunions sont particulièrement suivies, sur les traces le plus souvent des lieux où se déroulent les intrigues des romans du maître du Chamblac.