Pour reprendre l'expression favorite de notre ami Yves LOIR, président de l'Union pour la Région Normande dont nous publions ici régulièrement, les analyses critiques et lucides sur tous les grands dossiers vitaux normands, l'intérêt national de l'Axe Seine est devenu une "grosse blague!" à cause des procrastinations successives et partisanes d'une majorité gouvernementale peu disposée à favoriser le lancement d'un grand projet d'aménagement décidé par MM. Sarkozy et Rufenacht, les deux bêtes noirs des barons fabiusiens rouennais toujours en guerre contre cette ville du Havre, grand port concurrent et qui s'est toujours refusée ces trente dernières années à la... Fabiusie.

Si Laurent Fabius n'a pas voulu être pour la Normandie l'un de ces grands barons socialistes entreprenants qui sont capables de discuter favorablement le bout de gras indispensable sur un coin de la table élyséenne, c'est qu'outre le fait qu'il n'a  jamais voulu défendre l'unité normande (au point que François Hollande lui-même la lui impose, trois jours avant les commémorations du 70ème anniversaire du DDay de 1944), Laurent Fabius n'a jamais accepté que l'agglomération du Havre, ville ayant pourtant une belle tradition de gauche et ouvrière (les dockers par exemple) puisse durablement échapper... à la fabiusie seino-marine.

Il faut craindre d'avoir à faire ce triste constat:

A savoir que la panne du portage politique du dossier pourtant le plus vital pour l'avenir même de la Normandie, panne observée depuis novembre 2012, date du départ du haut-commissaire Rufenacht (dont la tête avait été réclamée à Ayrault par le sinistre Le Vern), n'est d'autre explication qu'une médiocre querelle politicienne.

Il était donc important d'en finir politiquement avec la Fabiusie qui s'est opposée depuis 1998 à toute idée d'unité normande entre Haute et Basse Normandie tout en portant les acides de la division en Seine-Maritime même en entretenant le clochemerle séculaire entre Rouen et Le Havre (par ex: le préfet Pierre Henry Maccionni qui avait empêché le pôle métropolitain de l'estuaire du Havre sur ordre de Fabius), voire, en divisant la gauche haut-normande contre elle-même (cf. l'infecte soupe dieppoise proposée par Le Vern).

Depuis, le 6 juin 2014 mais surtout depuis novembre 2015 (vote de la loi au Parlement de la loi permettant le retour à l'unité normande) et enfin, depuis le retour à l'unité normande elle-même, le 1er janvier 2016, avec une autre majorité régionale qui peut rassembler toutes les grandes collectivités normandes à l'exception notable de la métropole de Rouen toujours dominée par le parti fabiusien, le moment politique est donc venu de relancer la grande affaire normande de l'AXE SEINE à partir d'une coopération interrégionale plus équilibrée, plus saine (ou Seine?) que le précédent projet marqué, à la fois, par la nostalgie de la toute puissance de l'Etat central jacobin d'autrefois (le Schéma stratégique Philizot-Valls pour une subordination de fait de la Normandie utile aux intérêts grand-parisiens; le délire Paris Seine Métropole d'Antoine Grumbach) et par l'absence des moyens concrets pour la mettre en oeuvre.

Bref! Paul Delouvrier est bien mort depuis longtemps et la Normandie unifiée a fait heureusement place à la Fabiusie: la place est donc nette pour reprendre le dossier à zéro.

Mais cela supposerait que cela soit le cas pour tous les éléments de cette grande affaire:

Le CPIER Vallée de la Seine doit être refinancé et reconfiguré totalement et surtout le Schéma stratégique doit être considéré comme CADUC!

Et surtout, à Rouen, que les décideurs de la métropole mais aussi les acteurs sociaux et économiques de la première grande agglomération normande puissent découvrir ENFIN qu'il ne serait peut-être pas idiot de penser plutôt "normand" qu'une autre chose, par nature, plus indéfinissable et qui risque de n'être pas définie à Rouen... 

Laurent Fabius, lui-même, dans une sorte d'illumination mystérieuse, lors du premier colloque Axe Seine  au Havre en mai 2010, n'avait-il pas dit lui-même craindre que Rouen ne soit qu'un "territoire interstitiel"? (sic!)

L'Etoile de Normandie vient de recevoir le communiqué officiel suivant:

La Région Normandie entend relancer l'ambition de l'Axe Seine avec la Région Ile de France dans le cadre d'une grande coopération interrégionale. Nous nous en réjouissons. Mais nous n'oublions pas ici que Monsieur Grumbach lui-même nous donne un délai de 15 ans pour démontrer qu'une région normande, un tant soit peu autonome vis-à-vis de la région parisienne, est viable.

Dans le cas contraire, nous ne serions définitivement qu'une... Basse Seine de banlieue!


 

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Communiqué de presse
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> Le 13 mars 2016
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> Lancé en 2009 par l’Etat dans le cadre des réflexions sur le Grand Paris, la stratégie de l’Axe Seine repose sur une ambition simple mais fondamentale : Permettre à Paris de demeurer une ville mondiale en la reliant efficacement à sa façade maritime, à savoir Rouen et Le Havre, les ports représentant depuis le Moyen Age la clé du développement et du rayonnement. Les élus de l’Axe Seine se sont immédiatement mobilisés, se réunissant à 4 reprises pour y contribuer : en 2010 au Havre, en 2011 à Rouen, en 2012 à Paris et fin 2013 à Caen.
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> Sept ans après son lancement, l’Axe Seine est aujourd’hui en panne :

> • La Ligne Nouvelle Paris Normandie est annoncée au mieux en 2030 pour ses tronçons prioritaires. Le calendrier de la réalisation de la totalité de la ligne nouvelle est floue.
> • Les chaînons manquants pour doter les ports du Havres et de Rouen d’une liaison fret par le fer ne sont pas précisément programmés : si le projet de rénovation de la voie Serqueux Gisors avance, celui tout aussi important de la voie Amiens-Reims demeure dans les cartons.
> • Quasiment aucun des grands chantiers préconisés dès l’origine ou proposés par les rapports Rufenacht ou Attali n’ont véritablement été mis en œuvre. Quid, par exemple, du chantier de l’investissement et de l’emploi, avec l’édification de plateformes logistiques maillant le territoire de la mer à la capitale ? Que devient par ailleurs le chantier du développement durable, dont l’objectif est de favoriser la production de denrées en circuit court grâce à la proximité avec des zones agricoles  préservées ? Qu’est-il advenu du chantier du tourisme misant sur les formidables richesses naturelles, patrimoniales et culturelles de la Vallée de la Seine ?
> • L’Etat ne s’est pas donné les moyens de réaliser cette grande ambition : La délégation à la Vallée de la Seine est réduite à « peau de chagrin » et le CPIER constitue un « vaste contrat fourre-tout » alors qu’un programme d’aménagement d’intérêt national serait nécessaire.
> • Dans le même temps, la réalisation du canal Seine Nord a été approuvée par l’Etat qui a obtenu de Bruxelles une participation européenne dans le cadre du plan Junker ;
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> Hervé MORIN réaffirme l’adhésion de la Région Normandie à l’Axe Seine et l’urgence pour la France, pour la région-capitale et pour la Normandie de le mettre en œuvre. Il souligne que cette vaste entreprise représente une opportunité historique pour Paris mais aussi pour tous les territoires normands situées entre la capitale et le Havre. Le potentiel en termes d’investissements et d’emplois est formidable. 

> Hervé MORIN va proposer à la Présidente de la Région Ile de France de relancer ce dossier en effectuant une démarche commune auprès de l’Etat sur la base de projets recentrés autour des fondamentaux de l’Axe Seine à savoir éviter que Paris ne soit marginalisé, que la Normandie puisse pleinement profiter de cet axe stratégique et que la France retrouve son rang de puissance maritime mondiale et par là-même, demeure une grande puissance économique durable.

> Alexandrine SALVI
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> Conseillère presse et communication
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> Cabinet d’Hervé MORIN
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> Président de la région Normandie
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 Commentaire de Florestan:

"à savoir éviter que Paris ne soit marginalisé, que la Normandie puisse pleinement profiter": ne faudrait-il pas plutôt entendre l'inverse?

L'enjeu politique d'une gouvernance normande de la Basse Seine entre Paris et les GPM du Havre et de Rouen est, désormais, clairement posé!

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http://france3-regions.francetvinfo.fr/haute-normandie/seine-maritime/paris-rouen-et-le-havre-s-associent-pour-reconquerir-la-seine-950697.html