Une enquête fort intéressante et fouillée proposée par le seul quotidien régional normand indépendant, à savoir Paris-Normandie en date du 2 avril 2016 pose une question évidente quoique dérangeante: à l'occasion de la 3ème édition du grand festival international "Normandie Impressionniste" en cette année 2016, consacrée au portrait et qui va certainement draîner vers les musées normands des milliers de visiteurs d'avril à septembre, on serait en droit de s'inquiéter... Les musées normands, en terme d'accueil, de services proposés sont-ils à la hauteur?

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Mais au-delà de la question symbolique et prestigieuse de valoriser le magnifique patrimoine normand qui a une dimension internationale, d'en être à la hauteur, après plus de 40 années de division normande, de régression localiste, de déclin objectif du rayonnement régional, d'abaissement des ambtions et des moyens, de visions et d'habitudes rabougries sous prétexte de préférer son petit chez soi plutôt qu'une plus grande demeure chez un autre (alors qu'il s'agit de notre maison commune normande), les acteurs institutionnels normands, à l'occasion de l'unité normande retrouvée, découvrent que leur mesquinerie, leur manque d'imagination, de curiosité, pour ne pas dire leur manque de compétences en ce qui concerne la "nouvelle région" qui est pourtant depuis onze siècles la leur et la nôtre, les font nager dans un costume normand... un peu trop grand pour eux!

Le retour à l'unité normande oblige donc tous les acteurs de la société civile régionale à faire dans tous les domaines un saut qualitatif qui n'a pas été fait depuis plus de 40 années: le déclin dans la division étant aussi confortable que la... mort!

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Le festival "Normandie Impressionniste" est donc un bon exercice imposé tous les trois ans aux institutionnels normands pour les obliger à  monter en gamme, à intégrer l'exigence d'être à la hauteur du potentiel normand. (par exemple: apprendre les langues étrangères)

Raison de plus pour ne pas noyer cette belle réussite normande dans la Seine suivant en cela un schéma stratégique aussi arbitraire que technocratique imposé depuis le bureau d'un Premier ministre car, les chiffres cités ci-dessous le démontrent, le festival "Normandie Impressionniste" appartient d'abord aux Normands qui viennent en masse aux expositions et aux animations proposées...


 

Les musées normands savent-ils collectionner les touristes ?


Paris Normandie. Publié le 2 avril 2016


Culture. A la veille de la troisième édition de Normandie Impressionniste, nos musées sont-ils armés pour attirer et accueillir des visteurs venus d’ailleurs, de France ou de l’étranger ? Pas si sûr...   

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En juin 2010, 1250 Rouennais ont formé une toile impressionniste vivante pour Monet vu du ciel

 
70 % d’étrangers parmi les plus de neuf millions de visiteurs annuels du Louvre, seulement 35 % de Français dans les salles d’exposition du musée d’Orsay. En Haute-Normandie, on n’en est pas là. Même au musée des Beaux-Arts de Rouen qui concentrait en 2013 à lui seul un tiers du nombre de visiteurs, les « étrangers » ne sont pas légion : 15 % d’étrangers et 15 % de non Normands, essentiellement venus d’Île-de-France. De toute façon, on ne joue pas dans la même cour. Les quatre plus grands musées français, tous franciliens (Le Louvre, Orsay, le centre Pompidou et Versailles) absorbent 40 % de la fréquentation nationale des musées.


Et il ne suffit pas d’organiser des événements tels que Normandie Impressionniste, dont la troisième édition commence le 15 avril prochain, pour voir déferler de France, de Navarre ou de l’étranger des hordes de touristes culturels. Lors de la première édition, en 2010, 19 % d’étrangers ont été dénombrés parmi les visiteurs. Et parmi les Français, une grande majorité de Normands. En 2013, seuls 12 % des étrangers ont été séduits par le thème de l’eau dans l’impressionnisme. Personne n’ose vraiment le dire, mais le festival créé pour révéler au monde que l’impressionnisme est né en Normandie a manqué jusqu’à maintenant de visiteurs venus d’ailleurs.

Pour sa nouvelle édition c’est sûr, le festival est bien ancré dans son territoire. « À ce niveau là, notamment avec les appels à projets, la Normandie a montré son dynamisme », assure Évelyne Lehalle, directrice de l’agence nicoise Nouveau tourisme culturel, « mais ce qui est difficile, c’est d’attirer de nouveaux publics, des étrangers, des jeunes... » Pas évident pour tout le monde a priori. Certains musées, comme celui de Giverny, semblent avoir toujours intégré le tourisme culturel. Sans pour autant avoir transformé le lieu en parc d’attractions.


D’autres ont du mal à franchir le pas. Avec parfois l’impression de vendre leur âme au diable, de laisser dévoyer le travail scientifique au profit d’un tourisme « de masse ».


À Normandie Impressionniste - fort d’un budget de six millions d’euros - on l’a bien compris... Le nouveau public n’est pas en Normandie, région semble-t-il acquise à son festival. « Le Festival est labellisé Grand Tour par le ministère des Affaires Étrangères » , souligne Émilie Deram, chargée de projet au sein du Festival, « une opération de promotion va être lancée dans la gare Saint-Lazare et depuis deux ans et demi, nous travaillons avec les tour-opérateurs, grâce notamment aux grandes expositions qui se dessinaient déjà à l’époque ».

De son côté, le Comité régional du tourisme met les bouchées doubles. À l’étranger mais aussi à Paris avec un affichage sur les grands axes et en juillet sur les Champs-Élysées. De quoi attirer « les Parisiens, les touristes de province mais aussi les touristes internationaux », assure Jean-Louis Laville, le directeur du CRT. « Nous avons aussi mis en place des circuits autour de l’impressionnisme. Autour des musées et des expositions, mais aussi des animations, des sites, des paysages », explique Émilie Deram. « On ne vient pas en Normandie pour les musées, on vient pour une ou plusieurs thématiques, estime Jean-Louis Laville : l’impressionnisme, l’histoire médiévale, les plages du Débarquement. Et l’on visite notamment des musées. »


Le festival Normandie Impressionniste va-t-il cette fois booster le tourisme national et international et plus globalement la fréquentation des musées normands ? Pas si sûr. Au Havre et à Giverny, les records sont tombés respectivement en 2014 et 2011. Sans festival... 

Le profil du visiteur du festival

  • Un quinqua. Il est Français, il a entre 50 et 64 ans et est retraité ou préretraité.
  • Un habitué. Il est amateur de musées et de sites culturels, et les visite plus de 6 fois par an.
  • En couple. Il vient « à 2 personnes » au musée, principalement en famille, entre amis, ou en couple.
  • Un averti. Il connaissait déjà les liens unissant la Normandie à l’Impressionnisme avant le Festival.
  • Un informé. Il était déjà informé concernant le Festival et l’exposition qu’il visitait, principalement grâce aux médias (presse, radio, TV).
  •  Un néophyte. Il n’avait cependant jamais visité le musée dans lequel il se trouvait.
  • Un curieux. Il a visité plusieurs expositions du Festival, mais n’a pas assisté à une animation.
  • Ses dépenses. Il a dépensé en moyenne 32 € dans le musée, et 56 € à proximité du musée, principalement un repas ou une consommation dans un restaurant/bar/brasserie.
  • Ses origines. Sur 100 000 visiteurs étrangers recensés dans les grandes expositions en 2010, 20 % étaient originaires des USA, 17% de Grande-Bretagne, 9% d’Allemagne, 8% de Belgique, 7% d’Italie, 6% des Pays-Bas, 4% du Japon, 3% d’Espagne...
  • Ses origines (bis). Sur 90% visiteurs français recensés dans les grandes expositions en 2010, 53% sont venus de Seine-Maritime, 10% de l’Eure, 2% du Calvados, 4% de la Manche et 1 % de l’Orne. Pour résumer, 70% des visiteurs Français sont venus de Normandie, et 30% d’autres régions.
  • En liberté. En 2013, la part de visites libres, non guidées, était de 87% contre 92% en 2010.
  • À l’hôtel. En 2010, 28% des visiteurs en séjour ont résidé à l’hôtel.

À Giverny, une clientèle chouchoutée


9 h 50, la grille du musée des Impressionnismes de Giverny, dans l’Eure, est encore fermée. Une jeune touriste américaine, à vélo, poncho jaune pour se protéger de la pluie, s’en inquiète. Et dans un français juste un peu hésitant se renseigne en même temps sur la localisation de la maison Monet, 300 m plus haut.
À l’entrée du village, trois panneaux annoncent la couleur : la maison Monet, le musée des Impressionnismes et la direction des parkings visiteurs obligatoires. Des parkings arborés et gratuits. Ici, tout le monde semble concerné par l’accueil des 800 000 touristes qui arpentent les rues du village chaque année. Même la dame pipi propose, gracieusement et avec le sourire, une carte touristique.

Au musée des Impressionnismes de Giverny, on mêle depuis longtemps déjà l’impressionnisme et le tourisme culturel, « avec un savant mélange de très populaire et d’accessible qu’est l’impressionnisme et des choses plus pointues, » souligne Frédéric Frank, directeur du musée depuis fin 2014. « À Giverny, les visiteurs veulent voir des Monet, nous avons sollicité des dépôts de musées partenaires : Orsay, Rouen, la fondation Terra, mais aussi le lycée Monet de Paris qui possède Nymphéas avec rameaux de saule ».  


L’exposition consacrée à Caillebotte, peintre et jardinier, vient tout juste de démarrer. Un choix osé avec ce peintre longtemps tombé dans l’oubli jusque dans les années 70 et 80. « C’est que j’appelle nos chemins de traverse, notre façon d’apprendre quelque chose sur l’histoire de l’art, sur les artistes. »  
La recette semble fonctionner. Le musée se classe régulièrement premier musée d’art de Normandie. Aidé, il est vrai, par l’aura internationale de Giverny, connu dans le monde entier. La preuve, seuls 25 % des 180 000 visiteurs viennent de Normandie, un tiers vient d’Ile de France toute proche et 35 % sont étrangers. Une raison évidemment suffisante pour les chouchouter. Les audioguides sont proposés en quatre langues et les livrets d’accueil pour l’exposition Caillebotte en huit langues ! Les vingt-deux saisonniers embauchés chaque année pour l’ouverture du printemps sont triés sur le volet.

« L’anglais est obligatoire, une deuxième voire une troisième langue très appréciée » explique Hélène Furminioux, responsable du service des publics. « Et celui qui parle japonais, allemand et anglais sera accueilli les bras ouverts, » sourit la responsable.

Mais l’accueil du public ne se veut pas seulement international. Avant chaque grande exposition, tout le personnel sans exception a droit à une visite guidée avec Marina Ferreti-Bocquillon, directrice scientifique du musée. Histoire de permettre à tous de s’imprégner. Et le cas échéant de renseigner. Depuis des années, l’accueil des tout-petits, dès 3-4 ans, est privilégié. « Il y a quinze ans, on entendait les visiteurs s’interroger : à quoi cela sert, ils ne comprennent rien à cet âge-là, » se souvient Hélène Furminieux. Une galerie leur est aussi réservée.
Il est presque midi. Les salles d’exposition du musée sont bien remplies. « Ils viennent de terminer la visite de la maison Monet. Ils viennent chez nous ensuite. » Admirer des tableaux cette fois.   
Olivier Cassiau   

  • Caillebotte, peintre et jardinier, tous les jours de 10 h à 18 h au musée des Impressionnismes de Giverny. Tarifs 7 et 4,50 €.  

À Rouen, le chantier reste encore ouvert


Prudence, prudence. Au Musée des Beaux-Arts de Rouen, on s’apprête à aborder avec optimisme, fierté mais aussi modestie la nouvelle grande exposition (*) que l’établissement accueille dans le cadre de la troisième édition du festival Normandie impressionniste. Après le record de 2010 (240 000 visiteurs), en 2013 les Éblouissants reflets avaient été en deçà des prévisions (183 000). Son conservateur en chef et directeur de la toute nouvelle Réunion des musées métropolitains (RMM), Sylvain Amic, a retenu la leçon et avance à pas feutrés. « On est prudents. En année ordinaire, on est sur un objectif de 50 000 visiteurs. Là, le tripler ce serait bien. Le public a bien compris qu’y avait ici une créativité. On est en train d’entrer dans une sorte de normalité du festival ».


Contrairement à ce que pourrait laisser croire le positionnement résolument national du festival, les touristes restent largement minoritaires. « On observe assez peu de mouvements à l’extérieur de la région. Les mobilités régionales sont encore assez faibles » pèse le responsable. En 2013, les touristes étrangers n’ont représenté que 15 % des visiteurs, à la même hauteur que ceux provenant d’Ile-de-France. Une jauge qui évolue peu mais qu’il faut entretenir. « La régularité passe aussi tous les ans par une communication nationale. Là, il y a des habitudes qui se créent ».


Reste que l’offre de services proposés ici aux touristes atteste bien qu’ils sont loin d’être une priorité. Les fascicules et plaquettes de présentation de la collection ne sont déclinées qu’en anglais, les audioguides ne pratiquent la langue de Shakespeare qu’exceptionnellement pour l’exposition à venir. Pour l’occasion, les visites guidées pour des groupes, proposés habituellement en anglais et allemand, le seront en italien. Résolument décidé à ne pas céder à la tentation, voire la mode des expo-événements (« notre fondamental ce sont les collections »), Sylvain Amic concède volontiers que le musée doit aussi se concevoir comme un lieu d’usage touristique. Et réaliser plus d’efforts dans ce sens. « Les métiers de l’accueil et de la surveillance évoluent. Nous venons d’engager un cycle de formation en anglais du personnel (NDLR : 45 personnes en deux équipes pendant le festival). Après des tests d’évaluation, nous l’avons réparti en groupes de niveau afin que tout le monde ait au moins des bases de vocabulaire ».

Et si à chaque vernissage d’exposition le musée ferme ses portes, c’est pour permettre à ceux qui vivront avec pendant plusieurs semaines de s’en imprégner lors d’une visite commentée. « On s’interroge aussi sur les fonctions d’accueil pour des visiteurs qui arrivent au musée pour la première fois » relève également Sylvain Amic, qui a vu la fréquentation quotidienne quasiment doubler depuis janvier et l’ouverture à la gratuité de la collection permanente.  


La promesse d’un Quartier des musées  


À Rouen, la création du festival a accompagné aussi la prise de conscience du potentiel touristique du patrimoine muséal de la ville. La mise en scène d’un « Quartier des musées », dans le centre historique va accompagner naturellement le touriste à travers six des neuf musées de la métropole. « Une telle densité de musées est unique en France ! »

Le premier chantier du square Verdrel est annoncé pour l’automne prochain pour une livraison en 2019 et la refonte des « fonctions d’accueil » du Musée des Beaux-Arts va faire l’objet de première études. « En 1992-93, le musée a été pionnier dans ce domaine avec un restaurant, un auditorium, une boutique. Mais aujourd’hui ses prestations ne sont plus à niveau » reconnaît le conservateur. Et le touriste est si exigeant...

  •  (*) Scènes de la vie impressionniste, du 16 avril au 26 septembre au Musée des BeauxArts de Rouen.