70 ans, à l'échelle de la vie séculaire d'une ville, c'est le temps qu'il faut pour effacer dans un centre ville les traces des destructions massives causées par la guerre...

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Croix de Lorraine de la Libération, Légion d'Honneur, Grande croix de guerre, la ville de Caen, en tant que personne morale ne manque pas de... breloques qui ne lui rendront jamais ses beautés architecturales parties en fumée durant l'été 1944!

Il a fallu, par exemple quelque 70 années pour que les églises caennaises soient entièrement réparées et retrouvent leur mobilier et leur décor après les destructions et les incendies de l'année 1562, au moment des Guerres de Religion. Les bombes de 1944 ont cependant causé de plus grands dommages que les Protestants du XVIe siècle puisque près de 70% de la ville d'avant-guerre était en ruine à l'instar d'une ville allemande ou polonaise...

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Ainsi en a jugé bon le tristement fameux général d'aviation britannique Harris!

Mais alors que le processus de reconstruction urbain semblait terminé en France depuis la fin des années 1960 (avec des travaux de restauration qui se sont poursuivis sur certains monuments et églises notamment en Normandie jusqu'à la fin des années 1980), il s'est brutalement réveillé dans les pays dits de l'Est après 1990 et la fin de l'ère glaciaire soviétique et la réunification allemande: la question de reconstituer ex nihilo le patrimoine disparu en 1945 sous les bombes ou dynamité pour raisons idéologiques dans les années 1950/1960 par les dictatures communistes pro-soviétique s'est posée avec urgence, l'exemple de la reconstruction à l'identique du vieux Varsovie (1951 -1960: reconstruction classée à l'UNESCO) servant de justification...

Voir sur le site de l'UNESCO la présentation de cette reconstruction à l'identique d'un centre ville ancien complet avec l'exposé complet de la doctrine scientifique du projet...

http://whc.unesco.org/fr/list/30/

En voici un extrait pour le moins édifiant:

"La reconstruction du Centre historique de Varsovie contribua énormément aux changements dans les doctrines relatives à l’urbanisme et à la sauvegarde des quartiers urbains dans la plupart des villes d’Europe après les destructions causées par la Seconde Guerre mondiale. En même temps, cet exemple illustre l’efficacité de l’action des conservateurs du patrimoine dans la deuxième moitié du XXe siècle, qui a rendu possible la reconstruction intégrale de cet ensemble urbain complexe.

La reconstruction de la Vieille ville fut mise en œuvre de manière cohérente et systématique à partir d’un projet élaboré par le Bureau de reconstruction de la Capitale dans les années 1945–1951. Le projet s’appuyait sur l’idée que toutes les structures datant de la période du XIVe au XVIIIe siècle qui avaient échappé aux destructions de guerre, dont la disposition des rues du Moyen âge tardif, la place du marché et d’autres places ainsi que les murs d’enceinte, devraient être utilisées. La reconstruction se basait sur deux principes : premièrement, elle devait s’appuyer sur les documents d'archives crédibles lorsqu'ils étaient disponibles et deuxièmement, reproduire l’image de la ville de la fin du XVIIIe siècle, période pour laquelle une iconographie détaillée et de nombreux documents d’archives historiques étaient disponibles. On disposait également de l’inventaire des monuments historiques établi avant 1939 et après 1944, ainsi que du savoir et de l’expertise des historiens de l’art, des architectes et des conservateurs. Les archives du Bureau de reconstruction de la capitale, où sont conservés les documents relatifs aux dommages de guerre et aux projets de reconstruction, furent inscrits en 2011 au Registre de la Mémoire du monde de l’UNESCO."


L'exemple symbolique de Varsovie démontre que la question de reconstruire ou non à l'identique un bâtiment isolé, un îlot bâti voire un quartier urbain entier ne devrait dépendre que de considérations objectives et scientifiques: l'état de conservation des vestiges subsistants, l'archéologie, la richesse de la documentation ancienne permettant une reconstruction à l'identique authentique par la mise en oeuvre des matériaux et des méthodes de l'époque de la construction du patrimoine architectural à restaurer ou à restituer.

Si, en dépit d'un dossier scientifique solide, un patrimoine architectural détruit au cours de la Seconde Guerre Mondiale n'a pas été reconstruit à l'identique ou n'a été que restauré ou restitué partiellement, il faut donc avoir le courage intellectuel de dire qu'après une destruction pour des raisons idéologiques au cours de la guerre ou après, ce sont d'autres raisons idéologiques plus ou moins justifiables qui en ont interdit la restauration à l'identique.

La Charte dite de Venise adoptée en 1964 précise d'ailleurs le cadre: la reconstruction à l'identique est définie dans son article 15 de façon particulièrement scrupuleuse et prudente pour en limiter au maximum l'usage ou l'utilité sous prétexte de laisser en place la trace authentique du passage de l'Histoire avec une "grande hache" comme disait Pérec alors que les périodes historiques qui ont précédé le grand cataclysme du XXe siècle ont plutôt authentiquement opté pour toutes les solutions de reconstruction après une destruction. La vie est ainsi faite sauf lorsque l'idéologie décide de gouverner toute la réalité...

http://www.icomos.org/charters/venice_f.pdf

Ainsi, on doit hélas constater que pour la conduite des chantiers de restauration et de reconstruction d'après 1945, les services des Beaux Arts en France eurent une passion plus idéologique que scientifique qui aura pu faire ressembler notre beau pays aux démocraties populaires de l'Europe de l'Est:

Il est d'ailleurs piquant de noter qu'en Pologne la reconstruction scientifique à l'identique de Varsovie fut possible alors qu'elle fut refusée à toutes les populations des villes françaises sinistrées par les bombes de la Libération sauf à Saint Malo.

Et encore... Car, à y regarder de plus près, le projet conduit par l'excellent Louis Arretche n'est pas une reconstruction historique à l'identique scrupuleuse comme à Varsovie mais seulement une reconstruction à l'identique partielle réduite aux éléments classés MH (en France c'est l'adminisration qui décide, pas l'archéologie) tandis que pour le reste, il s'agit d'une véritable rénovation urbaine sur table rase qui se déguise en malouinière: Vous avez dit pastiche?

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Les immeubles classés MH ont seuls le privilège de bénéficier d'une restitution à l'identique: la France est un pays d'Ancien Régime y compris pour les vieilles pierres... Pour exister en France il faut un statut!

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Le pastiche de l'ancien Saint Malo: totalement assumé! Saint Malo est donc un cas unique... pour le pastiche historiciste tout comme Varsovie est un cas unique pour une reconstruction à l'identique... authentique et scientifiquement conduite.

Immeuble de la rue des Orbettes, Saint-Malo

Saint-Malo "intra-muros": Avant-guerre, cet immeuble n'existait pas...

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En grisé: ce qui restait debout après les bombes de 1944. En noir: reconstruction à l'identique. En blanc: reconstruction moderne "pastichant" l'ancien avec de la poudre de granit mélangé au béton!

Pendant ce temps, dans la Normandie dévastée par le DDay, dans les ruines de Saint Lô, un jeune architecte talentueux des Monuments Historiques cornaqué par son administration centrale, décidait de ne pas reconstruire la façade occidentale de l'église Notre Dame et de disperser dans les remblais de la ville nouvelle le matériel archéologique patiemment rassemblé dans les décombres par son prédécesseur qui avait le projet d'une restitution à l'identique...

Avant-guerre:

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L'état après le terrible été 1944:

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L'état après l'achèvement des travaux de restauration dans les années 1970:

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Yves-Marie Froidevaux a donc imposé idéologiquement le parti de faire de l'église Notre Dame l'église "martyre" de la "capitale des ruines" avec l'arasement du pilier central de la tour nord qui était encore debout et la construction d'un mur écran "cicatrisant" en schiste vert du Nord Cotentin: en 1953 le jeune architecte justifia son parti pris devant une commission supérieure des MH dubitative, à la fois, par l'idée morale du martyre et par l'idée de disparition de toute esthétique pittoresque médiévale dans la nouvelle ville haute reconstruite telle une cité administrative autour du bâtiment imposant de la préfecture.

Les sinistrés Saint-lois subirent ce parti pris comme le plus amer des crèves coeur car on leur avait promis que leur ville serait reconstruite à l'identique justement! Le conseil municipal de Saint Lô décida de ne pas participer au financement de la restauration du monument le plus symbolique de la ville: en conséquence, les travaux de restauration traînèrent jusqu'aux années 1980.

Attention! N'allez pas croire que Monsieur Froidevaux était un architecte trop médiocre pour conduire un projet de reconstruction à l'identique...

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L'abbatiale de Lessay (Manche) dont les voûtes sur ogives datées du XIe siècle, les plus anciennes de France, furent ravagées en 1944: elles furent entièrement rétablies à l'identique par Yves-Marie Froidevaux: la pureté austère romane était plus en grâce chez les architectes MH de l'époque que les inutiles complications décoratives d'un art gothique décadent... Deux poids, deux mesures donc!

 

En 2003, votre serviteur avait agité, en vain, la possibilité de reconstruire la façade de l'église Notre Dame de Saint Lô à l'instar de ce qui se fait désormais en Allemagne, notamment à Dresde où la cathédrale luthétienne Notre Dame détruite en février 1945 par les bombes de la RAF a été reconstruite à l'identique. Nous avions même pu permettre l'envoi d'un courrier du maire de Dresde d'alors, Monsieur Ingolf Rossberg au maire de Saint Lô d'alors, un certain François Digard dont on pourra faire rimer le nom bien malheureusement!

La Manche Libre avait puissamment relayé l'idée: en vain car cette idée de reconstruction à l'identique ne fut jamais considérée par les autorités comme sérieuse, tout au plus comme une belle idée romantique (puisqu'il s'agit de "vitrifier" des ruines... plutôt que tourner la page douloureuse en réconciliant le passé et l'avenir).

http://www.lamanchelibre.fr/actualite-12466-eglise-notre-dame-saint-lo-deux-fleches-pour-l-avenir.html

La peur du "pastiche" avait  donc encore frappé! Avec, dans le cas Saint Lois, des justifications morales pour ne pas dire moralisatrices ou culpabilisantes qui cachent, peut-être les vraies raisons: un dossier trop complexe à gérer et qui serait... trop coûteux!

En revanche, en Allemagne, l'actuelle campagne de restitution à l'identique des monuments et quartiers urbains centraux détruits en 1945 est largement financée par le public sur Internet ou par de grandes fondations privées.

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Reconstruction à l'identique en cours de l'Altmarktplatz de Dresde en suivant la doctrine qui avait été utilisée à Varsovie.

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Reconstruction à l'identique des façades extérieures du château de Berlin qui abritera une médiathèque un musée et un centre commercial (fin du chantier en 2019)

http://www.berlinois.fr/Brandenburg/Potsdam/Schloss/BN_001.jpg

Reconstruction à l'identique du château royal de Postdam dynamité dans les années 1960: inauguré en 2013, le nouveau palais abrite le landtag de Brandebourg.

Lire ci-après, le point de vue allemand sur la question de la reconstruction à l'identique: pragmatique et scientifique avec pour objectif principal, la reconstruction identitaire collective des villes allemandes massivement détruites par l'inepte stratégie du "bombing carpet" des Alliés de 1942 à 1945, une problématique qui concerne AUSSI nos villes normandes! Non? Il ne s'agit pas de "disneylandisation" mais bien d'achèvement du processus de reconstruction.

http://berliner-schloss.de/fr/phenomene-de-la-reconstruction/

S'il y a des contreverses et des polémiques, et il y en eut avec des sujets aussi sensibles que l'histoire allemande de ces cent dernières années, elles sont tranchées ou presque sur la place publique et surtout sur la base d'un dossier scientifique et archéologique solide: en France, centralisme jacobin oblige, on peut toujours attendre car l'administration est la seule juge de l'intérêt général au nom de la compétence supposée des hauts fonctionnaires... C'est donc en invoquant, une fois de plus, la crainte du pastiche qu'elle vient d'interdire le très beau projet pédagogique portée par la municipalité communiste (un comble...) de Saint Denis (93) de restitution à l'identique de la flèche sud de sa basilique du XIIIe siècle qui abrite les tombeaux des rois de France.

http://www.tourisme93.com/basilique/remontage-de-la-fleche-de-saint-denis.html

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http://www.lejdd.fr/JDD-Paris/Actualite/La-basilique-de-Saint-Denis-veut-monter-en-fleche-595771

François Hollande en septembre 2015 a visité la basilique de Saint Denis: le projet de restitution a été évoqué... Oui oui, on verra!

http://www.tourisme93.com/reconstruction-de-la-fleche-de-la-basilique-saint-denis.html

Un comité de soutien présidé par Erik Orsenna (décidément! il est partout celui-là...) a été créé avec, pour mission principale, celle de convaincre la DRAC de l'Ile de France car la basilique de Saint Denis est un monument de l'Etat qui doit rester en... l'état!

https://resistanceinventerre.wordpress.com/2015/03/15/patrimoine-basilique-saint-denis-faut-il-restituer-la-fleche-manquante-ou-laisser-ledifice-en-letat-deux-ecoles-de-pensee-saffrontent/

Bref! les doctrines idéologiques de restauration changent avec leurs époques comme les modes. Ce qui est possible en Allemagne pour les pierres ne l'est pas encore en France sauf pour le bois flotté avec la restitution à l'identique de l'Hermione:

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L'Hermione, la frégate de La Fayette à son retour d'Amérique, devant la place de la bourse de Bordeaux...

A moins que la société civile elle-même ne se charge du travail comme à Guédélon (Bourgogne) où se déroule un chantier exceptionnel d'archéologie expérimentale, la création ex-nihilo et dans les conditions de l'époque d'un château du début du XIIIe siècle, faute de pouvoir faire la même chose à partir d'une ruine authentique jalousement gardée par les Monuments Historiques!

http://www.guedelon.fr/fr/

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Pour rester en Normandie, on ne pourra que citer le chantier de reconstruction à l'identique mené depuis 1959 sur le site de l'abbaye prémontré de la Lucerne d'Outremer (Manche) à l'initiative de l'abbé Lelégard:

AVANT (état dans les années 1970)

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APRES (état en 2016)

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 BREF! QUAND ON VEUT ON PEUT!

Et la peur du "pastiche" ne suffisant plus, le refus de la restitution à l'identique ne doit pas se cacher derrière le dernier alibi à la mode: celui de se défiler en proposant une restitution virtuelle numérisée en 3D du monument ou de la ville disparue. L'informatique et le numérique, outils formidables et très pédagogiques devraient, au contraire, participer à la modification du réel au lieu de contribuer à la fabrication d'un monde idéal parallèle à une réalité trop dure, trop complexe qui exige que l'on fasse encore des choix concrets et que l'on prenne des décisions: on appelle ça faire de la politique! une vieillerie d'antiquaire?

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L'association Cadomus a numérisé en animation virtuelle 3D l'ancien hôtel de ville de Caen détruit en 1944... Justement!

http://www.cadomus.org/

Avant 1944, la place de la République à Caen ressemblait à cela:

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Après les bombes de 1944, des quatre côtés de l'ancienne place royale du XVIIe siècle, ne restaient que les côtés Nord et Sud. Le côté Est dont il ne restait qu'une seule maison a été reconstruit dans les années 1950 dans un style historiciste "pastichant" l'époque classique:

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La place de la République en 1970 avant sa défiguration par le parking souterrain qui sera créé en 1973 avec ses rampes d'accès et sa fontaine en béton hideuse qui fuit dans les sous-sols...

Mais  le 4ème côté, c'est à dire l'emplacement de l'hôtel de ville ne sera jamais reconstruit car le projet présenté en 1950 de reconstruction in situ ne sera jamais approuvé par le conseil municipal qui préféra migrer en 1963 dans les vastes et monumentaux locaux de l'ancienne abbaye aux Hommes. C'est donc la dernière friche datant de 1944 encore en place dans le centre ville de Caen.

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Derrière le rideau de platane et à la place du parking administratif ombragé sous les tilleuls se trouvait l'ancien hôtel de ville de Caen, ancien grand séminaire Saint Jean Eudes, un palais urbain datant du XVIIe siècle.

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Mais depuis le 18 mars 2016, les Caennais ont été officiellement informés de la volonté de l'actuelle municipalité de lotir enfin à cet emplacement: en projet, une halle commerciale de 5600 mètres carrés destinée au commerce alimentaire avec une façade nouvelle à construire au droit de l'ancienne afin de redonner à la place de la République la dimension et la volumétrie qu'elle avait avant la guerre.

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Pour prendre connaissance de l'appel à projets publié par la mairie de Caen avec un retroplanning imposé particulièrement court pour permettre l'élaboration d'un projet de qualité (choix du projet définitif: 11 juillet 2016 !!!)

http://caen.fr/actualites/avis-dappel-projets-place-republique-parking-en-surface

Compte tenu de tout le contexte que nous avons rappelé plus haut, on ne pourrait qu'applaudir à cette courageuse initiative... Mais, car il y a un mais, il faut craindre un enfer pavé de bonnes intentions: un projet de restitution à l'identique, ne serait-ce que de la façade voire, seulement, du portail monumental de l'ancien séminaire n'est SURTOUT PAS envisagé!

Pourtant, si l'on avait le courage d'appliquer à Caen la doctrine scientifique appliquée à Varsovie, la restitution partielle ou totale de l'architecture extérieure de l'ancien hôtel de ville serait possible: le dossier documentaire historique et archéologique de ce monument vient même de faire l'objet d'une recherche récente et passionnante proposée par Christophe Marcheteau, le conservateur de la bibliothèque du musée des Beaux arts de Caen...

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http://www.antiquaires-de-normandie.org/article.php3?id_article=281

Les élus de l'actuelle majorité municipale caennaise nous ont assuré qu'ils pris ont connaissance de cette étude indispensable mais il est à craindre que ce projet architectural sensé être piloté par la seule promotion immobilière privée française peu sensibilisée aux questions patrimoniales (contrairement à ce qui se fait en Allemagne), ne soit une vraie catastrophe esthétique et que le maintien en l'état des lieux ou de fusionner les deux espaces pour en faire un grand parc public ne soient finalement préférables!

La situation est donc pour le moins paradoxale: celle d'avoir à demander à un fast food de faire de la gastronomie, une gastronomie qui n'existe pas qui plus est car, il s'agit de gérer un nouveau"ni ni" bien français: ni restitution à l'identique (gare au pastiche entend-t-on déjà...) ni création totalement contemporaine! Avec, en plus, un nouveau parking souterrain à créer (400 places) et des vestiges archéologiques dont on ne sait que faire!

C'est pourquoi nous avons décidé d'agir en interpellant la municipalité:

http://www.tendanceouest.com/actualite-134981-a-caen-la-derniere-friche-de-1944-en-passe-de-disparaitre.html

A Caen, la dernière friche de 1944 en passe de disparaître

11h27 - 08 avril 2016 - par M.G

Sans trop le savoir, les Caennais verront bientôt disparaître la dernière friche des bombardements de la Seconde guerre mondiale, dans leur centre-ville.

Les élus caennais ont cet hiver lancé un appel à projet pour faire sortir de terre une halle sur 40% de l'actuel parking en surface, voisin du siège du Conseil départemental. "Et c'est là que se tenait avant la Libération, l'hôtel de ville de Caen", rappelle Philippe Cléris, du Collectif "Bienvenue en Normandie". En 1949, un projet de reconstruction avait été proposé, avant d'être rejeté en conseil municipal. Près de 70 ans plus tard, les élus souhaitent y implanter un lieu de commerce, avec une place importante réservée à la restauration et aux produits du terroir.

Philippe Cléris fait partie des Caennais qui surveilleront de près l'éclosion de ce nouvel espace de vie. "Ce qui est bien, c'est que le passé de cette place soit pris en considération, avec notamment une construction envisagée au droit de l'ancienne façade, mais je trouve le calendrier très court, et je crains qu'on ne bâcle cet espace, notamment en privilégiant du béton plutôt que des matériaux nobles comme c'est le cas dans beaucoup de projets issus de la promotion immobilière privée."

Du côté de la mairie, la sérénité prévaut. "Refaire de l'ancien avec du nouveau est rarement une réussite, prévient Sonia de la Provôté, maire adjointe à l'urbanisme. Cette halle va naître en partie sur des ruines, et on peut imaginer qu'elles seront valorisées dans le projet retenu". Début de réponse le 11 juillet prochain lors de la présentation de l'équipe retenue dans le cadre de l'appel à projets.


  • Voir notre compte rendu de la réunion publique du 18 mars dernier présentant le projet et notre réflexion sur l'avenir du site:

projet_place_de_la_R_publique

  • Voir notre courrier envoyé au DRAC de Normandie, M. Jean-Paul Ollivier pour l'alerter: il faut un vrai concours d'architecture pour les façades extérieures disjoint du projet commercial proprement dit. La question d'une restitution à l'identique de tout ou partie du monument disparu en 1944 doit être enfin posée clairement aux citoyens caennais (référendum local?)

lettre_au_DRAC_Place_de_la_R_publique

La reconstruction patrimoniale à l'identique est possible à Caen:

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L'église Saint Pierre de Caen, symbole de la ville, a perdu son admirable flèche de pierre du XIVe siècle (85 mètres de haut) abattue par un obus de marine anglais au début du débarquement de juin 1944... L'église et son clocher ont été scrupuleusement reconstruits à l'identique par les Monuments Historiques (1957):

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Alors qu'à Rouen, notre métropole normande, la cathédrale va bénéficier d'un ambitieux programme de restauration à l'identique d'éléments décoratifs extérieurs disparus, non pas en 1944 mais en... 1822 (restitution de la charpente du chevet dans son état du XVIe siècle avec tous ses grands décors de faîtage):

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Il serait dommage que la ville de Caen qui prétend être la capitale "politique" de l'unité normande ne puisse pas bénéficier d'un projet architectural patrimonial et monumental tout aussi ambitieux! Alors messieurs dames les élus de Caen, un peu de courage SVP!

L'Etoile de Normandie suivra ce dossier patrimonial normand essentiel de très très près...