On s'en souvient, la très intéressante étude génétique conduite par l'université anglaise de Leicester en partenariat avec le pays d'art et d'histoire du Clos du Cotentin depuis l'année dernière avait suscité une vive polémique et, comme souvent, bien inutile!

Certes, le sujet était sensible puisqu'il s'agissait de démontrer par la génétique la stabilité et la cohérence d'un groupe de population ayant des origines précises (en l'occurrence, norvégiennes) sur une très longue période. Un groupe de plus quatre-vingts volontaires issus du Nord Cotentin et portant des patronymes ayant une origine scandinave claire (ex: Ingouf, Anquetil, Toutain...) s'est prêté au jeu.

Les résultats de l'étude ont été présentées officiellement à Valognes, il y a quelques jours et ont confirmé deux choses:

1) Les ancêtres scandinaves font bien partie de l'universelle race humaine

2) Les connaissances des historiens médiévistes et archéologues normands sont confirmées par la génétique: le Nord Cotentin a été peuplé au cours des années 860 par des colons norvégiens et leurs affidés celtes chassés d'Irlande par une révolte contre eux. Les résultats génétiques ont confirmé que les Norvégiens venus s'installer dans le Nord du diocèse de Coutances ne sont pas venus directement de Norvège mais qu'il s'agissait d'une seconde ou d'une 3ème génération déjà installée en Irlande.

Confirmation donc que la Normandie est une terre de brassage et d'assimilation des populations, à commencer par les Danois du chef Rollon qui, sur ordre de leur chef se sont très vite assimilés à la civilisation gallo-franque chrétienne qui les a vu venir s'installer: Pierre Bouet, dans son dernier ouvrage consacré au chef proscrit norvégien fondateur de la Normandie, de rappeler que Rollon avait parfaitement compris qui lui fallait devenir Robert 1er en la cathédrale de Rouen, en acceptant le baptême chrétien et le soutien de l'archevêque métropolitain de Rouen désireux de contrôler à nouveau les 7 diocèses de l'ancienne Seconde lyonnaise: le cadre du futur duché de Normandie était donc déjà en place!

A condition de chasser les Bretons qui occupaient le diocèse d'Avranches et le sud du diocèse de Coutances mais aussi de réduire à l'obéissance ces fameux "Iro-norvégiens" du Nord Cotentin qui font encore parler aujourd'hui!

(Ouest France, 24/04/16)

vikings


 

  • Lire ci-après l'éclairage proposé par Draner, un étoilien fidèle qui a assisté à la soirée de restitution de l'étude de l'université de Leicester le 22 avril 2016 à Valognes (50) - (voir aussi: JT de 12h de France 3 Normandie Caen du 23 avril 2016.)

"Les Normands sont-ils bien des descendants des Vikings ? Des chercheurs anglais travaillent sur la question depuis un an après avoir recueilli l’ADN de volontaires dans le Cotentin et ça aurait pu se faire dans le Pays de Caux, les résultats sont enfin disponibles avec une surprise.

L’empreinte est là mais il existe bien d’autres marqueurs notamment ceux d’Afrique du Nord, des explications :

Le Cotentin cerné par les eaux, tourné vers le Nord, le décor idéal pour ceux qui se rêvent en héritiers directs des vikings, une histoire fantasmée que la génétique aujourd’hui vient tempérer : oui des vikings ont bel et bien débarqué au IXème siècle dans le Cotentin, des milliers de Noroits venus probablement des Iles de Man mais les traces génétiques de cette diaspora ne ressortent pas de façon aussi nette qu’espéré.

Etes-vous viking (question du journaliste dans la salle de réunion du CR scientifique au chercheur anglais) ?

« Oui et non ou peut-être une réponse de normand ». Difficile à avaler pour les 89 hommes qui ont donné leur ADN et participé à l’étude menée par l’Université anglaise de Leicester, au final une quinzaine auraient des gènes viking certains. La génétique historique est toujours pleine d’ambiguïté mais quand même dans l’échantillon qu’on a il y a des marqueurs génétiques qu’on trouve plus souvent dans les pays scandinaves maintenant et ce seront peut-être des marqueurs que les vikings ont laissé dans la Normandie.

En fait, la seule indication incontestable qui ressort de l’étude concerne nos voisins bretons dont les gènes seraient étrangement très éloignés des nôtres : « il est frappant de constater à tel point ces deux duchés semblent être génétiquement différents ».

Le Cotentin génétique est donc clairement tourné vers le Nord :

Micro-trottoir du journaliste parmi les participants dans la salle de restitution des résultats de l’étude à Valognes :

« on se sent plus dans notre tête, je dirais, anglais, on se sent plus de ce côté là, tirés vers le Nord plus que vers la Bretagne ? »

« c’est clair, c’est sûr, ça c’est sûr. »

Un peu d’humour pour une étude qui avait fait polémique, l’utilisation des gènes étant particulièrement sensible en France :

Réponse de Julien Deshayes, historien présent à Valognes et concerné par cette étude qu’il appuyait « Richard, avec son sens de l’humour, a commencé par montrer justement les échantillons rapprochés de l’Afrique du Nord ou du Moyen-Orient, et donc par rapport à la polémique que vous connaissez je trouvais ça particulièrement drôle parce que ça montre justement ce que l’on dit depuis le début c’est qu’en aucun cas il ne s’agirait de définir je ne sais quelle « normanitude » absolue ou parfaite mais qu’au contraire on voit qu’on est issus de cet énorme brassage, de cette grande mixité et que c’est bien plus une école de la tolérance que de la ségrégation, quoi ! »


 

Commentaire de Florestan:

Précision à l'attention de Julien Deshayes, la "Normanditude" n'a rien à voir avec une quelconque origine génétique. C'est un état d'esprit propre aux Normands à cause de ce qu'ils vivent en Normandie, grâce à la Normandie.