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Caen, table rase en 1944: plus de 70% de la surface bâtie de la ville est anéantie! Il faudra tout reconstruire ou presque...  La reconstruction à l'identique sera réservée aux bâtiments bénéficiant du statut de Monument Historique. Pour exister en France, il faut un statut... Y compris pour les vieilles pierres!

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Caen, années 2010: les destructions sur table rase se poursuivent à l'initiative de la promotion immobilière privée, dans l'incurie et l'incompétence générale des pouvoirs publics (élus comme administratifs des affaires culturelles). Ici la destruction de l'ancien promenoir du "Bon Sauveur" en juin 2010.

INCURIE et INCOMPETENCE...

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AVANT...

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APRES...

Lundi 25 avril 2016 au matin, une épaisse fumée monte du centre ville, plus précisément de la zone en friches à urbaniser de la Presqu'île: le pavillon SAVARE, un joli bâtiment de briques et de bois daté de 1858, ultime vestige de l'activité industrielle portuaire de la ville qui avait, par miracle, survécu aux bombes de la dernière guerre, est en feu. Première incurie... A l'intérieur, un squatt abritant la misère du monde, seconde incurie car à la périphérie de Caen, on trouve les locaux vides et inoccupés d'une ancienne caserne jadis fermée par l'actuel président de la région Normandie quand il était ministre de la Défense. 3ème incurie: le terrain appartient, bien entendu, à Rava France, une société immobilière de droit norvégien qui avait racheté, il y a plus de dix ans, tous les terrains intéressants pour les revendre au meilleur prix dans ce qui devrait être le quartier d'avenir pour la ville. La municipalité d'alors (Mme Brigitte Lebrethon) n'avait pas anticipé en faisant les préemptions nécessaires.

Lundi, les élus caennais furent donc mis à rude épreuve et mis devant leur nullité!

Car le hasard, en souverain maître de l'ironie, a, une nouvelle fois, très bien fait les choses: en effet, le maire avait rendez-vous "fixé de longue date" avec cette société immobilière pour la vente du terrain le jour même où l'incendie faisait disparaître le bâtiment intéressant mais trop contraignant pour un promoteur immobilier qui ne veut pas s'emmerder avec l'architecture et le patrimoine... Bien entendu, ce n'est qu'un... hasard! Mais déjà à Caen les mauvaises langues cancannent la réponse à la question: "à qui profite le crime?". S'il s'agissait de détruire totalement le peu de crédit restant à nos élus (notamment locaux) on n'aurait pas agi autrement!

LARMES DE CROCODILES

Col_re_Chaunu

 L'humeur d'un Chaunu en colère dans le dernier numéro du Bonhomme Liberté (28/04/16)

Alors l'élu municipal qui, autrefois, était aux affaires et n'avait pu rien faire pour exiger la protection et le classement de ce patrimoine, de réclamer la "reconstruction à l'identique" du pavillon Savare: pathétique! Sans parler du cynisme de Madame la Première adjointe en charge de l'urbanisme qui enjoint au futur promoteur immobilier de « respecter l’esprit Savare qui a été mis à mal » (sic!)

http://www.tendanceouest.com/actualite-136686-appel-offre-en-septembre-pour-pavillon-savare-a-caen-detruit-par-incendie.html

La défausse sur le mode de "ce n'est pas moi c'est un autre" (et vice-versa) qui génère l’incurie générale en matière de préservation, valorisation, transmission du patrimoine urbain caennais qui a survécu à 1944 ou celui de la Reconstruction se poursuit donc selon la formule du bon docteur Henri Queuille, ministre de la IVe République qui disait :

« il n’est de problème dont l’absence de solution ne finisse par venir à bout » 

Sauf que la "solution" a failli être mortelle l’autre jour avec cet incendie qui a détruit ce qui, par principe est plus précieux à Caen qu’ailleurs :

un bâtiment ayant survécu à 1944 avec, à l'intérieur, des êtres humains réfugiés comme le furent des milliers de Caennais dans la partie de la ville qui fut épargnée par les aviateurs alliés à cause de la présence des "îlots sanitaires" de l'ancienne abbaye aux Hommes et de l'hôpital du Bon Sauveur (détruit finalement, rappelons-le en... 2010 au profit du groupe immobilier Eiffage)

Faute d’anticipation, de volonté politique affirmée, on a la désagréable impression que les élus attendent que la promotion immobilière achève tous les « coups partis » dans de multiples opérations de table rase et pour nous infliger une architecture médiocre… avant que les contraintes ne soient plus exigeantes dans l’avenir : faut-il que tout ce qui serait intéressant à sauvegarder soit démoli pour que sortent enfin les fameuses aires de valorisation de l’architecture et du patrimoine ?

Et Monsieur Laprie Santenac, l’ABF du Calvados fera-t-il autre chose que de choisir la couleur des balcons et des enduits qui sortent des ordinateurs et des logiciels de ceux qui se prennent pour des architectes ?

Ainsi, on constatera non sans colère et amertume que 70 ans après les bombes de 1944, à Caen, la destruction intégrale demeure la règle (rénovation sur table rase) alors qu’il faudrait inciter fortement la promotion immobilière à faire des opérations plus qualitatives de réhabilitation-transformation-extension. 

Du fait de son histoire urbaine très spécifique depuis 1944, la ville de Caen devrait se fixer comme principe de privilégier les opérations de réhabilitation-transformation sur les opérations de rénovation sur table rase, les premières permettant plus que les secondes un vrai travail qualitatif de recherche architecturale contemporaine. L'exemple de la réhabilitation du palais ducal devenu l'Artothèque devrait être la règle...

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Les Caennais ont déjà subi la destruction et la défiguration du site du couvent Saint Vincent de Paul rue de Bayeux (résidence des « bals cons »), subi la destruction du Bon Sauveur et de son cloître alors qu’il avait été préservé durant l’enfer de l’été 1944 pour donner l’asile aux civils bombardés : lundi 25 avril 2016, on vient d’échapper au pire mais 150 ans d’histoire urbaine et industrielle caennaise viennent de disparaître!

C’est le 3ème avertissement et en principe, la sanction vient juste après.

Et la sanction de cette incompétence édilitaire plutôt pathétique (cf le conseil municipal de lundi 25 avril au soir) doit venir des Caennais :

Nous les invitons à former une chaîne de vigilance accrue autour des sites où des mauvais coups immobiliers en préparation en surveillant activement les abords et les affichages administratifs (permis de démolir et de construire), en faisant tous les recours nécessaires car les élus ne font pas leur travail ainsi que l’administration publique en la personne de l’ABF du Calvados qui vient d’être sanctionné par le tribunal administratif pour « erreur manifeste d’appréciation » dans l’affaire d’un mauvais immeuble devant défigurer l’hôtel Daumesnil (XVIIe siècle)


  • Le bombardement de Caen se poursuit, revue de presse:

Caen_bombard_e_1944_2016_2_1

  • La prochaine batisse ayant survécu à 1944 dans le viseur des généraux Harris de la promotion immobilière à Caen:

Caen_bombard_e_1944_2016_1

(source: Le Bonhomme Liberté, 28/04/16)

 


  • Lire ci-après le texte de la lettre circulaire que nous avons envoyée à l'ensemble des élus du conseil municipal de Caen:

Lettre_au_CM_de_Caen