Jean-Marie GIRAULT, ancien sénateur-maire de Caen vient de nous quitter...

Nécrologie proposée par la feuille d'informations Normandie XXL:

http://www.normandiexxl.com/article.php?id=1463

Décès de Jean-Marie Girault ancien sénateur-maire de Caen

 Jean Marie Girault image de la couverture du livre de Serge Couasnon aux éditions Charles Corlet

People. Jean-Marie Girault, né le 9 février 1926 à Pont-l’Évêque, ancien sénateur-maire de Caen vient décéder à 90 ans. Étudiant à la faculté de droit de Caen, Jean-Marie Girault obtient une licence et un diplôme d'études supérieures de droit privé et de droit public, il deviendra avocat.. En juin 1944, il s'engage dans les Équipes d'urgence de la Croix-Rouge française lors du Débarquement, pour secourir les victimes des bombardements.  

Alain Tourret député PRG du Calvados lui rend un vibrant hommage.

« J'apprends avec une réelle tristesse la disparition de Jean-Marie Girault, maire de Caen pendant 31 ans et sénateur du Calvados pendant 27 ans.

Conservateur éclairé, élevé au lait du catholicisme social, Jean-Marie Girault était un humaniste et un esprit libre. Disciple de Teilhard de Chardin, il sut en maintes occasions transgresser ses propres convictions ou intérêts pour rassembler, ou faire des choix qui le rangèrent dans le camp des progressistes. Républicain, ce giscardien sut vraiment mériter le qualificatif d'indépendant.

Jean-Marie Girault fut d'abord un élu de terrain. Entré au conseil municipal de Caen en 1959, il y fit ses premières armes comme maire-adjoint chargé de l'hygiène, de la jeunesse et des sports avant de devenir premier magistrat de la ville en 1970, rôle qu'il tint jusqu'en 2001. À ce titre il acheva la reconstruction de la citée meurtrie, configura sa ville pour entrer dans le nouveau siècle en affirmant son rôle de capitale régionale avec des équipements tels que le grand stade ou le Zénith, le lancement des travaux d'aménagement de la presqu'île. Il participa à la construction de l'agglomération et esquissa avec ses homologues du Havre et de Rouen une métropole normande capable de s'affirmer à l'échelle de l'Europe.

L'adolescence de Jean-Marie Girault s'était achevée dans une ville en ruines, comme membre des équipes d'urgence de la Croix rouge.

Les épreuves et les souvenirs douloureux de cet été 1944 nourrirent ses convictions européistes et générèrent un projet original dédié aux droits de l'Homme et à la Paix : le Mémorial de Caen, la plus belle pierre, le plus visible et le plus durable témoignage de son action municipale et de sa conception humaniste de la société.

Avocat de métier, Jean-Marie Girault fut aussi un législateur. Au Sénat, il participa à tous les grands débats de société : vote de la loi Veil sur la contraception et l'interruption volontaire de grossesse en 1974 ; défense de l'environnement et lutte contre la pollution à partir de 1978 après avoir été le rapporteur de la commission d'enquête sur le naufrage de l'Amoco Cadix ; abolition de la peine de mort en 1981, combat permanent en faveur de l'humanisation de la justice française.

D'une épreuve personnelle il sut faire un combat politique et sociétal: la lutte contre la toxicomanie, dans laquelle il s'engagea fortement dès 1977, sans parvenir, toutefois, à faire adopter, malgré 4 tentatives, sa proposition de loi visant à créer un Institut national de l'enseignement, de la recherche, de l'information et de la prévention sur la toxicomanie.

Homme d'ouverture et de dialogue, Jean-Marie Girault a suivi pendant une quinzaine d'années, comme sénateur, l'évolution de la situation politique en Nouvelle-Calédonie. Il fut à ce titre l'un de ceux qui, avec Michel Rocard, tracèrent dans les accords de Nouméa en 1997 et les accords de Matignon l'année suivante, les voies du compromis et du retour à la paix civile dans ce territoire de la République.

Plus ambitieux pour sa ville, sa région et son pays que pour lui-même, trop indépendant à l'égard de son camp, Jean-Marie Girault n'a jamais accédé aux responsabilités gouvernementales pour lesquelles il a été un temps pressenti. La trahison de certains de ses « amis » politiques l'ont privé de la présidence de la commission des lois du Sénat. Et, à son grand regret, il ne fut jamais nommé au Conseil Constitutionnel. Les dirigeants politiques préfèrent généralement les obligés aux esprits libres.

Sa réussite et sa longévité politique, Jean-Marie Girault les doit essentiellement à sa proximité avec ses administrés et électeurs. C'était un sage qui manquera à Caen. »


 

Commentaire de Florestan:

On rappelera en effet, sa tentative de reprendre le dossier de la réunification normande bloqué depuis les années 1973 /1974 en construisant une coopération avec Rouen et Le Havre, projet qui aboutira avec la création de l'association "Normandie métropole" en 1993. Malheureusement cette politique ne donna pas grand chose de bien concret. Le localisme clochemerle se porte hélas encore très bien!

Concernant le Mémorial, loin de nous de critiquer cette belle idée de faire de Caen, la capitale internationale de la Paix, on constatera néanmoins un effet pervers dont la ville de Caen peine à sortir: la ville de Caen en tant que telle s'est cachée derrière l'ampleur mondiale de l'Histoire qui s'est tragiquement déroulé en 1944. On a l'impression qu'entre 1066 Guillaume le Conquérant et le 6 juin 1944, la ville de Caen n'a eu aucune histoire! Pis: les touristes étrangers du Mémorial, situé à la périphérie de la ville croient que la ville de Caen a été rasée, que c'est désormais une ville moderne sans intérêt pour mieux monter dans un bus qui les emmènent sur les plages du Débarquement. On regrettera que le Mémorial n'ait pas été implanté sur la Presqu'île portuaire, en proximité immédiate du centre ville reconstruit car c'est un ancien bunker de commandement allemand qui a encore imposé sa la loi...

Bien entendu, on attend de savoir quelle rue ou quelle place caennaise va être débaptisée pour recevoir le nom de l'ancien maire...