L'Etoile de Normandie a reçu ces jours-ci le dernier communiqué de Didier Patte, redevenu simple militant normand au titre du Mouvement Normand: il est question de la question essentielle souvent perdue de vue dans la polémique politicienne de défendre l'intérêt général qui concerne tous les élus, tous les citoyens aux différentes échelles de territoires où s'exerce l'autorité par délégation du peuple souverain français: il va sans dire que l'échelon normand retient toute l'attention de Didier Patte et la nôtre aussi...


 

Mouvement Normand
Communiqué n° 238 - Semaine 18 - Mai 2016
 
 
 
 
 
 
 
Les erreurs à ne pas commettre…
 

Mon propos s’adresse à tous les Elus normands, quelles que soient leur tendance, à quelques collectivités territoriales auxquelles ils apportent leur concours…

Le Mouvement Normand, en l’occurrence, ne s’inscrit pas dans une démarche politicienne. Pas plus qu’il n’est obnubilé par les perspectives électorales de 2017 (élections présidentielles et législatives). Son seul souci est de se référer à l’intérêt supérieur de la Normandie.

La situation de notre Région n’est pas brillante. Taux de chômage plus élevé que dans le reste de la France, panne démographique, exil des diplômés, désindustrialisation préoccupante, infrastructures de transport insuffisantes ou obsolètes : en bien des points, la situation est inquiétante. Faut-il y ajouter la déshérence du milieu rural ? La désertification médicale ? Les graves problèmes de l’élevage ? On n’en finit pas de dresser le catalogue de nos faiblesses. Pourtant, la Normandie possède des atouts : ils sont nombreux, pas toujours exploités au mieux. Mais la situation n’est pas désespérée.

Il serait vain de rechercher les responsabilités de cet état de fait : les hommes et les femmes qui ont dirigé la Normandie depuis quatre décennies ont fait des choix que l’histoire jugera. Comme, alternativement, ils sont venus de la Droite et de la Gauche, il convient de ne pas charger la barque des uns ou des autres. À nos yeux, d’ailleurs, nous considérons que la calamiteuse division de la Normandie depuis cinquante ans est en grande partie responsable du déclin relatif de la Normandie (par rapport aux régions adjacentes). Depuis quatre mois, la réunification de la Normandie permet d’envisager l’avenir dans une globalité fructueuse… à condition que les ferments de dissociation se dissolvent dans une volonté unanime de redresser la situation…

Est-ce le cas ?

Tout le problème est là. À tous les échelons – trop nombreux d’ailleurs – des différentes collectivités locales. Cela va de la Région à la Commune, en passant par les Départements, les Agglomérations, fussent-elles Métropole ou Pôle métropolitain, les Communautés de communes…

La Loi du 15 janvier 2015, portant sur les délimitations des régions, la Loi MAPAM, définissant notamment les pouvoirs des métropoles, la Loi NOTRe, qui encourage la création de Communes nouvelles et le regroupement des Communautés de communes changent la donne. Imparfaitement. Le long chemin de la décentralisation de la France, esquissée en 1969, puis en 1972, ensuite en 1982, s’est poursuivi par des Actes II et III, qui n’épuisent pas la question. Sans doute faudra-t-il (quand ?) un Acte IV de la décentralisation du pays… En attendant, les nouvelles dispositions s’imposent à toutes les régions et la Normandie est directement concernée. Nos Elus ont donc la responsabilité présente de tenir compte des opportunités offertes par les lois de 2015 et de la façon dont ils en useront dépendra l’efficacité et le dynamisme de l’ensemble normand.

Qu’en est-il exactement ?

La réunification de la Normandie – que plus personne ne conteste sérieusement – a dispensé les Normands de se faire des nœuds au cerveau à chercher un nom pour la « nouvelle » région. De plus, les limites pluriséculaires de la Normandie ayant été respectées, le problème de la cohérence de l’ensemble ne s’est pas posé… Encore faut-il que toutes les parties de la Normandie se sentent concernées et convaincues que le tropisme citadin ne l’emporte pas sur la notion d’équilibre entre les territoires, qu’ils soient urbains, périurbains ou ruraux, qu’ils s’inscrivent dans le grand triangle dont les points sont Cherbourg, Alençon et Le Tréport et non réduits à la seule Vallée de la Seine comme le voudraient certains intérêts extérieurs… On a longtemps cru que la stupide querelle autour de la notion floue de « capitale régionale » était derrière nous et qu’un équilibre pouvait être trouvé avec le partage des fonctions entre Rouen, chef-lieu de la Normandie, résidence du Préfet régional, et Caen, siège du Conseil régional, sans oublier une répartition des Directions entre ces deux cités, voire la troisième, Le Havre, et une organisation concertée des villes normandes… (L’idée du Mouvement Normand d’une Hanse des Espaces urbains normands est prémonitoire et devrait faire rêver Cherbourg, Saint-Lô, Alençon, Dieppe…).

Hélas, on ne semble pas prendre le chemin d’un apaisement où chacune de nos villes chercheraient un bénéfice gagnant/gagnant. Alors que la répartition des fonctions entre Rouen et Caen semble en bonne voie, c’est-à-dire vers un certain équilibre, voilà que les responsables de la Métropole Rouen-Normandie se mettent à ruer dans les brancards, excipant des prérogatives accordées aux métropoles par la Loi MAPAM. La grande erreur des lois de décentralisation tient dans ce qu’il n’y a pas de hiérarchie reconnue entre les collectivités territoriales et que, de ce fait, trop souvent, régions, métropoles, départements jouissent des mêmes compétences. En l’occurrence, la Loi MAPAM a ajouté un échelon supplémentaire au millefeuille territorial

Nous ne sommes pas naïfs : nous savons bien que, depuis les dernières élections régionales, tous les échelons se trouvent gouvernés par la Droite et que, seule, la Métropole de Rouen – Normandie est détenue par la Gauche. Il doit être tentant pour celle-ci de se servir de ce tremplin pour repartir à la conquête – lointaine – de la Région. En tout cas, constatons que les cris d’orfraie poussés par MM. Sanchez et Robert, respectivement président de la métropole et de la ville de Rouen, apparaissent excessifs : Rouen et Caen, pour l’instant, se partagent équitablement les administrations, directions régionales. La volonté d’équilibre manifestée par le Président de la Région, Hervé Morin, est incontestable, y compris dans la répartition des personnels concernés. Leurs syndicats sont peut-être dans leur rôle de crier avant d’avoir mal : on peut s’interroger sur le sens véritable de la grève prévue le 9 mai prochain. Evidemment, l’immobilisme, le statu quo ante sont des postures : la réunification est un fait, il faudra, là aussi, en tenir compte.

Que faut-il penser, maintenant, de l’agitation entretenue par les Présidents de Conseils départementaux de la Seine-Maritime et de l’Eure – tous deux de Droite –, qui flirtaillent avec leurs homologues des Yvelines et des Hauts – de – Seine, sous le prétexte de vouloir s’accaparer la gouvernance de l’Axe Seine ? S’agit-il d’une reconstitution à peine dissimulée de l’ex-haute Normandie ? MM. Martin et Lecornu ne voient-ils pas qu’ils affaiblissent la position normande en excluant ainsi le reste de la Normandie de la gestion de cet axe stratégique… qui ne se limite pas à la Vallée de la Seine, mais comprend aussi la Baie de Seine ? Au reste, jusqu’à quel point ces menées ne sont-elles pas vaines quand on considère que la Seine Maritime a des finances plus que tendues, l’Eure, des moyens dérisoires et que l’espoir d’obtenir des subsides des deux départements d’Ile-de France est tout à fait illusoire, leurs capacités d’intervention étant, elles aussi, limitées ? Le fractionnisme de l’Eure et de la Seine Maritime est une erreur. De plus, il jette le doute chez tous les autres Normands sur la volonté des dirigeants des départements de l’ex haute Normandie à jouer collectif en Normandie.

Descendons au niveau des Communautés de communes : là, encore, nous observons des combats d’arrière – garde. Nous ne les citerons pas tous, mais en choisirons des exemples significatifs.

En règle générale, au Mouvement Normand, nous sommes favorables au regroupement des C.D.C. et à la création de « communes nouvelles » (Loi NOTRe). Encore faut-il que, là encore, on tienne compte des réalités de terrain : souvent, les cartes de regroupements proposées par les Préfets sont dépourvues de logique. Des bassins de vie sont fractionnés. Des assemblages sont par trop disparates. Peut-on, par exemple, compte tenu de la différence de densité de la population, tendre vers un modèle unique de Communautés de communes ? Le Bocage ornais n’est pas le Pays de Caux ou les plaines du Vexin ! Rien n’est totalement joué, mais peut-on espérer que les Préfets tiendront compte de certaines évidences avant qu’une décision définitive ne soit prise ?

Cela étant, se posent certains problèmes locaux qui troublent les observateurs. Ainsi dans le Cotentin, où toute la presqu’île se trouve embrigadée sous la direction du Grand Cherbourg. Le Mouvement Normand est favorable au Grand Cherbourg et, même, à une cohérence de la Presqu’île, mais ne pourrait-on y mettre les formes ? Exemple inverse : la bouderie des C.D.C. de Honfleur et de Pont-L’Evêque, qui ne veulent pas s’intégrer dans le Pôle métropolitain de l’Estuaire car elles craignent le dynamisme du Havre. Cet excès de localisme est désolant. Sans doute va-t-il falloir du temps pour restructurer la géographie normande : Honfleur est tout de même proche du Havre. Que la C.D.C. de Honfleur veuille s’associer avec celle de Beuzeville, bravo ! (d’autant plus que ces deux communautés de communes ne sont pas situées dans le même département). Mais qu’elle boude Le Havre, c’est un manque de vision d’avenir ! L’histoire sera sévère pour les responsables de cet immobilisme stérilisant. Peut-être est-il encore temps de s’engager dans une direction plus constructive… Au-delà de ces affaires d’organisation du territoire, ne jamais oublier qu’il y a des hommes et des femmes et que, souvent, les problèmes d’emplois en dépendent… L’exemple de Vire, pour ne citer que celui-là (celui de Cherbourg aussi) montre que l’avenir se dégage pour ces cités jouant un rôle d’entraînement.

Toutes ces considérations – quelquefois amères – se retrouvent au niveau le plus bas dans le millefeuille territorial : je prendrai l’exemple de la presqu’île de Brotonne en Seine Maritime, où j’habite. Il y a cinq charmants villages, enserrés entre la grande Forêt de Brotonne et la Seine : La Mailleraye sur Seine, Heuteauville, Notre-Dame de Bliquetuit, Saint-Nicolas de Bliquetuit et Vatteville-la Rue… Les problèmes y sont identiques et, déjà, la coopération intercommunale est très avancée dans un certain nombre de domaines… Seules La Mailleraye et Saint-Nicolas de Bliquetuit ont formé la Commune nouvelle d’Arelaune en Seine (Arelaune étant l’ancien nom de la Forêt de Brotonne), les trois autres communes restant isolées : est-ce raisonnable ?

La volonté de travailler en commun est une nécessité en ces temps de grandes difficultés : les responsables qui l’oublient, à notre avis, ont tort. Pour ma part, je n’en dirais pas plus.

 

Didier PATTE

 

P.-S. : Depuis le 2 avril, je n’exerce plus la mission de Président du Mouvement Normand, mais je navigue toujours dans ces eaux – là ! D’où le passage fréquent – et voulu –, dans mon propos, du « JE » au « NOUS ». Cela étant, mes textes sont désormais sous ma seule responsabilité.