Quel paradoxe! Le symbole physique de l'unité normande retrouvée, le pont de Normandie affublé d'un nouveau système de péage par la CCI du Havre risque de faire fuir les usagers qui étaient de plus en plus nombreux à passer d'une rive à l'autre dans l'estuaire entre Le Havre, Montivilliers, Harfleur, Honfleur, Beuzeville ou Pont Audemer.

A l'instar de ce qui est reproché à la SAPN, la Sangsue aux Normands, il devient inadmissible que l'organisation concrète de l'intérêt général normand sur le territoire, notamment, en terme de grandes infrastructures soit aux mains de grandes féodalités qui n'ont aucune vision globale de la Normandie: une fois de plus, le pouvoir politique a fauté par son absence des années durant!

Néanmoins, avec la réunification normande, la question d'assurer au mieux et pour tous les Normands la continuité territoriale des rives d'un estuaire et d'une vallée situés désormais au coeur de la nouvelle région s'est posée avec acuité pendant la campagne des dernières élections régionales.

Et c'est sur ce sujet que le candidat fabiusien Nicolas Mayer-Rossignol s'était montré le plus perspicace et le plus intelligent en proposant la prise en charge à hauteur de 20% des péages sur les ponts de Normandie et de Tancarville à condition que les départements limitrophes fassent aussi un effort. Mais c'est précisément du côté des départements du Calvados, Seine-Maritime et Eure que ça flanche pour des raisons financières évidentes en cette période de réduction drastique de la DGF allouée chaque année par l'Etat central aux collectivités territoriales accusées d'être trop dépensières!

Et c'est le Calvados de Jean-Léonce Dépont qui a donné le mauvais signal en 2015 en supprimant unilatéralement son aide aux abonnés du pont de Normandie. Puis ce fut le tour plus récemment du département de l'Eure de faire exactement la même chose. Du côté de la Seine Maritime, rien d'inchangé pour l'instant car depuis longtemps cette question du franchissement de la Seine est prise en charge totalement, notamment via un service de bacs plutôt unique en France... Cependant, la Seine Maritime veut se rendre payant le passage sur le bac de Quillebeuf.

Il est évident que MM. Dupont, Lecornu et Martin ont un message à faire passer à leur patron commun, Hervé Morin: puisque cette question ressort directement de l'intérêt régional normand, c'est à la nouvelle région Normandie de s'en occuper!

Hervé MORIN ne dirait certainement pas non. Mais cette nouvelle urgence normande devra faire l'objet d'une négociation précise et efficace avec toutes les parties responsables: les départements n'ont pas à se défausser sur la région! Et Hervé Morin vient de démontrer avec l'affaire encore plus sensible des trains Intercités qu'il était capable de négocier au mieux des intérêts normands...

Mais en attendant, ce sont les usagers normands qui ne sont pas contents!

(source: OF Caen, 11/05/16)

trop_cher_pont_de_Normandie

  • Voir aussi:

http://www.normandie-actu.fr/peage-du-pont-de-normandie-une-petition-contre-la-suppression-de-l-abonnement_202010/


 

Commentaire de Florestan:

Et si la solution la moins coûteuse au final pour franchir l'estuaire de la Seine n'était-elle pas celle d'un tunnel ferroviaire par caissons immergés au fond du lit de la Seine en aval du pont de Tancarville comme nous le suggère régulièrement ici Michel Duval?

Mais il est vrai que tout comme l'Arabie Saoudite qui s'est saoûlée des années durant avec l'argent facile du pétrole, la CCI du Havre peine à imaginer d'autres solutions techniques que celle de la trop rentable et trop lucrative route à péages!

Là encore, des féodalités agrippées à leurs rentes ne peuvent tenir lieu de politique publique régionale des transports!