Il y a des attractivités subies et des attractivités voulues, construites en tant que résultat d'une politique générale d'intelligence territoriale.

La Normandie a passé trop d'années à subir, à être agie plutôt que d'agir. On trouvera l'origine de cette passivité relative ou absolue, de cette véritable perte de souveraineté dans les conséquences  du traumatisme de 1944 qui fut, avant tout, un "urbicide" normand et dans la proximité avec la région parisienne qui a offert aux décideurs normands le confort de ne pas avoir à décider par eux-mêmes...

C'est ainsi que la plupart des grandes entreprises normandes dépendent d'un siège situé à l'extérieur de la Normandie. C'est ainsi qu'il y a à Caen une antenne de Sciences-po Rennes et non l'inverse. C'est ainsi que les retraités de la région parisienne viennent s'installer massivement chez nous et que les jeunes normands les plus ambitieux et talentueux nous quittent sans jamais revenir.

Dans les analyses qui suivent, l'INSEE Normandie (enfin réunifiée) nous parle d'attracitivité résidentielle ou d'attractivité industrielle sans pour autant nous expliquer la dimension qualitative des phénomèmes qui reçoivent généreusement l'appelation d'attractivité: si l'attractivité consiste à transformer le littoral du Cotentin en vaste maison de retraite avec les boulots de "services à la personne" qui vont avec, destinés aux jeunes normands les moins qualifiés (ceux qui n'ont qu'un CAP ou un BAC pro) et qui n'ont pas eu l'opportunité de partir, pas sûr qu'on s'y retrouve vraiment en terme... d'attractivité fusse-t-elle repeinte aux belles couleurs humanistes de l'économie sociale et solidaire.

Nous l'avons déjà dit ici: il ne nous paraît pas opportun de reconstruire l'attractivité normande sur ce fumeux (et sordide) concept de "silver economy" qui n'est qu'une bulle spéculative de plus: de toute façon, lorsque les "papy boomers" des Trente Glorieuses auront tous passés l'arme à gauche, il ne restera que des "silver" pauvres, c'est à dire, les classes moyennes actives  actuelles qui savent déjà qu'elles n'auront pas droit aux généreuses retraites de leurs aînés des années 1960/1980.

La véritable attractivité c'est plutôt celle qui ferait rester les jeunes Normands en Normandie tout en attirant les jeunes d'ailleurs: d'où l'urgence de faire rayonner à nouveau ces villes normandes qui furent si durement touchées en 1944 et de les associer dans un vaste réseau régional maillant toute la Normandie à commencer par le trio de tête Caen- Le Havre- Rouen. Car c'est dans les villes que l'avenir se fabrique et que l'avenir des jeunes se fixe!


 (sources: OF Caen, 11/05/16 et Le Bonhomme Liberté, 05/05/16)

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Commentaire de Florestan:

La carte ci-dessus montre un phénomène inquiétant: le décrochage en terme d'attractivité des marges rurales Sud et des marges franciliennes et picardes de la Normandie. Le département de l'Orne est dans une situation particulièrement délicate qui va devoir nécessiter une attention toute particulière de la part du conseil régional de Normandie car le désenclavement de l'Orne n'est toujours pas réellement réalisé...