Dans une Normandie effondrée, pantelante dans les ruines de ses villes après la Seconde guerre mondiale, c'est l'Etat qui a repris la main de la façon dont on sait: nationalisation, modernisation radicale, reconstruction, industrialisation mais aussi subordination et division administrative entre les circonscription d'action régionale de Caen et de Rouen (1956 et 1960) dans l'optique du Schéma d'aménagement de la Basse Seine lancé en 1962 qui avait pour but d'englober la Basse Seine normande sur son périmètre haut-normand à l'urbanisation rampante de la région parisienne pour en faire une banlieue de services industriels et logistiques placée sous la dépendance de Paris.

On se souviendra que Rouen, l'ancienne seconde ville de France, fut sacrifiée en 1965 pour n'être jamais une métropole régionale d'équilibre et au coeur de la prospérité d'Après Guerre, dans l'indifférence des Normands, la Normandie a bien failli disparaître définitivement!

Et puis, néanmoins, avec les moyens du bord, à partir des années 1970 avec le début cahotant de la décentralisation voulue par De Gaulle en 1969, mais aussi à la faveur de la crise des années 1974 qui mit fin, définitivement, aux grandioses projets d'urbanisation dans la vallée de la Seine avec son chapelet de villes nouvelles et d'industries, l'idée régionale normande a pu survivre notamment en Basse Normandie avec à Caen l'apprentissage du statut de ville capitale régionale avec des moyens limités. La Normandie a bien failli se réunifier dans les années 1973- 1976 mais la mésentente entre les élus caennais et rouennais était trop forte quand il ne s'agissait pas des présidents de département, notamment celui de la Manche, qui a tout fait capoter.

Dans les années 1980/1990, avec la transformation de l'institution régionale administrative sous tutelle du préfet et de l'Etat en institution politique territoriale (c'est ce que le haut-fonctionnaire Serge Antoine auteur du découpage régional de 1960 regrettait dans un entretien accordé au magazine l'Express en 2004) la division normande s'est pétrifiée avec, pour conséquence, la condamnation de toute ambition normande à une certaine médiocrité, à un certain manque de vision ou de moyens: les contrats de plan signés avec l'Etat dans les années 1990/2000 le démontrent aisément avec une répartition de l'effort de financement toujours en défaveur des deux régions normandes.

Les Normands ont donc appris à se débrouiller seuls et l'Etat central a pris l'habitude de laisser les Normands se débrouiller seuls puisqu'ils ne demandaient jamais grand chose de plus.

A la fin des années 1990, les fonds structurels européens arrivèrent pour compenser les retards les plus criants notamment sur les infrastructures mais cela ne fut pas suffisant: la Normandie dans son ensemble a fait du sur place pendant 30 ans en se prenant en pleine tête la pire crise économique de désindustrialisation de toute son histoire. Ailleurs, en région, comme on dit maintenant à Paris, on faisait l'expérience de l'attractivité métropolitaine régionale: pas en Normandie! Et la proximité dévorante de Paris n'explique pas tout! Ce serait trop facile!

Car pendant les 40 années de division, la vraie capitale régionale normande ce fut... Paris!

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Puis arrive la divine surprise de l'année 2014 et le fait du prince qui arbitre historiquement en faveur du retour à l'unité normande trois jours avant de commémorer le sacrifice des Normands pour la Libération de l'Europe en 1944:

La seconde reconstruction normande va enfin pouvoir commencer... avec la nomination d'un nouveau "SGAR" en la personne de Nicolas HESSE à la préfecture de région à Rouen.


 http://www.paris-normandie.fr/detail_article/articles/5824899/pour-les-services-de-l-etat-la-normandie-est-une-nouvelle-region-a-construire

Pour les services de l’Etat, la Normandie est « une nouvelle région à construire »

Publié le 18/05/2016 á 22H50
Pour les services de l’Etat, la Normandie est « une nouvelle région à construire »
La préfète de Normandie, Nicole Klein, pourra s’appuyer sur Nicolas Hesse (photo Boris Maslard)

 Normandie. La réunification et de nouvelles priorités énoncées par l’exécutif régional imposent des « ajustements » et la réorganisation des services de l’État.

Ni mutation autoritaire ni mobilité forcée pour les fonctionnaires, mais des « ajustements» pour tendre, dans les deux ans, à l’organisation « la plus efficiente possible» des services de l’État dans la Normandie réunifiée, ses 29 907 km² et ses 2 885 communes. « En nous réorganisant en profondeur, en nous modernisant, nous voulons renforcer nos capacités de pilotage stratégique et consolider les capacités d’expertise, d’évaluation et de contrôle de l’État au niveau régional», assure Nicole Klein, préfète de la région Normandie et de la Seine-Maritime, en présentant une nouvelle organisation territoriale « bi-site » à Rouen et à Caen, chefs-lieux des ex-Haute et Basse-Normandie.

« Il ne s’agit pas de faire des comparaisons ou des additions entre les deux anciennes régions, mais d’en construire une nouvelle. De réfléchir à l’échelle de l’ensemble du territoire», complète Nicolas Hesse, le nouveau secrétaire général pour les affaires régionales (SGAR) dont le service, fort de 69 agents, restera basé à Rouen - avec une implantation à titre transitoire à Caen - c’est-à-dire au plus près de la préfète de Normandie.

Âgé de 44 ans, ancien élève de l’Institut national des études territoriales (Inet), Nicolas Hesse a pris ses fonctions le 2 mai, venant de Dijon où il a été directeur général des services de la Région Bourgogne, puis après la fusion de la région Bourgogne-Franche-Comté.

Principalement chargé de coordonner l’action des services de l’État, de mettre en œuvre les grandes programmations stratégiques et notamment le Contrat de plan Etat-Région (CPER) et le Contrat de plan interrégional (CPIER) Vallée de Seine 2015-2020 et les programmes européens, le SGAR est évidemment en lien avec l’ensemble des directions régionales, engagées depuis la fusion dans un exercice d’harmonisation, d’ajustement des politiques publiques, voire même de réexamen au regard des nouvelles priorités des élus de la Région.

Le temps des «arbitrages»

C’est le cas par exemple dans le domaine de l’enseignement et de la recherche, dans celui des infrastructures routières et portuaires, qui font l’objet d’un exercice de « revoyure » prévu dans les précédents contrats et « à enveloppe financière égale», comme le précise Nicole Klein. «Nous sommes encore en période de discussion avec la Région. Pas compliquée mais concrète», indique la préfète, qui ne veut donner aucune indication sur les « arbitrages» en cours ni sur les crédits rabotés afin d’être transférés vers ces sujets jugés prioritaires.

Seule certitude, il ne s’agira pas de ceux consacrés à la formation des demandeurs d’emploi, la Normandie entendant prendre toute sa part dans le plan « 500 000 formations » voulu par François Hollande. «Il s’agit de répondre au mieux aux besoins des entreprises, aux demandes de formation des chômeurs, tout en allégeant les formalités administratives», assure Jean-François Dutertre, le directeur régional des entreprises, de la concurrence, de la consommation, du travail et de l’emploi (Direccte), dont le siège est à Rouen avec un site associé à Caen.

De même, les dossiers liés à l’axe Seine, au contournement Est de Rouen et à la Ligne Nouvelle Paris-Normandie (LNPN) resteront au sommet de la pile, insiste la préfète, attachée à son rôle de coordonatrice du CPIER Vallée de Seine et qui pourra s’appuyer sur le SGAR pour enrichir la réflexion sur ces projets structurants dans une région appréhendée enfin dans sa globalité et dans son identité.

Franck Boitelle

f.boitelle@presse-normande.com