Il n'y a pas de place pour la mythologie en Normandie. En Normandie, l'Histoire est chez elle et on y entre de plein pied!

Moins d'un siècle après, Rollon, le héros fondateur de 911 (voire d'avant) avait son historien: le chanoine Dudon de Saint Quentin chargé d'écrire l'histoire de la Normandie pour le compte du duc Richard 1er. Et chaque lustre sur les 1100 années normandes (fêtées peu dignement en 2011) a eu son historien, pour le meilleur mais aussi pour le pire lorsque l'Histoire passe sur la terre normande avec "sa grande hache" comme disait Pérec, notamment lors de la dernière guerre mondiale avec une destruction massive du patrimoine architectural, artistique et culturel de la plupart des villes normandes: on ne le dira jamais assez!

La Liberté toute armée de 1944 est entrée en Europe en saccageant un ... musée! La Normandie en l'occurrence!

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Messe de Requiem célébrée durant l'été 1944 devant la façade ruinée de ce qui fut l'église Notre Dame de Saint-Lô

En effet, la prise de conscience collective des Normands que la Normandie est un patrimoine prestigieux, voire un musée à ciel ouvert sinon un monument historique au sens d'un "lieu de mémoire" faisant l'objet de curiosité, de contemplation, d'admiration, d'études puis de préservation et de restauration est ancienne: dès le XVIIIe siècle, dans le cadre d'une tradition d'érudition historique normande déjà bien établie, on a déjà les prémices de ce goût typiquement normand pour l'Histoire et les vieilles pierres d'un prestigieux passé médiéval lorsque la Normandie était, entre la fin du XIe siècle et le début du XIIIe siècle, un état quasi indépendant disposant d'un rayonnement politique et culturel européen, de l'Italie du Sud et la Sicile jusqu'à l'Irlande et l'Ecosse en passant par l'Angleterre et tout l'Ouest français...

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Dans les années 1750, Andrew Coltee Ducarel, archiviste anglais d'origine caennaise, écrivit le premier guide touristique pour visiter la Normandie historique médiévale.

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L'église de Thaon (près de Caen): visitée par les amateurs d'art dès les années 1820...

Avec la grande réconciliation de l'Entente cordiale après la mort de Napoléon 1er, l'accueil des premiers "touristes" anglais désireux de retrouver les racines généalogiques de leurs familles  va faire de la Normandie, un véritable monument historique offert à la visite au sens contemporain de l'expression au point que cette notion a été, pour la première fois, expérimentée en Normandie à l'initiative d'Arcisse de Caumont, dès les années 1820 en tant que grand inventeur de l'archéologie monumentale médiévale. A sa suite, la Normandie va devenir une destination phare du tourisme culturel et patrimonial grâce à l'extraordinaire richesse de l'héritage architectural et culturel de la Normandie médiévale mais aussi des XVIe et XVIIe siècles.

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Lisieux, parvis de l'église Saint Jacques avant-guerre: si la ville de Sainte Thérèse avait survécu aux bombes, elle serait la capitale de la Normandie médiévale...

Cette position éminente, exceptionnelle même, qui a permis à la Normandie d'inventer en France le tourisme culturel, a été ébranlée par les destructions massives de 1944: ainsi Lisieux, qui était qualifiée par les guides touristiques d'avant-guerre de "capitale mondiale des maisons à pans de bois" ne peut plus, hélas, aujourd'hui figurer au tableau d'honneur du patrimoine médiéval: on ne pourra que déplorer, que pour des raisons autant financières qu'idéologiques, l'administration jacobine française aveuglée par ses certitudes, ait refusé à la Normandie des programmes de restitution à l'identique qui  furent limités aux monuments historiques isolés, classés, les plus emblématiques.

A Laval, un propriétaire charpentier plutôt expert a pourtant reçu en 2013 l'autoristation exceptionnelle de restituer une maison médiévale à pans de bois dans le centre ville historique: on aimerait une initiative identique à Lisieux!

http://www.ouest-france.fr/pays-de-la-loire/laval-53000/menuisier-il-recree-une-maison-pans-de-bois-dans-le-vieux-laval-437678

Avec l'épopée tragique vécue par l'Humanité sur la terre normande en 1944, la dimension historique de la Normandie est devenue mondiale: mais ce fut au prix de la disparition définitive de pans entiers du patrimoine architectural et esthétique normand plus ancien.

Malgré cela, les départements normands demeurent aujourd'hui parmi les tous premiers départements français pour le nombre d'immeubles ou objets classés "Monument Historique".

Et ce patrimoine historique bâti pèse lourdement sur les finances des collectivités territoriales d'autant plus que l'Etat central se désengage tout en imposant les règlementations indispensables pour permettre de sauvegarder ce qui existe encore: le système français de protection et de valorisation du patrimoine manque de souplesse, de transparence et de moyens ce qui remplit d'inquiétude les experts et les associations de défense car, entre l'arbitraire des hauts fonctionnaires corsetés de tabous esthétiques idéologiques (un monument de l'Etat doit rester en l'état sauf à être défiguré plus ou moins temporairement par de l'art dit contemporain) et une véritable tendance au vandalisme édilitaire qui s'accentue avec les contraintes financières, on est actuellement en train de quitter le terrain de l'intérêt général:

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 L'église Saint Maclou de Rouen en 1944...

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L'église Saint Maclou mise en lumières après l'achèvement de la restauration (2007): il reste cependant à restituer une chapelle sur le flanc sud de l'édifice...

Cette crise de la gouvernance patrimoniale revêt une importance toute particulière en Normandie, la région patrimoniale par excellence car les chantiers de restauration des désastres de 1944 ne sont toujours pas achevés (ex: église Saint Maclou de Rouen), parce que l'urbanisme de la Reconstruction qui a autant de qualités que de défauts est en passe d'obtenir son onction patrimoniale (ex: Le Havre reconstruit par Perret) mais aussi parce qu'il y a la volonté de plus en plus forte dans les villes normandes massivement détruites et reconstruites après la Guerre, d'améliorer la qualité urbanistique autour des architectures anciennes qui ont été épargnées (ex: piétonisation) en créant de nouvelles offres culturelles (ex: création de l'Historial Jeanne d'Arc à Rouen) voire en osant des programmes de restitutions d'éléments décoratifs et architecturaux disparus en 1944: c'est ainsi que le choeur de la cathédrale de Rouen va retrouver sa charpente médiévale et le fabuleux décor extérieur qui existait dans les années 1539.

http://normandie.canalblog.com/archives/2016/04/01/33603022.html

http://normandie.canalblog.com/archives/2016/05/09/33785979.html

L'objectif pour "l'Athènes du genre gothique" (Stendhal) est de faire venir à Rouen un million de touristes par an malgré un front de Seine noyé sous le béton dans les années 1950...

D'autres villes normandes ont, à l'instar de Rouen, compris l'intérêt de valoriser la Normandie médiévale pour sortir de l'hyperspécialisation 1944 Seconde Guerre mondiale: Falaise a fait beaucoup pour valoriser son château (malgré certaines erreurs) et Bayeux a l'ambition tout à fait légitime de devenir un centre européen d'interprétation du Moyen-âge avec la refonte totale du musée de la Tapisserie dans les prochaines années...

Reste le cas caennais et il est consternant!

Il faut hélas le dire, la cité fondée par Guillaume Le Conquérant est un peu à la traîne car on y a que trop pensé que les évidences ne se pensent pas: ainsi le duc Guillaume n'a toujours pas de statue publique à Caen et la ville, elle-même, ne dispose toujours pas de son propre musée (toujours pas rétabli après 1944). 

En outre, les destructions massives de l'été 1944  ont eu pour effet paradoxal de faire disparaître des éléments importants du patrimoine médiéval caennais (des dizaines de maisons et surtout l'ancien palais de l'abbé du Mt St Michel à Caen) tout en faisant apparaître son élément principal, à savoir le château ducal lui-même qui a été entièrement dégagé.

L'ancien palais urbain de l'abbé du Mt St Michel a été anéanti (aujourd'hui c'est un parking devant l'église ruinée St Etienne Le Vieux)

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Le château ducal, ancienne caserne militaire fermée au public et masqué par les immeubles avant la guerre, a fait sa réapparition:

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Sauf qu'en terme de proposition médiévale pérenne et rayonnante, le château de Caen est plus que décevant faute d'une vision globale du site (ex: salle de l'Echiquier vide, friche du donjon, parking en plein milieu de l'enceinte et musée des Beaux arts peu concerné par l'histoire de la ville)

Ailleurs, dans une ville que les flots de touristes visitant le célèbre Mémorial de la Seconde Guerre Mondiale en périphérie croient entièrement reconstruite après la Guerre et donc sans véritable intérêt sauf deux abbayes et un château quasi vide, les grandes églises médiévales caennaises ne font l'objet d'aucune valorisation spécifique au-delà des charges (lourdes) de l'entretien ou de restauration: ainsi le clocher de l'église Saint Pierre, le plus grand clocher médiéval de l'Ouest français (et qui a inspiré les grands clochers bretons de la fin du XVe siècle), pourrait être ouvert à la visite de façon plus régulière, mis en lumière avec restitution à l'identique de l'horloge carillonnée qui s'y trouvait autrefois.

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Le clocher de l'église Saint Pierre dans son environnement urbain qui était encore médiéval avant 1944.

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Souhaitons que cette année "Normandie Médiévale" exceptionnelle qui se rassemble autour de la commémoration du 950ème anniversaire de la bataille d'Hastings puisse permettre les prises de conscience nécessaires notamment à Caen!


 NORMANDIE MEDIEVALE 2016 PRESENTATION OFFICIELLE:

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