Depuis le départ du Général de Gaulle du pouvoir en 1969, la France, ce vieil état nation unitaire hypercentralisé a commencé sa mue longue et profonde vers une nécessaire régionalisation de la République qui demeure une et indivisible car, au cas où certains ne l'auraient pas encore remarqué, Paris c'est la France mais la France ce n'est pas forcément Paris!

Et sur ce long chemin compliqué, commencé par une déconcentration plus ou moins autoritaire poursuivie par une décentralisation plus ou moins démocratique, nous en sommes arrivés au milieu du gué entre les deux rives: il ne s'agit plus de faire demi-tour pour revenir à l'hypercentralisation parisienne et jacobine mais nous ne savons pas clairement s'il faut aller vers une véritable régionalisation démocratique car l'Etat a, certes, décentralisé de nombreuses compétences et responsabilités vers les collectivités territoriales mais certainement pas les cordons de la bourse.

Et tant que cette dernière (la Dotation Globale de Fonctionnement) demeurait largement ouverte, on ne se rendait pas bien compte que la décentralisation n'était qu'une externalisation arrangeant bien le donneur d'ordres final.

Puis la crise des finances publiques devint évidente avec la mise en application du carcan austéritaire européen: l'Etat a commencé à rogner la compensation financière des compétences transférées aux collectivités qui, rappelons-le haut et fort, ne disposent pas de finances propres (la fiscalité locale reste marginale) tout en ayant l'interdiction de ne jamais voter un budget en déficit (le déficit public étant le seul véritable privilège régalien).

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La nouvelle carte ignore les évidences géo-historiques régionales sauf en Normandie...

  • Le pacte républicain de décentralisation était le suivant:

Les collectivités territoriales assument une part de plus en plus importante des politiques publiques qu'elles ajustent au plus près de l'intérêt des territoires et des populations. En contrepartie, l'Etat central assure la solidarité financière nationale en veillant à la péréquation entre territoires favorisés et territoires en souffrance.

Or ce pacte est en train d'être déchiré sous nos yeux puisque l'Etat central devenu impécunieux assume de moins en moins la solidarité financière qu'il doit aux collectivités prises à la gorge à l'instar des sous-traitants d'un grand groupe règlant ses factures à plus de 90 jours!

Résultat? Des pans entiers des politiques publiques territoriales sont menacées à commencer celles qui sont destinées aux plus fragiles d'entre nous! (exemple: le RSA)

La récente réforme territoriale (loi NOTRe sur les compétences des nouvelles régions et la loi Matpam sur les métropoles) a refusé de nous faire franchir le Rubicon des finances publiques décentralisées: les collectivités continueront de recevoir leur argent de poche d'un Etat central devenu impécunieux et fort mal placé pour donner des leçons de bonne gestion!

A cela, il faut ajouter le massacre géographique de la belle idée de région (sauf en Normandie bien sûr) avec ces grands machins néo-régionaux qui vont demeurer plus préoccupés  par leur improbable fonctionnement interne que par la volonté de valoriser un vaste territoire régional incohérent vis-à-vis des évidences historiques et géographiques!

Le pacte républicain est donc financièrement rompu et faute d'avoir clairement opté pour la régionalisation (comme l'avait souhaité le Général de Gaulle lui-même en avril 1969) face aux pesanteurs jacobines et départementalistes, la décentralisation à la française risque de sombrer dans un désastre financier, institutionnel, politique mais aussi géographique et... identitaire!

SAUF EN NORMANDIE !

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C'est pourquoi, il semble que depuis la Normandie, seule vraie région désormais sur la carte, il faille sauver l'avenir même de l'idée de région en France.


 

A l'initiative de Valérie Pécresse présidente de la région Ile de France, huit présidents de région, dont le président normand, ont co-signé une tribune qui a paru ce 6 juin 2016 dans la presse nationale.

Texte à lire sur Normandie XXL:

http://www.normandiexxl.com/article.php?id=1531

"M. Hollande, rendez justice aux régions !"

 La France prend l'eau de toutes parts au sens propre comme au sens figuré

Idées. Des présidents de régions ont écrit à François Hollande, leur message a été publié sous forme de Tribune dans le Figaro du 6 juin. L’initiatrice en est Valérie Pécresse la présidente de l’Ile-de-France à laquelle se sont associés Hervé Morin pour la Normandie, Philippe Richert – Grand Est, Xavier Bertrand - Hauts de France, Christian Estrosi – Provence, Alpes Côte d’Azur, Bruneau Retailleau – Pays de Loire, Didier Robert – La Réunion, Laurent Wauquiez – Auvergne, Rhône-Alpes.

Alors que le président de la République multiplie les « cadeaux », huit présidents de région menés par Valérie Pécresse lui écrivent.

Les régions refusent d’être les dindons de la farce qui se joue actuellement au sommet de l’État. Depuis quatre ans, le gouvernement n’a cessé de demander, au nom du nécessaire redressement des finances publiques, des sacrifices aux collectivités locales. En 2015, ces dernières ont contribué à hauteur de 70 % à l’amélioration du déficit public national.

Mais, depuis quelques semaines, le président de la République a sorti le chéquier de l’État pour soigner certaines catégories de contribuables, dont il a visiblement envie de s’attirer les bonnes grâces en vue de quelque échéance électorale prochaine… Pas une semaine ne passe sans que le gouvernement ne lâche un milliard ici, 2 milliards là, voire plus… Au total, depuis le début de l’année, ce sont plus de 10 milliards d’euros qui ont été ainsi généreusement distribués par M. Hollande.

C’est à bon droit que les maires ont réclamé le desserrement de l’étau financier de l’État. Eux qui se débattent dans des difficultés considérables ; eux que la réforme des rythmes scolaires a mis à genoux ; eux dont les intempéries mettent en lumière - s’il en était encore besoin - le rôle central dans la vie quotidienne des Français. Le geste qu’ils ont obtenu la semaine dernière n’est que justice.

Mais où est la justice pour les régions ? Non seulement les conseils régionaux voient leurs dotations diminuer année après année (moins 1,5 milliard d’euros sur trois ans) mais leurs charges, elles, ne cessent de s’alourdir.

Il est inacceptable que l’État continue de décider seul et sans concertation pour les collectivités qui doivent ensuite en assumer les conséquences. Il en a ainsi été pour la revalorisation des fonctionnaires alors que les régions emploient quelque 83 000 agents de la fonction publique.

Il en est de même pour le transport ferroviaire et la gestion de la SNCF. À ce jour, le gouvernement n’a pas ouvert la discussion avec les régions dans leur ensemble alors même que les enjeux du ferroviaire n’ont jamais été aussi importants. Plus grave, si le gouvernement venait à capituler face à une minorité de cheminots, il affaiblirait considérablement les réseaux de transports régionaux déjà en mal de compétitivité alors que l’ouverture à la concurrence européenne approche à grands pas. Or, il est à craindre que la direction de la SNCF soit obligée de remballer son projet de réorganisation du temps de travail des cheminots, pourtant essentiel pour l’avenir de l’entreprise. Les régions ne peuvent pas éternellement financer les dérives des coûts du système ferroviaire.

Pourtant, jamais nous n’avons eu un rôle aussi important à jouer pour la reprise économique et l’emploi. La loi NOTRe nous a donné en totalité la responsabilité du développement économique des territoires. Les régions sont aussi en première ligne pour la formation des demandeurs d’emploi, une mission décrétée d’urgence nationale par le président de la République lui-même (l’aurait-il oublié ?).

D’autres compétences nous ont été transférées sans que les ressources correspondantes nous soient affectées, comme la maintenance des équipements informatiques des lycées ou la modernisation des Creps (Centres de ressources, d’expertises et de performances sportives) pour former nos sportifs de haut niveau.

Responsables et constructives, les régions, néanmoins, n’en peuvent plus de payer pour tout le monde. Nous réclamons un traitement équitable, au regard de notre poids croissant dans l’organisation territoriale et le développement économique du pays.

Nous sommes des collectivités d’investissements. L’an dernier, les régions ont investi 9,3 milliards d’euros, trois fois plus qu’il y a trente ans. Nous équipons, modernisons et dynamisons les territoires. Nous sommes aux côtés des maires et des populations sinistrées face aux intempéries exceptionnelles que connaissent certaines régions. Et nous répondrons aussi présents lorsqu’il faudra relever l’économie de ces zones ravagées par les inondations.

Nous attendons du président de la République et du gouvernement un réel partage de la décision et un dialogue financier respectueux dans un pays véritablement décentralisé.

Alors, Monsieur Hollande, rendez justice aux régions.