Dans la perspective prochaine de la mission sur l'attractivité et l'identité de la Normandie qui devrait débuter à partir de septembre 2016, nous avons envoyé un courrier à Mme Agnès Poussier-Winsback, maire de Fécamp et vice-présidente au conseil régional en charge de l'attractivité justement...

Résultat de recherche d'images pour

Voici ci-après le texte de ce courrier qui se propose de réfléchir collectivement aux éléments d'un véritable "soft power" authentiquement normand pour faire rayonner notre région parmi nous et à l'extérieur de nos frontières:


 

A l'attention de Mme Agnès Poussier-Winsback, Maire de Fécamp et Vice-présidente du Conseil régional de Normandie en charge de l'attractivité du territoire

Objet: réflexions sur les enjeux d'un véritable "soft-power" normand

 

Chère Madame,

A l'occasion de la dernière assemblée plénière du Conseil régional de Normandie qui s'est tenue à Caen, le 23 juin 2016, Monsieur Hervé Morin a annoncé la mise en route d'une mission "attractivité et identité" de la Normandie dont vous aurez la charge à partir de septembre 2016 dans le but de préparer le lancement de la future agence de l'attractivité régionale présidée par M. Philippe Augier.

Il a été annoncé que cette mission que vous allez piloter, par le truchement d'un cabinet spécialisé, aura pour pour objet de faire émerger réflexions et idées sur l'attractivité et l'identité de la Normandie en conviant les acteurs de la société civile régionale à un vaste débat public.

Pour avoir milité et défendu la belle idée d'unité normande depuis 2004, créé en 2006 le collectif "Bienvenue en Normandie" pour défendre et promouvoir la Normandie, lancé le séminaire "Normandie" de l'Université populaire de Caen depuis 2008, participé aux réflexions du collectif des Douze puis Quinze géographes universitaires normands depuis 2010 ainsi qu'au débat public sur la LNPN en 2011 avec la rédaction d'un cahier d'acteurs et pour continuer à participer régulièrement à toutes les initiatives en cours pour animer une prospective et un débat public sur la question régionale normande, je ne peux qu'aprouver que les questions essentielles et stratégiques d'intelligence territoriale soient enfin mises au coeur du projet normand.

La tâche est immense car les enjeux le sont plus encore et ceci pour deux grandes raisons qui sont liées:

 

  1. La division administrative puis politique de la Normandie depuis 1956, 1960 et 1972 pour permettre sa reconstruction après le traumatisme de 1944 dans la subordination étroite à la région parisienne au nom de l'intérêt national de privilégier l'extension urbaine et industrielle de la région parisienne vers le port du Havre par l'effacement de Rouen comme véritable métropole régionale rayonnante, a été calamiteuse!

    Le mot de Michel Rocard lancé en 1966 à Saint Brieuc vaut toujours pour la Normandie: "il faut décoloniser la province" tant cet héritage de l'Après Guerre reste lourd avec une Normandie dont les principales villes restent "découronnées" en terme de fonctions stratégiques de commandement. Avec, pour conséquence, un déclin relatif sinon absolu de la Normandie en terme d'attractivité, d'image qui a fait dire de façon polémique mais juste au philosophe Michel Onfray que "les Normands ne s'aimaient pas" faute de se connaître assez ou de connaître assez une Normandie dont l'espace vécu (Armand Frémont) a été brisé: la réunification de la Normandie octroyée par François Hollande contre un Laurent Fabius qui n'en voulait pas à quelques jours du 70ème anniversaire du Débarquement de 1944 (L'évidence morale et historique de la Normandie a pesé de tout son poids) va permettre, enfin, la reconstruction symbolique, mentale, affective et identitaire de la Normandie.

  1. La Normandie, en terme de potentiel régional, d'enjeux économiques et géo-politiques, d'Histoire, de patrimoine culturel et donc d'identité est de cette matière noble dont on tisse les plus grands états: la Normandie n'est pas qu'une tuyauterie de plus dans la vaste usine à gaz de la réforme territoriale et de la décentralisation. La Normandie ne joue pas, non plus, dans la même division que les "Hauts-de-France" (sic!) en terme de prestige, de notoriété, d'image ou d'identité puisque la Normandie se retrouve à être la seule vraie région de France sur la carte, dotée d'une cohérence géo-politique remontant à la Seconde Lyonnaise du Ve siècle (avec le siège métropolitain rouennais), existant en tant que telle depuis Onze siècles mais surtout parce que depuis 1066 et 1944, la Normandie, déjà redéfinie par ses érudits régionalistes dès les années 1820 comme LA région patrimoniale et historique française, est la région la plus connue dans le Monde avec la Californie. A ce titre, la Normandie est la seule région française à être à ce point de plein pied avec l'Histoire européenne et mondiale et à jouer un rôle privilégié de passerelle (la région "between") entre la France et le monde anglo-saxon.

L'enjeu fondamental consiste, dans une époque de crise identitaire généralisée et de grandes inquiétudes collectives quant à la possibilité à faire encore vivre un sens commun sinon une civilisation dans l'océan néo-libéral de l'individualisme mondialisé, à faire en sorte que les Normands partent à leur propre reconquête, en sortant de l'ignorance, du mépris sinon de la haine de soi confrontés au formidable retour positif d'image renvoyé depuis l'international (le nom de Normandie suscite une commune sympathie et une affection partout dans le Monde!) mais surtout qu'ils puissent repartir à la redécouverte fascinante de la noble matière normande qui pourrait amener à dire, tout simplement, s'il fallait trouver un slogan pour lancer une "marque" normande que la Normandie est un élitisme pour tous, rien de moins!

D'où l'enjeu d'éduquer les Normands à la Normandie et de penser l'affaire en terme de "soft power" normand face à la puissance symbolique d'autres "soft power" qu'ils soient américain ou... breton! (notamment dans les médias nationaux et régionaux) En ce sens, le premier bilan du Grand départ du Tour de France 2016 depuis le département de la Manche a servi de révélateur du réveil normand.

C'est pour cette raison que la Normandie ne saurait être lancée comme une vulgaire savonnette ou comme un produit marketing conventionnel ou comme le résultat piteux d'un compromis boiteux bariolé d'un mauvais logo issu d'une imagination mercenaire hors-sol et donc sans imagination: la Normandie ce n'est pas la "Nouvelle Aquitaine", "l'Occitanie" ou le "Grand Est"(pauvres Alsaciens!)

Mais la Normandie ce n'est surtout pas la Bretagne!

Pourquoi?

Parce que nous avons à sauver l'idée de région en France contre les excès du centralisme jacobin qui a bien besoin de certains "idiots utiles" du côté du régionalisme le plus outrancier.

Nous ne devons jamais oublier que le "grand pari "normand consiste à relever le défi d'exister à proximité du Grand Paris par le contrôle et l'animation depuis la Normandie d'une politique maritime française. Que le centralisme français, quoique tempéré de décentralisation, demeure toujours aussi autoritaire et arbitraire: c'est donc à la Normandie qu'il revient la responsabilité historique de proposer une alternative démocratique néo-girondine qui laisse le temps nécessaire au débat public à conduire avec une société civile normande lucide, active et très soucieuse du droit et de l'intérêt général permettant l'expérimentation en Normandie de l'idée d'une maîtrise d'usage démocratique propre à une certaine mentalité normande ( le fameux "ptêt ben qu'oui ptêt ben qu'non" similaire au "wait and see" des Anglais) voire à un patrimoine juridique et constitutionnel sinon politique d'une portée exceptionnelle dans l'Histoire française et européenne.

Car il faut le dire haut et fort:

La Normandie, dans le cadre extraordinaire de la double monarchie Plantagenêt, a inventé, dès la fin XIIe siècle le premier bloc constitutionnel de droit écrit de l'histoire européenne!

Ce qui permet de fonder l'identité régionale normande sur d'autres bases que sur celles d'un imaginaire mythologique de nature ethnique comme on le peut le voir en Bretagne avec une dérive communautariste chauvine identitaire (au mauvais sens du mot) avec des relans séparatistes contre l'unité nationale française. On a bien tenté de faire la même chose en Normandie depuis 1880 avec les Vikings en casque à cornes et drakkars de Monsieur Frémine mais la greffe n'a jamais totalement pris tant l'évidence d'une Normandie éprouvée et sanctifiée par la grande histoire politique et institutionnelle est forte!

Ainsi, l'identité normande n'est pas comparable à l'identité bretonne car elle résulte d'un véritable "patriotisme constitutionnel" avant l'heure autour du droit normand et de ses valeurs humanistes de défense des intérêts de la personne privée et de résistance à l'arbitraire.

Il ne s'agit pas d'être plus Normand que les autres et de donner des leçons d'identité régionale aux autres mais d'être plus soi-même grâce à la richesse exceptionnelle du bien public normand. Le but étant d'être "Sire de Sei" (Seigneur de soi-même) comme on le dit encore dans le Nord Cotentin... L'identité normande est donc, au final, un humanisme, un exitentialisme qui trouve ses racines dans le droit normand qui est lui-même à l'origine de la grande tradition anglo-américaine du libéralisme politique !

Ainsi cet humanisme normand vient de très loin et il fut encore réactivé au feu de 1944... Voilà qui en impose et justifiera la nécessité de valoriser une identité normande comme alternative au régionalisme identitaire communautariste dominant pratiqué un peu partout en Europe: il s'agit donc pour les Normands de sauver aussi l'idée régionale contre elle-même!

Enfin, à cause de son Histoire et de son patrimoine culturel et institutionnel en tout point exceptionnel pour une région française (pensons simplement à la littérature) la Normandie ne saurait faire que du luxe en toute chose en laissant le premium aux autres: voilà encore un point essentiel qui devrait distinguer la promotion de la Normandie de ce qui se fait déjà en Bretagne.

Ainsi, comme vous pouvez le constater, les enjeux sont immenses et certains pourraient croire que le costume normand est un peu trop grand pour eux et qu'il faudrait plutôt déléguer la tâche à d'autres ou simplifier cette trop grande affaire car à l'heure du premium, du low cost et de tous les authentocs en kit, on n'aurait plus le temps ni les moyens de se prendre autant... la tête puisqu'il nous faudrait être cool, fun, trendy et mobile alors que toute la matière normande appelle à s'arrêter pour permettre un enracinement individuel dans la qualité, l'authenticité, la profondeur, la subtilité, la contemplation, l'admiration, la transcendance, la spiritualité, la... liberté.

Il serait donc judicieux que cette mission de l'attractivité puisse recenser toutes les initiatives et réflexions issues des institutions comme de la société civile régionale concernant cette question essentielle de l'identité: et de vous proposer, à cette occasion, la création d'un "parlement des idées", solution proposée par Michel Onfray, philosophe normand en Normandie. La Normandie, terre d'intellectuels et d'écrivains mais aussi grande région française de la réflexion politique, peut se débrouiller par ses propres moyens pour se penser elle-même et, là encore, ni les esprits et encore moins les lieux magnifiques et symboliques pour les accueillir ne manqueraient dans notre région pour le faire, à commencer par la salle de l'échiquier du château de Caen, la salle des procureurs de l'ancien parlement de Normandie de Rouen ou le Mont Saint Michel...Et tant d'autres lieux encore...

J'espère que ces réflexions auront pu attirer votre attention et je me tiens à votre disposition pour participer à cette réflexion collective sur l'identité de notre région.

Bien cordialement, avec mes meilleures salutations normandes,

Philippe CLERIS

p/o le collectif "Bienvenue en Normandie"


  • Voir aussi sur la page d'informations Normandie XXL, les réflexions de Philippe AUGIER, président de la future Agence de l'attractivité normande:

collectivités


Philippe Augier, président de l'Agence pour l'Attractivité : "d'abord élaborer une stratégie"

 Philippe Augier

Collectivités. Pour faire de la Normandie une région qui gagne, avec des entreprises dynamiques qui embauchent et trouvent sur le marché des jeunes qui ont les qualifications adéquates pour occuper des postes pointus. Pour créer une région qui ne se limite pas aux frontières historiques des cinq départements mais qui se sente partout chez elle dans le monde pour conquérir des marchés. Pour développer une région où on vient pour travailler ou se reposer sûr de trouver un accueil et des produits de qualité, le président de la Région a lancé des actions et construit des structures innovantes.

Normandiexxl a déjà présenté l’Agence pour le Développement de la Normandie qui soutiendra financièrement les entreprises aux diverses étapes de leur vie, de la création à la transmission en passant par le développement, le Grenelle de l’Apprentissage qui, à l’écoute des diverses parties : jeunes, enseignants, entreprises, centres de formation, a tracé les lignes d’une vaste action qui va démarrer à l’automne. Une autre grande piste est celle de l’Attractivité pour laquelle une agence a été créée dont la présidence a été confiée à Philippe Augier, maire de Deauville, président de la Communauté de Communes Cœur Côte Fleurie.

Le choix d’être normand

Philippe Augier n’est pas né normand mais il a choisi de le devenir, ce qui marque une adhésion bien plus forte, il fut conquis dans son enfance par ses vacances de petit parisien au haras du Petit-Bosq au Molay-Littry, une commune du Bessin où il fut séduit par la nature, les chevaux, les plages du Débarquement. Les chevaux surtout le fascinaient et finalement, grâce à ses amis éleveurs, il travailla dans une société hippique dont les ventes de chevaux avaient lieu à Deauville. Il était en selle, si l’on peut dire, et sut manager sa monture puisqu’il se révéla un fin connaisseur des qualités des purs sangs et, en 1977, il prit la direction de l’Agence française de vente du pur sang. 10 ans après, Deauville était devenue une des premières places internationales du secteur hippique et le chiffre d’affaires s’était envolé.

La vocation de l’attractivité

« Cette conquête était fondée sur deux atouts : la qualité des chevaux issus de l’élevage français, à 80% normand, et l’attractivité de la France, de la Normandie, de Deauville. Ces atouts ont été systématiquement promus, illustrés, valorisés. Nous ne les avons pas laissés en sommeil »

Ainsi s’exprimait Philippe Augier, il y a plus de 10 ans dans un entretien avec le journaliste Louis Alexandre. Si nous avons sélectionné ce passage c’est qu’il montre bien la vocation de Philippe Augier à s’occuper d’attractivité, le reste de sa vie ne fait que le confirmer avec la place exceptionnelle qu’il a su faire prendre à Deauville dont le nom est connu dans le monde entier.

La compréhension et le développement de l’attractivité font en quelque sorte partie de son ADN, c’est une notion complexe à l’échelle dune région, elle passe par l’imaginaire, avec ce que cela charrie d’informations rationnelles mais aussi de rêves, elle intègre aussi le concept d’image de marque. Une création subtile que les entreprises mettent des années à construire, la renommée, comme on disait jadis, s’élabore à la petite cuiller et se perd à la louche. Il n’est que de voir comment le dieselgate jette Volkswagen dans la tourmente.

Côté attractivité le maire de Deauville a multiplié les axes pour le rayonnement international de sa ville, que ce soit pour le cheval mais aussi pour le cinéma américain, pour les hôtels hors classe grâce à sa collaboration avec le groupe Barrière ou encore les Musicales de Pâques…

Une image à co-construire

Pour prendre à bras le corps cette grande ambition de faire mieux connaître mondialement la Normandie, Philippe Augier a opté pour la démarche que pratique désormais la Région, c'est-à-dire celle de la co-construction.

Il s’agit d’abord explique-t-il : « de se mettre en rapport avec toutes les forces vives de la région : entreprises, associations, organismes afin d’être à l’écoute de leur vision, de leur conception de la Normandie. » Ce travail est mené avec Marie-Agnès Poussier-Winsback, l’élue vice-présidente en charge de la Mission Attractivité Normandie.  L’analyse de la situation s’étale de maintenant jusqu’au printemps 2017. De ce débat avec les forces vives doit naître une meilleure vision de l’identité et des valeurs à mettre en avant à partir desquelles se déduiront les lignes d’action.

« Nous sommes dans une phase de diagnostic qui aboutira à une stratégie à travers 3 ou 4 chantiers. Au final on créera une marque forte, partagée par tous comme l’ont déjà d’autres régions ou des villes. L’image traditionnelle de la vache et des pommiers en fleurs est loin de résumer la dynamique normande qui doit intégrer les technologies de pointe et une culture millénaire » affirme notre interlocuteur.

Dès maintenant des comités vont être formés et l’équipe de mission sera recrutée.

Philippe Augier rappelle aussi cette étude de l’Insee qui montre que l’attractivité est multiforme : Rouen et Caen bénéficient de leurs fonctions métropolitaines, Le Havre et Cherbourg de leur potentiel industriel et le sud-est de l’Eure de la proximité de Paris. Neuf zones concentrent déjà 71% de l’emploi et de la population de la région. La Normandie confirme la règle observée sur le territoire national : l’agrégation des activités là où elles sont déjà le plus concentrées. A côté de cela Granville la ville où Christian Dior n’a cessé de puiser son inspiration, un joyau de la Monaco du Nord avec le Roc des Harmonies, attire les retraités, Honfleur les touristes, Saint-Lô et Alençon sont des centres administratifs sans être des destinations touristiques. « Il importe d’agglomérer tout ceci, de le dépasser pour le synthétiser en quelques lignes de force.»

Et de rappeler que Michelet disait : « la Bretagne c’est la résistance, la Normandie c’est la conquête » « Je crois qu’il y a aujourd’hui une reconquête de la Normandie qui est devant nous. Dans les profondeurs, la région aspire fortement au mouvement. Le mouvement et la conquête c’est un beau programme pour une Normandie forte et fière d’elle-même…. »

Une avancée méthodique

« Ce n’est que lorsque nous saurons où nous allons, que lorsque la stratégie sera définie que nous ferons appel à une entreprise spécialiste du marketing. » Et notre interlocuteur de rappeler ce travers normand : « nous ne savons pas vendre notre image, la marque s’appuiera sur l’économie et la culture. Il faut trouver le pitch, l’élément clé pour bâtir la compétitivité. »

Le lancement officiel de l’agence de l’attractivité se fera en septembre 2016.