Voici, ci-après une autre proposition d'analyse des six premiers mois d'existence de l'unité normande depuis le 1er janvier 2016 avec à sa tête Hervé Morin: ça nous changera du compte rendu superficiel et mesquin que deux journalistes de Ouest-France ont infligé aux lecteurs normands...

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En effet, la rédaction de l'Etoile de Normandie a reçu ce 20 juillet 2016 le texte suivant proposé par Didier Patte, l'ancien président du Mouvement Normand qui fait un tour d'horizon assez complet du chantier en cours de l'unité normande.


 

LE SEMAINIER DU MOUVEMENT NORMAND

COMMUNIQUE N° 241 – SEMAINE 29 – JUILLET 2016

 

SIX MOIS D’EXISTENCE DE LA NOUVELLE NORMANDIE

Sans doute est-il encore trop tôt pour apprécier les effets de la résurrection normande qui date du 1er janvier 2016 : les premières mesures prises par le Conseil régional de Normandie commencent seulement à se faire sentir. Dans notre hâte de communier avec la Normandie redevenue elle-même depuis… 1789, nous voudrions discerner les nouvelles lignes de force de la seule région métropolitaine qui soit authentique, totalement identifiée, dotée d’une cohérence géopolitique.

Tâche impossible certainement parce que prématurée : nous en sommes réduits à collecter tous les articles de presse relatant l’action de l’Exécutif régional, les débats du Conseil régional, voire ceux du CESER, les propos laudateurs des membres de la majorité régionale, les critiques des deux formations de l’opposition (Socialistes + Ecologistes + Front de gauche, d’une part, Front National, d’autre part). Autrement dit, il ne s’agit pas de passer la brosse à reluire, ni de dénigrer systématiquement : l’exercice pourra apparaître difficile pour les observateurs que nous sommes, plus enclins à des contestations sans concession plutôt qu’à la posture des thuriféraires… Comme nous le disons souvent, notre approche sera partielle et partiale, même si nous avons l’ambition d’être équitables, sinon objectifs. Ce ne sera que la position et l’impression du Mouvement Normand, n’ayant pas la prétention de détenir la vérité révélée, susceptible à réévaluation dans six mois, dans un an ou à la fin de la mandature actuelle.

Nous attendons d’ailleurs de tous nos correspondants des commentaires, des observations, des contributions : n’ayant pas la science infuse, nous en ferons notre profit.

Guillaume LENOIR

En six principaux thèmes ou chapitres, nous allons donc tenter un bilan – panorama de la toute nouvelle Normandie au bout d’un exercice semestriel.

1.- L’installation. La Normandie dans ses murs.

2.- L’harmonisation ou la hiérarchisation des collectivités territoriales

3.- La grande affaire du semestre : la question du ferroviaire

4.- La relance du dynamisme économique de la Normandie et de l’emploi

5. - Les incitations à réunifier les corps intermédiaires

6. – La politique maritime du nouveau pouvoir régional

Volontairement, nous ne parlerons pas de la maîtrise des Fonds européens par la Région, faute d’une information sérieuse sur les interventions de la Région concernant l’Arc Manche, les conséquences du Brexit, les coopérations internationales, notamment en direction de l’Afrique francophone.

Nous n’évoquerons pas non plus la récente décision du Conseil régional de Normandie d’approuver le projet de Contournement Est de Rouen (l’affaire traîne depuis…1972 !). Pourquoi ? Parce que le fond du problème ne nous apparaît pas exposé : qui doit payer l’addition ? Dès l’instant où la région normande ne remet pas en cause le Schéma stratégique de la Vallée de la Seine, véritable emprise coloniale de l’Etat par ses hauts fonctionnaires sur le devenir de la Normandie, il nous paraît indécent de tirer des plans sur la comète. L’Etat, dans ce fameux Schéma Stratégique, se tire des flûtes en ne finançant rien de cette infrastructure indispensable, tout en exigeant d’en être le « deus ex machina », alors que le Contournement Est faisait partie du « paquet », dit de « priorité nationale » du développement de l’Axe Seine…

1.- L’INSTALLATION . LA NORMANDIE DANS SES MURS

Indiscutablement, c’est la grande réussite de l’Exécutif régional et de l’ensemble des forces politiques de la Normandie. Car, ne l’oublions jamais, c’est à l’unanimité que le Conseil régional a décidé du nom de la Région (cela, c’était facile !) et de la désignation du chef-lieu (lieu de résidence du Préfet régional) et du siège officiel de la Région. Rouen ne perd pas de son aura de « capitale historique » et l’Etat y place ses pions ; Caen, arguant fort justement de sa centralité, y trouve son compte. On a parlé d’équilibrisme dans la répartition des fonctions et des services, il faudrait davantage parler d’adéquation, y compris dans le désir de tenir session alternativement à Caen, Rouen, et, même Le Havre (ce qui n’est que justice).

En six mois, tout n’est pas réglé, mais c’est en bonne voie. Certes, une partie des personnels des deux anciennes collectivités régionales mène un combat d’arrière – garde. L’aveu de certains syndicats proclamant qu’ils n’ont pas voulu la réunification est révélateur. Mais, souvent, dans la corporation, on crie avant d’avoir mal et, avec un peu de bonne volonté, les problèmes, - s’il y en a – devraient se régler, d’autant plus que l’Exécutif régional a choisi la concertation, la souplesse et la compréhension.

On avait craint que les Régions issues de fusions ne prennent du retard dans la maîtrise des dossiers par rapport aux Régions (Bretagne, Pays de la Loire, Centre, Ile-de-France, pour ce qui nous concerne) qui, ne changeant pas d’architecture, étaient tout de suite en phase pour la résolution des problèmes : apparemment, il n’en est rien. Nous estimons, au Mouvement Normand, au contraire, que la prise en compte globale des problèmes normands permet de trouver les vraies solutions.

La réunification de l’INSEE en Normandie nous donne une claire vision de la situation…

Outre la création d’une Agence de Développement de la Normandie (nous y reviendrons), nous avons eu la satisfaction de voir se créer des organisations et des structures véritablement normandes : l’Agence régionale de l’Environnement de Normandie ou l’Agence d’Attractivité de Normandie, per exemple. (Ce ne sont pas les seules).

Bien sûr, il y a eu des impatiences. Certains qui n’avaient pas été des parangons de l’unité normande (nous pensons aux Socialistes) auraient voulu que la situation fût réglée… avant même que les décrets d’application eussent été publiés. Que la question de l’installation ait été réglée avant la fin du mois de mai nous paraît être un exploit. Tout le monde s’y est rallié d’ailleurs puisque le Conseil régional a été unanime (nous ne nous lassons pas de l’écrire).

2.- HARMONISATION OU HIERARCHISATION DES COLLECTIVITES TERRITORIALES

Le sujet est délicat. Parce que l’Acte III de la Décentralisation (Loi du janvier 2015, Loi MAPAM, Loi NOTRe) n’a pas vraiment tranché. Le Mouvement Normand a toujours souhaité une hiérarchisation des collectivités territoriales avec un « chef-de-filat » accepté de la Région au sein du millefeuille territorial. Ce n’est pas le cas : aussi fallait-il beaucoup de diplomatie pour harmoniser tout cela.

Disons que le résultat reste, à notre avis, équivoque.

Naturellement la Région pèse… son poids dans la nouvelle armature institutionnelle de la Normandie. Cela se traduit par la mise en place d’un « G 6 » (la Région + les cinq exécutifs départementaux)Cette structure de concertation ambitionne certainement d’avoir l’efficacité du « 276 » de l’ex – haute – Normandie, qui réunissait, outre la Région, les départements de l’Eure et de la Seine – Maritime. Si la volonté de marcher de conserve demeure entre l’Exécutif régional et les Exécutifs départementaux, reconnaissons que l’on est encore loin de l’efficacité du « 276 ».

Et puis le Mouvement Normand reste inquiet devant les actions fractionnistes des départements de l’Eure et de la Seine – Maritime qui, sous prétexte d’Axe Seine, s’acoquinent avec les Yvelines, les Hauts de Seine et le Val d’Oise (snobant au passage le Calvados directement concerné : un estuaire a deux rives et la Baie de Seine implique toute la Normandie). Il ne faudrait pas que ce club de départements jouât une partie contraire à la stratégie définie par le Conseil régional de Normandie.

Le Président du Conseil régional, pour l’instant, a su créer des relations fructueuses avec les trois pôles métropolitains : la Métropole de Rouen – Normandie, le Pôle métropolitain de Caen – la Mer et la CODAH (Le Havre). Il faudrait d’abord que le Pôle métropolitain du Havre fût reconnu et, surtout, que la Métropole de Rouen – Normandie, dont nombre de prérogatives sont les mêmes que celles de la Région continuât à jouer la complémentarité entière et non s’inscrivît dans la compétition politique avec le Conseil régional. Parions sur le bon sens des uns et des autres.

Fort habilement, Hervé Morin a voulu rassurer les villes moyennes normandes en suggérant, à côté des trois métropoles, la création d’un réseau des villes moyennes.

3.- LE FER DERAILLE : VERS DE NOUVELLES VOIES ?

Le candidat Morin en avait fait son leitmotiv lors de la campagne des élections régionales, avec, il faut bien le dire, une naïve véhémence (« Il faudra lever les fourches ! »). Son adversaire, Nicolas Mayer – Rossignol affectait le calme des vieilles troupes et se voulait lénifiant. « Tout allait bien, Madame la Marquise, l’Etat et la SNCF promettaient monts et merveilles, c’est-à-dire « devaient régler leur dette vis-à-vis de la Normandie », en vantant une régularité à venir et des chantiers de rénovation des lignes. Quant au projet de Ligne Nouvelle Paris – Normandie (L.N.P.N.), on en prolongeait les études… pour ne pas avouer que les financements prévus étaient reportés sur d’autres infrastructures (ferroviaires : TGV Sud – Ouest, fluviales : Canal Seine – Nord – Europe).

Force est de constater que le Président Morin et son vice – président, Jean – Baptiste Gastinne… ont fait bouger les lignes. Le troc avec l’Etat a consisté à exiger une rénovation du matériel roulant (environ 750 millions d’euros) en échange de la régionalisation de la gestion des lignes T.E.T. (Trains d’équilibre du territoire), Paris – Cherbourg, Paris – Le Havre, Paris – Granville, Caen – Tours… La perspective L.N.P.N. n’est pas abandonnée mais chacun comprend que sa réalisation complète est repoussée aux horizons 2030 – 2050 (si elle se fait !). Entre temps, on apprend que la Gare de la Défense ne se fera pas, donc qu’il n’y aura pas de liaison directe entre la Normandie et la Gare d’interconnexion T.G.V. de Roissy et l’aéroport international. On ne parle pas d’une liaison directe avec Orly et la gare d’interconnexion de Massy – Palaiseau. Quant à la ligne de fret Serqueux – Gisors, les financements de l’Etat y sont maigres et l’électrification Gisors – Paris ne semble pas intéresser la Région Ile – de – France. Laquelle, maintenant que la ligne EOLE du Mantois va se concrétiser, ne semble plus enthousiaste pour la suite du financement de la L.N.P.N..

Que faut-il penser de tout cela ? Il fallait sortir de l’impasse du « Moyen – Age ferroviaire », mais le prix à payer (assumer un déficit considérable pour la gestion des lignes T.E.T.) est peut-être trop élevé… surtout, comme il est à craindre, s’il y a une certaine désaffection des usagers pour le transport des voyageurs par le train : le co-voiturage et les cars Macron ne seront pas sans conséquences sur la fréquentation des lignes SNCF. Reste qu’il faut bien régler le problème des « navetteurs », ces Normands qui, par milliers, vont chaque jour travailler dans la Capitale. Reste aussi que le problème du fret et de désenclavement ferroviaire des ports de la Basse Seine est une urgence et une exigence absolues.

L’accord passé entre le Premier Ministre Manuel Valls et le Président Morin, qui donne la gestion des lignes à la Région est-il un marché de dupes, « une fausse bonne idée » (comme le dit Sébastien Jumel, leader du Front de Gauche) ? C’est une audace – en tant que régionaliste, le Mouvement Normand se réjouit de ce nouveau pouvoir dévolu à la Région -, c’est un pari : une amélioration des matériels et de régularité pourraient permettre une reconquête de la clientèle. C’est, enfin, un exemple : la Normandie est la première région à avoir pris la gouvernance des lignes T.E.T. et il semble que les autres régions soient en passe de l’imiter.

Les effets de cette ambition ne se feront pas sentir avant 2020. En attendant, bien que ce ne soit pas l’exacte vérité, c’est la Région qui va être jugée responsable du marasme ferroviaire. Le risque politique en est grand (quoique l’opposition socialiste ait tout intérêt à faire oublier qu’elle est, en grande partie, responsable du désengagement de l’Etat depuis 2012… et, même, avant !). Le risque, il fallait le prendre. Espérons que l’Etat et la SNCF tiendront leurs promesses…

4.- LA RELANCE DU DYNAMISME ECONOMIQUE DE LA NORMANDIE ET , SUBSEQUEMMENT, DE L’EMPLOI

Madame Sophie Gauguin, première vice-présidente en charge de l’économie, a dressé une sorte de bilan d’étape en la matière (cf. Paris – Normandie – 7 juillet). Laissons-lui la parole :

« En six mois de nombreuses décisions ont été prises. Avec comme fer de lance le lancement de l’Agence de Développement de la Normandie (ADN) et son Fonds Normandie Participation sollicité déjà par une centaine de PME et TPE ». Le Fonds Normandie Participation est une structure de prise de participation au capital dans les entreprises, abondé au démarrage à hauteur de 16 millions d’euros, avec pour objectif, 100 millions d’euros en 2018. Comme le dit Mme le Maire de Dozulé, il s’agit « d’un changement de braquet si nécessaire ». C’est surtout un système plus simple, une sorte de guichet unique vers lequel les entreprises vont pouvoir se tourner. Et cela touche tous les secteurs : le numérique, l’agro-alimentaire, l’industrie. Ces PME et TPE ayant besoin d’un coup de pouce seraient au nombre de 2000 en Normandie. Les aides accordées, y compris l’entrée temporaire dans le capital, seraient versées « en échange » d’engagements (mesures environnementales, égalité hommes / femmes, soutien à l’apprentissage).

Pour relancer les investissements, la Région compte emprunter massivement dès 2018. Il y a eu controverse lors du débat d’orientations budgétaires.

Selon Marc – Antoine Jamet, responsable socialiste de la commission des finances du Conseil régional, « la Normandie est la région la mieux gérée de France et les familles normandes sont deux fois moins endettées que les familles du reste de la France ». Ce à quoi Hervé Morin rétorque : « Ce n’est pas de la bonne gestion. Une région pas endettée, c’est une région qui n’a pas de projet », et de stigmatiser la baisse des investissements régionaux depuis 2012. En conséquence, le mot d’ordre du Président est de retrouver le niveau d’investissement des années antérieures « à condition de contenir les dépenses de fonctionnement et d’augmenter le niveau de la dette ». D’où le recours massif à l’emprunt.

Les Socialistes grognent. Le Front National s’inquiète. D’après cette partie de l’opposition régionale, la Région « aurait oublié de compter 332 millions d’euros dans son encours de dette à l’horizon 2021 » (in Paris-Normandie, 8 juillet). Le Mouvement Normand souhaite approfondir ce dossier : il est certain que l’on va en reparler. Cela étant, nous sommes sensibles au fait que l’Exécutif régional souhaite sortir de l’immobilisme dans lequel s’encroûtait la gestion socialiste (surtout celle de Le Vern) et que la priorité  accordée à l’emploi nous paraît de bonne politique pour le moral de la région.

En attendant la Région, par le truchement de l’Exécutif régional, se penche sur l’économie vraie des entreprises et, notamment, des filières et des secteurs. Emblématique est le contrat passé entre la Région et N.A.E. (Normandie AeroEspace), mais tout aussi significatif est l’engagement publié dans la presse dans une « Lettre aux Agriculteurs », d’Hervé Morin envers le secteur secondaire (il faudrait d’ailleurs y ajouter la concertation avec les pêcheurs).

D’autres engagements sont pris : dans le domaine routier par exemple (où l’on ne se pressait pas d’investir lors de la gestion socialiste, sous la pression des écologistes), 30 millions d’euros débloqués pour l’axe Avranches – Granville, le désir de désenclaver Lisieux vers l’A 28, etc.

Anecdotique sans doute, mais, ô combien symbolique d’une volonté de donner la priorité à la consommation locale, le projet de créer une monnaie normande, qui rassemblerait toutes les monnaies locales en cours de lancement. Nous y croyons au Mouvement Normand : cela favorisera les circuits courts, notamment dans l’agriculture de proximité.

La formation est une des prérogatives de la Région. Dans ce domaine, la rupture est complète avec la période antérieure concernant l’apprentissage. Les chiffres ne sont pas bons : 22 300 apprentis, 10% de moins qu’il y a quatre ans. La Région, avec l’enthousiasme du vice – président David Marguerritte, veut augmenter leur nombre de 50%. Un plan sera présenté à l’automne. Le Président Morin a tenu à visiter les locaux de Pôle Emploi : rien ne doit être négligé dans la prise en compte du problème de l’emploi qui, en Normandie, faut-il le rappeler, connaît des chiffres du chômage supérieurs à la moyenne nationale.

Donc le « bilan » économique des six premiers mois de la Normandie retrouvée est loin d’être négatif. Il suscite l’espoir. Il demande à être confirmé.

5.- LA REUNIFICATION INCITE A L’UNITE

Le mouvement paraît irréversible : il devient spontané. Quelques exemples, pris au hasard : les roseraies de Normandie se réunifient, ainsi que le don du sang en un seul comité. Il s’organise aussi : les artisans se regroupent dans leurs instances au niveau des cinq départements réunis, la Région, elle-même, veut une unité normande des corps intermédiaires.

L’exemple de la politique sportive de la Région est révélateur. L’ambition est de placer la Normandie dans la capacité de rivaliser avec les autres régions. Pour ce, il faut que toutes les ligues sportives se réunifient ou s’unifient (certaines le sont depuis longtemps) et, depuis Caen, la Région ne veut et ne soutiendra que les ligues qui auront fusionné. Pour quelques-unes, c’est en train de se faire (ex : ligue normande de badminton, ligue normande de tennis de table) ; pour d’autres, cela suscite des réticences de quelques dirigeants craignant pour leurs sièges présidentiels (en football, notamment). Le Mouvement Normand applaudit des deux mains : nous nous souvenons trop d’un combat perdu lorsque le monde footballistique normand se divisa dans les années quatre-vingts du siècle dernier !

Cette recherche de l’unité s’exerce dans tous les domaines : il nous plaît de considérer que TOUS les parlementaires normands, à l’initiative de Mme Laurence Dumont, députée du Calvados, ont appuyé la demande de la communauté universitaire normande pour déposer candidature au programme national des investissements d’avenir. Aux dernières nouvelles, la demande aurait été retoquée (l’Etat a toujours négligé la Normandie en matière universitaire et de recherche…), mais il est prévisible que toutes les forces vives, politiques, économiques, universitaires de la Normandie vont se mobiliser pour obtenir de l’Etat la considération à laquelle elle a droit, ne serait-ce que pour rattraper les retards accumulés depuis des décennies en matière de crédits alloués aux facultés et aux laboratoires normands.

Cette volonté d’unité voulue par la Région est, en fait, une promotion de l’identité normande, rajeunie et recherchée par la population depuis la réunification.

Cela se traduit en matière touristique et culturelle par la prise en compte du passé médiéval de la Normandie. La Région vient d’éditer un fascicule ambitieux : « Bienvenue dans la Normandie médiévale », et les fêtes se multiplient où les troupes de reconstitution font florès. Mais la Région va plus loin : elle a doté les centres de documentation de tous les lycées du fameux dictionnaire franco – normand et normand – français (Editions Eurocibles). S’agit-il d’un prélude à une volonté régionale de promouvoir l’enseignement de la culture normande ? 

6.- LA NORMANDIE A D’ABORD UNE DIMENSION MARITIME…

La France, c’est hélas une évidence, n’a pas de politique maritime soutenue et persévérante. L’actuel gouvernement, depuis 2012, a largement abandonné ce secteur stratégique, malgré les déclarations lénifiantes sur le « second domaine maritime mondial » et, si, un jour, espérons-le prochain, on changeait de braquet en la matière, nul doute que la Normandie y serait pour beaucoup. Tel est le sens de l’importante interview du Président Morin , dans le dossier Normandie publié dans l’hebdomadaire « Le Marin » du 12 juin dernier. « L’activité portuaire a un caractère stratégique », rappelle le Président du Conseil régional de Normandie, et il faut s’en donner les moyens.

Est-ce le cas, s’interroge-t-il ? Non !

Car l’Etat parisien, trop continental, néglige le fait que l’hinterland des ports doit être relié par des moyens de transports adéquats. Ce n’est pas le cas dans la Basse Seine.

Le comble – et, là, Hervé Morin devient véhément -, c’est que l’Etat privilégie, au bénéfice des ports belges et néerlandais, la réalisation du Canal Seine – Nord – Europe, qui va court-circuiter la Normandie si, préalablement, des travaux, moins coûteux que le pharaonique projet nordiste choisi prioritairement par le Gouvernement pour satisfaire la clientèle électorale des séides de Mme le Maire de Lille, ne sont pas menés. Une telle indignation est partagée par tous les professionnels de nos ports, la quasi-totalité du personnel politique et, même, par la commission d’enquête parlementaire Revêt – Fourneyron, qui vient de publier son rapport, constatant l’urgence du désenclavement ferroviaire et fluvial de nos ports (Rapport « Attractivité des ports maritimes de l’Axe Seine »).

La cause est-elle, pour autant, entendue ? Où est le changement de politique attendu de la part du Gouvernement ? Y aura -t-il changement de priorités (ou bien Canal Seine – Nord – Europe ou bien modernisation de l’axe fluvial de la Seine et de l’Oise et désenclavement ferroviaire de la Basse Seine). Rien ne sera décidé avant 2017 – encore une année perdue ! – et aucun financement ne peut être envisagé. Alors, un énième rapport pour rien ?

Hervé Morin et la Région préconisent et programment l’association de Ports Normands Associés (Cherbourg et Caen – Ouistreham) et du Syndicat mixte du Port de Dieppe. De même, le Président de la Région « lance son chantier pêche » (installation des jeunes, modernisation de la flottille, sécurité des pêcheurs – exportation des produits de la pêche – innovation dans l’aquaculture, etc.). Le tout en concertation avec les professionnels « afin d’obtenir l’adhésion de chacun aux dispositifs que nous mettrons en place », précise Hervé Morin.

Reste le dossier des éoliennes off-shore, des hydroliennes et des installations à terre, à Cherbourg et au Havre… Affaire à suivre.

Pour conclure (et en sachant très bien que nous n’avons pas abordé tous les sujets), nous dirons que le bilan du premier semestre de la mandature Morin est – selon la formule – « globalement positif ». Ce que le Mouvement Normand retient surtout, c’est le changement d’esprit de la population normande : une certaine fierté normande réapparaît, l’audace remplace la résignation. Il n’était que de voir l’enthousiasme de la foule normande lors des étapes du Tour de France : jamais nous n’avions tant vu de drapeaux normands. C’est le signe d’une confiance en l’avenir revenue. Nous ne nous en plaindrons pas !

Didier PATTE

Assisté d’Edwige LE FORESTIER et de Geneviève FLAMENT

Office de Documentation et d’Information de Normandie

87, rue de la République – 76940 La Mailleraye sur Seine

Commune nouvelle d’Arelaune en Seine


 

Commentaire de Florestan:

Nous faisons aussi dans l'ensemble le même constat d'un bilan "globalement positif" des six premiers mois de la mandature Morin à la tête de la Normandie réunifiée.

Nous préciserons cependant que pour 2017 vont venir sur le devant de la scène les deux grands chantiers normands suivants:

1) Reprendre en main le pilotage de l'enjeu national de l'Axe Seine et de toute la contractualisation financière de la Normandie avec l'Etat, l'Europe et les régions voisines dans un sens plus favorable à la Normandie.

2) Affirmer l'identité normande pour une reconquête de la Normandie par les Normands et une reconquête des Normands par l'idée normande: c'est la question essentielle, stratégique, sensible du reflet régional normand dans la population qui passe notamment par l'activité des médias locaux et régionaux...

Ouest-France a donc plus qu'intérêt à prendre enfin l'unité normande au sérieux pour l'avenir de sa diffusion en Normandie.