Nous avons pu apprécier sur l'Etoile de Normandie le formidable talent de Thomas JOLLY jeune metteur en scène normand né à Rouen en 1982 qui nous a proposé depuis 2012 un magnifique parcours dans les textes monumentaux du grand William Shakespeare monté dans son intégralité, c'est à dire, dans le respect de la durée d'un spectacle total qui faisait le ravissement du public anglais et londonien du tout début du XVIIe siècle!

Une belle aventure en effet que d'avoir réussi le tour de force de monter intégralement la trilogie consacrée au Roi Henry VI (création à Cherbourg 2012) personnage historique fascinant que nous connaissons bien en Normandie puisque c'est à ce roi anglais que nous devons la fondation de l'université de Caen durant l'occupation anglaise de notre province pendant la guerre de Cent ans. De même, nous avons pu apprécier son Richard III présenté en 2015 à Rouen et à Caen...

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Il triomphe donc cet été 2016 au festival d'Avignon en portant sur la scène une pièce plutôt difficile et méconnue de Georg Kaiser, "le radeau de la méduse".

Et c'est là, hélas, que le bât blesse... car l'été 2016 est tragiquement marqué par le fanatisme religieux.


 

  • Lire l'article suivant (La Croix, 18 juillet 2016):

http://www.la-croix.com/Culture/Theatre/Le-feuilleton-avignonnais-de-Thomas-Jolly-2016-07-18-1200776575

Le feuilleton avignonnais de Thomas Jolly

Révélé au festival avec Henry VI en 2014 Thomas Jolly est, aujourd’hui, doublement à l’affiche, avec Le Radeau de la Méduse et Chroniques du Festival d’Avignon.

Thomas Jolly

Thomas Jolly / Olivier Metzger

Le Radeau de la Méduse, de Georg Kaiser

Gymnase du Lycée Saint-Joseph (1)

Le ciel, la nuit et la pierre glorieuse (chroniques du festival d’Avignon de 1947 à… 2086), par Thomas Jolly et la Piccola Familia

Jardin Ceccano (2)


Il court, il court, il court, Thomas Jolly. Sur des béquilles pourtant – il s’est cassé le pied en ratant une marche, lors d’une répétition. Pas de quoi atteindre son moral. Pas de quoi altérer l’éternel sourire de ce trentenaire (34 ans), amusé encore d’être considéré comme un enfant prodige du théâtre.

 À relire : Henry VI, un jour et une nuit à Avignon

Il est vrai que ce Normand, natif de Rouen, s’est lancé dans la carrière depuis fort longtemps. À onze ans, il jouait dans une troupe de théâtre pour enfants ! Il a créé sa première compagnie – étudiante – à l’orée du IIe millénaire. Puis, en 2006, La Piccola Familia. Il sortait tout juste de l’École Supérieure d’Art Dramatique du Théâtre National de Bretagne (TNB), alors dirigée par Stanislas Nordey… (voir le site de la Piccola Familia)

Le Radeau de la Méduse

Ce même Stanislas Nordey qui, à présent directeur du Théâtre national de Strasbourg (TNS) et de son école, lui a demandé de mettre en scène les élèves de la dernière promotion - le « groupe 42 » - pour leur spectacle de fin d’études.

Un « spectacle de sortie », comme il est convenu de dire, mais que Thomas Jolly appelle, lui, « spectacle d’entrée ». « Ce ne sont plus des élèves. Ils ont achevé leurs études. Ils sont professionnels ». Qu’il s’agisse des acteurs (6 femmes, 6 garçons), des techniciens, scénographe, créateurs de lumière et de costume… formés, eux aussi, au sein du TNS.

« Au début, c’était étrange, se souvient Thomas Jolly. J’avais moins le sentiment de travailler avec des élèves qu’avec les membres d’une troupe comme on en trouve dans les grands théâtres à l’étranger - en Allemagne, en Russie ».

C’est pour eux qu’il a choisi de monter Le Radeau de la Méduse (1). C’est avec eux qu’il a conçu sa mise en scène de cette terrible histoire (inspirée d’un fait réel) qui raconte la dérive d’enfants embarqués sur un cargo par les autorités britanniques pour les envoyer au Canada, à l’abri de la seconde guerre mondiale. Las, une torpille coule le navire. Trouvant refuge dans une chaloupe, ils errent une semaine durant.

« Les enfants sont déjà comme les hommes ».

Seuls, perdus au milieu de l’océan noyé dans le brouillard, ils s‘organisent en petite société que l’on aurait pu espérer nouvelle, mais qui ne fait que reproduire celle des adultes, de leurs parents : au conformisme, l’arbitraire, le contrôle social, s’ajoute le poids des lois religieuses, même lorsqu’elles ne sont que superstitions.

Ainsi, découvrent-ils qu’ils sont treize dans la chaloupe, comme l’étaient, lors de la Cène, Jésus et ses apôtres  dont Judas. Ils en déduisent aussitôt qu’il est aussi un traître parmi eux, à démasquer, à éliminer. Malgré les implorations d’un « juste » qui tentera de s’opposer en vain, le plus petit du groupe sera sacrifié.

On pense au William Golding de Sa majesté des mouches. Comme ce dernier, Kaiser est sans illusion sur l’humanité, A ceux qui affirment qu’elle deviendra meilleure quand les hommes seront comme des enfants, il réplique « les enfants sont déjà comme les hommes ».

Thomas Jolly avoue avoir choisi cette œuvre trop méconnue en France, en partie, parce qu’« elle est faite pour de jeunes acteurs ». Ils sont tous remarquables. Comme le sont les autres participants à cette création _ des costumes aux lumières et au son, en passant par les créateurs de cette fascinante chaloupe en perpétuel mouvement.

L’hommage au festival

Avec « Le ciel, la nuit, la pierre glorieuse » (2), le registre est autre. En charge de rendre hommage à un festival que, par définition, il n’a pas vu naître, Thomas Jolly a choisi une approche thématique fondée sur des mois de rencontre et de confrontation aux archives, témoignages, et à l’Histoire du festival d’Avignon d’Emmanuelle Loyer et Antoine de Baecque (3).

Acteurs, metteurs en scène, critiques, spectateurs, grandes œuvres, Avignon ville festival, Avignon 2086 (!)… À chaque jour son sujet, mis en théâtre à partir d’un canevas préétabli et répété la veille ou le matin même, avec liberté d’improvisation. Le résultat est aussi joyeux que ludique, mêlant bouffonnerie et textes savants. « Tout le mérite en revient aux comédiens de la Piccola, tient à préciser Thierry Jolly. Ce sont les véritables maîtres d’œuvre. Moi, j’ai été trop pris par le Kaiser. »

Vilar avait raison

Le succès est tel que, chaque jour, il faut refuser du public. Les représentations débutent à midi. « Certains spectateurs arrivent dès 10 heures, alors que nous sommes encore en répétition ! Beaucoup restent à la fin pour discuter avec la troupe, commenter ce qu’ils ont vu ».

Preuve, conclut-il, que « Vilar avait raison », lui qui à travers le festival et le théâtre affirmait œuvrer à la reconstruction d’une France défaite et blessée. Apporter du sens à la société. « Il en est de même chose aujourd’hui. Sans le théâtre, la société ne serait pas ».

Didier Méreuze (à Avignon)

(1) Lycée Saint-Joseph. À 15 heures et/ou 20 heures. Rens. 04.90.14.14.14. festival-avignon.com. Puis au Théâtre national de Strasbourg, du 1 au 11 juin 2017 et à l’Odéon Théâtre de l’Europe à Paris du 15 au 30 juin 2017

(2) Jardin Ceccano. De 12 heures à 13 heures, jusqu’au 23 juillet. Entrée libre

(3) Ed. Gallimard. 650 p. 42 €


 

Commentaire d'un Florestan en colère:

On aura beau apprécier le grand talent pour le théâtre de Thomas JOLLY, un normand qui plus est...

MAIS...

Tout en admettant l'évidence que l'ISLAM n'a pas le monopole du fanatisme religieux dans l'Histoire, cette pièce et son argument ainsi que ses préjugés, tombent franchement au plus mal pour aujourd'hui:

CAR...

1) Ce n'est pas la superstition religieuse catholique ou plus largement chrétienne qui tue EN CE MOMENT des hommes, femmes et enfants y compris au milieu de la Méditerranée!

2) Il eut été bien plus courageux de monter à Avignon une pièce de théâtre d'un auteur algérien, tunisien, libanais, syrien ou encore égyptien dénonçant, par exemple, l'idéologie SALAFISTE qui tue maintenant des croyants ou des non croyants qu'ils soient de tradition musulmane, chrétienne ou laïque: voilà un hors-sujet bien joli et intellectuellement sinon moralement très confortable!

3) Ce sont les associations humanitaires chrétiennes qui, actuellement, se mobilisent le plus en France pour accueillir des réfugiés fuyant le fanatisme islamiste qui sévit chez eux, à commencer par les Chrétiens d'Orient qui fuient en masse la Syrie et l'Irak!

La France découvre dans la douleur qu'il faut prendre le fait religieux au sérieux: nos élites culturelles et médiatiques sont encore trop formatées par un laïcisme forgé dans le légitime combat qui fut dur contre l'ancien monopole catholique sur les consciences françaises, avec, pour conséquence, la Cécité montée sur les planches d'Avignon!

Voilà encore un réel qui existe mais qu'on ne veut surtout pas voir: il semble pourtant que le théâtre devrait précisément servir à faire ça...

Et on sait qu'en vérité, le confort moral n'a, en fait rien à voir avec la... morale!