Dans la dernière livraison de la feuille d'information proposée par Normandie XXL nous pouvions lire une très instructive note faisant le portrait d'Emmanuelle Dormoy vice-présidente à la région en charge de la culture et au patrimoine régional, attributions qu'elle possède pour la ville de Caen en tant qu'adjointe au maire.

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Emmanuelle Dormoy : « la culture ce n’est pas un luxe mais une nécessité »

 Emmanuelle Dormoy vice-présidente culture et patrimoine de la Région

People. Vice-Présidente du Conseil Régional de Normande pour la culture et le patrimoine, Emmanuelle Dormoy est aussi adjointe au maire de Caen pour la culture et les monuments historiques, on le voit on baigne dans la culture et cela depuis ses études puisqu’elle a fait un DESS de management culturel, à Paris, avec Claude Mollard, un proche de Jack Lang, en parallèle d’un DEA de Lettres modernes en Littérature comparée.

Cette encore quadragénaire pour un an qui a poursuivi une partie de ses études à Caen, est taillée un peu comme un viking, élancée, carrée, yeux clairs, elle ne s’embarrasse pas de chichis et la tenue vestimentaire est décontractée. Elle nous reçoit dans un des « greniers » de l’Abbaye-aux-Dames, de Caen, siège de la Région, avec le charme d’un lieu historique dont les soupentes ont été converties en bureaux pour les vice-présidents. On échappe ainsi à l’anonymat des modernes espaces de travail, cubes fonctionnels, mais sans âme.

Le bureau est encombré d’une multitude de dossiers et l’entretien se déroule autour de la petite table ronde destinée aux visiteurs. Aux murs une seule décoration, la carte de la Normandie, une information d’une neutralité désarmante. Avec une mère peintre et un goût musical conforté par une bonne pratique du piano, Emmanuelle Dormoy était sur un terreau propice à l’art et d’ailleurs précise-t-elle : « les arts dans leur diversité sont une passion depuis toujours, il s’agit d’un véritable choix de vie et d’un véritable engagement ». Comment alors en vient-on à la politique ?

Culture et politique : même combat

Pour notre interlocutrice : « la culture mène tout droit à la politique, la Culture est Politique. Puisqu’elle implique une réflexion sociétale et stratégique, la culture est un questionnement de type politique ». Pourtant son entrée en politique est toute récente, sa première élection fut celle des municipales de 2014. Elle figurait sur la liste UMP de Joël Bruneau avec lequel elle avait déjà beaucoup travaillé dans le passé, se trouvant avec lui des affinités pour la mise au point d’un projet de culture pour la ville. Dès cette première élection, elle devient immédiatement adjointe au maire de Caen pour la culture et les monuments historiques. Dans la foulée, elle s’engage dans la réflexion liée à la fusion des Régions et au projet pour une Normandie à construire auprès de l’équipe conduite par Hervé Morin. Participant à un projet collectif, elle travaille, en lien avec Catherine Morin-Desailly, au projet d’une politique culturelle régionale pour la Normandie aux élections régionales sur la liste de la Normandie Conquérante. Elle a donc désormais l’opportunité d’œuvrer pour des valeurs qu’elle considère comme essentielles grâce à un mandat à responsabilités, avec cette vice-présidence à la culture et au patrimoine.

Emmanuelle Dormoy : « la Culture est Politique »

La culture pour métier

Ce parcours un peu fulgurant, n’est en fait que la résultante d’un passé consacré à la culture par sa formation, puis après diverses expériences, par son implication au Conseil Régional de Basse-Normandie où elle arrive en1992, comme responsable des Affaires culturelles. Elle travaille alors avec feu Pierre Aguiton, figure de la droite bas-normande qui fut vice-président de la Région de 1985 à 2004. « Un homme de culture, un humaniste, un homme de respect, avec qui j’ai partagé un chemin de construction en faveur de la Culture d’une grande qualité. C’est une personnalité qui a énormément compté dans mon parcours et à qui je dois beaucoup » tient-elle à préciser. La Basse-Normandie passe ensuite de la droite à la gauche. Emmanuelle Dormoy était partie à l’Orchestre de Basse-Normandie dès janvier 2000, puis avait créé sa société Ivoire-Conseil car en tant que professionnelle elle se sentait en désaccord avec la politique menée par la Région et par la Ville. C’est alors qu’elle accepte la proposition de Joël Bruneau de réfléchir à une ligne Culture dans le cadre de la campagne municipale car s’était établi avec lui et les membres de son équipe un sentiment de confiance et de partage de valeurs. Actuellement Emmanuelle Dormoy est aussi présidente du Conseil d’Administration du Zénith. Depuis son élection à la Région elle a choisi de conserver son entreprise tout en veillant à ce que ses activités personnelles ne se télescopent pas avec ses mandats électifs. Elle constate bien au contraire que « sa vie politique nourrit sa vie professionnelle et vice-versa».

Vous avez dit culture ?

Mais comment parler d’un sujet sans l’avoir défini ? Alors sans hésiter plongeons « qu’est-ce que la culture ? » Bien entendu c’est une provocation car plusieurs jours ne suffiraient pas à cerner le sujet. Pourtant, notre spécialiste tout à la fois praticienne, théoricienne et manager de cette chose indéfinissable, n’a pas manqué de réfléchir à la question et de multiples propositions fusent : « la culture nous fait sortir de nous même …ce n’est pas un luxe c’est une nécessité … c’est la porte pour la liberté et l’épanouissement, elle se situe entre la connaissance et le rêve, entre le savoir et l’imagination. La culture c’est un mode de vie, elle touche les gens même s’ils n’ont pas toutes les références du savoir. »

Si Emmanuelle Dormoy est prolixe sur le sujet général, elle l’est moins sur son application car ce n’est qu’en octobre que la Région définira sa politique culturelle. Elle en donne pourtant les grandes lignes de force.

Création, transmission des savoirs, formation…

L’équipe de la culture à la Région ne compte qu’une dizaine de personnes basées à Caen et reste pour l’instant en pleine constitution, le budget s’élève à quelque 50 millions d’euros, fonctionnement et investissement. Pour son approche de la culture Emmanuelle Dormoy décline trois axes :

Création. Il s’agit de l’aide aux professionnels, et notre interlocutrice de préciser « aider la création ne consiste pas simplement en une politique de subventions, l’aide passe par la formation, par l’accès aux expositions. Il faut créer les conditions d’épanouissement de la jeune création et favoriser sa diffusion. Le temps, est un paramètre essentiel à prendre en considération, c’est celui du travail et de l’élaboration artistique. Les conditions de ce travail relève de la responsabilité d’une politique culturelle. Cette étape passe aussi par un dialogue avec les départements et les 3 métropoles. Comme nous évoquons les risques de subjectivité des choix, la spécialiste se récrie et considère « qu’il y a des données objectives pour effectuer les évaluations, la politique culturelle n’est pas subjective, elle n’est pas une affaire de goût, mais bien celle d’une réflexion nourrie par une multitude d’éléments divers». Où mettre l’argent ? «L’argent public, celui de tous, doit aller là où il est nécessaire et participe d’objectifs de service public et d’enjeux essentiels. Des tournées de certains artistes n’ont pas besoin de financements publics ; d’autres oui ».

Economies de la culture : pour notre interlocutrice : « il s’agit de travailler dans la transversalité : culture et tourisme, culture et économie, culture et formation professionnelle, les sujets concernent les divers champs artistiques : l’audiovisuel, le livre, les musiques actuelles…

Transmission des savoirs : Emmanuelle Dormoy rappelle « l’importance de la formation professionnelle, de l’action éducative, d’autant que la formation artistique a quasiment disparu des écoles, des collèges et lycées. Il y a à remettre à plat le millefeuille des dispositifs existants, il faut tout autant former à la pratique artistique que former les sens  des spectateurs de demain ».

Des points forts : Art lyrique, Arts du cirque contemporain et Arts de la rue

La politique culturelle de la Région s’appuiera sur l’existant et favorisera son essor, ainsi parmi les marqueurs retenus, notre interlocutrice envisage la création d’un pôle pour l’Art Lyrique et le rayonnement des Pôles des Arts du Cirque et Arts de la rue. Elle souligne que : « la Normandie reçoit depuis quelques années le fleuron de la création circassienne internationale et a accueilli les meilleurs cirques d’Europe, elle insiste sur son attachement aux Arts de la rue qui sont un espace de grande inventivité et qui constituent souvent le premier contact du public avec l’art, aussi doivent-ils être impérativement de grande qualité».

Parmi les questions encore en suspens, les relations avec les différentes structures régionales comme, par exemple, les Fonds Régionaux d’Action Culturelle (FRAC). Ces émanations de l’Etat ont pour l’instant des financements qui diffèrent entre Haute et Basse Normandie. Il ne fait pas de doute qu’ « il faut s’en rapprocher  et voir comment établir des coopérations », de même que les ponts sont à lancer entre les orchestres normands, entre les pôles livres ou encore les pôles images… « Il s’agit de faire évoluer nos agences régionales à l’aune de ce nouveau territoire et de notre projet politique».

Autre sujet de réflexion : la visibilité des actions. C’est un chantier à ouvrir parmi tant d’autres mais ce qui importe « c’est de définir le curseur du soutien régional en faveur d’une visibilité des projets, de notre action et d’un rayonnement, il faut structurer l’offre et avoir une stratégie, il y a à choisir le bon niveau, il y a par exemple 6 à 7 festivals à mettre en avant sans qu’ils se concurrencent ».

Comme Emmanuelle Dormoy, amoureuse de tous les arts, est aussi une mélomane, nul doute qu’elle ne réussisse à mettre en musique le foisonnement créatif normand.


 Commentaire de Florestan:

Intéressant portrait d'Emmanuelle Dormoy sur l'enjeu de la culture en Normandie.
Mais il manque une chose importante:
Quid de la culture régionale normande?
Quid du patrimoine culturel institutionnel, historique spécifiquement normand?
Car au coeur de l'évidence normande (seule vraie région de France désormais sur la carte) évidence dotée d'une notoriété et d'un prestige international exceptionnels il y a un patrimoine culturel et historique extraordinaire par sa qualité, sa densité et sa dimension, à commencer par le droit normand et ses valeurs fondatrices de la tradition anglo saxonne du libéralisme politique... Rien de moins! Patrimoine immatériel d'importance mondial qui pourrait être classé à l'UNESCO!
La Normandie, à l'instar de la Bretagne qui le fait sans vergogne sur la base plus simple d'une affirmation identitaire ethnoculturelle, a une authentique culture régionale à promouvoir et ce sur le terrain très politique des valeurs, de l'Histoire, de la mémoire: la Normandie n'est donc pas qu'un contenant inerte ou qu'un guichet de plus pour distribuer de l'argent public à des professionnels qui proposent les mêmes types de "produits" culturels que l'on voit partout ailleurs et qui n'ont que faire de la Normandie en tant que... Normandie (standardisation observable dans le spectacle vivant, les arts plastiques, les pseudos provocations intellos d'un certain art dit contemporain...)
Pour le dire plus abruptement:
NON A LA CULTURE "EN REGION"
OUI A UNE VRAIE CULTURE REGIONALE
Une matière culturelle normande spécifique existe qu'il faudrait travailler et mettre en valeur: avec Michel Onfray, Sophie Poirey et d'autres, nous avons bien la ferme intention d'interpeller prochainement le conseil régional sur cette question essentielle à l'occasion de la mission sur l'attractivité et l'identité de la Normandie: lire ici-même le courrier récemment envoyé à Mme Marie Agnès Poussier Winsback sur ce sujet.
  • Pour aller plus loin:
Sur l'expression "culture régionale" qui n'est pas anodine, lire la mise en perspective suivante proposée par Christian Bromberger et Mireille Meyer deux ethnologues pour la revue d'Ethnologie française: