Dimanche 31 juillet 2016 à l'occasion de la messe dédiée à la mémoire du Père Jacques Hamel, mort en martyr dans son église, près de 2000 normands catholiques ou non, se sont pressés dans la nef: l'archevêque Mgr Dominique Lebrun, "primat de Normandie" a conduit la liturgie et a délivré un message d'interpellation sur ce que nous sommes en train de subir collectivement, voire, sur ce que nous sommes, hélas, en train de devenir...

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La question de l'individualisme matérialiste consummériste occidental qui confine à l'égoïsme ou à un nihilisme généralisé nous épuise: elle nous tue désormais!  Tandis que la conception laïcarde du fait religieux en France ne protège plus du retour du fanatisme religieux chez une minorité déterminée et malfaisante.

Il nous paraît signifiant que ces questions essentielles pour l'avenir de la France et de son identité se soient posées avec cruauté au coeur de notre Normandie...


 

Voici ci-après, deux articles de Paris Normandie importants pour suivre cette actualité normande exceptionnelle: nous tenons d'ailleurs à remercier les journalistes de PN qui font vraiment leur travail car Ouest France, à propos du suivi de cette actualité qui concerne tous les Normands ne fait pas le sien!

http://www.paris-normandie.fr/region/2-000-personnes-rassemblees-a-la-cathedrale-de-rouen-pour-rendre-hommage-au-pere-jacques-hamel-XD6467365?utm_source=Utilisateurs+du+site+LA+NEWS&utm_campaign=ad89fa54a1-RSS_EMAIL_CAMPAIGN&utm_medium=email&utm_term=0_233027d23b-ad89fa54a1-137315997

2 000 personnes rassemblées à la cathédrale de Rouen pour rendre hommage au père Jacques Hamel

Publié 31/07/2016 á 22H50
 
Le père Hamel aurait sans doute aimé. Une cathédrale remplie de fidèles, près de 2 000, illuminée par quelques rayons de soleil à travers les vitraux. Des représentants de la communauté musulmane, avec qui il avait tissé de nombreux liens sur sa paroisse de Saint-Étienne-du-Rouvray, venus porter un message de paix et de fraternité. Un office dominical célébré dignement par l’archevêque Monseigneur Lebrun où les chants, les prières et même le silence résonnaient différemment. Plus profondément. Avec plus de ferveur.

Évidemment, hier à Notre-Dame de Rouen, ce n’était pas une messe ordinaire. Le nombre de caméras et d’appareils photos sortis pour l’occasion suffisait à en témoigner. Le nombre d’élus et d’officiels assis aux premiers rangs aussi. Elle était célébrée « Pour la paix, à la mémoire de père Jacques Hamel ». Quelques dizaines de sièges étaient même réservées pour ses ouailles de Saint-Étienne-du-Rouvray qui, comme l’explique l’archevêque, «sont privées temporairement de leur église, souillée par l’assassinat d’un prêtre». Un rite pénitentiel de réparation devrait d’ailleurs se dérouler dans quelques semaines afin de rendre au culte l’église profanée. D’ailleurs, de nombreux Stéphanais avaient fait le déplacement à l’image de Saïda : «J’étais une voisine et une amie. Je connais les synagogues, les églises et les mosquées. Je suis dans la tristesse et je suis là dans le recueillement. Je veux aussi dénoncer la barbarie et la sauvagerie. Ce qui fait du tort, c’est appeler l’Etat islamique alors que cela n’a rien à voir avec l’islam. C’est une secte de barbares. Un point c’est tout!»

«Les progrès et la richesse sont folies s’ils ne sont pas partagés»

En ce jour de paix, Monseigneur Lebrun n’a pas hésité à se montrer offensif. Contre une société occidentale «qui démolit ses voitures, ses maisons, ses magasins, pour en construire de plus grands», qui «passe de la 3G à la 4G et jette ses téléphones pour en acheter des plus sophistiqués [...] Les progrès et la richesse sont folies s’ils ne sont pas partagés». Une attaque en règle contre le « toujours plus » de la société de consommation, contre «la soif de posséder» qui empêche de penser à l’autre et aux «réalités d’en haut», et coupe de toute spiritualité.

Offensif aussi avec un choix de prières «pour les temps de guerre ou de troubles graves», car il l’affirme en marge de la cérémonie, «c’est bien un conflit qui se déroule actuellement, même si ce n’est pas l’islam qui a tué le père Hamel». Un islam représenté par une centaine de personnes qu’il a saluées à plusieurs reprises, allant jusqu’à embrasser les responsables de la communauté musulmane dans un geste symbolique de fraternité. Cela suffira-t-il à apaiser les tensions entre communautés ? «Cette messe permet aux gens de communier et de s’élever dans l’esprit, mais il ne doit pas y avoir que cela. Il faut y aller maintenant. Il faut de l’action», assure Jacques qui, à 66 ans, a été marqué par l’assassinat de ce curé alors qu’il célébrait la messe. «Nous sommes tous touchés d’autant que cela nous ramène à la dure réalité du terrorisme, car cela se passe à côté de chez nous», constate Yanis, venu pour la première fois assister à un office catholique. «Du coup, on voit des hommes en arme autour de la cathédrale et cela ne doit pas représenter notre société».

Malgré la douleur et la perte, l’archevêque a tout de même voulu voir une lueur d’espoir : «Notre monde se découvre solidaire d’un bout à l’autre de la planète [...] Devant l’horrible et injuste mort d’un simple prêtre, des messages parviennent du monde entier. Des messages qui viennent aussi en nombre des autres communautés religieuses. C’est le début d’une espérance».

Une espérance et un appel à la paix : «Vivez un dimanche sans dispute dans vos familles! De là-haut, Jacques, si attaché à sa famille, se réjouira». Oui, c’est certain, le père Hamel aurait aimé ces paroles. Même si, pas un instant, il n’aurait pu penser qu’un tel hommage lui serait destiné.

Laurent Derouet avec correspondant

l.derouet@presse-normandie

Les obsèques du père Hamel le 2 août à Rouen

Les obsèques du père Jacques Hamel seront célébrées, demain mardi 2 août, en la cathédrale de Rouen, à partir de 14 heures. Une cérémonie ouverte au public. Et elle sera retransmise en direct sur la chaîne de télévision KTO. Et un écran géant sera installé devant la cathédrale.Le père Hamel ne sera pas inhumé à Saint-Etienne-du-Rouvray.
Pas de prière pour Kermiche à la mosquée
L’inhumation d’Adel Kermiche, l’un des terroristes du 26 juillet, pose aujourd’hui problème. Des habitants et la communauté locale musulmane de Saint-Étienne-du-Rouvray ne souhaitent clairement pas que la dépouille d’Adel Kermiche soit enterrée dans l’un des deux carrés musulmans de la ville.
«C’est un terroriste bien sûr nous le condamnons, nous rejetons ce qu’il a fait, mais comme tout humain il a le droit à une cérémonie, car sa dépouille selon le rite musulman doit être enterrée dignement, explique Mohamed Karabila, président régional du culte musulman et de l’association culturelle musulmane stéphanaise. Mais nous nous refusons à participer, si la famille le demande, à la toilette mortuaire et à la cérémonie au cimetière». Cette prière ne peut pas non plus se faire à la mosquée comme c’est possible pour tout musulman. «La famille peut se charger de la toilette et de la prière au cimetière si elle sait le faire, ou désigner un membre de la communauté musulmane, mais qui ne doit pas être lié à la mosquée de Saint-Etienne. »

Les deux terroristes parlent religion avec les sœurs

Adel Kermiche et Abdel Malick Petitjean, les deux assasssins du père Jacques Hamel, ont été abattus par les policiers de la BRI de Rouen le mardi 26juillet.
Dans l’église de Saint-Etienne-du-Rouvray, les deux terroristes de l’EI ont égorgé le prêtre et blessé grièvement un paroissien stéphanais, Guy. En revanche, ils n’ont pas porté la main sur les deux sœurs et la femme de Guy, Jeanine.
Avant de défier les policiers de la BRI de Rouen, ils ont engagé un échange religieux avec les deux sœurs.
Notre confrère La Vie Catholique a dévoilé le vendredi 29 juillet cet échange entre les deux terroristes et les religieuses stéphanaises.
Extraits:
Alors que le prêtre de 86 ans, qui vient d’être égorgé, et un fidèle grièvement blessé gisent à terre, les deux agresseurs, qui avaient jusqu’à ce moment fait preuve d’agressivité et d’énervement, changent brutalement de comportement. « J’ai eu droit à un sourire du second. Pas un sourire de triomphe, mais un sourire doux, celui de quelqu’un d’heureux », raconte sœur Huguette Péron.
«As-tu peur de mourir?»
Sœur Hélène Decaux, 83 ans, et l’épouse du fidèle blessé, âgée aussi de plus de 80 ans, demandent à s’asseoir. L’un des deux tueurs accepte. « Je lui ai demandé ma canne, il me l’a donnée », précise sœur Hélène.
Puis la conversation prend une tournure religieuse. L’un des deux hommes demande à sœur Hélène si elle connaît le Coran. « Oui, je le respecte comme je respecte la Bible, j’ai déjà lu plusieurs sourates. Et ce qui m’a frappé en particulier, ce sont les sourates sur la paix », répond la religieuse.
« La paix, c’est ça qu’on veut (...) Tant qu’il y aura des bombes sur la Syrie, nous continuerons les attentats. Et il y en aura tous les jours. Quand vous vous arrêterez, nous arrêterons «, répond son interlocuteur. « As-tu peur de mourir ? », interroge ensuite ce dernier. A la réponse négative de la religieuse, il poursuit : « Pourquoi ? ». « Je crois en Dieu et je sais que je serai heureuse », réplique sœur Hélène, qui confie avoir prié intérieurement la Vierge et pensé à Christian de Chergé, le prieur du monastère de Tibéhirine (Algérie) assassiné avec six autres moines en 1996.
«A croire qu’ils allaient au devant de la mort»
Avec sœur Huguette, la conversation porte sur Jésus. « Jésus ne peut pas être homme et Dieu. C’est vous qui avez tort », assène l’autre assaillant. « Peut-être, mais tant pis », répond sœur Huguette. « Pensant que j’allais mourir, j’ai offert ma vie à Dieu », ajoute-t-elle.
« Visiblement, ils attendaient la police », considère sœur Hélène. Peu après, les deux hommes tentent une sortie en prenant les trois femmes comme bouclier humain. « Mais ils ne se sont pas mis totalement derrière nous. A croire qu’ils allaient au devant de la mort ».
Présente à la messe lors de l’irruption des terroristes, une troisième religieuse, sœur Danielle Delafosse, était parvenue à sortir de l’église et à donner l’alerte.

L’autre appel

Dans un appel à « agir » contre « l’islamisme radical », intitulé «Nous, Français et musulmans, sommes prêts à assumer nos responsabilités» et également publié dans le JDD, une quarantaine de personnalités -dont le philosophe Abdennour Bidar, l’essayiste Hakim El Karoui et la sénatrice PS Bariza Khiari- se disent « concernés par l’impuissance de l’organisation actuelle de l’islam de France, qui n’a aucune prise sur les événements ».
Préconisant de « changer de générations » et de mener « la bataille culturelle contre l’islamisme radical, auprès des jeunes et des moins jeunes », ils soulignent eux aussi qu’« il est temps » de « réactiver » la Fondation pour l’islam de France, qui « n’a jamais fonctionné », et de « lui donner la capacité de collecter des ressources ».
(...) « Il faut agir donc en tant que musulmans. Mais aussi en tant que Français. Nous devons répondre à l’interpellation de la société française qui nous dit : Mais qui êtes-vous ? Que faites-vous ? » (...)

Manuel Valls veut « reconstruire l’islam de France »

Manuel Valls estime que «l’islam a trouvé sa place dans la République» mais que, «face à la montée du jihadisme», il y a «urgence» à «bâtir un véritable pacte» avec la deuxième religion de France, via «la Fondation pour l’islam de France», dans une tribune publiée dans Le Journal du Dimanche.
«L’islam a trouvé sa place dans la République (...) contrairement aux attaques répétées des populismes, à droite et à l’extrême droite», qui ont mis cette religion au «cœur de leur rhétorique du bouc émissaire», déclare le Premier ministre.
«Ce rejet insupportable de l’islam et des musulmans, ces paroles, ces actes, tout comme les paroles et les actes antisémites, antichrétiens, doivent être combattus - et ils le sont - avec la plus grande force.» Pour autant, après les récents attentats de Nice et Saint-Etienne-du-Rouvray, l’ancien maire d’Evry appelle à «un devoir de lucidité face à la montée de l’islamisme et du jihadisme mondialisé avec sa vision apocalyptique», qui prend «en otages de nombreux musulmans de France».
«Tous les salafistes ne sont pas des djihadistes... mais presque tous les djihadistes sont des salafistes. Cette mécanique infernale pousse des individus par centaines, parfois très jeunes - hommes, femmes, de culture musulmane ou convertis de fraîche date - à prendre les armes et à les retourner contre leur pays.» Soulignant la «mobilisation sans précédent des pouvoirs publics» dans la lutte contre «la radicalisation», il juge que la France «doit faire au monde entier la démonstration éclatante que l’islam est compatible avec la démocratie».

la question du financement des mosquées (re) posée

Manuel Valls, qui s’est dit vendredi dans le journal Le Monde «favorable» à une interdiction temporaire du financement étranger des mosquées, rappelle qu’il «y a plus de dix ans, une fondation a été créée pour réunir en toute transparence les fonds nécessaires». «Son échec est total. Il ne doit pas nous décourager. Il faut reconstruire une capacité de financement française.» «Il y a urgence à aider l’islam de France à se débarrasser de ceux qui le minent de l’intérieur. Pour cela, il nous appartient de bâtir un véritable pacte avec l’islam de France, donnant à la Fondation une place centrale», ajoute le chef du gouvernement, dans le droit fil de ce qui a été fait en 1905 avec la loi de séparation des Églises et de l’État.
(ndlr Florestan: les associations diocésaines prévues par la loi de 1905 pour le financement du culte catholiques avaient, été elles aussi au départ,des échecs...)
  • Lire aussi l'entretien de Monseigneur Dominique LEBRUN, archevêque de Rouen, "primat de Normandie" au journal Paris Normandie:

Attentat à Saint-Etienne-du-Rouvray : pour l’archevêque de Rouen, Mgr Lebrun, la société est « au bout du modèle de la laïcité »

Publié 31/07/2016 á 00H24

L’événement. Dans un entretien, l’archevêque de Rouen, Mgr Dominique Lebrun, analyse les causes de l’attentat de Saint-Étienne-du-Rouvray. À ses yeux, « nous sommes au bout du modèle de la laïcité », la société engendrant le pire en ne respectant pas assez les religions.

Vendredi, 15 h 30, dans la cour de l’évêché à Rouen, Mgr Dominique Lebrun, arrive en scooter, chaussé de ses sandales habituelles. L’archevêque de Rouen vient de rendre visite au paroissien de 87 ans, victime lui aussi mardi des couteaux d’Adel Kermiche et Abdel Malick Petitjean. « Il va beaucoup mieux. Il se remet. Il a réussi à s’en sortir en faisant le mort en compressant son cou tout en se préparant à mourir dans la prière. Vous imaginez...», se plissent les yeux perçants. Au deuxième étage de l’illustre bâtiment, il nous accueille dans son bureau, revenant sur cette folle semaine et l’état d’esprit dans lequel il s’apprête à célébrer ce dimanche à 10 h, à la cathédrale de Rouen, une messe dédiée à la mémoire du Père Jacques Hamel.

Vingt-quatre heures plus tard, quel souvenir gardez-vous du rassemblement de jeudi à Saint-Étienne-du-Rouvray, à la mémoire de Jacques Hamel?

MgrDominique Lebrun: « Les choses étaient assez émouvantes de voir cette population, très simple, exprimer, ou ne pas exprimer, en tout cas être là. Volontairement, le maire avait souhaité quelque chose de sobre. J’étais très touché en allant dire bonjour aux gens dans la foule par les petits mots des uns et des autres. Certains me disant : « Je ne le connaissais pas mais c’est horrible ce qu’il s’est passé » ; d’autres « Il a baptisé ma fille » ; « Il m’a marié ». Des enfants étaient là. Une dame aussi, qui m’a donné des fleurs qui visiblement venaient de son jardin. J’ai tenu à les garder avec moi et à les mettre devant la photo du Père Hamel, sur le podium. »

Lors votre discours, vous avez comparé le Père Hamel à Jésus-Christ. Pourquoi?

« Oui, bien sûr. Parce que sa mort ressemble

à celle de Jésus-Christ. C’est la mort de l’innocent. Et il est mort à l’autel. Pour les catholiques, c’est sur l’autel que Jésus est présent, est présent dans son sacrifice. Jacques a été associé à ce sacrifice de manière très mystérieuse. »

«Un déchaînementde l’ordre de satan»

Comment cela mystérieuse?

« Parce que le sacrifice a eu lieu il y a 2000 ans. Notre foi fait que nous devenons des contemporains de Jésus et que Jésus est contemporain de nous. Par cette mort violente, la mort de Jésus était à la fois présente sur l’autel et par la personne même du prêtre. »

Dans votre discours, vous avez tenu à insister sur le caractère religieux de cet assassinat. Pour vous ce n’est pas un acte terroriste comme les autres?

« C’est évident que c’est le crime perpétué est un crime perpétué à un prêtre. Comme le dit sa sœur, il est mort en habit de prêtre. Ils ne sont pas venus dans une boulangerie. Cela ne veut pas dire que c’est une guerre de religions. Ce n’est pas une guerre de religions. Mais on s’en est pris à un prêtre et, à travers ce prêtre, Jésus-Christ. »

Vous avez martelé le «refus de ce qui n’est tout simplement pas possible». Qu’est ce que cela signifie?

« C’est l’expression que j’ai entendue dans la bouche des jeunes à Cracovie : « C’est pas possible. » Cela veut dire qu’on est au-delà de ce qui est humainement compréhensible. »

Au lendemain du 13novembre, vous avez répondu aux chrétiens qui s’interrogeaient sur le pourquoi d’un tel déchaînement de haine qu’il n’y a de réponse à attendre. Cela veut dire quoi?

« Il y a un déchaînement du mal qui est de l’ordre de Satan, du démon. Qu’il faut traiter comme tel. »

N’est-ce pas céder au fatalisme? On ne peut rien faire, alors...

« Si : la réponse la plus forte c’est d’être uni au Christ qui a vaincu le démon. Le seul qui dit au démon de sortir c’est le Christ. C’est lui qui a vaincu la mort. »

Vous avez le sentiment que cette réponse peut ne pas être suffisante. Qu’il peut y avoir une tentation intégriste dans vos rangs, un désir de vengeance?

« Oui, bien sûr. C’est aussi dans mon cœur. Qui d’entre nous accepterait que ses enfants, ses proches, pour moi ses prêtres,...

C’est sain d’exprimer cette colère. Jésus a dit « si c’est possible, que ce calice s’éloigne de moi. Quelques heures avant sa mort, se sachant condamné, Jésus a demandé à son père « que cela n’arrive pas. » Donc je comprends la révolte. »

Vous la sentez monter?

« Je la sens monter dans mon cœur et je la sens monter dans tous les cœurs, si j’ose dire. Il y en a d’ailleurs qui sont plus forts que moi pour exprimer des paroles de pardon. Je pense à la famille du Père Jacques Hamel qui a tenu des propos que j’ai entendus : « Ce n’est pas eux, ce sont ceux qui leur lavent la tête. »

Au lendemain des attentats de Nice, lors de la messe d’hommage que vous aviez célébrée, votre demande de pardon à l’égard de son auteur avait suscité quelques perplexités. C’est compliqué de pardonner...

« Oui, c’est compliqué. Comme je l’ai fait à Notre-Dame. J’ai dit cette prière : « Père, si tu le veux, puisque tu le peux, sauve-les. » Pour moi ils sont face à Dieu. »

«Nous demandons un vrai respect»

Au lendemain du 13novembre, vous aviez réuni le comité interconfessionnel à l’évêché. Ce type de démarche n’est-il pas vain face à l’ampleur de la menace?

« Le combat ne va pas se terminer demain. Enfin, tout est possible, Dieu est maître des cœurs. Jésus nous a promis l’aide de son esprit sain pour mener le combat jusqu’à la fin des temps. Donc, il ne faut pas s’attendre à ce que le combat cesse immédiatement. D’ailleurs il prend des formes variées. »

Rapprocher ainsi les représentants des religions permet au moins d’apaiser les tensions...

« Oui c’est certain. J’ai reçu un certain nombre de messages de chrétiens me disant : merci de nous élever. Beaucoup ont le désir du pardon, beaucoup ont le désir de la paix et ils sentent que dans un moment comme celui-là, on peut être submergé par la peur. Pour les croyants musulmans, c’est sans doute la même chose. Ils aspirent à la paix et peuvent être submergés eux-mêmes. »

Faudrait-il imaginer plus de rendez-vous, des événements, pour solidifier ce dialogue interreligieux qui reste fragile?

« De fait, c’est fragile (.../...) Mais il y a un autre élément c’est la manière dont la société considère les religions. À les mettre à l’écart, on n’aide pas. Je crois que nous sommes au bout du modèle de la laïcité qui était exaspéré ces dernières années. Jusqu’à dire que la religion doit rester dans la sphère privée. Ce qui est tout à fait faux. Ou alors je n’existe plus. Dire ça, c’est considérer qu’il n’existe pas de communauté catholique, qu’il n’existe pas d’évêque, qu’il n’existe pas de cathédrale, qu’il n’existe pas de croix sur nos chemins. C’est ce qui nous est dit. Et c’est une folie, nier la religion. Ce qui est fragile, c’est aussi ça. »

Pouvez-vous préciser votre propos. Vous estimez que les religions ne sont pas assez, pas associées du tout au projet de la société?

« Oui, elles ne sont pas associées au projet de la société. Disons, pas assez... Surtout, il faut inverser la tendance. Elle est aujourd’hui de les associer le moins possible et il faudrait les associer le plus possible. À leur place. Nous ne demandons pas un État confessionnel, nous demandons un vrai respect. »

Vous pensez que cela constitue un des germes des actes terroristes au nom de la foi?

« Oui, car on détricote le socle. Les religions, entendons-nous, ce n’est pas seulement la prière, c’est la dignité de la personne humaine, élevée dans l’ordre divin. Moi, je crois que l’homme est fait à l’image de Dieu. Or, cette dignité humaine, qui est reçue, c’est ce que j’ai voulu dire en citant les Dix commandements (NDLR : lors du rassemblement de jeudi soir). On a petit à petit désappris non seulement le texte mais aussi la pratique des Dix commandements. »

Pourquoi avoir tenu à remercier les non-croyants dans votre discours jeudi?

« Je remercie le non croyant qui m’apprend que je ne suis pas propriétaire de Dieu, qu’il se révèle à qui il veut. Le non-croyant m’apprend que je n’ai pas de mérite à croire. Et quelque part il y a en moi une part de non-croyant. C’est cela qui déforme l’image de Dieu. (.../...) Je pense qu’il faut un projet de société qui soit un projet de vie, et pas seulement la gestion de la liberté de chacun. C’est la liberté pour quoi faire ? Pour construire quoi ensemble ? »

Vous comprenez que vos propos peuvent interpeller, alors que justement on est face à des fous qui veulent s’imposer à tous? Imposer la religion sur la société.

« Je ne l’impose pas puisque je remercie le non-croyant. Mais quel est le projet de la société alors ? Tout le monde sait dans son cœur qu’une famille c’est important, tout le monde sait qu’un noir, qu’un chinois, un asiatique... on est à égalité. Tout le monde sait que l’on est de passage sur cette terre. Pourquoi on n’aurait pas un projet qui corresponde à ça. Oui, notre objectif c’est que les Soudanais aient les mêmes qualités de soins que nous. Pourquoi ce n’est pas un projet que l’on peut dire au lieu de transformer la Méditerranée en cimetière ?

Qui nous a aimés en premier, avec ce qu’il était, avec les difficultés qui peuvent exister et dont on souffre toute sa vie. Ceux qui nous ont conçus. Pourquoi ceux qui ont en charge les conditions de vie commune ne diraient pas, nous avons comme projet qu’il y ait moitié moins de divorces en France (.../...) Où est le bonheur ? (.../...)

«Le symptôme de la folie du monde»

L’adultère n’est plus une faute. Vous connaissez-vous des gens qui disent à leur conjoint, tu peux coucher avec un tel, très bien, t’inquiète pas, ce n’est pas grave. Pourquoi la loi supprime-t-elle ce qui est dans le cœur de l’homme ? Pourquoi la loi et la société françaises ne seraient pas le reflet de ce qui est dans le cœur de l’homme ? Je suis confondu. On avance vers le mur. »

Ce dimanche, quel message allez-vous faire partager lors de la messe à la cathédrale?

« Je vais, comme les autres chrétiens, écouter la parole de Dieu. Chaque dimanche, on a des textes d’Évangiles différents. Le texte de dimanche c’est un dialogue imaginé par Jésus entre un homme qui est riche, qui en a plein ses greniers mais ses greniers ne sont pas encore assez grands, alors il va détruire son grenier pour en construire un plus grand et comme cela, il aura encore plus de choses. Et Jésus a dit : à cet homme-là ce soir, Dieu lui dit « Tu es fou car demain je te redemanderai ta vie et tout ce que tu as ne servira à rien. » Jacques Hamel n’était pas riche. Il avait fait le choix de la pauvreté. Il ne rêvait pas de construire des greniers, d’avoir un presbytère plus beau, c’est pourtant ce que notre société occidentale fait, elle. On détruit les magasins pour en avoir un plus gros, on détruit nos usines pour en construire des plus grandes ailleurs. Pour avoir encore plus. Mais, ça ne va pas, ça ; ça ne va pas, ça... La richesse et le bien-être c’est bon mais il faut qu’ils soient partagés. »

À vos yeux, les attaques terroristes sont le symptôme de la folie du monde occidental?

« La folie du monde, oui. Le libéralisme économique. C’est un symptôme. C’est le début de mon espérance parce qu’on est vraiment dans quelque chose de mondial, d’universel, grâce d’ailleurs aux moyens de communication. Jésus a dit qu’il n’était pas venu pour sauver les uns sans les autres. Je pense que c’est une maladie dans laquelle on est tous solidaires. Donc, il faut qu’on s’y mette tous. »

Propos recueillis par Thierry Delacourt

Questions d’écoles...

Parmi les racines d’un manque de repères de la jeunesse, Mgr Lebrun évoque le vide spirituel.
« Dans nos écoles publiques, on n’a pas le droit de croire. Quand j’ai 9 ans et que je reviens de week-end, la maîtresse dit : « vous avez passé un bon dimanche ? » Celui-là dit qu’il a joué au foot et tout ça. Mais si l’un d’eux lève le doigt en disant : « Moi, madame j’ai fait ma première communion », elle dit : « Quelqu’un d’autre à quelque chose à dire... »
Le petit musulman, il n’a pas le droit de croire. Nous, nous avons des écoles (NDLR : catholiques), où il y a 50/80 % de musulmans car ils viennent en disant, chez vous, on a le droit de croire. À ce moment-là, comment s’étonner qu’il ait une image déformée de Dieu ? Qu’est-ce que ça coûterait que dans nos écoles il puisse voir qu’il y en a qui croit, d’autres qui ne croient pas. Que cela soit abordé paisiblement comme dans les églises catholiques. On ne met pas des coups de règles sur les garçons et les filles qui disent : moi je ne crois pas.
La liberté elle est où ? Dans nos écoles. Dans les écoles publiques il n’y a pas de liberté. Là où il y a la liberté, c’est là où on peut dire que l’on croit. »

Une petite flamme qu’on n’osait espérer. Comme un premier commandement, celui de la fraternité. Jeudi à Saint-Etienne-du-Rouvray, avant que l’hommage officiel au Père Jacques Hamel, débute, le Parc Gagarine a des airs d’agora. Quelles que soient les origines et confessions, la parole se libère étonnamment, chacun essayant de dépasser ses propres peurs. Face de nouveau à l’indicible, l’échange cherche à donner un sens à l’inconcevable.

L’image est belle et prouve que le « vivre ensemble stéphanais » n’est pas qu’une invention de communication publique. Mais elle est aussi la face partielle, angélique, d’une réalité plus complexe et fragile. Dès la fin de la cérémonie, dans la foule, des cris ont retenti pour s’étonner qu’un représentant musulman ne semble pas chanter la Marseillaise. Et comme l’atteste l’entretien ci-contre, cette colère monte aussi chez la communauté catholique, à l’égard de la société elle-même.

Les initiatives interconfessionnelles et l’appel inédit des musulmans à entrer ce dimanche dans les églises, sont de précieux renforts pour apaiser. Mais les terroristes - avec leurs bras armés de gamins inconscients de 19 ans - ont déjà atteint leur objectif, créant cette affolante « confusion des sentiments et des idées » selon les termes du maire stéphanais, Hubert Wulfranc.

Sous l’étincelle, les braises. Il en faudra des réveils fraternels.

Thierry DELACOURT


Commentaire de Florestan:

La confusion entre laïcité et laïcisme était, jusqu'à présent, un crétinisme franchouilard qui ne prêtait pas à grandes conséquences... Le mépris laïcard pour le fait religieux considéré par certains comme une sous culture, une aberration moyenâgeuse dans un XXIe siècle était tout au plus l'objet de caricatures ou d'un rire gaulois pas toujours très rafiné.

Maintenant, au compteur, 236 personnes tuées en France car une minorité fanatique veut nous imposer une caricature de religion à un pays devenu laïcard qui caricature le fait religieux.

Gilles Képel, notre plus éminent spécialiste du fait politico-religieux islamiste et qui lit l'arabe de la propagande de Daech mais aussi des salafistes et des frères musulmans du proche orient depuis des années nous avait averti que ces derniers allaient viser la France "ventre mou de l'occident" car le pays qui "a inventé les croisades" est devenu le "pays de tous les mécréants" car ils ont tiré les leçons de l'échec politique de Ben Laden contre les USA: s'attaquer à un pays qui continue d'avoir une vraie religion civile (où l'on continue de croire dans son pays, dans sa nation, mais aussi en Dieu en diverses églises ou confessions dans une vraie liberté de conscience) c'est plus difficile que de s'attaquer au pays de ceux qui ne croient plus en rien et qui ouvrent toujours leur gueule pour détester plutôt que pour dire ce qu'ils aiment ou voudraient faire ensemble pour que cela aille mieux.

Gilles Képel nous dit que Al Souri, le prédicateur frère musulman égyptien qui est à l'origine du programme de l'Etat islamique a ciblé la France un pays qui ne s'aime pas et qui pratique une laïcité laïcarde (qui consiste à confondre laïcité avec athéïsme) qui nous handicape pour penser et agir sur ce qu'on veut nous imposer.

Une vraie laïcité dans l'esprit d'Aristide Briand devrait faire de chaque français un expert du fait religieux et un fin connaisseur de chaque tradition spirituelle (athéïsme compris) à commencer par la tradition catholique et judéo-chrétienne d'où est sortie la France "fille aînée de l'Eglise" car au centre de nos centres villes il n'y a pas un centre commercial mais encore des églises ou des cathédrales.

J'ai la position de Régis Debray sur cette question de laïcité qui devrait être le cadre légal et républicain d'une liberté de conscience pour tous et permettant à tous d'acquérir une culture générale du fait religieux: les laïcards rejoignent les rangs des intégristes d'extrême droite de l'identité française islamophobes qui veulent se venger de la violence qu'on nous inflige en tant que PARFAITS IDIOTS UTILES des salafistes qui nous ont déclaré leur soit-disant guerre sainte.

Mais j'ai aussi la position du philosophe chrétien René Girard qui avait découvert la puissance maléfique de la reproduction mimétique de la violence et de la vengeance et que la spiritualité chrétienne était peut-être sur ce point le meilleur antidote contre la... connerie universelle.


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Le 1er juillet 2016, à Caen, le dessinateur de presse Emmanuel CHAUNU rodait son nouveau spectacle consacré à Guillaume Le Conquérant revu et corrigé au prisme de l'actualité. A la fin de ce spectacle, il nous avait proposé ces deux dessins... A l'époque personne ne pouvait savoir que c'était à ce point... PREMONITOIRE!

Chaunu analyse Guillaume

La jeunesse en 1066 et en 2016:

jeunesse barbare 1066 2016 version 1

... qui peut aussi sombrer dans la barbarie!

jeunesse barbare 1066 2016


  • Enfin, la presse nationale s'intéresse à la Normandie en plein été:

Hélas! Ce n'est pas pour évoquer les beautés du patrimoine normand ou pour faire la réclame de la 3ème édition de Normandie Impressionniste (plombée cette année par un bien triste climat avec une météo humaine plus terrible que celle du ciel...)

Nous répondons au journaliste du magazine "Marianne": NON! Il n'y a pas une filière normande du djihadisme. OUI il pourrait y avoir une filière normande de la "déradicalisation" si l'on transmettait enfin aux jeunes générations qui vivent ici en Normandie, toutes les beautés de la Normandie!

djihad normand 1

djihadisme normand 2

 


Mardi 2 août 2016:

Messe d'obsèques à la mémoire du Père Jacques Hamel à la cathédrale de Rouen, primatiale de Normandie pour signifier notre unité spirituelle humaine et normande face au fanatisme et à ses horreurs.

Votre serviteur était présent dans la foule compact qui s'est rassemblée sous la pluie et un ciel gris de circonstance devant la dentelle de pierre de l'église métropolitaine de Normandie accueillant elle-même plus de 1700 personnes. Aux premiers rangs: Bernard Cazeneuve, Laurent Fabius, Estelle Grelier, Valérie Fourneyron, Yvon Robert et Hervé Morin.

Pendant deux heures, de 14 heures à 17heures, la cérémonie aura été suivie par une foule digne et silencieuse depuis un écran géant placé au pied de la tour Saint Romain qui a fait puissamment et lugubrement sonner le boudon Jeanne d'Arc pour le glas.

Mgr Dominique Lebrun a dit les choses simplement et avec force sur la question lancinante et mystérieuse du Mal et de la violence qui hante le coeur des hommes en rappelant aussi les dernières paroles prononcées par le père Jacques Hamel au moment où le couteau de son jeune agresseur s'abattait sur lui: "Va-t-en Satan!"

Et sous l'oeil des caméras et des écrans des médias nationaux et étrangers qui, sur le parvis, étaient les seuls à faire du bruit et à s'agiter, il y avait cette foule immense silencieuse et pétrifiée aux paroles belles et simples d'une nièce à son oncle défunt ou celle d'un archevêque qui sut trouver le ton juste d'un pasteur d'êtres humains.

Le cercueil du père Jacques Hamel ainsi que sa famille ont été applaudis par la foule à leur sortie de la cathédrale.

02-08-2016 23;49;29

02-08-2016 23;51;22Après la cérémonie funèbre à la cathédrale de Rouen, nous sommes allés à Saint Etienne du Rouvray pour nous reccueillir devant l'hôtel de ville et l'église toujours placée en interdit derrière un important barriérage: à ces deux endroits, des mémoriaux improvisés par les gens avec des témoignages de compassion et d'affection pour les Stéphanais et la Normandie venant du Monde entier... (car il y avait aussi une prière pour la Normandie posée sur le trottoir devant l'église), avec des bougies éteintes par la pluie des drapeaux français et d'autres pays, des lumignons à l'effigie de Sainte Thérèse de Lisieux la plus connue des saintes de Normandie. Nous nous sommes reccueilli là avec d'autres personnes dont une dame qui expliquait à sa petite fille qu'un acte horrible a été commis dans cette église.

Nous avons donc placé sur la barrière dans la même fixation tenant un pavillon tricolore national, un drapeau aux léopards normands afin que le premier puisse flotter au vent en embrassant l'autre...

  • Voir aussi le reportage en images proposé par Paris Normandie:

http://www.paris-normandie.fr/accueil/direct-obseques-du-pere-hamel-a-rouen--le-monde-peut-il-attendre-encore-la-chaine-de-l-amour-qui-remplacera-la-chaine-de-la-haine-lance-mgr-d-CJ6478958#.V6EQHaIUmM9

  • Voir aussi le reportage proposé par Ginette Bléry pour Normandie XXL qui, malheureusement, a été obligée de regarder la cérémonie de ce jour à la télévision: BFMTV qui ne respecte rien sauf le business et la finance  n'a pas cessé de bourdonner comme une grosse mouche devant un vitrail pendant toute la cérémonie que la chaîne toute info était censée retransmettre en direct.

http://www.normandiexxl.com/article.php?id=1620