Dans un nouveau rapport publié au début du mois d'août 2016, l'Agence France Stratégie (rattachée au Premier ministre et qui a succédé à la défunte DATAR) rappelait une évidence que nous portons ici depuis 2010 avec notamment nos amis du collectif des géographes universitaires normands, à savoir que seul l'ensemble des trois agglomérations de Caen, Rouen et Le Havre (la "tripolitaine normande") a la taille critique pour former une véritable métropole qui puisse porter la Normandie à l'échelle nationale et européenne.

Cette évidence est la conviction des militants de l'unité normande depuis longtemps et de toute personne sérieuse s'intéressant sérieusement à la matière normande.

Il en va, hélas, autrement dans la sphère politique qui a la lourde charge de décider de l'avenir métropolitain de la Normandie: nos élus ne sont pas géographes et parfois peinent à penser "Normandie" quand ils ne sont pas Normands eux-mêmes. C'est le problème du cadre très normatif et orthogonal du centralisme français où un territoire pourrait en valoir un autre telle une case sur un échiquier...

Problème culturel donc où l'élu, obnubilé par le "national" pense avant tout "local" pour ne pas dire "localiste" avec son bras long qui traine jusque dans les palais nationaux parisiens. Le cumul des mandats (local + national-parisien) symbolise cette situation peu satisfaisante pour la démocratie réelle et ses territoires, notamment ces territoires intermédiaires véritablement et authentiquement régionaux qui ont l'échelle adéquate pour de vraies politiques publiques d'aménagement et de développement économique: il n'y a pas de culture politique régionale en France et entre le municipalisme étroit du clochermerleux local et le bureau du ministre à Paris, il n'y a rien... Enfin si! Il y a l'essentiel de la matière française mais c'est le préfet de région et ses hauts fonctionnaires qui en décide.

Il va donc falloir qu'ils apprennent la Normandie, nos chers "grands élus", notamment les grands chefs urbains de la tripolitaine normande car en Normandie, impossible d'être chef tout seul:

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Rouen, la seule ville normande à disposer, en toute légitimité, du titre de "métropole" n'est pas suffisamment grosse pour se permettre d'ignorer Caen et Le Havre voire le reste de la Normandie: quand on n'est plus la seconde ville de France depuis la fin du règne de Louis XIV et que la métropole historique de la Normandie a failli être transformée en banlieue parisienne dans les années 1960, l'élu rouennais devrait faire preuve de lucidité et de modestie en jouant une partition collective avec Caen et Le Havre pour proposer en Normandie une alternative au modèle français dominant et étouffant du centralisme métropolitain qui consiste à faire des métropoles régionales des petits "Paris de province":

Les élus normands concernés ont le devoir de démontrer au reste de la France qu'un réseau métropolitain régional peut être aussi efficace si ce n'est plus que la vieille solution impériale romaine de la métropole capitale unique: la Normandie est une originalité qu'il faut donc être capable de penser avec audace et courage sous peine de disparaître définitivement dans le magma péri-urbain de la mégalopole parisienne.


  •  Lire ci-après cet article intéressant proposé par Paris-Normandie avec nos commentaires:

http://www.paris-normandie.fr/actualites/economie/inegalites-entre-les-territoires--un-futur-a-reinventer-en-normandie-CY6562589#

Inégalités entre les territoires : un futur à réinventer en Normandie

Publié 14/08/2016 á 23H15

Territoires. Avec son rapport sur les dynamiques et inégalités territoriales, l’organisme France Stratégie pointe les faiblesses de certaines zones françaises, notamment des aires métropolitaines normandes.

Mais de nouvelles perspectives de développement apparaissent.

À condition de jouer collectif. 

Quel avenir pour les territoires en France ? Le Commissariat général à la stratégie et à la prospective - plus connu sous le nom France Stratégie - s’est penché sur la question. «Il s’agit d’un centre de réflexion, qui a pour objectif d’éclairer les débats politiques, de réfléchir sur les problématiques structurantes à l’horizon dix ans», détaille Boris Le Hir, expert au département Économie de cet organisme rattaché aux services du Premier ministre.

Le document 2017-2027: dynamiques et inégalités territoriales, condensé d’analyses et de données variées, pose un diagnostic. Il ne délivre pas le traitement. Pas son rôle. «L’objet est d’introduire un débat grâce à une synthèse des connaissances actuelles pour éclairer les personnes qui vont voter », continue l’expert.

Mais le constat, quel est-il ? Sur le papier, l’avantage n’est pas aux territoires normands comparé à des métropoles comme Rennes, Nantes, Bordeaux, Toulouse, Lyon... Globalement, toute la zone nord - nord-est est plus marquée par les inégalités territoriales. Le «contrecoup de la désindustrialisation», avance l’étude. «Rennes, Nantes... sont des secteurs à forte valeur technologique, affine Boris Le Hir. Dans le nord du pays, il y a toujours un poids assez fort de l’ancienne industrie.»

«C’est un réseau de villes qui doit fonctionner»

Seule l’Île-de-France semble tirer son épingle du jeu. De là à penser que Paris et son agglomération phagocyte ses voisins, Boris Le Hir ne dément pas totalement : «Paris magnétise pour la zone proche. Cela peut-être un facteur d’accaparement du capital humain, de certaines qualifications. Mais c’est plus compliqué pour tout le secteur nord qui a une spécialisation sectorielle qui lui est propre.»

Commentaire de Florestan:

C'est aussi la conséquence négative de la spécialisation fordiste des territoires décidée par le pouvoir gaulliste. La Normandie divisée en deux avec une "Haute Normandie" destinée à n'être qu'une banlieue industrielle de Paris a bien failli disparaître. Rouen a bien failli être rayée de la carte dans les années 1960! Ne pas oublier!

Président de la Métropole de Rouen, la seule normande, Frédéric Sanchez (PS) reste sceptique quant au « magnétisme » parisien : «Plus personne ne considère ça comme un problème, c’est un élément de solution», estime-t-il. Plus que la seule Métropole, il se penche sur «l’aire urbaine qui entoure Rouen et a créé un destin commun entre le Roumois, une partie du pays de Caux et du pays de Bray et les 71 communes de la Métropole. Aujourd’hui, les quinze grandes aires urbaines de plus de 500000 habitants rassemblent 40% de la population. C’est aussi le résultat d’une forme d’aménagement en France qui a conduit beaucoup de personnes à habiter loin de leurs lieux de travail. Le deuxième constat c’est que la réussite de ces grandes aires urbaines entraîne les autres territoires: ce sont 40% de la population mais 55% de la masse salariale. Enfin, effectivement, la désindustrialisation est un élément structurant des dynamiques territoriales au nord de la Loire.»

Commentaire de Florestan:

Erreur de pespective de Frédéric Sanchez: accumuler des habitants qui vivent dans le péri-urbain rural ne suffit pas à faire une véritable "métropole". Une vraie métropole c'est une certaine forme de souveraineté décisionnelle et stratégique. Si tous les emplois de commandement de la place rouennaise sont à Paris, alors à quoi bon de compter les habitants d'une "aire urbaine" de... banlieue?

Une fois ces constats posés, comment remettre les secteurs moins privilégiés dans la course : «La réponse, est politique», délègue Boris Le Hir. Mais, en creux, l’étude incite à plus de cohésion et d’échange entre les territoires : «C’est facile dans certaines régions où il y a des métropoles très puissantes, comme Lyon. D’autres secteurs, comme la Franche-Comté ou la Normandie, c’est un réseau de villes qui doit fonctionner. La performance viendra de leur capacité à se compléter», continue le coauteur de l’étude qui préconise «de s’appuyer sur les métropoles pour constituer des moteurs de croissance profitant à l’ensemble des territoires.»

Commentaire de Florestan:

La Randstad Holland et le Mitteland Suisse démontrent que les réseaux métropolitains de villes sont plus efficaces que des métropoles isolées.

Une gageure parfois, à l’heure des nouvelles régions. «Si nos outils d’action publique prennent en compte la réalité du quotidien, qui ne se limite pas à des frontières administratives, nous aurons des territoires plus attractifs, reprend Frédéric Sanchez. Nous avons déjà pris nos responsabilités en créant un pôle métropolitain avec Louviers et Val-de-Reuil; avec l’agence d’urbanisme, nous voulons créer, à l’échelle de l’aire urbaine, une coopération sur des projets de zones économiques, sur la mobilité ou encore sur l’environnement.»

Commentaire de Florestan:

Seconde erreur de perspective de Monsieur Sanchez: pourquoi s'acharner à faire trois pôles métropolitains en Normandie alors qu'il n'en faudrait qu'un seul fédérant la tripolitaine "Caen-Rouen-Le Havre" et le vaste et très dense réseau des villes moyennes normandes?

Aller au-delà des divergences politiques

L’autre enjeu consiste à créer des passerelles entre les pôles d’attractivités normands que sont Caen, Le Havre et Rouen. «L’axe Seine sera le sursaut. Et, en lien avec Caen, LeHavre et Cherbourg, cela passe aussi par la coopération des universités et des établissements des établissements d’enseignement supérieur; la tertiarisation, l’un des sujets les plus difficiles pour toutes les régions au nord de la Loire.»

Un vœu pieux quand les prérogatives ne dépendent pas des établissements publics de coopération intercommunale et qu’il faut composer avec différentes sensibilités politiques ? «Non, garantit le politique normand. Nous partons d’une page blanche car ce n’était pas notre horizon de travail. Le fonctionnement en réseau à déjà donné Normandie Impressionniste et la Normandy French Tech. Sur l’axe Seine, il est déjà en action. Le travail en réseau normand est en construction et c’est la responsabilité de notre génération d’élus de le faire fonctionner. Et je suis convaincu que c’est un atout si nous réussissons.»

Commentaire de Florestan:

Frédéric Sanchez découvre enfin que le demi léopard haut-normand qui essayait de nager dans la Seine en remontant vers Paris depuis les années 1960 a failli se noyer définitivement. Mieux vaut tard que jamais!

A. Q.

a.quindroit@presse-normande.com

Les enjeux à l’horizon 2027

Selon l’étude, «la prochaine décennie verra la métropolisation se poursuivre» et «les aires urbaines de moins de 100000 habitants et les zones e dehors des grandes aires urbaines» risquent un décrochage économique. Pour préparer un débat, programmé à Toulouse cet automne, les auteurs posent les bases des interrogations que soulève la note. Faut-il « concentrer l’investissement dans les zones les plus productives ? », «quelle offre de service public garantir sur le territoire?», «faut-il promouvoir l’égalité des chances des individus sur le territoire?», faut-il «aller vers une plus grande autonomie fiscale des collectivités locales ?»...
Autant d’interrogations complexes qui prennent également en compte un nouveau paramètre : le Brexit. «Sur la dynamique territoriale, il y a un impact notamment sur la métropole parisienne qui devient, en Europe, une des seules, voire la seule à rayonnement mondial», avance Boris Le Hir.
Un atout potentiel pour les villes normandes : «Cela dépendra de la façon dont Paris en bénéficie et de la façon dont se construit le Grand Paris.»
Commentaire de Florestan:
ça dépendra surtout des élus et des décideurs normands de vouloir se donner les moyens de profiter de l'occasion du Brexit pour redonner à la Normandie le rôle qu'elle avait eu autrefois: la région française passerelle vers l'Angleterre.
Attendre que Paris s'intéresse à la Seine maritime normande est une erreur mortelle à ne plus commettre! Elle a déjà été commise dans les années 1960 avec le piteux résultat que l'on sait:
Rouen rayée de la carte des métropoles régionales d'équilibre en 1965 et division normande décidée en 1956/1960.
On aura la certitude d'un réveil des consciences normandes et rouennaises lorsqu'à Rouen, on sera ENFIN capable de penser une alternative aux sirènes séquaniennes Delouvrier / Grumbach.
Cette alternative c'est le réseau métropolitain urbain d'une SEINE normande et maritime depuis la tripolitaine CAEN ROUEN LE HAVRE et à partir de laquelle une authentique politique d'hinterland pourrait être conduite à l'instar d'Anvers en Belgique, de Rotterdam aux Pays -Bas ou de Hambourg en Allemagne.
ANVERS...
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ROTTERDAM...
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HAMBOURG...
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... Voilà des exemples réussis de métropoles maritimes portuaires qui correspondent au cas normand.
Les Normands qui n'ont pas oublié l'air du large trouveront toujours Paris trop... provincial!
Mais alors que nous évoquons ces métropoles gonflées par l'air du large, dans l'arrière pays, les territoires ruraux sont à la peine...

désert rural