Pour la troisième fois, l'Etoile de Normandie relaye avec plaisir l'initiative de la rédaction de Paris-Normandie qui nous a proposé une série de reportages sur le grand chemin "montois" partant de Rouen: de Rouen, notre métropole normande au Mont St Michel et à pied, qui plus est, les journalistes de Paris-Normandie affichent une belle curiosité normande et un attachement symbolique à notre région: nous les en remercions vivement de ne pas en avoir plein les pieds de notre belle région normande, contrairement à d'autres "cons-frères"!

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Sur les chemins du Mont-Saint-Michel: à travers l’Avranchin

Publié 20/08/2016 á 20H21

Randonnée. Tout l’été, nous vous faisons parcourir les chemins du Mont-Saint-Michel, empruntés depuis le Moyen Âge par les pèlerins. Aujourd’hui : l’Avranchin, du Petit-Celland jusqu’à Genêts en passant par Avranches et les prés salés de la baie du Mont-Saint-Michel. Distance : 27 km.

Silence au Petit-Celland, village perdu dans le bocage avranchin. En ce petit matin estival de juin, le temps s’annonce lourd avec des orages dès le début d’après-midi. Sous le porche de la mairie, Didier, employé communal, s’apprête à remplacer des vitres. «Ici, ce sont les randonneurs, les cyclistes et les cavaliers qui rythment les journées.» Lui-même, ancien banlieusard, est venu chercher la paix ici. «Vous allez à Avranches par le GR? Je me demande dans quel état il est?» Je vais bientôt le savoir. Après un petit kilomètre, j’arrive sur les Troix-Croix, haut-lieu de la chouannerie normande. Ces trois croix en granit me rappellent à quel point le sud-Manche est une fervente terre catholique. Je m’enfonce dans un bois. Une sensation de fraîcheur, un parfum de menthe, le murmure d’un ruisseau, le vol d’un geai... Je m’enivre de cette atmosphère bucolique. «Vous allez passer près d’un camp romain», m’a prévenu Didier au départ du Petit-Celland. «On y a trouvé des monnaies, des vases.... Facile, c’est une sorte de butte arrondie.» Je dois y être, mais j’ai un doute. Est-ce ainsi que les Romains campaient ? Je traverse le hameau déserté de la Tessardière. À la sortie, une maison contemporaine domine une vallée. À l’intérieur du jardin est garée une voiture sportive de la marque Lotus. Élodie, une jeune femme, m’aperçoit et me salue. «Vous êtes bien ici, on voit loin?» «A quinze kilomètres à la ronde», me répond-elle. Pourtant, j’apprends que la maison est en vente et pour les enfants, elle et son mari vont emménager au bord de la mer près de Granville. Je prends congé. «Il y a un superbe étang en pleine forêt», me dit-elle en guise d’au-revoir. C’est vrai qu’il est beau cet étang avec son grand sapin qui se mire dans l’eau. Idéal pour un pique-nique, mais il est encore trop tôt. J’arrive au hameau de l’Eutre. «Moi, j’appelle ça l’Entre. D’ailleurs, regarde, t’es dans la rue de l’Entre», m’assure Daniel. «Mais, des anciens disaient l’Eutre.» Daniel est un Avranchinais pure souche. «J’en ai vu des randonneurs comme toi, aller au Mont. Tu sais que ce GR, il va de Notre-Dame-de-Paris au Mont-Saint-Michel.»

« Saint-Brice était la capitale de la cerise »

Daniel aide son fils à retaper une vieille bâtisse en pur granit rouge, une pierre du coin qu’on appelle aussi le corail. «Il n’y avait plus que trois pans de murs quand on l’a achetée», exulte Daniel. C’est vrai qu’elle a de la gueule. «Plus haut, tu vas passer à la ferme des Forges chez mon cousin Lucien»,m’affirme Daniel en me montrant la direction de la main. Vingt minutes plus tard, je longe la ferme assoupie. Lucien coupe du bois à la hache. «Pas encore perdu » me hèle-t-il. À la retraite, Lucien possède encore quelques vaches à viande. «Par ici, on fait surtout du lait, Mais aujourd’hui, c’est la misère dans les fermes du coin.» Il est né dans le hameau de Bellevue à moins d’un kilomètre de là. «Je n’ai pas beaucoup voyagé. C’est comme ça...» Je sens l’orage à mes trousses. Quelques grosses gouttes tombent, mais sans donner suite... Je traverse une zone de prés où se succèdent vaches normandes, blondes d’Aquitaine et salers à cornes pointues. Puis, une descente sur Saint-Brice me conduit jusqu’à la mairie. Françoise, la secrétaire m’accueille avec bienveillance. «Dans le temps, Saint-Brice était la capitale de la cerise. Elle partait d’Avranches par le train pour Paris où elle était très appréciée... Bon, aujourd’hui, les derniers cerisiers servent surtout à faire de l’ombre dans les jardins.» Françoise m’évoque pêle-mêle la fusion probable de Saint-Brice avec les communes des alentours, les renards qui rôdent dans le village, la conservation des haies, des fossés dans le bocage... «Avranches n’est plus très loin», me dit Françoise comme un encouragement. Plus j’approche de ma destination, plus j’entends le bruit lancinant de l’autoroute. Au pied de la vieille ville d’Avranches, j’emprunte le tertre Saint-Nicolas, un chemin casse-pattes où en haut m’attend ma logeuse, Jacqueline Poullain-Turquetil. «C’était par ce chemin qu’on entrait à Avranches au Moyen-Âge», confie t-elle.La chaleur est étouffante. L’orage gronde. Au loin, je reconnais la silhouette du Mont avec les fleuves côtiers la Sée et la Sélune qui scintillent dans un ciel couleur d’acier.

Le lendemain, pendant le petit-déjeuner, je converse avec mon hôtesse, adhérente de l’association des Chemins du Mont-Saint-Michel. «Ce que je recherche, c’est l’humanité des marcheurs», lance Jacqueline. «En les recevant chez moi, j’ai l’impression d’avoir des invités.» Pendant une heure, nous discutons à bâtons rompus de nos enfants, du plaisir de la marche, de la campagne, mais aussi de la spiritualité du Mont, malgré ses tentations à rentabiliser une formidable machine à cash. Il faut bien repartir. Surprise : en sortant, je me retrouve au cœur du grand marché du samedi matin. Idéal pour préparer la pause-déjeuner de l’étape du jour. Après les orages de la soirée, la matinée est fraîche. Le plus dur sera de quitter Avranches, ceinturé par une voie express, puis de traverser une zone d’activités sans âme. Mais une fois franchie la voie ferrée et le pont de la Sée, place aux prés-salés de la baie du Mont-Saint-Michel. Dans un champ en contrebas, une dizaine de lapins s’ébattent dans les garennes.

« Le Mont, ce n’EST PAS pour aujourd’hui! »

Le Mont qui se trouve derrière le Grouin du sud n’est pas visible. Le long du chemin est bordé de maisons plutôt hétéroclites. L’une d’entre elles en bois s’appelle «Mieux que rien». À côté, j’aperçois une jeune femme qui boit un café sur une terrasse. La conversation s’engage avec Anaïs qui ignore tout de ce chemin des pèlerins du Mont. «Des randonneurs, j’en vois souvent mais je n’avais jamais remarqué qu’ils suivaient ces pastilles du Mont sur les poteaux.» Elle m’évoque sa vie tranquille face aux herbus comme les Manchots appellent les prés-salés. «C’est un peu hors du temps ici. On oublie même la mer, sauf lorsque le mascaret remonte la Sée aux grandes marées. J’ai vu la mer au pied de la maison, mais je ne crains pas le raz-de-marée, même si certains anciens le redoutent.» Je poursuis ma route qui longe la baie, abritée par le vent de nord-ouest. Mais à l’arrivée au Grouin du sud, une pointe rocheuse face au Mont, des rafales de vent me font comprendre pourquoi les rares visiteurs sont en doudoune. Quant au Mont-Saint-Michel, il se dessine à peine dans la brume. «Faire autant de kilomètres pour ne pas le voir, c’est rageant», m’interpelle, ironique Évelyne, une habitante de la baie qui attend une concentration de motards au Grouin. «Eux aussi vont être déçus», mouronne-t-elle. Après la pointe, les herbus reprennent leurs droits avec leur bordure d’habitations. Une vieille dame, assise sur un banc dans la cour de sa ferme, me salue. «Ah ça non, le Mont, vous ne le verrez pas aujourd’hui.» Foi d’habitante de la baie depuis toujours. L’une des dernières à toujours résider dans la ferme familiale.. « Il n’y a plus de ferme sur le trait de côte, c’est interdit. Toutes celles que vous voyez, ce sont des résidences secondaires retapées pour les vacances. Les éleveurs des prés-salés sont plus loin à plusieurs centaines de mètres de la baie. C’est ça le monde moderne....» Genêts où cette vieille dame allait à l’école à pied n’est plus qu’à quelques minutes. Sur la baie, j’aperçois des groupes disparates. Le Mont reste une silhouette abstraite. Une nuit à Genêts, puis ce sera la traversée jusqu’à la Merveille de l’Occident.

Philippe LENOIR

Plus d’informations sur les itinéraires: www.lescheminsdumontsaintmichel.com

LA RENCONTRE : Bernard Legent, producteur de calvados

C’est une figure incontournable du marché du samedi matin à Avranches. Depus les années 70, chaque semaine, rue Boudrie, Bernard Legent propose aux passants de goûter à son calvados ou encore au tirepiond. « En fait, c’est du pommeau, mais comme je ne suis pas sur le territoire de l’appelation, je n’ai pas le droit de le nommer ainsi. Alors comme je suis de Tirepied près d’Avranches, j’ai appelé ça le tirepiond. » Mais si Bernard Legent est une figure du marché grâce à sa faconde, c’est aussi un héraut du bocage de l’Avranchin pour être un ardent défenseur de la production cidricole traditionnelle. « Dans ma ferme de Tirepied, j’ai un hectare de pommiers haute tige non traitée. Mon calvados est sans mentir un vrai produit de tradition qui vieillit lentement dans des fûts de bois. Mon grand-père qui était déjà bouilleur ambulant faisait un calva identique. » Bernard Legent se bat pour faire connaître son calva car pour le grand public, l’eau-de-vie normande se produit dans le Calvados, voire dans l’Orne. « C’est bien dommage, car dans la Manche, il y a encore quelques producteurs de calvados de haute qualité. » Mais Bernard Legent se refuse de se faire distribuer chez les grandes enseignes, malgré les sollicitations et la garantie d’augmenter sa notoriété. « Toute ma vie, j’ai assuré la vente directe de mes produits, ici, sur le marché d’Avranches ou chez moi où j’ai rejoint le réseau « Bienvenue à la ferme ». Ceux qui se laissent happer par la grande distribution ne s’en remettent jamais. Car moi, je n’ai que mon certificat d’études obtenu en 1947, mais je vous assure que je sais compter. » En apprenant que je me rendais à pied jusqu’au Mont-Saint-Michel, Bernard Legent insiste pour que je goûte à son nectar distillé. « Ça va vous donner un coup de fouet pour marcher aussi longtemps.» Alors...
Bernard Legent, la Bunolière 50870 Tirepied. Tél. 02. 33. 60. 52. 61. Sur la D460, entre Avranches et Brécey, prendre la D460 sur 3 km puis suivre les panneaux « Calvados ».

À voir

Le scriptorial : Avranches est le dépositaire des manuscrits de l’abbaye du Mont-Saint-Michel depuis la Révolution. La ville en a fait un musée en élaborant un parcours didactique et interactif pour découvrir les liens qui unissent Avranches et le Mont, l’origine de l’écriture sur parchemin, les enluminures. Place d’Estouville. Plein tarif : 7 €.
Le Jardin des plantes à Avranches a inspiré Victor Hugo, Stendhal ou Maupassant. Avec ses douze jardins aux essences rares et sa terrasse avec vue imprenable sur la baie du Mont-Saint-Michel, sa visite vaut le détour.
L’écomusée de la baie du Mont-Saint-Michel à Vains permet de découvrir le littoral, le milieu estuairien et les activités de pêche. Entrée : 4,50 €

Dimanche prochain dernière étape : la traversée de la baie du Mont-Saint-Michel