Un mois après l'odieux assassinat du Père Jacques HAMEL martyr de la paix et de la fraternité entre les religions du Livre, la vie reprend à Saint Etienne du Rouvray:

 Résultat de recherche d'images pour

La vie reprend le dessus car il n'y a pas d'autres solutions que d'assurer la paix, la fraternité dans l'unité, avec lucidité et fermeté: en 2017, on pourra fêter le 970ème anniversaire du concile de Caen qui instaura, à la demande de Guillaume le Conquérant, la "paix du duc" sur toute la Normandie au  nom de la Paix de Dieu pour faire cesser toutes les violences physiques contre les personnes et les biens.

C'est la plus ancienne des valeurs normandes...


 

http://www.paris-normandie.fr/region/a-saint-etienne-du-rouvray--apres-l-attentat-la-vie-reprend-le-dessus-LK6639508?utm_source=Utilisateurs+du+site+LA+NEWS&utm_campaign=f2bfa494cc-RSS_EMAIL_CAMPAIGN&utm_medium=email&utm_term=0_233027d23b-f2bfa494cc-137315997#.V8BEPDUUmM8

À Saint-Étienne-du-Rouvray : après l’attentat, la vie reprend le dessus

Publié 25/08/2016 á 22H49

Reconstruction. Un mois après l’attentat qui a coûté la vie au père Hamel dans l’église de Saint-Étienne-du-Rouvray, dans quel état d’esprit se prépare la rentrée pour plus de 3 500 écoliers ? Certes, il faudra encore du temps pour digérer la blessure, mais toute la ville s’efforce déjà d’aller de l’avant. Parce que la vie veut la vie...

Tous les témoignages déposés en signe d’hommage sont conservés en vue<br />de constituer un mémorial dédié au père Jacques Hamel

La vie reprend son cours par petites touches à Saint-Etienne-du-Rouvray, frappée de stupeur le 26 juillet avec l’assassinat du père Hamel et une sanglante prise d’otages, en plein office matinal.

La façade de l’hôtel de ville a déjà quitté ses habits noirs. Le mobilier publicitaire urbain affiche encore le deuil, mais d’ici la semaine prochaine, le décor va retrouver son rythme d’allées et venues de parents et d’enfants autour des écoles. Puisqu’il faut avancer, unis. Parce que la vie veut la vie.

Dépasser lucidement et humainement le drame, en actes, Hubert Wulfranc et son équipe municipale s’y sont attelés, annonçant que la première étape serait la rentrée scolaire. «J’exhorte tous les adultes à s’y préparer dans la réflexion», avait déclaré le maire lors de l’hommage dans le parc Gagarine.

rassurer enfants, parents et agents

Rien que dans le bourg, trois écoles et le centre socioculturel Déziré se situent dans un petit périmètre autour de l’église Saint-Etienne, toujours fermée. Comment accueillir les enfants jeudi 1er septembre ? Rassurer les parents ? Soutenir les animateurs chargés du périscolaire ? Pour prolonger la ligne de conduite, digne et fraternelle, le maire a prévu de réunir le personnel de la Ville travaillant au contact des enfants pour tracer une feuille de route, échanger sur cette cicatrice.

«Nous continuons d’être attentifs aux agents», insiste Olivier Lebas, responsable du département des affaires scolaires et de l’enfance. «Hormis la semaine du drame, les accueils de loisirs se sont déroulés normalement, nous avons protégé les enfants. Mais avec le retour des vacances, peuvent survenir des réminiscences, un réveil d’angoisse. Dès le matin de la rentrée, les équipes des Animalins seront présentes pour écouter, répondre aux inquiétudes, dissiper les craintes», explique-t-il. Bref, rassurer les esprits en plus du plan Vigipirate renforcé qui était déjà en vigueur et des nouvelles mesures de sécurité annoncées par l’État, mais dont on ignore encore la déclinaison locale.

«Plusieurs initiatives pour marquer ce premier jour d’école ont été évoquées, dont celle d’un geste symbolique comme la fabrication avec une feuille de papier d’un origami, symbole de paix», indique-t-on en mairie.

À l’échelle de cette commune en pleine poussée démographique, accompagnée d’un fort renouvellement urbain, avec un quartier soutenu par le dispositif REP + (réseau d’éducation prioritaire renforcé), une ambition éducative affirmée bien avant la réforme des rythmes scolaires, la rentrée est toujours un moment fort. Et celle de 2016 est à marquer d’une pierre blanche avec peut-être dix ouvertures de classes. Les dix-neuf établissements accueilleront 3 527 élèves, soit 200 de plus que l’an passé. «L’inspection académique nous a accordé huit ouvertures de classes. La décision avait été actée au printemps, ce qui nous a permis d’anticiper l’achat de matériel. Deux ouvertures supplémentaires de classes de maternelle, demandées par la Ville, sont encore en suspens», détaille le responsable des affaires scolaires. Ce serait un signal fort.

SOPHIE BOGATAY (AVEC CORRESPONDANT)

« Remettre des sourires dans la ville »

Ça sent la fin des vacances dans les commerces du bourg qui rouvrent progressivement. L’attentat, on en parle encore, à mots feutrés, sans s’appesantir, pour ne pas rajouter d’angoisse.
Tout le monde se souviendra longtemps où il était le 26 juillet et comment il a appris la nouvelle. Inimaginable. «Il y a toujours un peu de bruit de fond dans le bourg, mais là, c’était des sirènes, puis le silence. On n’entendait même plus les oiseaux. Et puis, il y a eu l’invasion des camions des télés pendant plusieurs jours», raconte un client du Bistrot Jem’s qui a rouvert après le 15 août.
Jean-Louis, un des patrons, enchaîne : «On sent que les gens, toutes origines confondues, qui viennent chez moi, ont encore besoin d’en discuter, mais juste en demandant comment ça va...»
Personne n’a envie de rouvrir la plaie, de déraper. Pas facile à contrôler. «L’attitude du maire et l’hommage au parc Gagarine ont fait du bien, c’est ce qui ressort des petites conversations. Et puis, les J.O. ont aussi servi de soupape. C’était pénible à supporter cette exposition médiatique sur notre ville.»
«On n’est pas au zoo»
Autre agacement auquel il faut faire face : «On m’a demandé des cartes postales. Et j’ai dû expliquer qu’il n’y en avait pas, ce qui est vrai. Car il y a des touristes qui veulent faire savoir qu’ils sont venus ici.» Johnny, le fleuriste et marchand de journaux de la rue Gambetta, s’indigne : «On n’est pas au zoo!»
Lui aussi, avait fermé son magasin juste avant l’attentat. «La rue était méconnaissable avec tous ces médias. On a même vu des Chinois! Mes collègues qui bossaient en ont bavé.» Quand il a rouvert la semaine dernière, il a noté que «les jeunes qui sont parfois bruyants ou parlent mal, avaient quelque chose de triste dans le regard.»
Avec son épouse Isabelle, il parle avec fierté de cette ville marquée par une cohabitation de communautés, dont la portugaise est la plus importante.
«Il faut maintenant, avec la rentrée, remettre des sourires dans la ville. On va tout faire pour cela», affirme le couple, qui est aussi à la tête de l’union des commerçants et artisans du bourg regroupant 27 adhérents. «Ce qui s’est passé nous donne encore plus envie de renforcer l’union des commerces de proximité.» La reprise des événements rythmant la vie stéphanaise ? «Il ne faut surtout pas céder, comme annuler le forum des associations.» Seulement, «par décence», il a préféré mettre une croix sur une journée d’animation prévue sur la place de l’église, le 8 octobre. «On travaillait dessus depuis six mois. On espérait décrocher un troisième sourire de la chambre de commerce avec cette journée. Mais par respect, on va reporter. C’est encore trop frais. Et je pense qu’on n’aurait pas eu les autorisations question sécurité.»
SOPHIE BOGATAY (AVEC CORRESPONDANT)

Des hommages inscrits dans la mémoire

Sous le regard attentif du père Auguste, curé de la paroisse stéphanaise, des agents municipaux sont venus presque sur la pointe de pieds, lundi matin, trier fleurs fânées, couronnes, bougies, cierges, mots de compassion écrits au feutre et délavés par la pluie et le soleil, des cœurs, et même une poupée baigneur. Quelle que soit l’heure de la journée, des habitants viennent en silence se recueillir.
«Une riveraine passe régulièrement arroser les pots», raconte une voisine qui promène son chien. «On sait bien qu’il faut recommencer à vivre, aller de l’avant, que l’église rouvre».
Tous ces témoignages accumulés depuis presque un mois seront gardés en lieu sûr et archivés par le diocèse en vue de constituer un mémorial. Les objets et témoignages déposés devant la mairie ont été conservés aux archives municipales. Ces messages, tout comme le livre d’or ou les courriers, sont traités comme des documents faisant partie de la mémoire de la ville. «Nous avons pris contact avec les services de la mairie parisienne du XIe arrondissement, qui ont géré l’afflux après l’attentat au Bataclan et aux terrasses de cafés et de restaurants, le 13 novembre 2015», explique-t-on en mairie.
Cette collecte et ce toilettage pourraient aussi permettre d’endiguer un inévitable phénomène de tourisme morbide qui agace les Stéphanais.
S. B. (AVEC CORRESPONDANT)

ET L’EGLISE ?

Depuis un mois, les messes et cérémonies religieuses (mariages, baptêmes, enterrement) ont lieu à l’église Sainte-Thérèse, au Madrillet. En poste dans la paroisse depuis cinq ans, le père Auguste Moanda pourrait annoncer ce week-end une date pour la réouverture de l’église du bourg.
«Nous allons en discuter avec l’archevêque dès son retour de Lourdes», explique-t-il. «Car une cérémonie spéciale aura lieu dans cette église souillée par le meurtre du père Hamel. La règle veut que l’évêque se déplace pour faire acte de repentance, c’est-à-dire demander pardon à Dieu pour ce qui s’y est passé, au nom des auteurs de cette désacralisation. Ensuite, il rebénit l’église. La cérémonie peut se dérouler en petit comité ou en présence de tout le monde. À la paroisse, nous sommes plutôt en faveur d’un acte public. Nous souhaitons que cette cérémonie soit ouverte à tous ceux qui se sentent concernés.» La réouverture de l’église Saint-Étienne serait l’occasion de redonner à nouveau corps à la fraternité qui s’est exprimée entre toutes les confessions.

Le « vivre ensemble » plutôt que la peur

Ambiance multicolore et vivante au marché du mercredi dans le quartier du Madrillet.
«Je l’appelle le Maghreb-express, pas par racisme, mais parce que ça m’amuse et parce que c’est vrai», détaille un étudiant anglophone rencontré dans le métro qui nous dépose à Ernest-Renan.
De fait, à chaque station, la rame fait monter de plus en plus de dames en djellaba, portant foulard et traînant des cabas à roulettes, les conversations s’arabisent ; un vrai voyage qui trouve son terme place de la Fraternité.
L’attentat commis il y a plus d’un mois ne laisse que des traces discrètes. Deux affiches de la municipalité, un fond noir barré de tricolore, rendent hommage.
Les chalands, entre Afrique subsaharienne, Maghreb et européens, sont bigarrés. Les boubous comme les minijupes sont de sortie et un client en djellaba blanche cause prix des olives avec un marchand qui le connaît bien.
Bref, une ambiance multicolore et vivante, comme le promeut la ville avec des conversations portant plutôt sur les prix, les marchandises, les mesmen (beignets, parfois fourrés, cuits sur site) que sur l’après 26 juillet, comme il y a eu un après 11 septembre. Seul changement observé depuis l’attaque: le vendeur de Coran, mais peut-être est-il en vacances, n’était pas mercredi à son emplacement habituel.
«Notre responsabilité»
Passée la méfiance qu’inspirent les journalistes, qui à défaut de micro tendent leurs calepins, le mois écoulé «n’a pas changé ma vie», confie Bassima, Stéphanaise depuis plus de vingt ans. «Je n’ai pas voulu avoir peur, j’ai senti que l’on faisait la part des choses entre les musulmans et ces barbares qui disent s’en inspirer. Forcément, juste après la mort du prêtre, on a été tristes, on a rendu hommage. On n’a pas ressenti de réactions anti-musulmanes. Au contraire, on s’est rapprochés, on vit mieux tous ensemble, même si, cet été, la polémique sur le burkini est stupide et risque de radicaliser davantage quelques jeunes.» Propos optimistes, mais que diraient de jeunes « radicalisés », absents du marché ?
« J’ai tendance à regarder davantage les jeunes, à parler avec eux pour voir s’ils sont en danger », ajoute Wassim, père de famille portant le kufi (chapeau traditionnel). «C’est aussi notre responsabilité de les sauvegarder de prêches dangereux. Aujourd’hui, si j’en vois un qui n’a que le mot koufar [NDLR : mécréant] à la bouche, je me pose des questions, je me dis qu’il n’a rien compris, et si je le connais je vais voir sa famille, je discute, j’alerte. Mais le plus souvent les jeunes ne discutent plus avec nous, les vieux.»
«J’ai le sentiment qu’on fait plus attention au vivre ensemble», juge Nawel, les yeux cachés par des lunettes de soleil et les cheveux masqués sous un foulard beige. «Il n’y a pas de peur, même si on redoute de nouvelles attaques, mais une détermination à ce que tout se passe bien ici.». Mais chacun sait que la radicalisation est un piège toujours tendu à ceux qui s’estiment déclassés, méprisés ou oubliés.