Face à l'échec prévisible des négociations directes entre "un seigneur féodal et ses serfs" pour reprendre l'image forte d'un responsable syndical agricole, le mouvement de révolte des producteurs de lait parti de la Mayenne et concernant d'abord les trois régions de l'Ouest français (Normandie, Bretagne et Pays de la Loire) s'étend désormais à toute la France à partir de ce lundi 29 août 2016 avec une opération d'information des consommateurs sur la gamme des produits du premier groupe agro-industriel laitier mondial, produits qui ne sont pas "équitables" pour permettre aux éleveurs laitiers de vivre de leur intense travail.

L'article proposé par le célèbre critique gastronomique Périgo Légasse dans le dernier numéro disponible du magazine Marianne résume bien l'enjeu du problème: nous partageons totalement les analyses du journaliste et nous allons même plus loin en proposant le début du commencement d'une vraie solution...

Puisqu'il s'agit de mieux payer le litre de lait aux hommes et aux vaches qui, sur nos terroirs travaillent intensément pour nous le proposer à tous nos enfants, l'organisation des conditions de cette meilleure rémunération du lait est devenue une question politique urgente d'intérêt général. Or pour qu'il y ait un meilleur prix accepté sur le marché, il faut une meilleure qualité et certainement une moindre quantité car la seule logique agro-productiviste industrielle ne conduit qu'à nous noyer tous ensemble sous un fleuve d'un liquide blanc qui n'a plus qu'un lointain rapport avec le bon lait qui a marqué nos souvenirs d'enfance.

Face à cette logique impérieuse d'un marché mondialisé et dominé par de grands industriels eux-mêmes soumis à la seule logique de financiers en costards cravate qui n'oseraient jamais franchir le seuil d'une étable, la seule arme légale et législative dont nous disposons est d'organiser des solidarités professionnelles chez les producteurs laitiers et d'emmener tout le monde vers la qualité, celle que le cahier des charges d'une AOC pourrait imposer aux acteurs les plus lucides, les plus volontaires d'une filière qui va au naufrage.

Et des crises précédentes nous rappellent qu'un cahier des charges en AOC bien défendu peut être une arme très efficace contre les prétentions gloutonnes d'un grand industriel...

http://veritable.camembert.free.fr/pages/aoc_camembert_86.htm

Les producteurs laitiers du Pays de Bray notamment ceux qui manipulent le lait cru pour l'AOC "Coeur de Neufchâtel" sont très mobilisés:

http://www.paris-normandie.fr/breves/normandie/neufchatel-en-bray--les-eleveurs-vont-reprendre-le-siege-de-graindorge-lactalis-YD6665908#.V8UrSDUUmM8

L'acquisition récente de la marque "Graindorge" après "Lanquetot" ou "Lepetit" par le groupe industriel mayennais fait peser des inquiétudes sur l'authenticité et la continuité de l'AOC Camembert de Normandie car pour la première marque, fleuron du Pays d'Auge, nous somme dans le cahier des charges de l'AOC et on se souvient que le groupe mayennais avait souhaité le remplacement de l'exigence de manipuler du lait cru par celle d'utiliser du lait "thermisé", technique intermédiaire entre le lait cru et le lait pasteurisé...

http://www.lefigaro.fr/flash-eco/2016/06/13/97002-20160613FILWWW00148-lactalis-rachete-graindorge.php

La confusion entre "Camembert de Normandie" (AOC) et "Camembert fabriqué en Normandie" continue d'intriguer et de perturber les consommateurs:

http://www.consoglobe.com/vrai-ou-faux-produits-artisanaux-le-camembert-de-normandie-cg

Il serait temps d'en finir avec cette confusion en réservant le nom de "Normandie" aux seules fabrications respectueuses du cahier des charges des quatres fromages AOC normands (Camembert, Pont L'Evêque, Livarot et Coeur de Neufchâtel). Une démarche exigeante et volontariste qui serait en harmonie avec celle du conseil régional de créer en 2017 une marque "Normandie" car l'avenir est à la qualité, la typicité et l'authenticité qui seuls permettront des prix rémunérateurs pour les producteurs de lait normands.

Mais il faudrait aller plus loin...

CREER UNE  AOC LAIT DE NORMANDIE !

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Car vache laitière est au coeur de l'identité normande.

La Normandie, la région française des AOC et pionnière en France pour la qualité alimentaire avec l'IRQUA, doit mettre en oeuvre le long et courageux processus de créer une AOC LAIT de NORMANDIE avec 100% de lait récolté EN Normandie aux pis de 100% de vaches de race normande ayant mangé sur 100% de l'année, 100% d'herbe ou de fourrages produits sur les prés de notre région: le cahier des charges est simple, il est certes exigeant et il existe déjà en tant que tel pour assurer la cohérence sinon la légitime authenticité de nos plus célèbres et de nos plus appréciées AOC fromagères.

Il s'agit seulement d'aller un peu plus loin et d'élever le lait de Normandie aux honneurs d'une AOC (on le fait bien avec le beurre  AOC d'Isigny), AOC qui, par le symbole qu'elle pourrait représenter pour tout le monde, serait le couronnement des AOC normandes sinon un manifeste normand pour la reconquête de la qualité et de la souveraineté alimentaire.

Car seule la qualité bien identifiée, bien organisée et bien défendue permet de justifier le bon prix qui fera vivre l'éleveur et ses vaches que nous aimons tant!

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La vache normande: TOTAL RESPECT !

Bref! une AOC très politique et dont la décision de mise en oeuvre ne sera jamais prise à Laval ou à Paris mais bien à Caen, à l'abbaye aux Dames, siège du conseil régional de Normandie...

crise laitière

(Source: Marianne n°1012, semaine du 26 août 2016, p. 13)