On aimerait entendre la version normande de la célèbre injonction chantée par France Gall:

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" Résiste
Prouve que tu existes
Cherche ton bonheur partout, va,
Refuse ce monde égoïste
Résiste
Suis ton cœur qui insiste
Ce monde n'est pas le tien, viens,
Bats-toi, signe et persiste
Résiste"

https://www.youtube.com/watch?v=9IwTgYlP7YM

Car une scène des musiques actuelles d'expression normande existe et résiste depuis plus de trente ans au défi de l'indifférence, du mépris voire d'une certaine forme de haine de soi de la part des Normands pour leur culture régionale: la division normande, ces quarante dernières années venant après une brutale modernisation d'Après Guerre (dans les ruines de 1944 il fallait passer du passé au... progrès) et surtout la fin silencieuce d'une civilisation rurale ancestrale, ont fait que la fierté normande en général et les manifestations culturelles et traditionnelles normandes en particulier, ont été dévalorisées et abandonnées...

Et comme la nature a horreur du vide, le large déploiement du soft power culturel breton est venu prendre la place laissée libre sur l'estran de la grande marée basse normande.

Depuis le 1er janvier 2016, la Normandie a retrouvé son unité institutionnelle qu'elle n'avait plus depuis... 1790. Elle est, désormais, sur la carte de France la seule région où une ancienne province peut être aussi le cadre d'une grande action publique légitime, forte, ambitieuse car fondée sur un nom et un patrimoine exceptionnel et prestigieux.

Le conseil régional de Normandie voudrait restaurer la fierté d'être normand.

Une mission officielle "attractivité et identité' va être lancée tout prochainement. Une marque "Normandie" est à l'étude pour valoriser toutes les initiatives et les savoir-faire des Normands. Très bien. Mais tout cela ne pourrait se faire en oubliant l'essentiel: sauver l'existence même du coeur encore palpitant de cette identité normande qu'on pourra trouver dans les pratiques renouvelées et toujours transmises de la culture authentiquement normande, à savoir celle de la langue normande, des îles au plateau de Caux...

Ci-après, on lira un état des lieux fort édifiant transmis à la rédaction de l'Etoile de Normandie, de cette scène musicale d'expression normande qui existe et résiste et qui mériterait d'obtenir la reconnaissance institutionnelle indispensable de la part d'un conseil régional enfin... normand:


 

Au milieu des années 1970 le groupe Normand ASGARD (FOLK progressif) se retrouve classé dans les « charts » au même niveau qu’Eagles ou Pink Floyd avec l’album l’Hirondelle!

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https://www.youtube.com/watch?v=WZeU2fDAKj4

Une hirondelle qui ne fera pas le printemps car l’accueil en Normandie est « lisse »: le second et dernier album se coupe un peu des racines et le groupe perd des musiciens qui voulaient rester sur la formule d’origine. Il faut dire aussi, qu’à l'origine, le groupe avait choisi un nom…breton (avant d’être repéré par Georges Bernage), histoire de prendre la vague folk sans doute.

Ensuite, il y eut Les Alberts (répertoire folk et chanson régionale) dont le succès, important en Cotentin ne se diffusa pas au-delà des marais en l'absence d'aucun relais médiatique.

http://ventdamont.blog50.com/archive/2014/10/29/les-alberts-l-integrale.html

Et enfin OFNI finalement plus apprécié en Bretagne qu’en Normandie avec, pourtant, un répertoire 95 % Normand, dont deux musiciens vont co-fonder "Mes souliers sont rouges", sans doute le groupe le plus connu en Normandie mais dont le répertoire n'est pas fondé sur la Normandie si on excepte, et encore, quelques morceaux du premier album.

https://www.youtube.com/watch?v=PaOVzXzG03o

Concernant Mes Souliers sont rouges, dès les débuts du groupe,  les musiciens n'ont cessé de dire que leur répertoire est québecois car celui de Normandie manque de rythme…( pourtant avec OFNI avait été amorcée une dynamisation du tempo).

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https://www.youtube.com/watch?v=YGh8sjgz7P0

Or qu’ont fait les Québecois? ils ont pris un répertoire issu de France et principalement de l’Ouest avec une forte proportion Normande et ils l’ont croisé avec la musique irlandaise. Il était possible de faire un mixte en Normandie aussi, mais le public n’aurait pas suivi semble t-il …

Et le gros problème de la musique d’expression régionale normande est bien là. Pour les Normands, globalement, les groupes folkloriques sont détenteurs du répertoire qui est, de toutes les façons, figé ou bien représenté par un groupe ou un auteur qui est l’arbre prédisposé à cacher la forêt !

Si un groupe veut démarrer, il est quasiment obligé de faire comme le groupe reconnu et s’il s’en démarque trop, il est tout de suite mis à l’écart. L’auto flagelation étant une spécialité normande, l’innovation est un suicide ! La musique Normande fait penser à un enfant autiste que l’on voudrait cacher et dont on encourage seulement les actions qui ne sauraient perturber personne y compris lui-même.

Le public normand appréciera du mauvais "celtique", mais si vous donnez dans le "normand" quand bien même cela soit bon, cela ne sera jamais suffisant !

Et puis est-ce vraiment du "normand" ?

Car le Normand se méfie de lui-même, mieux vaut un « truc » externe même usurpé qu’un « truc » interne sur lequel il faudrait apposer un tampon officiel ! Ce qui fait dire à pas mal de musiciens Normands qu’ils préféreraient jouer en dehors de la Normandie ! Au moins il y a des connaisseurs et surtout des gens prêts à écouter quelque chose de nouveau par rapport à ce qu’ils connaissent!

Dans d’autres régions, on ne mélange pas les genres mais on développe le répertoire, surtout en interne. En Normandie, on ne mélange pas non plus mais on se recroqueville. Il est des sujets qu’il ne faut pas aborder non plus : la complaisance politique, l’attentisme local, le nucléaire, même de façon très légère.

Quant à la pratique amateur, elle est quasi inexistante et elle impose aux musiciens et aux chanteurs de prendre des risques pour occuper un créneau que les professionnels n’investissent pas sauf à se vouer au conformisme.

La pratique professionnelle devient de plus en plus rare: elle vieillit et dans 5 ou 6 ans il n’y aura peut être plus personne ou presque, le risque existe et il est loin d'être nul.

Du côté de la reconnaissance et du soutien des tutelles publiques, la situation est pour le moins catastrophique:

Les subventions sont en baisse pour le collectage, par exemple. (une modeste subvention régionale est versée à la Loure, la seule association culturelle normande reconnue, pour l'instant, par les nouvelles autorités du conseil régional). Du côté de l'agence régionale pour la musique, ce mystérieux "F.A.R", la valorisation des expressions musicales normandes, au delà de l'intérêt ethnographique porté par la Loure, ne semble pas être la priorité.

Du côté de l'Education Nationale, l’enseignement de la langue normande est quasi nul, mais de toute façon que faudrait-il enseigner et transmettre puisque le répertoire local est considéré comme faible?

L’écart entre professionnels et amateurs va s’amplifier et du côté de Jersey, les Badlabeques sont devenus, grâce à un soutien institutionnel efficace, une véritable structure étatique de promotion de la culture locale avec un « terreau » de musiciens mobilisables selon les dates autour du chanteur guitariste professionnel.

L’initiation des jeunes demeure ainsi inexistante et pourtant elle serait cruciale car les jeunes Normands baignent dans l'ignorance la plus totale du répertoire régional et ne connaissent que ce qui est importé sauf, dans le meilleur des cas, le répertoire des groupes folkloriques qui apparait alors comme bien ringard ou vieillot pour ne pas dire davantage.

En Cotentin, le répertoire en langue normande laissent les jeunes dubitatifs puisqu'il s'agit de chanter dans une langue qu’ils ne comprennent pas. Sans compter que les textes, datés et évoquant la vie rurale d'autrefois par un conformisme obstiné, ne parlent pas de leurs préoccupations contemporaines !

Par ailleurs, il est encore trop rare de voir un groupe de l'ex « haute » aller chanter dans l'ex "basse" (et vice versa). Souvent, on écoute le frère venu d'outre l'eau avec un intérêt poli avant de s'en retourner se vautrer dans le confort de la celtomanie…

L'historiographie des musiques traditionnelles n'est guère favorable à une spécificité normande : Les études anciennes martèlent l’appartenance de la Normandie au « Grand ouest », donc « rien n’est spécifique ». Dans les études consacrées aux traditions musicales des autres régions françaises, on ne trouvera pas pareille analyse. L’héritage de Madame Messager fait que son étude sur 25 danses normandes est devenue la référence incontournable. Tout comme Alfred Rossel et Cotis Capel sont en Haut Cotentin des icônes qu’il faut absolument honorer régulièrement sous peine de passer pour un renégat!

Le répertoire traditionnel est vu comme un passé classé et rangé dans le caveau du folklore. ailleurs ils se permettent de moderniser. En Normandie, c’est figé.

Il manque une vraie politique de sensibilisation et d'éducation à destination d'un public régional normand qui ne connait quasiment rien à l’univers « Trad folk Normand ». Quant au répertoire traditionnel le plus authentique malgré l'indispensable travail de collectage de la Loure, il reste, au delà des activités de cette association, trop méconnu, voire méprisé s’il apparaît un tant soit peu sur scène. Quant à la diffusion en radio, n'en parlons même pas, à l'exception très notable de l'antenne de  France Bleu Cotentin, avec l'émission militante de Gérard Viel. Dans d'autres régions françaises on ne trouvera pas un tel mépris! Conséquence:  ce sont les « expatriés »  ainsi que les "horzains" qui s'intéressent désormais le plus aux expressions culturelles normandes. Nul n'est prophète en son pays!

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Gérard Viel, l'un des rares promoteurs de la musique en langue normande dans les médias...

http://www.womex.com/virtual/les_editions_emile/member/gerard_viel

http://www.vds-phl.fr/article-gerard-viel-un-metier-une-passion-la-musique-120714381.html