Nous avons appris la curieuse nouvelle suivante qui en dira long sur l'état de notre "Etat":

Une fois de plus, l'appréciation de l'intérêt général est laissé à la discrétion de haut-fonctionnaires autoritaires et arbitraires. La manifestation artistique ci-dessous, de par son objet insolite et contestataire de l'ordre établi qu'ils nous imposent, a été annulée au nom du meilleur motif qui soit: la sécurité civile. On vit une drôle d'ambiance. Une ambiance inquiétante, celle générée par "l'état d'urgence", le risque des attentats, la tension, le stress et la fatigue pour les forces de l'ordre et, bien plus contestable, le zèle de fuite en avant de certains haut-fonctionnaires tentés d'ouvrir grand tous les parapluies! On a beau être en Normandie mais il ne pleut tout de même pas tous les jours!

L'information rapportée ci-dessous est curieuse, insolite et on aurait pu l'ignorer car elle pourrait paraître éloignée de nos problématiques normandes. Mais comme notre rédaction de l'Etoile de Normandie a été récemment contrainte de supprimer un billet d'information d'intérêt général sous la pression arbitraire d'un haut-fonctionnaire, nous vous le proposons à titre d'exemple édifiant... Un exemple de plus du régime d'arbitraire dans lequel nous sommes en train de tomber tranquillement ou presque! Jusqu'à quand?

http://www.normandie-actu.fr/lacher-de-ballons-en-normandie-pourquoi-sa-performance-a-ete-interdite-par-le-prefet_232235/

Caen Lâcher de ballons en Normandie. Pourquoi sa « performance » a été interdite par le préfet

Il voulait lâcher dans l'air des ballons et des CV pour dénoncer la complexité de l'administration. La préfecture du Calvados a interdit à Alexis Debeuf de réaliser sa performance.

Mise à jour : 20/09/2016 à 16:20 par Laura Bayoumy

En 2015, le ciel de Caen avait reçu des centaines de ballons lâchés par des enfants dans le cadre d'un hommage à Yvonne Guégan (photo © Côté Caen)

En 2015, le ciel de Caen (Calvados) avait reçu des centaines de ballons lâchés par des enfants dans le cadre d'un hommage à Yvonne Guégan (Photo d'illustration : Côté Caen)

« Par le déplacement et la décontextualisation d’objets et d’actions, de l’espace social vers l’atelier, l’artiste souhaite développer une réflexion portant sur le statut et la place de l’oeuvre. » L’artiste en question, c’est le Caennais Alexis Debeuf. Les objets décontextualisés sont les ballons et les CV. L’objet de sa « performance » ? Dénoncer la complexité d’une administration qui balade les demandeurs d’emploi d’un bureau à l’autre, les chahute. Le lâcher de ballons prévu, samedi 17 septembre 2016, à l’Artothèque de Caen (Calvados) a fait pschitt. Invoquant des questions de sécurité et la trop grande proximité avec l’aéroport de Carpiquet, la préfecture du Calvados a décidé d’annuler la manifestation.

> Lire aussi : Insolite. Cet artiste de Normandie qui vous propose de vous envoyer en l’air !

Des demandes sans réponse

Il le prend aujourd’hui avec dérision, mais Alexis Debeuf s’est retrouvé contre toute attente, « valdingué comme une boule de billard entre toutes ces instances administratives ». Intitulé Bon Vent, sa proposition artistique avait séduit 110 personnes prêtes à envoyer leur CV dans les airs, symbolisant ainsi la complexité de l’administration. Alexis, qui « avait à cœur d’être dans les règles », avait pourtant multiplié les démarches pour savoir s’il avait le droit de réaliser sa « performance ».

J’ai d’abord contacté la préfecture du Calvados, qui, indiquant que ce n’était pas de son ressort, m’a renvoyé vers la mairie. Cette dernière m’a signalé que cela ne la concernait pas, et m’a orienté vers l’aéroport, qui m’a conseillé de me tourner vers la Direction régionale de l’aviation civile (Drac) de l’ouest. Finalement, la Drac m’a dit d’aller voir la préfecture… J’ai ainsi contacté de nombreux institutions sans que personne ne puisse me renseigner », déplore l’artiste.

La mairie refuse…

L’événement devait se tenir à l’Artothèque, « dans un cadre très institutionnel, financé par la Direction régionale des affaires culturelles (Drac) et Normandie impressionniste». « Par acquis de conscience », Alexis Debeuf adresse alors un courrier à toutes les institutions sollicitées pour annoncer la date de l’événement. La mairie de Caen refusera d’autoriser la manifestation, pour des raisons de sécurité aérienne.

La première réponse a été difficile à accepter. En même temps, le fait d’avoir été traité de cette manière là, vient complètement corroborer mon propos de base. On ne peut en vouloir à personne. Si ce n’est pointer les failles et les incohérences de cette administration. »

Soutenu par l’Artothèque et ses partenaires, il renouvelle sa demande. La veille de l’événement, nouveau refus de la mairie : un arrêté préfectoral – auquel il n’aura jamais accès – rendrait illégal le lâcher de ballons. L’artiste refuse de commenter davantage la situation, mais s’amuse de l’ironie de cette situation.

Susciter des échanges et des débats

L’artiste a maintenu l’événement, tout en annulant le lâcher de ballons. Les visiteurs ont été reçus, comme prévu. Des échanges ont eu lieu et certains sont repartis avec des ballons, emmenant ainsi quelques CV vers des destinations inconnues… Des CV perdus à jamais, destinés au vide.

C’est essentiel que mon travail parle au plus grand nombre. Si mes œuvres d’art ne provoquent pas de changements, j’espère qu’elles apporteront quelque chose, susciteront des échanges et des débats, qu’elles interpelleront, et feront réfléchir », résume Alexis Debeuf.

Pari gagné pour l’artiste.


 Commentaire de Florestan:

Plus de 250 ans après la Révolution, la France demeure corsetée dans un Ancien Régime de papier, de circulaires, de règlements, de décrets où un arbitraire autoritaire continue de régner.

Pour exister en France il faut un statut coincé entre un plafond et un plancher et la réalité doit correspondre absolument à la case où le pouvoir technocratique a prévu de la ranger. Dans cette société d'ordres il n'y a de privilèges que pour ceux qui ont les moyens de confondre impunité et immunité: la clique des notables qui se connaissent, haut-fonctionnaires, élus locaux, chefs d'entreprises... Tout ce monde là "réseaute" pour tenir localement le pouvoir réel.

Les journalistes de la presse régionale le savent bien et connaissent trop bien l'hypocrisie du "in" et du "off" et tous les jeux de la servilité liés à la connivence, la collusion d'intérêts pour ne pas dire la corruption passive et active réservée au "sérail" aux "milieux autorisés" qui se ferment telles des huitres avec violence et mépris devant des citoyens ou journalistes "trop fouille merde" aux "électrons libres", aux créateurs et porteurs de projets libres et alternatifs qui n'ont pas été prescrits ou subventionnés par le ministère officiel.

Et après ces Messieurs Dames habitués aux "sauteries" sous lambris avec petits fours s'étonnent et s'inquiètent d'être détestés par l'immense majorité de la population qui se méfie d'eux et qui ne votent plus pour eux, eux qui représentent le "système". Alors le préfet et ses services qui nous compliquent la vie au lieu de nous la simplifier, qui refuse ce geste libertaire d'un artiste citoyen, nous rend finalement service: il nous donne l'occasion de dénoncer ici cette "dictadouce" dans laquelle nous sommes sommés de vivre... Cette dictadouce pavée des meilleures intentions ou des meilleures justifications avec de belles devises idéales inscrites à nos frontons officiels, la dictadouce du "deux poids deux mesures", la dictadouce des "fils et filles de" qui ont droit à tous les passe-droits parce que machin connait machin à la mairie, à la préfecture... au ministère.

Voilà un beau matériel pour commencer une révolution!

Il suffit de relire quelques articles de la déclaration des droits de 1789 sur l'abus de pouvoir et l'arbitraire ou le contrôle de l'administration par les citoyens et les contribuables...

Alors voilà... C'était le coup de "goule" (gueule) d'un citoyen normand. Car si la tradition juridique et constitutionnelle du droit normand était toujours en vigueur chez nous, nous n'aurions pas à subir les injustices d'un pouvoir centralisateur, discrétionnaire, arbitraire et autoritaire. Car au coeur de l'ancienne jurisprudence normande il y avait le respect du droit des personnes physiques et de leurs biens. Car au coeur des valeurs normandes on trouvera le devoir de résister à l'arbitraire d'un mauvais pouvoir, avec le poignard de Charlotte Corday...

On pourrait relire en 2016 le "Manifeste aux Normands" de 1771 avec le risque d'avoir à constater que rien n'est nouveau sous le soleil! Le pouvoir en France est toujours aussi central, arbitraire et autoritaire.

Pourquoi? Parce qu'il y a en Occident deux conceptions de la Loi:

1) La Loi au service de l'Etat sous prétexte que le pouvoir de l'Etat est toujours au service de l'intérêt général (ben voyons!): c'est la conception impériale romaine reprise en France par Philippe Auguste, Saint Louis, Philippe IV le Bel, Louis XI, Henri IV, Louis XIV, Robespierre, Napoléon 1er, Clémenceau, Charles de Gaulle, Nicolas Sarkozy (quand il dit qu'une constitution n'est qu'une "argutie"...)

2) L'Etat au service de la Loi permettant ainsi un exercice réel de l'intérêt général par les citoyens: c'est la conception constitutionnaliste d'un "état de droit" où la Loi n'est pas une variable d'ajustement à la discrétion du pouvoir politique. C'est la conception anglo-normande et c'est fermement la nôtre!

Deux citations pour finir:

Balzac: "les lois sont pareils aux toiles d'araignées. Elles prennent les petites mouches mais laissent passer les grosses!"

Tacite: "dans une république corrompue, les lois pullulent."


 

Ecouter aussi les propositions de Thierry Mandon, secrétaire d'Etat à l'enseignement supérieur et la recherche pour une réforme de la "machine à décider" de l'Etat français qui fonctionne mal: dans le journal de 12h30 de France Culture du 21 septembre 2016, il dénonce l'endogamie de caste de la haute fonction publique française et reprend pour partie nos analyses "girondines": un rapport sur la réforme de la haute fonction publique française sera dévoilé en octobre prochain...

http://www.franceculture.fr/programmes