Nous vous proposons de lire l'entretien que Frédéric Sanchez, président de la Métropole de Rouen a donné à Paris-Normandie: le propos est mesuré et l'essentiel est dit. La Normandie ne peut pas se passer de Rouen et Rouen ne peut pas se passer de la Normandie à condition d'imaginer une nouvelle gouvernance territoriale dans une France politique formatée par le centralisme parisien. Comme le dit lui-même non sans humour Frédéric Sanchez, il y a des choses plus efficaces à faire qu'un éternel... derby entre les grands clochers normands!

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Frédéric Le Sage...

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Frédéric Sanchez, président de la Métropole de Rouen : l’énergie pour une Normandie qui gagne

Publié 27/09/2016 á 22H50

Politique. Les primaires du PS, le bilan de François Hollande, la place de la Métropole de Rouen dans la Normandie, développement économique, contournement Est, menace terroriste... Frédéric Sanchez, président de la Métropole Rouen Normandie, livre sa vision des dossiers chauds de la rentrée.

« La question n’a pas été au cœur de nos échanges C’était une réunion entre socialistes normands. On a parlé d’éducation, de développement économique, de politique avec la montée du FN, de la gauche fragmentée. Il a aussi été question des hommes et des femmes qui porteront demain les couleurs du PS. Mais à titre personnel, je considère que pour se présenter, il faudra assumer le bilan du quinquennat, le connaître, le défendre. C’est François Hollande qui le pilote. On verra en décembre ce qu’il annonce. Il est en train de bouger les fondamentaux de la France : plus d’emplois, plus d’enseignants, plus de droits... Cela va dans le bon sens. »

Après la succession d’échecs aux derniers scrutins, ne craignez-vous pas que la primaire organisée par le PS et ses alliés vous affaiblissent un peu plus?

« C’est le contraire. Il faut en appeler à l’exercice démocratique, comme nous l’avons déjà fait. Fin janvier, on va regrouper des hommes et des femmes de gauche. C’est un bel exercice démocratique que nous savons organiser. S’il y a des querelles d’ego, ce sera raté. »

« Je n’envisage pas que la droite puisse nous sanctionner »

Que répondez-vous aux députés PS frondeurs qui rêvent encore d’une primaire ouverte à tous la gauche et aux écologistes?

« Malheureusement - et j’assume l’adverbe - le sujet est clos depuis avant l’été. Le choix a été fait de participer à des exercices démocratiques différents. Je le regrette. Je vis au quotidien le fait de travailler avec toutes les composantes de la gauche. Je regrette beaucoup que ce que nous savons faire ici sur le terrain, ne puisse pas être dupliqué au niveau national. C’est un risque très grand quant à l’extrême droite... »

Après la défaite du PS aux élections départementales et régionales, vous présidez la dernière grande collectivité locale détenue par la gauche. Avez-vous face à vous des interlocuteurs soucieux de voir la Métropole de Rouen se développer?

« La réponse va se préciser au fil des mois. La collectivité principalement partenaire, c’est la Région. Nous représentons un tiers de l’emploi normand. Nous sommes la deuxième collectivité en termes d’investissements publics. Nous avons l’obligation de travailler ensemble. Notamment sur l’avenir du ferroviaire, sur le développement économique et bientôt sur le contournement Est de Rouen. Je n’envisage pas une seconde que la droite puisse nous sanctionner. C’est à nous de faire la démonstration que, dans nos différences, on puisse tracer un chemin, celui de l’intérêt général. »

Quel regard portez-vous, justement, sur la politique d’Hervé Morin?

« Ce n’est pas à moi de distribuer les bonnes et les mauvaises notes. Hervé Morin se situe dans les rails posés par ses prédécesseurs. Il n’a pas remis en question ce qui lui a été légué par Nicolas Mayer-Rossignol et Laurent Beauvais [N.D.L.R., les anciens présidents de la Haute et de la Basse-Normandie]. Il est dans la continuité. »

Rouen a-t-elle perdu beaucoup avec l’installation du siège de la Région à Caen?

« Je reste vigilant. La réorganisation des services de la Région n’est pas achevée. Je continue à regretter la faiblesse des services régionaux dédiés à l’économie sur le territoire de la métropole. Nous travaillons ensemble, Métropole, Région et CCI à la création d’une structure plus ambitieuse pour faciliter la vie des entreprises. Le derby, c’est intéressant en sport, mais quand on parle de développement économique, c’est seulement dans la réunion de Rouen, Le Havre et Caen avec la Région, que l’on pourra aller de l’avant. »

« La métropole doit veiller à renforcer la sécurité »

Qui est le vrai patron de Rouen? Son maire ou le président de la Métropole?

« Chacun est dans son rôle et pleinement. Comme pour les 71 communes [qui composent la Métropole Rouen Normandie, N.D.L.R.]. Rouen est la ville centre, pour nous tous. Et il n’y a qu’une seule ville centre. Avec des équipements sportifs, de très importantes zones d’emploi. La ville centre mérite bien sûr une attention forte des 70 autres communes. Rouen est un peu modeste en taille, et elle a été affectée par certains sous investissement mais il y a un effet de rattrapage. L’important est que chaque ville et chaque village se sentent impliqués dans le projet commun. »

Cet été, la Métropole de Rouen n’a pas échappé à un attentat terroriste. En matière de sécurité, le gouvernement a-t-il pris les mesures qui s’imposent?

« On a pu constater que la menace prend des formes multiples. Il est difficile d’assurer et de garantir une sécurité totale. Il faut que tout le monde joue son rôle. Le gouvernement est très actif. Au niveau des lois, des moyens humains et financiers, tant pour le Renseignement que pour la Police. Il faut que tous les responsables politiques se mettent au diapason dans le plus grand sang-froid. La Métropole doit veiller à renforcer la sécurité dans les musées, dans les manifestations publiques. On a renforcé les effectifs de la TCAR. Il y a 350 véhicules en circulation, c’est évidemment difficile à sécuriser. On a renforcé nos outils de vidéosurveillance. Les polémiques entretenues par les candidats de la droite sont indécentes car elles reposent sur des informations fausses et contribuent à exciter les peurs. »

La Métropole mise énormément, économiquement, sur le développement du tourisme. La menace terroriste a déjà eu cette année un effet dissuasif sur les visiteurs. Craignez-vous un mouvement de fond?

« Non. Parce que c’est tout ce monde qui est dangereux. Le danger existe en de multiples endroits sur la planète. Un certain nombre de précautions doivent être prises. Le développement du tourisme comme un enjeu majeur je ne sais pas, mais c’est un aspect important. On vient de poser la première pierre d’une entreprise chimique [l’usine d’engrais liquide du groupe Tessenderlo au Grand-Quevilly, N.D.L.R.]. Cela faisait 20 ou 30 ans que l’on n’avait pas eu un investissement de ce niveau-là. On travaille à la valorisation de nos atouts. Cela ne remet pas en cause la stratégie globale. »

Propos recueillis par Delphine Letainturieret Thierry Rabiller

Contournement Est et Ligne Nouvelle Paris-Normandie

Entre la Cour des comptes qui indique que l’État n’a plus les moyens de financer de nouvelles structures ferroviaires et l’Île de France qui regarde ailleurs, faut-il se résoudre à enterrer la ligne nouvelle Paris-Normandie (LNPN)?

« Un comité de pilotage très important va se tenir à la mi-octobre. Le premier enjeu, c’est de poser le consensus normand. Sans pacte normand, le dossier n’avancera pas. Je m’en inquiète. Nos prédécesseurs nous ont transmis le témoin après sept ou huit ans de travail. Il faut que la nouvelle génération d’élus prenne ses responsabilités et s’exprime clairement. Le deuxième enjeu est de continuer à réfléchir où va passer le train, regarder quelle est la meilleure solution. Il faut savoir utiliser toute l’année 2017 pour vraiment bien choisir ce tracé et minimiser les nuisances. On est à un moment charnière. Je mettrai toute mon énergie à ce que la Normandie ne soit pas derrière. C’est un énorme défi pour les trente prochaines années. »

Le contournement Est de Rouen a franchi une nouvelle étape importante avec l’avis favorable rendu par la commission d’enquête publique. Quels obstacles peuvent-ils encore se présenter pour faire échouer ce projet?

« Bien sûr, il y aura des obstacles encore. Mais c’est une chance pour notre territoire que cette infrastructure soit en haut de la pile des projets en France. Nous allons répondre aux interrogations de la commission d’enquête, aux réserves qu’elle soulève. »