L'Etoile de Normandie s'associe pleinement à la déclaration à lire ci-dessous  des élus communistes normands qui s'inquiètent non sans raison de l'opération d'enfumage total de l'enjeu d'intérêt national de l'Axe Seine...

Cette déclaration date du 11 avril 2016. Plusieurs mois ont passé depuis. Un rapport de plus et quelques colloques plus loin, nous en sommes toujours au même point!

Ailleurs, forts de puissants soutiens politiques, des projets pas toujours bien pertinents avancent quitte à piétiner les avis les plus autorisés d'un Etat qui se dit de droit (inspection générale des finances, Conseil d'Etat, Cour des comptes...).

La Normandie et l'intérêt général maritime national qu'elle porte pourtant est en panne.

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L'intérêt maritime national de la France vu depuis... Paris

Parce qu'il n'y a pas le portage politique suffisant (il n'y a plus de grand baron socialiste en Normandie) et parce qu'il n'y a plus d'argent disponible sachant que le peu d'argent disponible a été siphonné pour des projets moins prioritaires mais portés par des barons ou des baronnes socialistes qui sont bien en cour à Paris!


 A la veille d'annonces importantes d'Hervé Morin et de Valérie Pécresse sur ce sujet essentiel, il nous a paru bon de ressortir cet appel de nos archives:

AXE-SEINE ET APPEL A PROJETS “REINVENTER LA SEINE”

DECLARATION DES ELU-E-S COMMUNISTES ET REPUBLICAINS DE SEINE-MARITIME

AXE-SEINE, ATTENTION DANGER :
LA SEINE EST A CONSOLIDER, PAS A REINVENTER

Les chiffres qui tuent...

Les chiffres de l'AXE SEINE

« Réinventons la Seine »… telle est l’invitation sympathique lancée par les maires de Paris, de Rouen et du Havre à travers un appel à projets visant à « valoriser et à revitaliser » 42 sites retenus le long du fleuve : bâtiments en friche, écuries, ponts… afin « d’instaurer de nouveaux rapports à l’eau » ou encore « d’innover dans les usages du fleuve : touristique, culturel, patrimonial ». Il nous avait pourtant semblé que l’axe Seine, son potentiel et ses enjeux d’intérêt national majeur sur le plan économique, industriel, portuaire, sur le plan de l’emploi, sur le plan environnemental, faisait l’objet d’une
mobilisation générale, toute sensibilité politique confondue, décrétée à grand renfort de publicité préélectorale il y a quelques années à peine. L’éléphant
aurait-il finalement accouché d’une souris ?

Car avec cet appel à projets « petits-bras », on nous invite en quelque sorte à nous occuper de la vitrine, de la carte postale, et d’y investir de l’argent public alors même que le fonds de commerce est en péril, à terme, si une stratégie et des investissements publics massifs ne viennent pas rapidement consolider et développer les places portuaires et industrielles de l’axe Seine.

A l’heure même où le canal Seine Nord qui reliera directement les ports concurrents du nord de l’Europe au bassin parisien, menaçant de transformer la Normandie en Finistère touristique, vient d’être lancé, l’axe Seine doit obtenir les financements publics qu’il mérite. C’est vital.

A moins que les promoteurs de cette opération de marketing territorial anticipent par leur impuissance une agonie industrielle et portuaire de notre région et la destruction des dizaines de milliers d’emploi qui lui sont liés, « Réinventer la Seine » n’est pas à la hauteur des enjeux posés. Cela manque de souffle et d’ambition, de volonté politique et surtout de cohérence.

L’axe Seine est en panne comme l’a déclaré, peut être en soupirant, le nouveau Président de Région. Nous pourrions ajouter qu’il manque aussi d’un pilote dans l’avion, ou en l’occurrence dans le sémaphore, pour assurer l’essor et le bel avenir qu’il y a à peine 10 ans tout le monde lui promettait.

Nous élu-e-s communistes et républicains de Seine-Maritime, ne nous résignons pas à ce manque de souffle et d’ambition.

Ce projet est certes meilleur que son titre mais il demeure sans commune mesure avec les besoins. Ainsi, nous aurions aimé constater dans les sites retenus : la seule cimenterie de Normandie menacée de fermeture boursière, le terminal multimodal du Havre pour le faire enfin fonctionner, la raffinerie de Grand Couronne pour la ressusciter à partir du projet de ses ex salariés…

Réinventer la Seine ne doit pas constituer une diversion ou un lot de consolation. Il ne doit pas non plus amorcer la reconversion touristique d’un axe portuaire et industriel abandonné par les pouvoirs publics. Ses atouts évidents d’un point de vue géographique comme du point de vue de son patrimoine industriel méritent une action politique volontariste. L’axe Seine ayant cette particularité de voir représenté l’ensemble des filières économiques du pays, il faut le conforter, le valoriser et désenclaver les ports du Havre et de Rouen.

L’axe Seine n’est donc pas une page blanche sur laquelle tout serait à écrire tel que le suggèrent la Droite et le PS.

Les élu-e-s communistes souhaitent faire connaître leurs propositions et leurs priorités pour un fleuve tourné durablement vers l’économie réelle et profitable à l’ensemble du territoire normand.

Nous demandons par conséquent à l’Etat, sous l’impulsion des régions concernées, de prendre ses responsabilités en annonçant d’ici la fin de l’année un plan d’investissements d’un milliard d’euros sur 5 ans dédié à l’axe Seine. Budget correspondant à la moitié de ce qu’il a accepté de débloquer pour la construction du canal Seine Nord.


Ce programme d’intérêt national, qui au passage créera à coup sûr des milliers d’emplois par la réalisation des investissements attendus, doit permettre en particulier :


De désenclaver les ports du Havre et de Rouen, en complémentarité avec les ports régionaux de Dieppe, Cherbourg, Caen-Ouistreham et de les doter des outils nécessaires à leur compétitivité face à leurs concurrents du nord désormais largement sponsorisés par l’Europe et le gouvernement français à partir dufutur Canal Seine Nord. Cela passe par la réalisation des infrastructures listées dans le projet stratégique HAROPA, le prolongement du grand canal de Tancarville dans son projet écologiquement respectueux, la création de la chatière de Port 2000.

Cela passe par une gestion publique du terminal multimodal du Havre, outil conçu avec une part considérable d’argent public. Cette gestion publique est la seule à garantir l’intérêt général et les objectifs sociétaux et environnementaux liés au développement du fret ferroviaire et fluvial. La logique de privatisation ayant porté cet outil s’étant avérée catastrophique.

La gestion publique doit s’accompagner par ailleurs de la réalisation d’investissements correctifs validés par les professionnels du secteur pour remédier aux fautes commises lors de sa conception.

Cela passe aussi par l’aménagement de toutes les liaisons ferroviaires adéquates à partir du port du Havre : tant vers la région Parisienne que vers le sud par le franchissement ferroviaire de l’estuaire de la Seine, comme à partir du port de Rouen, premier port céréalier, vers l’ouest et la Beauce.

Cela passe également par la réalisation des infrastructures ferroviaires perpendiculaires pour relier les ports normands et les bassins d’activités économiques normands de Dieppe à Cherbourg.


D’irriguer l’ensemble du territoire normand à partir du maillage que constituent les villes moyennes (Dieppe, Évreux, Saint-Lô, Alençon…).
Ce réseau de villes et leurs infrastructures doivent être inclus dans l’enveloppe d’investissements consacrée au développement de l’espace portuaire normand pensé comme un outil d’aménagement de l’ensemble du territoire régional.


• De tenir les engagements environnementaux pris lors de la création de Port 2000 et, plus généralement, ceux réaffirmés récemment par la France lors de la COP21, pour réduire l’empreinte écologique du port du Havre en lui permettant de transporter à terme 20 % des marchandises débarquées, par le ferroviaire et le fluvial au détriment du tout routier. Un tout routier qui conduit à une croissance sans précédent des camions sur nos routes et à une diminution sans précédent du nombre de chauffeurs et d’entreprises de transport françaises.


D’aménager sur l’axe Seine les plates-formes logistiques indispensables à la création de plus-values locales. Notamment en termes d’emplois, à partir des marchandises débarquées dans les ports normands et acheminées vers la région parisienne, sinon l’axe Seine va se résumer à une autoroute de marchandises menacée de devenir une simple Nationale dans 10 à 20 ans.


• De définir, sous l’impulsion de la Région, chef de file de l’action économique, une stratégie publique de sauvegarde du complexe industriel présent sur l’axe Seine et notamment de ses composants essentiels que sont la cimenterie, la pétrochimie, l’automobile, la sidérurgie et la papeterie. A défaut de quoi nos ports ou les ports concurrents du nord de l’Europe vont acheminer demain par importation des matières premières et produits fabriqués aujourd’hui en Normandie grâce à des emplois et des savoir-faire normands. Des milliers d’emplois sont en jeu, tout comme l’indépendance économique, énergétique et industrielle nationale.

De veiller, par la recherche de collaborations, de partenariats et de complémentarités plutôt que par la mise en compétition nuisible, comme pour le projet de construction des usines éoliennes offshore, à associer au dynamisme de l’axe Seine les différents bassins d’emplois et les ports normands éloignés de ses rives. Au sud vers Lisieux, Alençon et Cherbourg, au nord vers Fécamp, St Valéry-en-Caux, Dieppe, Eu- Le-Tréport.


De doter l’axe Seine d’une gouvernance impulsée par l’Etat et les Régions à partir de ceux qui font vivre ce vaste territoire d’intérêt national majeur, qui ont des idées, de l’énergie et des projets. A commencer par ses élus locaux, ses acteurs sociaux et économiques. Il faut en finir avec la conduite technocratique de ce projet, prisonnier de surcroît des calculs politiciens de circonstance des barons normands et parisiens de l’ex UMP et du PS.


• D’affirmer que la limitation de la circulation des véhicules carburant aux énergies fossiles doit être compensée par une alternative en transports non-polluants, portée et encadrée par le service public. C’est pourquoi nous devons développer une solution et un maillage cohérent en matière tout à la fois de fluvial, sans toutefois oublier toute la place du Fret ferroviaire. Le projet faramineux et largement contesté dans sa forme actuelle de Contournement Est de Rouen a pour lui d'attirer des promesses d'investissements dont ne connaissons pas vraiment la réalité. Ces fonds doivent avant tout être être mobilisés et dédiés à ces objectifs de demain et en premier lieu ici à la réactivation du triage de Sotteville.

Les choix de nos gouvernements au cours des 5 prochaines années conditionneront l’avenir économique et l’emploi, la vitalité et le dynamisme de toute notre région et de ses différents territoires, pour les 50 prochaines années. C’est maintenant que cela se joue. Il ne s’agirait surtout pas de rester à quai !


Le 11 avril 2016

Thierry FOUCAUD
Sénateur de Seine-Maritime

Sébastien JUMEL
Conseiller régional
Président du groupe Communiste Front de Gauche à la Région
Maire de Dieppe


Céline BRULIN
Conseillère régionale
Conseillère municipale de Bolbec

Hubert WULFRANC
Conseiller départemental
Président du groupe Communiste et Républicain, Front de Gauche au Département de Seine-Maritime
Maire de Saint-Etienne du Rouvray

Jean-Paul LECOQ
Conseiller départemental
Maire de Gonfreville l’Orcher


Patrice DUPRAY
Maire de Grand-Couronne


Christine MOREL
Maire d’Harfleur


Daniel GRENIER
Maire du Houlme


Stéphane BARRÉ
Maire d’Oissel


Philippe GUILLIOT
Maire d’Ymare


Nathalie NAIL
Conseillère municipale du Havre


Noël LEVILLAIN
Président de l’Association des Elu-e-s Communistes et Républicains de Seine-Maritime
Maire de Tourville la Rivière

Quelques Chiffres


Les territoires qui composent l’axe Seine représentent 1/3 du PIB national : 10 millions d’habitants, 5 millions d’emplois. Le complexe industrialo portuaire du Havre : 32.000 emplois dont 14.400 dans le maritime et portuaire. 1.138 entreprises et établissements


Canal Seine Nord = 2 milliards d’euros par l’Etat sur une facture prévisionnelle de 4,5 milliards


• Axe Seine et investissements portuaires et ferroviaires = 59,9 millions par l’Etat (Contrat de plan sur 5 ans), 118,9 millions en ajoutant les contributions des collectivités Soit 6 % seulement de la somme d’argent public engagée par l’Etat pour le Canal. A lui seul, le projet stratégique du port du Havre nécessite de 385 Millions d’investissements sur cette même période 2014/2019 dont plus de 200 millions dédiés à des infrastructures et outils nouveaux sur le domaine portuaire, soit 3 fois plus que ce que va apporter le modeste Contrat de plan à tout l’axe Seine.

385 millions, c’est 19,25 % de ce que l’Etat va mettre sur la table au profit des ports concurrents du Nord de l’Europe via le canal.


Pour la modernisation de la ligne Serqueux-Gisors destinée à améliorer la desserte ferroviaire du port du Havre vers la région parisienne, l’Etat, les régions et HAROPA vont investir 182 millions d’euros. Même en ajoutant cette enveloppe aux autres investissements pour l’axe Seine inscrits au Contrat de Plan, nous sommes très loin des 2 milliards injectés pour construire le canal Seine Nord sur la même période de 5 ans.


Le trafic combiné ferroviaire représente actuellement seulement 4,4 % du trafic global du port du Havre alors même que les ports concurrents situés au nord ont des parts de trafic ferroviaire comprises entre 10 et 30 %. L’objectif opérationnel du port du Havre est de porter à 8,8 % le trafic combiné ferroviaire à l’horizon de 2020 à répartir sur l’ensemble des sillons.


Terminal multimodal du Havre : coût global 137 millions dont 70,7 millions de fonds publics (52,5 Etat, 10 Région, 2 CODAH) lancé à grand renfort de publicité comme un exemple de rentabilité à suivre, basé sur une gestion entièrement privée et automatisée, et sans recourir aux dockers ou aux cheminots de la SNCF.


Bilan : à peine ouvert, il est impossible à faire fonctionner. Le résultat est si affligeant qu’il n’est même pas inauguré. Son exploitant est rapidement mis en redressement judiciaire. Les dockers sont appelés à la rescousse, ils permettent depuis, par leur savoir-faire et l’organisation qu’ils ont mis en place, son fonctionnement mais a minima en raison d’investissements mal conçus ou oubliés par ses promoteurs.


Le projet routier de contournement Est de Rouen va directement contribuer à la dévitalisation économique de l’axe Seine en favorisant les liaisons routières depuis le nord de l’Europe vers l’ouest de la France ou la Région parisienne (axe Calais/Bayonne) alors qu’il convient de renforcer les échanges, les transports de marchandises et les déplacements sur l’axe ouest-est et vers le sud depuis l’Estuaire de la Seine.


 Commentaire de Florestan:

On ne pourra que partager ces analyses car c'est ce que nous disons et dénonçons à longueur de billets sur l'Etoile de Normandie: l'enjeu national de la Seine maritime normande est laissé à l'abandon car Paris est peut-être la plus provinciale des grandes mégalopoles mondiales qui, ailleurs, ont une stratégie de développement et d'attractivité dans le domaine de l'économie maritime. C'est aux Normands de remonter la Seine voire de monter sur scène car si on doit attendre que Paris s'occupe de nos affaires, l'histoire récente ou passée nous renseigne qu'il faut attendre longtemps pour être mal traité!

C'est à la région Normandie et aux forces vives normandes de prendre en main le pilotage de l'enjeu maritime national car on n'a jamais vu un hinterland aussi puissant soit-il dicter sa loi à un port: la règle générale c'est le contraire. C'est le port qui organise son hinterland.

HAROPA doit prendre à terme son autonomie et se "normandiser" pour construire une stratégie globale de services sur le territoire: cela doit se décider en Normandie, par des Normands et pour la Normandie... donc pour la France!

Notre seule réserve sur les propos et analyses ci-dessus concerne le contournement Nord Est de Rouen qui n'est d'ailleurs pas du tout financé par l'Etat.

Ce contournement contribue à l'indispensable achèvement de la grande rocade autoroutière d'évitement de la région parisienne et dont il manque depuis plus de 40 années le barreau Ouest-Nord Ouest entre Rouen et Orléans: on se demande bien pourquoi!

Voir aussi:

http://www.infofret.fr/projet_fret_8_alternatives.html

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