Comme les évidences sont souvent ce qu'il y a de plus difficile à penser, alors allons-y: la Normandie est authentiquement une grande région de l'économie maritime française même si son élan et son dynamisme ont trop longtemps été contrariés par les forces terriennes propres d'un pays, la France, qui n'a jamais su ou voulu totalement libérer et valoriser son formidable potentiel maritime.

L'affaire remonte à loin: on pourrait évoquer les guerres inutiles de Louis XIV à Napoléon 1er qui ont durablement transformé la Manche en zone de guerre avec le voisin anglais transformé en ennemi héréditaire avec pour conséquence, le marasme et la ruine d'une économie maritime autrefois florissante. A cela, il faut ajouter après 1685, la persécution des familles protestantes très présentes et actives dans l'économie maritime française de l'époque: 25000 familles protestantes normandes furent contraintes de fuir la conversion de force au catholicisme ou les galères.

Il faudra attendre le retour définitif de la paix avec l'Angleterre (1815) pour permettre un nouveau cycle de grande prospérité pour l'économie maritime normande dont la fortune américaine du port du Havre fut le symbole et qui s'achèvera en... 1944.

Après les terribles destructions de la Seconde Guerre, au nom de la reconstruction et de son efficacité, au nom aussi de l'intérêt national de la "Basse Seine", l'Etat central français prendra le contrôle de tout: les ports du Havre et de Rouen ne purent redevenir les places portuaires et commerciales qu'ils avaient pu être auparavant à l'échelle européenne ou mondiale (on pensera notamment au café pour le port du Havre).

Heureusement, il n'y a pas que le grand commerce maritime: le secteur des constructions navales autrefois importanets (on pensera aux chantiers Augustin Normand du Havre) résiste en Normandie à Cherbourg grâce à la commande publique militaire de l'Etat (sous-marins) tandis que le secteur de la pêche artisanale se perpétue vaille que vaille de crise en crise avec l'idée de devenir la pêche artisanale française la plus soucieuse de respecter la ressource halieutique locale (on pensera à l'effort fait par les pêcheurs pour préserver le gisement de la coquille Saint Jacques de la baie de la Seine: les pêcheurs anglais et irlandais n'ont hélas pas ce scrupule!).

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Deux grandes nouveautés sont apparus dans l'économie maritime normande ces quarante à cinquante dernières années: le développement de la plaisance (notamment dans les années 1980) et le développement de la conchyliculture et de l'ostréiculture notamment sur les côtes du Cotentin.

A cela il faut ajouter le développement plus récent et très stratégique pour l'avenir d'une recherche -développement scientifique et technologique liée aux ressources halieutiques avec l'utilisation des propriétés multiples des algues d'un côté et le développement des énergies marines renouvelables de l'autre grâce à une spécificité normande unique au monde, l'exploitation électrique des courants de marée avec des hydroliennes (Raz Blanchard).

Sur ce dernier point, on ne peut que regretter que les universités normandes qui disposent de nombreux chercheurs et laboratoires spécialisés dans l'étude des réalités maritimes ne soient pas suffisamment reconnues par les autorités nationales, à commencer par l'IFREMER dont le siège nationale a été récemment implanté à Brest.

De même, nous en avons souvent parlé ici, le bilan de la coopération entre l'ex Basse Normandie et le pôle de compétitivité "Mer Bretagne" est plutôt catastrophique pour les (Bas)Normands dont les bonnes idées en matière de technologies marines avaient la furieuse tendance de trouver un début d'application outre-Couesnon...

Ainsi, si l'on ajoute à ce tableau déjà bien complet de l'évidence maritime normande le tourisme balnéaire qui fut, rappelons-le, inventé en Normandie dès les années 1829 /1830 à Granville et à Dieppe, la Normandie dispose sur ses 640 km de côtes de l'éventail le plus ouvert et le plus diversifié de l'économie maritime française, du porteconteneur géant au... bikini!

Ce n'est donc pas une raison pour que la Normandie maritime demeure... à poil tout en regardant passer les navires sur la mer la plus fréquentée du Monde.


  • Lire ci-après deux articles fort utiles proposé par la feuille d'informations Normandie XXL:

http://www.normandiexxl.com/article.php?id=1789

Les activités maritimes : un océan de ressources pour la Normandie

Dernière mise à jour 08/11/2016

La densité des emplois maritimes diffère selon les parties de côte mais remonte aussi l'Axe Seine
Economie. La France compte quelques 450.000 emplois maritimes et la Normandie 46.500, soit une part de plus de 10%, selon l’étude N°12 d’Insee Analyses. L’emploi maritime représente 3,6% de l’emploi total normand, une proportion deux fois plus élevée qu’en France.

Notre territoire fait donc preuve d’une belle dynamique dans ce secteur. Il y est aidé par ses 640 km de côtes mais il ne vient qu’en 4e position derrière, PACA, la Bretagne et juste un peu derrière la gigantesque région Aquitaine Limousin Poitou Charentes.

La palette des emplois de l’économie maritime est infiniment variée, du pêcheur au fabricant de sous-marin, du douanier au pétrolier mais certains secteurs pèsent bien plus d’autres.

Transports, énergie, construction : les originalités normandes

Paradoxalement si le tourisme littoral représente les plus forts effectifs des emplois liés aux activités maritimes, ses 17.400 personnes ne comptent que pour un gros tiers du total des effectifs alors que pour la France les emplois du tourisme représentent 50% dans l’économie maritime. Comme nous l’avons souligné dans le spécial tourisme (PDF n° 100), il y a encore beaucoup de potentiel à développer dans le tourisme normand.

Diversité des emplois maritimes selon la géographie
La Normandie domine très nettement dans les emplois liés au transport maritime et fluvial, 10.500 personnes qui comptent pour 23% alors que ces emplois ne sont qu’à 10% en France. La présence d’Haropa, de PNA, de Dieppe et de l’axe Seine expliquent cette belle performance.

Autre position de force qui peut paraître surprenante, les emplois de l’économie maritime liés à l’énergie atteignent 9% (4.150) alors qu’ils plafonnent à 2% pour le territoire national. Explication de l’Insee, les 4 centrales nucléaires de Penly, Paluel, Flamanville I et II entrent dans leur échantillon (l’eau de mer sert au refroidissement) pour la central thermique du Havre, le charbon vient par le port…Il s’agit là d’une typologie établie par l’Ifremer

Belle position aussi de la Normandie pour les emplois maritimes liés à la construction et à la réparation navale, ils figurent pour 9,5% (8,5% en France) la DCNS compte pour les deux tiers de ces 4.400 emplois.

Enfin les 5.450 emplois des produits de la mer, c'est-à-dire la pêche et l’élevage sous toutes ses formes avec 11,7% se situe juste au-dessus de la moyenne nationale.

Beaucoup d’emplois peu qualifiés

Les 46.450 personnes des emplois maritime, sont à 33% des ouvriers, situation qui s’explique par la forte demande de main d’œuvre des produits de la mer ou encore des métiers liés aux travaux maritimes et fluviaux ou à l’extraction des matériaux marins. Les employés comptent pour 35%, leur plus forte proportion se trouve dans le transport maritime et fluvial quant aux 13% de cadres, ils sont prioritairement dans les activités d’assurances et de banques maritimes ou dans la production d’énergie.

Perspectives favorables pour l’emploi

Sur la période 2007 / 2012 cette filière a perdu un millier d’emplois dans les activités des grands ports maritimes, dans les activités de la pêche principalement en raison de la baisse de la ressource halieutique par contre l’énergie a apporté 850 emplois et on sait que le potentiel de ce secteur est riche avec les trois projets de parcs éoliens en mer, avec le projet hydrolien du raz Blanchard…

Lien pour étude INSEE

http://www.insee.fr/fr/insee_regions/normandie/themes/insee-analyses/nr_ina_12/nr_ina_12.pdf

La répartition des emplois maritimes
  • La feuille d'informations Normandie XXL s'interroge et nous aussi:

La France pourra-t-elle redevenir une grande puissance de l'économie maritime?

On a hélas, envie de répondre NON. Mais ce serait aussi renoncer à la Normandie!

http://www.normandiexxl.com/article.php?id=1790

La mer, la mer toujours recommencée…et son économie appauvrie

Dernière mise à jour 08/11/2016 Couverture du dossier du CIMER

Economie. Pas de doute pour Frédéric Moncany de Saint Aignan, ce Normand originaire de Rouen, président du Cluster Maritime, depuis les deux ans qu’il préside cette institution « jamais l’activité maritime n’aura été aussi bien considérée pas les pouvoirs publics. »

Il nous déclare sa satisfaction depuis La Rochelle où il participe Aux Assises de l’Economie et de la Mer, qui suivent le Comité Interministériel de la mer de Marseille avec Manuel Valls.

Le lancement de « l’économie bleue » déjà annoncé » par le président Hollande lors de sa venue au Havre en octobre 2015 peine à se mettre en place. « Mais le temps de la mer est le temps long » rappelle Frédéric Moncany.

Serqueux Gisors : utilité publique

Du Comité Interministériel de Mer, prenant les choses par le petit bout de notre lorgnette normande, nous retiendrons d’abord la bonne nouvelle de la Mesure 7 avec l’annonce que : « le projet de modernisation de la ligne ferroviaire Serqueux-Gisors sera déclaré d’utilité publique avant la fin de l’année 2016 », une chance pour le développement de l’hinterland du Havre.

La mesure 1 aussi ne saurait qu’être favorable à notre Région avec l’augmentation de la participation financière de l’Etat au dragage des ports jusqu’à 26 millions d’euros en 2017 et jusqu’à 30 millions en 2018 avec la mise en place de contrats de progrès dans les Grands ports maritimes. Gageons que la mesure 3 pour « la défense l’exonération d’impôt sur les sociétés pour les ports devant la Commission européenne » ne saura que ravir tout le monde…

Nous ne passerons pas en revue les 35 mesures mais retenons côté vert, pour limiter les gaz a effet de serre, « 40 millions d’euros sont investis dans un appel à projets en énergie positive ». Pour le renouvellement de la flotte, « l’appel à projets pour les navires du futur est prolongé en 2017 ». Le secteur de la pêche se voit doté de 588 millions d’euros. Et pour l’équilibre entre économie et valorisation des espèces, « une des grandes lois du quinquennat entrera en vigueur au 1er janvier ».

La France est actuellement au 30e  rang mondial, redeviendra-t-elle  une grande puissance maritime ? Il faut hélas rappeler que seuls 300 des 1 000 navires qui composent la flotte française voguent sous pavillon français et 50% de nos marchandises passent encore par l’étranger…

Sans doute la mer toujours recommencée donne t elle un sentiment d’éternité mais ce n’est pas le temps de l’économie.