Nous en avons déjà parlé ici: la Normandie est en retard par rapport à la moyenne nationale en ce qui concerne le niveau de qualification et de diplômes des jeunes Normands. Mais elle est aussi au dessus de la  moyenne en ce qui concerne l'illettrisme.

Ces chiffres consternants suffisent à condamner la division normande qui a contribué au déclin de la région et à l'impossibilité de mettre en oeuvre les politiques publiques adaptées et efficaces pour remédier à ce mal normand en matière de savoirs fondamentaux et de formation initiale.

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Pourquoi cette "misère" en matière de formation générale des populations normandes les plus "populaires"?

Nous avons déjà dit que la Normandie fut une région où l'accès à l'emploi industriel ou agricole est resté facile jusqu'aux années 1990 et, qu'en conséquence, l'effort de faire monter le niveau de la formation initiale pour un accès plus grand aux diplômes supérieurs n'a pas été  suffisamment fait en Normandie si l'on devait comparer l'ex Haute et l'ex Basse avec le reste des régions du Nord Ouest de la France.

Lire, à ce sujet, ce que dit le livre d'Hervé Lebras et d'Emmanuel Todd "le mystère français": à noter que l'ex Basse a de meilleurs résultats que l'ex Haute dans l'accès aux diplômes supérieurs  et a un point de moins que l'ex HN pour l'illettrisme: l'université de Caen ayant mené dès les années 1980 une politique volontariste de maillage du territoire avec des IUT et la mobilisation du CRBN dans les années 1990 /2000 dans les missions locales ont peut-être eu des résultats positifs.

A cela il faut ajouter le déclin régional normand dans la division qui nous a fait raté le coche, ces trente à quarante dernières années, de la métropolisation régionale qui permet de fixer l'avenir en y fixant les jeunes les plus talentueux et les plus ambitieux avec les formations supérieures sélectives et pointues et des emplois de commandement ou créatifs suffisamment rémunérateurs.

Car l'autre face aussi triste du bilan sur l'illettrisme supérieur à la moyenne nationale française en Normandie c'est la fuite massive des jeunes cerveaux normands qui vont nourrir le rayonnement, le dynamisme et l'attractivité des métropoles et régions voisines de la Normandie une fois leur bac en poche...

Aussi, l'un des enjeux les plus profonds justifiant le retour à l'unité normande est qu'il ne doit plus y avoir de cancres en Normandie comme avant lorsque la Normandie était réputée être une "terre de sapience" car les hommes et les femmes à la campagne comme à la ville savaient tous lire et écrire.


 

Lire l'article fort intéressant ci-dessous (Paris-Normandie):

http://www.paris-normandie.fr/accueil/illettrisme--la-normandie-a-la-traine-XG7459132?utm_source=Utilisateurs+du+site+LA+NEWS&utm_campaign=c1530ddd6b-RSS_EMAIL_CAMPAIGN&utm_medium=email&utm_term=0_233027d23b-c1530ddd6b-137315997

Illettrisme : la Normandie à la traîne

Publié 19/11/2016 á 21H21

Ce sont eux qui le vivent. Ni débile ni cancre, un Normand sur douze est en situation d’illettrisme. Associations, professionnelset acteurs institutionnels se mobilisentpour lutter contre ce problème de société.

Alors que le festival de lecture à voix haute touche à sa fin, celui du livre de jeunesse s’apprête à prendre ses quartiers dans la Halle aux toiles de Rouen. Le premier se déroule depuis le 30 septembre dans 18 communes de l’Eure et de la Seine-Maritime avec pour objectif de faire vivre le livre en milieu rural. Le second œuvre à donner et redonner le plaisir de lire aux plus jeunes. Les deux luttent à leur manière contre l’illettrisme. « Dans les années 1980, je me suis aperçu que de nombreux militants de la CGT rencontraient des difficultés pour lire et écrire», se souvient Jean-Maurice Robert, ancien adjoint au maire (PCF) de la ville de Rouen. Face à ce constat, il co-fonde en 1983 le festival du livre de jeunesse de Rouen. « Plus un enfant prend du plaisir à lire, plus il cherchera à le conserver en grandissant», explique-t-il. Et plus le risque qu’il s’éloigne du monde de l’écrit sera minime. En somme, une solution pour prévenir l’illettrisme.

L’illettrisme : ce mot galvaudé est souvent confondu avec l’analphabétisme ou l’apprentissage du français langue étrangère. L’association nationale de lutte contre l’illettrisme (Anlci) parle d’illettrisme «pour des personnes qui, après avoir été scolarisées en France, n’ont pas acquis une maîtrise suffisante de la lecture, de l’écriture, du calcul, des compétences de base, pour être autonomes dans les situations simples de la vie courante.» C’est le cas de Patrick, qui a pris du retard à l’école suite à un accident. Il entre directement dans le monde du travail à 14 ans. «L’écrit m’a manqué toute ma vie», confie le Rouennais de 58 ans, qui a toujours trouvé des solutions pour pallier cette difficulté. « J’enregistrais les compte-rendus au dictaphone et je les faisais rédiger par une secrétaire. Pour les devis, c’était plus simple, c’était toujours le même modèle, je reconnaissais les mots», raconte-t-il. De telles stratégies de contournement, Emmanuelle Fizet en a entendu plus d’une. Elle coordonne les ateliers de pédagogie personnalisée chez Média-formation à Rouen, dont les sessions pour réapprendre la lecture et l’écriture. «Contre toute attente, on reçoit souvent des gens qui travaillent», indique-t-elle. Les chiffres confirment son impression : parmi les personnes en situation d’illettrisme sur le territoire haut-normand, 58 % possèdent un emploi. L’étude de l’Insee montre également que l’illettrisme touche autant les zones faiblement peuplées que les villes. «Le problème est souvent perçu comme urbain, mais il est juste moins visible en milieu rural», analyse Jean-Philippe Mercier, responsable du pôle de lutte contre l’illettrisme au Centre de ressources emploi formation (Crefor) de l’ex Haute-Normandie. Il est aussi plus difficile à résoudre dans les campagnes, où l’on retrouve peu d’antennes de formation ou de structures d’accompagnement. Et les possibilités de transport pour les rejoindre sont moins importantes. «La situation est encore plus dramatique lorsque les personnes ne sont suivies ni par Pôle Emploi, ni par une mission locale. Les plus démunis ne peuvent pas être détectés, et donc accompagnés», relate Marie-José Lefebvre, chargée de mission régionale de l’Anlci à Caen. La seule solution reste de s’appuyer sur le tissu associatif.

Comme Lire et faire lire dont les 1 400 bénévoles seino-marins lisent des histoires à des groupes de 2 à 6 enfants dans des structures éducatives. Ou l’Association pour l’animation dans le Parc des boucles de la Seine normande qui va à la rencontre de 12 000 personnes par an qui n’ont pas forcément accès au livre. Des bébés notamment. «On intervient en centre de protection maternelle infantile pour que les plus petits découvrent le livre avant l’école, où il peut être associé à la contrainte de l’apprentissage de la lecture et non à un moment de plaisir», explique Nathalie Guichard qui a dirigé la structure pendant 25 ans. Elle note une évolution positive sur le territoire : «De plus en plus de gens ont pris conscience de la nécessité d’utiliser les livres.» L’enjeu consiste désormais à pérenniser les différentes actions en reliant les acteurs. Les conditions : du temps, de la confiance et un engagement financier de fond. Sur ce dernier point, la stratégie de la nouvelle région Normandie en matière de lutte contre l’illettrisme est en cours de définition. Autant l’écrire : elle est très attendue.

Ellen Guichard