Nous avons pu avoir accès au dernier numéro disponible de la revue du Pays d'Auge, 47ème année, janvier et février 2017 et il est confirmé que ce sont les cordonniers qui sont les plus mal chaussés: le Pays d'Auge, le pays normand le plus emblématique de notre région ne soigne pas comme il le faudrait son merveilleux patrimoine architectural et paysager.

La fermette à colombage qui n'a pas encore eu la chance d'être transformée en résidence secondaire tombe en ruines. Ailleurs, elle est menacée d'être défigurée dans son environnement proche (un rond-point, des lampadaires, une zone commerciale ou pavillonnaire) ou défigurée dans son intégrité même par l'application stupide du décret absurde sur l'isolation par les façades extérieures.

A Honfleur et surtout à Lisieux le patrimoine historique, pourtant rescapé du désastre des bombes de 1944, est dans un état affligeant, notamment l'ancien palais épiscopal de Lisieux victime d'un grave incendie criminel en 2000: l'édifice est resté pendant dix ans coiffé d'une horrible bâche plastique. En 1995 c'était le plafond de la magnifique salle dorée, salle d'apparat du palais avec son décor du XVIIe siècle qui s'effondrait. La restauration de cette salle n'est toujours pas achevée car on ne sait plus où on été remisés les décors sauvés de l'écrasement du plafond...


 Voir par exemple ces images et cet article tirés des archives du site Ouest France:

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http://www.ouest-france.fr/normandie/lisieux-14100/la-salle-doree-perdu-son-lustre-dantan-1306280

 

La « Salle dorée » a perdu son lustre d'antan

La « Salle dorée » avant l'effondrement, et son visage aujourd'hui.    

La « Salle dorée » est aujourd’hui fermée pour raisons de sécurité.

Avant l'effondrement de 1995.

Le personnel du tribunal l'évoque non sans une certaine nostalgie. Un vrai désastre pour le patrimoine de la Ville. Le salon de réception où jadis les évêques recevaient les visiteurs de marque, que tout le monde appelle la « salle dorée », n'est plus que l'ombre d'elle-même.

Le plafond de cette pièce magnifique, ornée d'angelots et de médaillons, située dans un angle de l'ancien palais épiscopal, s'était effondré brutalement en 1995, sous l'effet d'une rupture de la poutre maîtresse. « C'était une salle d'apparat, avec ses boiseries, teintures et tableaux », décrit aujourd'hui le greffier en chef, Sébastien Ferrer. Deux toiles de Nicolas Poussin notamment, le génie de la peinture classique du XVIIe siècle.

Quatre ans après l'incident, en 2000, ce fut l'incendie de la façade du bâtiment jouxtant la cathédrale. Et depuis, la « Salle dorée » n'a jamais été rénovée. Les tableaux ont été confiés aux Archives départementales et de nouvelles poutres installées à titre provisoire. La salle est toujours inaccessible au public. Verrouillée à clé et coincée par un meuble de télévision.

Reste à savoir, maintenant que le bâtiment appartient au conseil général, ce que les nouveaux propriétaires entendent faire de cet ancien joyau du patrimoine du pays d'Auge.


 Les élus locaux ne voient que complexités et dépenses dès qu'il s'agit du patrimoine qui est la poule aux oeufs d'or sur laquelle ils sont tous assis au point de l'étouffer!

L'année dernière, avec 83 millions de touristes accueillis la France demeurait, malgré tout, la première destination touristique mondiale. Le patrimoine historique et culturel ou naturel a généré en 2016 près de 21 MILLIARDS d'euros de recettes pour un investissement total si l'on met bout à bout tous les budgets publics et privés d'entretien, de réparation, restauration et réhabilitation engagés dans les sites et bâtiments classés MH de... 2 MILLIARDS d'euros.

On a rarement vu un placement qui pouvait rapporter autant! Et les élus qui ne l'ont pas encore totalement compris, on pensera à l'actuel maire de Lisieux, n'ont peut-être pas toute leur tête...

Lire ci-après,  quelques extraits de ce dossier alarmant proposé par Yves Lescroart, ancien inspecteur régional des Monuments Historiques en Haute et Basse Normandie:

08-01-2017 12;50;32

 

08-01-2017 12;53;04

08-01-2017 12;54;46

07-01-2017 19;47;21

07-01-2017 19;50;23


 Commentaire de Florestan:

La préservation des paysages typiques de notre région est une priorité, sinon une urgence pour conserver l'identité de la Normandie attaquée comme partout ailleurs par une banalisation galopante plus que médiocre:

Il faut d'urgence limiter l'étalement pavillonnaire, obliger les architectes et les promoteurs à faire preuve de plus de qualité architecturale dans leurs projets, faire respecter la charte pour la qualité paysagère qui doit être insérée dans les SCOT et les POS ou les PLU. Améliorer d'urgence ces déplorables et lamentables entrées de villes où s'accumulent la médiocrité visuelle des ZAC en les cachant derrière des rideaux d'arbres, en supprimant les enseignes publicitaires trop criardes, en effaçant du paysage les réseaux électriques. Il faut aussi former les services techniques des collectivités territoriales aux méthodes douces et écologiques sur les végétaux (éviter de massacrer les arbres à la tronçonneuse).

Du côté de l'agriculture et du paysage qu'elle génère, la région Normandie a désormais, de par ses compétences, de grandes responsabilités en aidant au financement de:

1) la lutte contre les pollutions agricoles (notamment la pollution des eaux)

2) le sauvetage d'un patrimoine totalement en péril au coeur même de notre identité: le petit bâti rural traditionnel qui tombe littéralement en ruine en aidant tous les projets locaux de réhabilitation restauration et transformation de ce patrimoine essentiel et encore exceptionnel par sa qualité pour développer le tourisme vert. Cette urgence devrait être la priorité des futures contractualisations entre la région et les intercommunalités normandes.

3) Financer et développer la formation et l'information sur le patrimoine architectural et paysager de la Normandie auprès des professionnels du bâtiment, des architectes, des services techniques des collectivités, des particuliers en renforçant le rôle des CAUE, en simplifiant le parcours du combattant administratif des particuliers qui voudraient faire un projet architectural de qualité sur leur maison ou leur propriété mais qui en sont dissuadés systématiquement!

4) Faire respecter les zones de protection et de co-visibilité autour des sites et monuments historiques classés pour éviter des éoliennes, des extensions agricoles commerciales ou industrielles totalement disgracieuses dans ce paysage normand que nous pouvons encore admirer et faire admirer mais qui risque de disparaître totalement, lambeaux après lambeaux , dans le mitage général d'une banalité contemporaine pratique et médiocre (le cancer des rond-points, lampadaires, enseignes publicitaires, formes et couleurs architecturales criardes, matériaux et enduits médiocres, plastiques et tôle ondulée, généralisation du cube, disparition des toits)

Deux exemples caricaturaux d'atteintes à l'identité paysagère de la Normandie:

  • Le combat perdu d'avance entre une éolienne et une cathédrale (Coutances):

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  • En périphérie de toutes les villes moyennes normandes, le remplacement du bocage verdoyant par un hideux bocage de bitume, de béton, de tôles et de plastique qui déprime l'attractivité économique et commercial des centres villes (ici à Lisieux):

http://echo.joli.pagesperso-orange.fr/ellipse.htm

ELLIPSE14