Contrairement aux fantasmes des uns (à droite) et aux rêveries des autres (à gauche), les Normands ont un rapport extrêmement lucide et concret à leur mobilité et aux choix restreints qui s'imposent à eux pour exercer ce droit à la mobilité qui est devenu indispensable à la vie contemporaine.

Alors que nous subissons un nouveau pic de pollution de l'air aux particules fines générées par la circulation automobile, les Normands prennent massivement leur bagnole pour aller bosser ou pour faire les courses malgré un réseau routier vieillissant, payant, saturé et inachevé quant au désenclavement. Les services publics des transports en commun restent des services minimums coûteux et inadaptés que subissent des usagers captifs (notamment les jeunes) et l'alternative du vélo, notamment en ville, en est encore moins une: le vélo est au mieux un loisir pour ceux et celles qui disposent déjà d'une automobile et l'usage du vélo comme alternative aux déplacements motorisés urbains reste marginal sauf, peut-être, chez les bobos caennais. Ailleurs (mais à Caen aussi), les Normands préfèrent la marche à pied.

Mais le plus surprenant dans cette récente étude de l'INSEE sur la mobilité des Normands c'est que ce sont, bel et bien, les ouvriers et les employés les plus modestes, contraints par leurs moyens financiers limités, qui seraient les plus grands usagers du vélo pour leur mobilité professionnelle en Normandie.

Bref! Le vélo en Normand est plus populo que bobo parce que le populo ne peut pas faire autrement! Après l'écologie punitive anti-bagnole, nous est donc révélée clairement par l'INSEE normande l'écologie subie pratiquée par le quart-monde normand.

Les bourgeois bohèmes devraient cesser leurs leçons de morale idéologique sur l'écologie au plus vite: ça devient lassant voire urgent à moins de quatre mois de l'élection présidentielle!

le vélo populo pas bobo


 

Commentaire de Florestan:

En Normandie, en raison d'une organisation des transports particulièrement défaillante (qu'on songe à l'état lamentable du service ferroviaire, au racket sur les péages de la SAPN ou à l'état d'enclavement routier de la Normandie rurale), la mobilité est une question sociale brûlante.

Elle devrait être la priorité des politiques publiques régionales. Mettre tous les Normands à la marche à pied ou sur une selle de vélo c'est sympathique mais ce n'est pas la solution.

Etablir des liaisons cadencées rapides en train entre Caen, Rouen et Le Havre, l'achèvement du désenclavement routier normand et la gratuité des transports en commun à Caen, Rouen et Le Havre ne sont pas des utopies mais des urgences!