Comme nous vous l'avions déjà annoncé sur l'Etoile de Normandie, ce jeudi 26 janvier 2017 à la librairie l'Armitière de Rouen (à partir de 18h00), nos amis géographes universitaires normands nous proposent une causerie débat sur les questions régionales normandes à partir du livre qui vient de paraître aux éditions Hermann: "la région, de l'identité à la citoyenneté".

On dira que certaines choses sont dites, sur le manque d'ambition régionale de nos élus, leur localisme, mais aussi le manque d'intérêt de l'Etat, sur le long terme, pour les enjeux normands qui sont des enjeux nationaux. Et même sur l'identité normande, qui ne doit pas être un romantisme chauvin de plus!


 Lire l'article de Paris-Normandie:

http://www.paris-normandie.fr/actualites/economie/le-groupe-des-geographes-normands-publie-la-region-de-l-identite-a-la-citoyennete-BB8254388

 

Le groupe des géographes normands publie « La région, de l’identité à la citoyenneté »

 

Thierry RABILLER
Publié 25/01/2017
Mise à jour 25/01/2017

Territoire. Le groupe des quinze géographes normands publie « La région, de l’identité à la citoyenneté ». Un an après la réunification, le débat est loin d’être clos. Il se poursuivra ce soir à Rouen.

En juin 2015, quinze géographes normands se retrouvaient dans un petit coin de la Normandie, à Cerisy-la-Salle, dans la Manche, afin de poursuivre leurs travaux sur une Normandie encore à l’époque bicéphale. Les travaux de ce colloque de Cerisy sont disponibles en librairie, regroupés dans un ouvrage intitulé La région, de l’identité à la citoyenneté. Pour Yves Guermond, Gérard Granier et Arnaud Brennetot, « la fusion n’était qu’un préalable, il reste à faire tout le reste ».

La réunification de la Normandie est-elle une réussite ?

Yves Guermond. « La Normandie s’est unifiée mais la position de Rouen et de la métropole rouennaise reste floue. Vue de la région, Rouen reste un cas à part. Et vue de Rouen, la Normandie n’a jamais suscité grand-chose ».

Arnaud Brennetot. « Sur le plan symbolique, le conseil régional s’efforce de s’appuyer sur les trois plus grandes villes en organisant par exemple ses sessions plénières alternativement à Caen, à Rouen et au Havre. La fréquence des trains entre Rouen et Caen a été augmentée. C’est modeste, mais c’est un signe positif. Cependant, on a créé un G6 avec les cinq départements et la Région. Pourquoi les grandes intercommunalités ne sont pas parties prenantes alors qu’elles sont plus pertinentes en termes de développement stratégique que les départements ? On peut déplorer le manque de concertation entre ces grandes intercommunalités et la Région ».

Gérard Granier. « Il y a deux ans, il n’y avait qu’un seul grand pôle métropolitain, à Rouen. Aujourd’hui, il y en a trois : au Havre et à Caen. On aurait souhaité un pôle métropolitain unique ».

Pourquoi militez-vous pour une concentration métropolitaine ?

Arnaud Brennetot. « Entre 2009 et 2014, l’aire urbaine du Havre a perdu des habitants. Les aires urbaines de Caen et de Rouen ont augmenté, respectivement trois fois et quatre fois moins vite que celle de Rennes. La responsabilité peut-être imputée en partie aux élus locaux. L’État est le principal responsable du déclassement de la Normandie. D’une part, à cause d’un sous-investissement dans les infrastructures, et, d’autre part, par l’absence d’une réflexion de la métropolisation dans le bassin parisien. On se retrouve dans une situation de marginalisation ».

« Il y a une coupure entre les élus et les citoyens »

Gérard Granier. « On peut craindre que la principale préoccupation des présidents de pôle, c’est d’installer leur pôle avant de penser à travailler avec les autres pôles. Et le travail entre les pôles dépend en réalité des relations personnelles qu’entretiennent les trois présidents ».

Quelle lecture avez-vous de la politique initiée par Hervé Morin ?

Gérard Granier. « Un an, c’est peu pour juger. Le souci premier d’Hervé Morin, c’est de prendre en charge les régions les plus marginales de la Normandie. Le 6 février, les conseillers régionaux devraient voter une délibération visant à aider les petites villes qui ont été reconstruites après-guerre et dont les centres-villes sont aujourd’hui obsolètes ».

Quand on entend Hervé Morin militer à chacune de ses sorties pour l’attractivité et l’identité normande, n’auriez-vous pas dû intituler votre livre, « La région, de la citoyenneté à l’identité » ?

Yves Guermond. « Il y a un aspect romantique dans les identités régionales. Quel est l’intérêt de mener une politique identitaire ? Dans le monde actuel, il y a une coupure entre les élus et les citoyens ».

Votre livre évoque les Zones à défendre (ZAD). Pourrait-on voir une ZAD s’installer dans le pays de Bray pour empêcher la modernisation de la ligne ferroviaire Serqueux-Gisors ?

Arnaud Brennetot. « C’est hautement improbable car pour qu’une ZAD se forme, il faut qu’il y ait matériellement quelque chose à défendre ».

Yves Guermond. « Qui sont les zaditstes ? Des gens venus d’autres régions qui se désintéressent des questions locales. L’axe Seine est un sujet abordé par de nombreux contributeurs. En revanche, le Canal Seine-Nord est peu traité. C’est pourtant une réelle menace pour l’économie normande ? »

« S’aligner sur le Massif Central »

Arnaud Brennetot. « Si on ne retient que l’histoire récente, en passant de Mendès France à Fabius hier, et aujourd’hui à Cazeneuve et Morin, nous avons des élus ayant un rayonnement national qui n’ont pas relayé les intérêts normands à la hauteur des enjeux. Au sujet du Canal Seine Nord, si l’objectif de la France c’est de développer l’axe Rotterdam-Paris, il faut le dire et dire à la Normandie qu’elle va s’aligner sur le Massif Central ».

Yves Guermond, Gérard Granier, Arnaud Brennetot, Bruno Lecoquierre et Anne-Marie Fixot débattront à la librairie l’Armitière à Rouen, ce jeudi 26 janvier à partir de 18 heures.

Thierry RABILLER


 

REPONSE de Florestan sur la question de l'identité normande:

L'identité normande, un romantisme? Non. Une lucidité!

Etant l'un des contributeurs de ce livre fort bien fait et exhaustif sur la question régionale en France au XXIe siècle je me permettrais de répondre à Yves Guermond qu'il faut ne pas avoir à l'esprit la seule conception romantique de l'identité car il y en a d'autres...

Puisque j'ai écrit le chapître sur l'identité régionale dans ce livre collectif, je dis précisément que l'identité normande est trop individualiste, lucide et existentialiste pour être romantiquement identitaire voire communautaire pour ne pas dire hélas plus!

Il ne s'agit pas d'être plus normand que les autres et d'ajouter une version normande au catalogue peu ragoûtant du chauvinisme. Inutile, par exemple, de singer l'identité régionale bretonne qui s'appuie sur une fondation ethno-linguistique où le romantisme, pour le coup, sert de ciment.

Rien de tel en Normandie: ceux qui ont voulu faire pareil avec les Vikngs (qui seraient nos Celtes) se sont plantés. L'évidence normande est monumentalement historique, politique, culturelle, juridique, littéraire... Rien à voir avec une prise de sang scandinave. On parle plutôt des éléments d'une véritable civilisation qui n'a fait qu'intégrer des éléments disparates et étrangers. (cf les Normands en Sicile aux XI et XIIe siècles).

Un communautarisme chauvin normand serait d'ailleurs absurde et contradictoire avec les valeurs normandes que l'on peut voir fondées dans les principes et les héritages du droit normand.

Pour résumer d'un mot ce que c'est qu'être normand:

1) être plus soi-même grâce à la richesse du bien public normand.


2) être "sire de sei", c'est à dire, être le seigneur de soi-même.

Je ne pourrai pas être présent ce soir à l'Armitière à Rouen mais il importe de ne pas traiter avec désinvolture la question identitaire ou de laisser le sujet de la montée d'une certaine insécurité culturelle aux charlatans de l'extrême droite: les héritages tout comme l'identité normande elle-même méritent bien mieux que cela!

On pourrait même ajouter que ces valeurs identitaires normandes peuvent être les précieux antidotes à une certaine banalité identitaire régionaliste ethno-communautaire qui font, parfois, que les nuits sont inutilement bleues...