C'est aujourd'hui à la mode: il est, semble-t-il, devenu  facile d'être le populiste de quelqu'un d'autre comme on peut être facilement l'imbécile de quelqu'un d'autre pour ne pas dire davantage. Mais s'il y a une chose qui ne change pas c'est que la bêtise de classe des élites, des gens cultivés, est plus visible ou plus redoutable que la bêtise de classe de ceux qui sont classés par les élites dans la classe dite "populaire". On dira que les premiers ont plus de savoirs et de ressources et de références culturelles à leur disposition pour leur éviter d'êtres cons que les seconds qui n'ont à leur disposition que la simple boussole d'un solide bon sens. Mais comme souvent, les outils les plus simples mis en oeuvre par le simple bon sens sont plus efficaces qu'une culture raffinée ou une vaste érudition pour s'épargner la peine de la bêtise. En un mot: la bêtise bien habillée de culture est plus dangereuse que la bêtise toute nue.

On trouvera une nouvelle illustration de ce constat en lisant cet article de Paris-Normandie paru le 28 janvier 2017 que nous n'avions pas vu passer et qu'un fidèle lecteur de l'Etoile de Normandie vient de nous signaler:

Thierry Pech, le rédacteur en chef du magazine "alternatives économiques" mais surtout président de la fondation Terra Neuva, une "boîte à idées" proche du Parti socialiste et qui est devenue célèbre pour ses "notes" de synthèse, livre dans l'entretien suivant son analyse de ce fameux "populisme" dont tout le monde parle.

Ce monsieur parle avec une telle assurance qu'il parle sans savoir d'où il parle, pour reprendre l'exigence de lucidité revendiquée par les militants de la gauche radicale révolutionnaire post soixante huitarde que ce monsieur a bien connu quand il était plus jeune avant de passer, en vieillisant, dans le camp d'en face pour donner des conseils émoliants à des dirigeants d'entreprises, des haut-fonctionnaires ou des grands élus vaguement socio-démocrates sur les humeurs de cette masse inconnue et informe qu'ils appellent le "peuple": une fois de plus, le "peuple" est défini par ceux qui n'en font pas partie ou qui ne veulent pas en faire partie.

On dira que Thierry PECH manque de la plus élémentaire lucidité, cette lucidité "à la normande" qui préfére suspendre son jugement parce que l'on pourrait être soi-même jugé ou parce qu'un ensemble d'expériences concrètes et vécues vaut plus qu'un long et beau discours. Parce que, tout simplement, le bon sens normand et d'ailleurs nous informe que la vérité n'est jamais toujours du même côté mais quelque part au milieu...

Bref ! Pour finir avec l'ami Gustave, on dira que Thierry Pech est un Bouvard de la théorie sociale qui attend son Pécuchet !

http://www.paris-normandie.fr/actualites/economie/pour-terra-nova-les-francais-veulent-travailler-autrement-GX8303080

Le grand entretien. Directeur du Think Tank Terra Nova, qui nourrit la réflexion socialiste depuis plusieurs années, Thierry Pech décortique « le désordre de notre société ». Et prône un Etat préparateur aux vicissitudes de la vie, plutôt qu’un Etat réparateur.

image_content_21685663_20170128173502

Les « insoumissions » (titre de votre livre), ça intervient juste avant la révolution ?

Thierry Pech : « Ce n’est pas l’étape ultime avant la révolution, mais c’est une période de désordre important. Nous avions un contrat social qui supposait des contreparties. On donnait aux gens du pouvoir d’achat, de la sécurité professionnelle, des droits, de l’éducation, et en échange, on leur demandait d’être disciplinés au travail – dans une société industrielle —, disciplinés dans la consommation.

On leur demandait aussi une certaine discipline dans la politique, dans la mesure où ils étaient invités, notamment au début des années 80, à se diriger vers une « République du centre », loin de toute radicalité. Toutes ces disciplines se sont sérieusement relâchées ces dix dernières années. »

Pourquoi ?

« Pour deux raisons : d’une part parce que les contreparties n’étaient plus au rendez-vous, les jeunes, en particulier, peinant à trouver du travail n’ont plus de garantie de sécurité professionnelle et de pouvoir d’achat. D’autre part les individus ne sont plus les mêmes.

Aujourd’hui, les gens veulent se réaliser eux-mêmes, écrire leur vie et maîtriser leur destin. Beaucoup de jeunes ne rêvent plus de s’installer durablement dans une position stable et répétitive. Ils aspirent au gouvernement de soi-même, comme disent les Anglo-Saxons, mais aussi à un travail plus épanouissant. »

« On a besoin d’un autre État »

C’est le rejet du travail ou de l’organisation du travail ?

« Ce n’est pas du tout un rejet du travail ! Les enquêtes internationales démontrent que les Français attachent une très grande importance au travail. Ils ne veulent pas travailler moins, ils désirent travailler autrement. Ils attendent du travail davantage de gratifications personnelles et d’autonomie. Et ça, les entreprises françaises ont du mal à leur donner.

Nous avons en France un management assez paresseux. On demande rarement à un salarié français comment il imagine faire mieux son travail. Donc vous avez des gens qui se désengagent, voire qui essaient de construire une vie professionnelle en dehors de l’entreprise. On voit proliférer dans la société des gens qui veulent se détacher du monde salarial classique. »

Les classes moyennes constituent-elles aujourd’hui le point de rupture d’une époque ?

« La classe moyenne, c’est la réalisation sociologique la plus aboutie du pacte social scellé après la Seconde guerre mondiale. Ses membres pouvaient entrer dans la consommation de masse, avaient des qualifications et de l’éducation. Ils étaient une sorte de modèle pour le reste de la société. Ils ont été les premiers à partir en vacances et à avoir la télévision. Ils étaient le front avancé du progrès social. «

Cela s’est cassé car les classes populaires ont vu que ce qu’on leur montrait comme étant leur destin rêvé, allait tarder à arriver. Ensuite, au sein même des classes moyennes, s’est ouverte une fissure entre les classes moyennes inférieures qui avaient le sentiment de beaucoup contribuer et de peu recevoir et une classe moyenne qui continue de bien vivre. »

Ce sont toutes ces ruptures avec le modèle des trente glorieuses qui sont la cause du rejet actuel des politiques et des élites ou supposées telles ?

« Le populisme d’extrême droite a son siège sociologique beaucoup plus dans les classes populaires que dans les classes moyennes. Mais une partie des classes moyennes inférieures est tentée de faire sauter le système, elle aussi.

Beaucoup ne veulent plus jouer avec le système mais en finir. Cela ne veut pas dire qu’ils sauraient par quoi le remplacer. Cela explique aussi pourquoi les grandes figures de la politique sont éliminées les unes après les autres. Il y a une vraie accumulation d’exaspération. »

Les politiques sont considérés comme les seuls responsables...

« Ce ne sont pas les seuls responsables ! Il est devenu trop facile de dire systématiquement « c’est de la faute à celui qui gouverne ». C’est aussi la faute à nos institutions et à un défaut de prise de conscience collective de ce qui nous arrive.

C’est enfin la faute à tous ceux qui pensent qu’on pourrait se réfugier dans le monde ancien. Lors du conflit entre Uber et ses chauffeurs, on a entendu des gens qui voulaient « réintégrer les chauffeurs dans le salariat ». Les chauffeurs de taxi, qui sont les principaux rivaux d’Uber ne sont pas salariés ! Le problème ce n’est pas salariat ou pas salariat, c’est comment on traite les gens. »

Malgré la volonté affichée de casser le système, on s’en remet toujours à l’État pour tout régler. Paradoxal, non ?

« Vous mettez le doigt sur un point clé de notre histoire collective. L’État a toujours joué un très grand rôle en France : État modernisateur, État capitaine d’industrie, État social, État animateur. Pour nous l’État est le grand libérateur.

Aujourd’hui, l’État ne doit pas reculer mais changer de mode d’intervention. On n’a pas besoin de moins ou plus d’État, on a besoin d’un autre État. Par exemple en matière sociale, c’est bien que l’État fournisse des revenus de remplacement quand les gens sont malades. Mais aujourd’hui on n’attend pas seulement cela, on attend qu’il prépare les individus à faire face aux vicissitudes de la vie. Il faut un État préparateur et pas seulement un État réparateur. »

« Nous n’avons aucun lien organique avec le PS »

Terra Nova est engagé à gauche. Vous réfléchissez aujourd’hui pour le PS ou pour un candidat ?

« En 2011-2012, nous avions pris l’engagement de soutenir le vainqueur de la primaire, primaire dont l’idée est sortie de nos cartons. On est heureux de voir qu’elle a conquis la gauche mais aussi la droite. L’idée forte, c’est que la désignation du candidat à la présidence de la République ne pouvait plus être une affaire d’arrangement dans les couloirs d’un parti.

Il y aura un vainqueur de cette primaire 2017, mais il restera probablement un Mélenchon sur sa gauche et un Macron sur sa droite. Notre doctrine, c’est l’équidistance entre les candidats réformistes jusqu’au résultat final. Pour le reste, nous n’avons aucun lien organique avec le PS. Notre seule fidélité va aux idées que nous produisons et que nous défendrons. Ce qui nous éloignera forcément d’untel et nous rapprochera de tel autre. »

À l’issue de la primaire, Terra Nova peut-il marquer son soutien, ou sa convergence d’idées, avec un candidat qui n’est pas issu de la primaire. Emmanuel Macron par exemple ?

« Terra Nova est un laboratoire d’idées, un lieu de réflexion, pas une écurie de campagne. Nous n’appellerons à voter pour aucun candidat, qu’il soit issu de la primaire ou non, ce n’est pas notre rôle. En revanche, en particulier sur tous les sujets sur lesquels nous avons formulé des propositions, nous dirons nos accords et nos désaccords avec les candidats aussi souvent qu’on nous en donnera l’occasion. »

(1) Insoumissions (Seuil) 231 pages, 18 €.

 


 

Commentaire de Florestan:

Thierry Pech pense la médecine d'urgence dans la guerre voulue et déclanchée, il y a trente ans, par Margaret Thatcher... Il ne pense plus le retour à la paix sociale: cette pensée démissionnaire de gauche se met au service des missionnaires de droite du libéralisme économique.

Le peuple "populiste" a le grand défaut de ne plus vouloir s'adapter car les plus grandes et les plus douloureuses adaptations à cette soi-disant "mondialisation heureuse" ont été pour lui: la Normandie industrielle passée à la moulinette Moulinex en sait quelque chose !

Une lueur de lucidité cependant dans le propos de Thierry Pech lorsqu'il pointe la montée du désir de ce "gouverner par soi-même" comme les Anglo-saxons: bien entendu, Thierry Pech ne sait pas que s'il y a l'idée d'un "self governement" pour soi-même dans la culture anglo-saxonne, c'est qu'auparavant, il y eut la civilisation anglo-normande fondée sur un droit normand dont vous connaissez les valeurs:

Notre devise "Sire de sei" (Seigneur de soi-même) afin qu'on nous laisse enfin faire, se retrouve au coeur de notre modernité politique en crise et qui se cherche.

Le moment d'ouvrir notre armoire normande et de redécouvrir tous ses trésors est arrivé ! Et si c'est populiste d'ouvrir une armoire normande, alors je suis populiste.