Un récent colloque réuni le 28 février 2017 au Ministère de l'Economie ("les Assises pour la revitalisation économique et commerciale des centres villes") vient de proposer une synthèse inquiétante au sujet de la perte de dynamisme commercial et démographique des centres des villes moyennes françaises:

Lire ci-après, l'excellente synthèse proposée par Camille Renard (France Culture):

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https://www.franceculture.fr/societe/des-centres-villes-de-plus-en-plus-deserts

Les centres-villes français sont en train de mourir en silence. Pour contrer ce phénomène, les Assises pour la revitalisation économique et commerciale des centres-villes ont lieu ce 28 février à Bercy. Elles prennent acte des conclusions d'un rapport publié six mois plus tôt. Cette note sur "la revitalisation commerciale des centres-villes" observe la perte de vitesse rapide et récente d'un grand nombre de centres-villes de villes moyennes. En 15 ans, le taux de "vacance commerciale" (soit les locaux commerciaux vides) y a augmenté de plus de 4% en moyenne. Cinq cartes présentent cette chute de dynamisme économique de ces zones centrales. Les données recueillies concernent 200 centres-villes, appartenant à des unités urbaines de plus de 50 000 habitants. Les résultats présentés ne concernent que les principales villes.

Le parc de magasins atteint son apogée en France dans les années 1920, avec près d'un demi-million de boutiques. Puis s'amorce le déclin : alors que la population augmente de moitié, en moins d’un siècle, près de la moitié des commerces disparaissent. Depuis, on observe toujours plus de locaux commerciaux vides en centre-ville. La baisse vertigineuse des dernières années est principalement due à une crise de surproduction de surfaces commerciales.

Les centres des villes présentées ci-dessus connaissent une vacance commerciale de plus de 15%. Dans quatre d'entre elles, ce taux dépasse les 20% : Béziers, Châtellerault, Forbach, et Antonay. Ces villes sont caractérisées par un fort taux de chômage, de logements vacants et de pauvreté, ainsi que par une perte de population. Elles connaissent une diminution de la population et de son revenu. Dans le même temps, elles développent leur offre commerciale, avec l'ouverture de projets censés étendre leur attraction commerciale et compenser l’affaiblissement de la demande locale.

Comme facteur aggravant, le rapport ministériel sur la désertification souligne que ces villes perdent en général plus que les autres des équipements et services, et connaissent un niveau de fiscalité plus élevé que la moyenne. On observe également d’autres obstacles à la vitalité commerciale : la mauvaise accessibilité du centre-ville aux consommateurs, la concurrence entre les boutiques et l'e-commerce, l’augmentation des loyers commerciaux et du prix du foncier au m².

A ECOUTER "Centres-villes morts, moches périphéries, merci qui?", Le billet économique de Marie Viennot sur France Culture.

Les villes moyennes sont davantage touchées par cette apathie : en 2015, 55% des villes moyennes ont un taux de vacance des commerces supérieur à 10%, contre seulement 27% des grandes villes. Les centres-villes de petites villes et de villes moyennes, déjà sensiblement plus affectés que les autres par le phénomène, ont vu leur situation le plus fortement se dégrader. En un an, de 2014 à 2015, la vacance passe de 9,3% à 11,1% dans les cœurs d’agglomération de moins de 50 000 habitants.

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En deçà de 5 % de vacance commerciale, le rapport 2016 de la Fédération du Commerce Spécialisé Procos, souligne que la vacance est de nature conjoncturelle. Elle s’explique principalement par des frictions entre l’offre et la demande en locaux commerciaux, dues par exemple à des retards de commercialisation ou à des travaux d’aménagement. Ces villes - hors le cas particulier de Paris, tirent la part la plus élevée de leurs revenus d’activités productives de l’agriculture et de l’industrie, comme à Beaune ou à Nantes, ou du tourisme, comme à Biarritz ou à Saint-Malo. Plusieurs de ces situations sont cependant en sursis, à cause de projets immobiliers de commerce à venir.


 Ce constat fait le succès du livre du journaliste Olivier RAZEMON qui propose un coup d'arrêt au développement anarchique des périphéries urbaines encombrées de centres commerciaux:

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En Normandie ce constat peut se faire aussi mais il est aggravé du poids de l'Histoire: les centres urbains des nombreuses petites et moyennes villes normandes (une ville de 10000 habitants tous les 30 km en Normandie) subissent cette désaffectation commerciale qui est le signe le plus visible d'une dévitalisation plus générale et dont les causes ont été rappelées plus haut. Mais en Normandie, le phénomène risque d'être amplifié par l'obsolescence technique et esthétique de l'urbanisme et de l'architecture mêmes puisque nos villes normandes ont été, dans leur immense majorité, détruites en 1944 et reconstruites dans les années 1950 et 1960.

Paradoxalement, cette architecture si particulière héritée de la Reconstruction, est devenue typique de notre région: quand on est Havre, on ne saurait être ailleurs, d'autant plus que cette ville ne ressemble vraiment à aucune autre depuis sa reconstruction par les équipes de l'architecte Auguste Perret. La valorisation UNESCO depuis 2005 au titre du patrimoine mondial de l'Humanité a complètement changé le regard esthétique sur cette architecture moderne en béton néo-classique sévère dont les beautés minérales s'accordent si bien aux ciels de marines de la "porte océane".

Ailleurs en Normandie, l'architecture et l'urbanisme de la Reconstruction n'ont pas toujours cette qualité et certaines villes normandes ne se sont jamais véritablement remises de l'urbicide de 1944: on pensera à Saint Lô, à Vire, à Lisieux (qui reste nostalgique de ses pans de bois), à Evreux, voire au front de Seine rive droite de Rouen qui est d'une qualité architecturale plutôt moyenne... Dans tous ces cas, il faut imaginer des interventions assez volontaristes et originales. A Saint-Lô: on met des couleurs sur les façades.

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Et l'exemple intéresse à Lisieux (où l'on pourrait aussi imaginer de réintroduire des immeubles en ossature bois selon les dernières normes écologiques en fabriquant la ville en bois du XXIe siècle)

http://www.lepaysdauge.fr/2014/02/07/un-peintre-mandate-pour-colorer-le-centre-ville/

En revanche, les centres villes reconstruits de Caen, Flers, Argentan, Yvetot, Coutances, Neufhchâtel en Bray, Vimoutiers... reconstructions des années 1940 ou des années 1950 dans le style dit "néo-régionaliste" ou "néo-hausmanien" (Caen) sont de bonne qualité générale et proposent un vocabulaire esthétique d'une grande richesse qui fait même oublier, dans certains cas, la banalité architecturale qui existait avant-guerre: ainsi à Aunay sur Odon (Calvados)

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Sur l'Etoile de Normandie nous avions déjà longuement traité de ce sujet passionnant: la naissance du patrimoine architectural et urbain de la Reconstruction...

http://normandie.canalblog.com/archives/2015/07/24/32399362.html

Face à tous ces enjeux, la région Normandie a donc décidé d'une grande politique publique spécifique qui a été présentée le 2 mars 2017 au Havre avec des appels à projets qui vont pouvoir bénéficier de financements importants:

http://www.ouest-france.fr/normandie/le-havre-76600/normandie-dix-millions-d-euros-pour-dynamiser-les-centres-villes-4831153

Normandie. Dix millions d’euros pour dynamiser les centres-villes

  • Les villes concernées ont toutes été reconstruites après les bombardements de 1944, à l’image du Havre. Les villes concernées ont toutes été reconstruites après les bombardements de 1944, à l’image du Havre. | Ouest-France

Un appel à projets a été lancé, jeudi 2 mars, au Havre (Seine-Maritime) pour revitaliser les centres-villes des villes de taille moyenne. La Région Normandie sélectionnera cinq lauréats parmi seize villes candidates.

La Région Normandie lance un appel à projets de dix millions d’euros pour dynamiser les centres-villes de seize villes moyennes de la Reconstruction.

Une convention a été signée, ce jeudi 2 mars 2017, au Havre (Seine-Maritime), entre les représentants de l’État, l’Agence nationale pour l’amélioration de l’habitat (ANAH), l’Agence de l’Environnement et de la maîtrise de l’énergie (ADEME), l’Établissement Public Foncier de Normandie (EPFN), la Caisse des Dépôts et Consignations, l’Université de Caen Normandie, Territoires pionniers Maison de l’Architecture de Normandie et l’Association Habitat social en Normandie.

Seize villes moyennes sont candidates en Normandie

Les villes concernées ont toutes été reconstruites après les bombardements de 1944 : Argentan, Avranches, Cherbourg, Coutances, Dieppe, Évreux, Falaise, Fécamp, Flers, Gisors, Lisieux, Louviers, Saint-Lô, Vernon, Vire-Normandie, Yvetot, ainsi que les villes de Caen, Le Havre et Rouen.

Sur les seize villes fléchées, cinq seront sélectionnées selon la qualité des projets présentés. « Les opérations retenues devront avoir un impact sur l’attractivité du centre-ville, en alliant travaux sur les parties communes du bâti privé, sur les équipements publics et sur la valorisation du patrimoine de la reconstruction » , précise la Région Normandie.

Les villes qui souhaitent répondre à l’appel à projets, qui sera présenté en assemblée plénière le 3 avril, devront déposer un dossier de candidature.


Voir aussi Normandie XXL:

http://www.normandiexxl.com/article.php?id=2030

Appel à 16 villes normandes pour qu’elles s’inventent un nouveau centre ville

 Lisieux, centre ville reconstruit après guerre

Collectivités. La reconstruction fut la période qui a suivi la seconde guerre mondiale quand nombre de villes normandes n’étaient plus qu’un champ de ruines. Alors il a fallu faire vite, parer au plus pressé et l’esthétique n’a pas toujours été la priorité majeure. Le temps passant les équipements de nombre de logements sont obsolètes et les commerces désertent le centre ville.

La Région a adopté lors de son assemblée plénière, le 3 février dernier, un plan de redynamisation des centres-villes et des centres-bourgs de son territoire, en particulier des centres-villes de la reconstruction.

Rassemblement de toutes les forces

Reprenant la convention cadre initiée en 2015 par la Région ex-Basse-Normandie pour les villes reconstruites Hervé Morin, président de la Région l’étend à la Normandie réunifiée. Il a rassemblé autour de la table un vaste aréopage pour signer une convention pour la redynamisation des centres-villes reconstruits suite à la Bataille de Normandie. On y trouve toutes les institutions concernées par l’habitat ainsi que les élus :

  • les représentants de l’Etat,
  • l’Agence nationale pour l’amélioration de l’habitat (ANAH),
  • l’Agence de l’Environnement et de la maîtrise de l’énergie (ADEME),
  • l’Etablissement Public Foncier de Normandie (EPFN),
  • la Caisse des Dépôts et Consignations,
  • l’Université de Caen Normandie,
  • Territoires pionniers Maison de l’Architecture de Normandie et l’Association « Habitat social en Normandie »

10 millions d’euros pour un appel à projets

Hervé Morin a annoncé le lancement d’un appel à projets à destination de seize villes moyennes reconstruites : Argentan, Avranches, Cherbourg, Coutances, Dieppe, Evreux, Falaise, Fécamp, Flers, Gisors, Lisieux, Louviers, Saint-Lô, Vernon, Vire-Normandie, Yvetot, ainsi que les villes de Caen, Le Havre et Rouen.

« La redynamisation des centres-villes reconstruits est un sujet majeur pour attirer habitants et services. Je suis persuadé que les seize villes présélectionnées pour candidater à cet appel à projets feront preuve d’inventivité, d’innovation, de réactivité. Cinq villes seront choisies. La Région consacrera 10 millions d’euros pour les aider à mettre en œuvre les bonnes idées » précise Hervé Morin.

Les opérations retenues devront avoir un impact sur l’attractivité du centre-ville en alliant travaux sur les parties communes du bâti privé, sur les équipements publics et sur la valorisation du patrimoine de la reconstruction. Il s’agit d’encourager la valorisation du patrimoine architectural caractéristique de la Région afin d’en éviter la banalisation et la désaffection.

Principales mesures  proposées par la Région

- l’accompagnement pour la réalisation d’études,

- le soutien aux créations ou réhabilitations de logements locatifs aidant les travaux sur le bâti privé ou public,

- l’encouragement à l’accueil de nouvelles activités, commerces et services,

- les actions de soutien aux aménagements urbains et équipements publics (construction et réhabilitation) dans le cadre de la contractualisation avec les EPCI,

- la réhabilitation énergétique des logements locatifs sociaux,

- la revitalisation des espaces commerciaux,

- la reconstitution de l’offre de logements sociaux démolis.


Commentaire de Florestan:

Un appel à projets clos le 3 avril prochain... ça fait court!

Puisque Lisieux servait d'illustration à l'article proposé par Normandie XXL,  nous proposons de construire des immeubles en ossature bois ayant les meilleures performances écologiques possibles dans les nombreux espaces vacants présents dans le centre ville reconstruit, voire de démolir les immeubles barres les plus problématiques. On pensera à l'horrible immeuble du centre des Impôts. Sauf que le sujet est très complexe...

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http://www.lepaysdauge.fr/2015/01/20/faut-il-demolir-limmeuble-de-la-place-du-8-mai/

Mais pourquoi ne pas reconstruire à Lisieux des immeubles urbains en ossature bois et créer la ville à pans de bois du XXIe siècle avec des qualités écologiques, de confort et esthétiques que l'architecture industrielle des années 1960 et 1970 n'a jamais eu?

http://www.lemoniteur.fr/article/pourquoi-nous-ne-construisons-pas-d-immeubles-en-bois-16950846

En Allemagne, en Suisse ou en Scandinavie, le pan de bois ou l'ossature en bois pour construire des immeubles urbains sont utilisés couramment. Comme d'habitude, la France est en retard...

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