Nous avions ici même rappelé que les choix, enfin un peu moins flous, d'Emmanuel MACRON en matière de grandes infrastructures de transports et d'aménagement du territoire risquent de nuire à l'avenir de la Normandie:

1) Confirmation du projet de Canal Seine Nord Europe pour relier directement l'Ile de France à la densité logistique et commercial de l'hinterland des grands ports de la Rangée Nord-européenne au risque de destabiliser un AXE SEINE normand qui manque de performance en terme de logistique terrestre.

2) Confirmation du projet pharaonique et inutile de liaison ferroviaire en tunnel de base entre Lyon et Turin au risque d'amplifier l'effet d'éviction financier sur tous les autres projets d'infrastructures: d'ailleurs, Macron, en est parfaitement conscient puisqu'il dit que les autres projets ne pourront se faire. "On ne peut pas faire des lignes à grande vitesse ou des aéroports partout" a-t-il précisé récemment dans la presse. La Ligne Nouvelle Paris Normandie part définitivement dans les limbes avec Macron.

3) Conception hyper-métropolitaine de l'aménagement du territoire: les territoires ruraux doivent être "reliés au mieux à la métropole" a précisé l'ancien banquier ministre de François Hollande. Pour la Normandie, traduisons: la métropole de la banlieue normande c'est Paris. Il faudra améliorer les liaisons. Mais une ligne de grande banlieue ne saurait être une grande ligne, a fortiori, nouvelle et à grande vitesse.

La Normandie et son économie maritime, tout comme l'idée d'un aménagement du territoire alternatif à la centralisation métropolitaine (par ex: en réseau régional de villes) ou encore, l'avenir de la décentralisation (approfondissement "girondin" ou retour à une centralisation "jacobine") sont dans un véritable angle mort conceptuel au cours de cette campagne électorale des présidentielles aussi exceptionnelle par ses enjeux historiques qu'elle est déplorable dans son actualité médiatique débridée...

A ces objections normandes à l'illusion Macron, ajoutons celles, fort pertinentes, que vient de faire Laurent BEAUVAIS, l'ancien président de la région Basse-Normandie, après avoir assisté, par curiosité civique, au meeting d'Emmanuel Macron samedi 4 mars 2017 à Caen: elles touchent un autre point stratégique pour l'avenir de notre région, à savoir l'université, l'enseignement supérieur et la recherche...


 

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http://www.laurent-beauvais.fr/enseignement-superieur-recherche-le-programme-de-macron/

Enseignement supérieur /recherche : le programme de Macron ne me semble pas très bon pour la Normandie

Les propositions d’Emmanuel Macron sur l’enseignement supérieur et la Recherche ont été rendues publiques cette semaine avec le reste de son programme . Ce ne sont pas celles qui ont retenu le plus l’attention des médias. Il m’intéresse beaucoup de les commenter pour alimenter le débat sur ce domaine que tout le monde s’accorde à trouver prioritaire mais en y mettant des contenus forts différents d’un registre à l’autre  de l’échiquier politique. 

https://en-marche.fr/emmanuel-macron/le-programme/enseignement-superieur-recherche

Ces propositions sont franchement inspirées  du modèle anglo-saxon tel qu’il se pratique aux États Unis par exemple . Elles pourront être qualifiées de franchement  "libérales" ( je n’aime pas ce terme trop connoté ) et  je pense que Valérie Pecresse, ancienne ministre, va en rougir d’envie . Mais il est vrai que la situation actuelle n’est pas satisfaisante dans le monde universitaire et scientifique . Le gouvernement a mené une politique de l’enseignement supérieur et de la recherche souvent sans âme et toujours sans assez de moyens . Le terme de  "révolution " ( titre de l’ouvrage d’Emmanuel Macron ) convient tout à fait en la circonstance . 

Je retiens des propositions du candidat  "En Marche" par exemple l’affirmation du renforcement de l’ autonomie des universités . C’est un point essentiel. Mais la proposition de favoriser des recrutements directs d’enseignants et d’instaurer des modes de gouvernance simplifies, va amener des débats  féroces avec les syndicats  .  Cette autonomie doit être développée à partir de modes de financements nouveaux. Le candidat Macron évoque des pistes du type public/privé ! Ce n’est pas franchement engageant mais il se tait sur la question des droits d’inscription . 

Cette autonomie voulue pour des universites  "de niveau mondial" ( rien que cela ! ) est assortie de la quête de  "l’excellence" , tant en matière de formations supérieures que de recherche . C’est un point qui me trouble car excellence veut dire à la fois compétition entre établissements et sélectivité en matière scientifique . Je ne pense pas que ce modèle soit bon. Macron l’évoque pensant au dispositif parisien qui ne peut servir de modele. En Normandie il sera perturbateur. Il ne faut pas fusionner les 3 universites de Caen, du Havre et de Rouen. Les propositions de Macron peuvent saper en effet les fondements d’un service pour tous les publics, tous les territoires et pour tous les types de connaissances.

Evidemment l’innovation est placée au cœur de la problématique proposée par le candidat. Tous les lieux communs sont présents à ce titre comme dans le discours d’Herve Morin. Je m’attendais cependant à ce qu’il fasse une place aux Regions dans leurs nouvelles responsabilités économiques. Je n’ai hélas rien vu.

Tout aussi évidemment il place le réchauffement climatique et la transition environnementale comme domaines majeurs à soutenir . Lieu commun encore car rien n’est fixé en terme de priorités. 

Emmanuel Macron a  cependant raison  de mettre l’accent sur le passage enseignement secondaire – enseignement supérieur qui est une vraie source d’échecs et donc d’inégalités. La vie étudiante est analysée sous le seul angle du logement. 

Rien n’est dit sur les organismes de recherche et sur les évolutions souhaitées de leur rapports avec les Universités. On comprend bien que le modele de developpement poursuivi depuis plus de 6 ans est privilégié . Celui-ci se caractérise par une place prédominante des logiques de sites universitaires par spécialisations ( pour les plus faibles comme les sites normands, c’est un vrai risque ) et affectations de moyens par des appels à projets comme ceux du Programme des investissements d’avenir ( PIA ) qui est devenu la Mecque des chercheurs en mal de crédits . Ce modèle  à l’anglo-saxonne ( les premiers cycles universitaires devenant des « collèges ) me paraît une tendance qui fait fi du rôle d’un Ministère de premier rang capable d’impulser et de réguler, ce qui n’est hélas pas le cas dans l’actuel gouvernement .  L’autonomie doit pouvoir s’établir sur des bases contractuelles pluriannuelles clairement arbitrées par le Ministère.  

Au final les propositions d’Emmanuel Macron on l’aura compris ne me conviennent pas totalement .  Elles ne me paraissent pas satisfaisantes pour le dispositif normand.  Pourquoi ne pas organiser une rencontre autour des propositions de Macron et d’Hamon ? Quels enseignants chercheurs sont prêts à y participer pour éclairer les enjeux pour les normands de l’élection présidentielle dans ce domaine ? Je lance ainsi un appel .


 Commentaires de Florestan:

1) Objectivement, le candidat de l'économie maritime et d'une relance du pays à la fois écologique et technologique, c'est Jean-Luc Mélenchon.

2) On partagera les craintes de Laurent Beauvais quant aux conséquences en Normandie d'une conception aussi libérale de l'organisation de l'enseignement supérieur et de la recherche sur le territoire: les territoires métropolitains, à commencer par la mégalopole parisienne dont la Normandie est si proche, risquent de prendre l'essentiel des financements et des activités.

3) On pourra, par exemple, s'inquiéter que le CEA dirigé depuis le Plateau de Saclay veuille fusionner le GANIL caennais et normand avec l'IRFU, un laboratoire du CEA et faire du GANIL une simple filiale du CEA au risque d'arbitrages financiers moins favorables pour la montée en puissance du projet pourtant extraordinaire de SPIRAL 2.

Que cela soit pour l'avenir de la Normandie maritime ou pour l'avenir de la recherche scientifique en Normandie, les mêmes idées libérales et comptables risquent de produire les conséquences politiques qu'un second tour des présidentielles 2017 MACRON vs LE PEN risque de symboliser tristement:

la guerre civile idéologique et politique entre les métropoles (Macron) et les territoires périphériques (Le Pen) diagnostiquée par le géographe prophète de malheur Christophe Guilluy est désormais devant nous !

Voir aussi:

http://www.normandie-actu.fr/meeting-caen-ex-president-basse-normandie-critique-macron_258390/comment-page-1/#comment-293183