... Cela donne les mêmes effets  que ceux observés par un Flaubert goguenard  lorsque le cabinet de consulting "Bouvard et Pécuchet" se piquait d'agriculture: des solutions ou des façons de les envisager qui pourraient être plus néfastes que les problèmes à corriger.

En 2015, à la demande du Conseil Régional d'Ile de France, le cabinet international de consultants "Ernst and Young" s'est vu confier une mission de réflexion et d'études sur l'avenir de la "Vallée de la Seine" présentée comme elle ne pourra jamais l'être, à savoir, comme une unité territoriale à valoriser (très bien), à faire converger, à homogénéiser, à fédérer sinon à fusionner (à l'instar de ce qui peut traîner dans les cerveaux de la Commission européenne lorsqu'on parle d'Europe), sachant que l'essentiel des activités, des potentiels et des centres de décision stratégiques sont concentrés dans la région parisienne.

Les documents qui suivent, ont été portés à notre connaissance par voie postale: la rédaction de l'Etoile de Normandie, à l'instar d'un célèbre palmipède, reçoit, parfois, de grosses enveloppes avec des papiers intéressants à l'intérieur...

Nous avons sélectionné et commenté par nos soins les plus significatifs extraits de ce diaporama de présentation préparé par Ernst and Young: la présentation, comme d'habitude, vaut plus par ce qu'elle refuse d'aborder que par ce qu'elle préconise pour valoriser la Vallée de la Seine...  Il s'agit d'implicites, sinon d'impensés que ces Bouvard et Pécuchet internationaux de la géographie n'ont pas voulu ou n'ont pas su voir:

1) Le "territoire" de la Vallée de la Seine n'existe pas. Ou alors il faudrait clairement parler de fusion entre la région Normandie (pas encore réunifiée à la date de cette étude) et la région Ile de France. On remarquera, en outre, pour ajouter une couche de plus dans cette brume géographique, que le cabinet Ernst and Young s'appuie sur le périmètre officiel du mandat de l'actuel préfet Philizot "délégué interministériel au développement de la Vallée de la Seine" qui néglige l'Orne pour la Normandie mais aussi la Seine-Marne pour l'Ile de France.

Pour ajouter à la confusion générale, l'étude d'E and Y s'appuie aussi sur le Contrat de Plan Interrégional Etat-Régions (CPIER) signé à Rouen le 25 juin 2015 entre Manuel Valls, la région Ile de France et les deux présidents de région socialistes normands, contrat largement sous financé par l'Etat et que l'on peut maintenant considérer comme caduc puisqu'il est accompagné d'un Schéma stratégique piloté à la discrétion du Premier ministre via son délégué interministériel, l'hologramme préfet Philizot dont il n'est pas question dans cette étude... 

Dans un article paru en décembre 2016 dans la Tribune, Antoine Grumbach avait au moins le mérite d'être plus clair: fusion interrégionale Normandie- Ile de France à l'horizon 2030, à l'instar de ce que préconise, par ailleurs, le très médiatique géographe Jacques Lévy. Saluons les ennemis de notre Normandie qui ont, au moins, le mérite d'avancer à découvert contrairement à d'autres...

http://normandie.canalblog.com/archives/2016/11/27/34616877.html

Vallée_De_la_Seine

Comme d'habitude, nos Bouvard et Pécuchet d'Ernst and Young confondent la carte et le territoire, le territoire ou plutôt les territoires avec l'espace d'un projet et de son enjeu.

C'est pourtant simple à comprendre: ce n'est pas le projet qui fait un territoire. C'est l'inverse: c'est parce qu'il y a des territoires clairement identifiés qu'il y a des projets et des enjeux !

2) La "gouvernance" de la Vallée de la Seine restera impossible si l'essentiel demeure concentré à Paris. C'est l'autre grand impensé: difficile, en effet, de penser l'aval de la Seine depuis son amont. Quand l'amont pèse tout le poids d'une mégalopole à prétention mondiale de plus de 12 millions d'habitants, première région urbaine d'Europe et dont la richesse représente  20% du 5ème PIB du Monde.

L'autre grande difficulté c'est que la culture maritime des décideurs parisiens est proche de zéro et quand elle existe un peu, nos décideurs parisiens vont la chercher non pas en Normandie mais en Bretagne: c'est plus cool, c'est plus glamour et plus fun de tater du doigt le ponpon rouge porte bonheur d'un matelot de la Royale ou de faire du yachting le week-end à la Trinité plutôt que de se fader un douanier ou un docker du Havre !

Notre proposition: pirater le "benchmarking" de la région Ile de France pour "normandiser" la Vallée de la Seine.

Des solutions intéressantes sont pourtant présentées dans cette étude qui se livre, non sans gourmandise, aux joies du "benchmarking" (hummm quel jargon!), c'est à dire: appliquer chez soi et pour soi les bonnes idées et les bonnes pratiques repérées chez les concurrents. Sauf qu'à la différence d'un cabinet roulant pour une région parisienne qui ne respirera jamais l'air du large, nous proposons de détourner la moisson de ce "benchmarking" pour une "normandisation" de la Vallée de la Seine qui est la SEULE SOLUTION pour que la plus provinciale et la plus terrestre des grandes mégalopoles mondiales s'intéresse enfin à autre chose qu'à elle-même: son ouverture maritime internationale, par exemple.

CONCLUSION:

Pour le dire d'un mot, l'enjeu de la Vallée de la Seine pose la question suivante:

Sera-t-il possible dans une prochaine étape de la décentralisation qu'un enjeu stratégique national puisse être enfin piloté hors de Paris, depuis la région qui le met concrètement en oeuvre?


Les principaux éléments de l'étude du cabinet ERNST and YOUNG pour valoriser la Vallée de la Seine (2015) à découvrir ci-après, en exclusivité sur l'Etoile de Normandie:

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