Sur l'Etoile de Normandie, on ne pourra que se réjouir que Michel Onfray, philosophe normand s'il en est, reprenne à son compte le très beau slogan et programme imaginé en 1966 par le regretté Michel Rocard à l'occasion d'un congrès du Parti Socialiste Unifié à Saint Brieuc:

"Décoloniser la province"

http://normandie.canalblog.com/archives/2016/07/03/34041032.html

http://normandie.canalblog.com/archives/2013/10/23/28270198.html

Slogan d'autant plus audacieux que nous étions à peine trois ans après la fin de la Guerre d'indépendance de l'Algérie. Dans une perspective néo-girondine et régionaliste sinon libertaire, Michel Onfray reprend le flambeau depuis une Normandie enfin réunifiée et qui, devenue la seule vraie région de France par la géographie administrative, pourrait devenir aussi la base d'une résistance ou d'une reconquête de l'initiative politique locale et démocratique dans le cas où les hyper jacobins du Front National qui veulent supprimer les régions devaient s'emparer de l'appareil de l'Etat central après le second tour des élections présidentielles: le pire n'étant pas toujours le plus certain, il reste qu'il faut peut-être commencer à mettre en place un vrai contre pouvoir girondin, démocratique, citoyen, local et libertaire face à l'arbitraire toujours aussi autoritaire et discrétionnaire de l'Etat central jacobin parisien.

Car servir l'intérêt général depuis le lieu central parisien qui se prétend "national" ne fonctionne plus avec une société civile désormais mature et autonome et qui veut accéder aux responsabilités d'un véritable auto-gouvernement pour les affaires qu'elle peut connaître tout en laissant les affaires qu'elle ne saurait maîtriser seule à l'Etat central (c'est le principe de subsidiarité appliqué aux territoires).

Nous saluons donc avec chaleur ce nouvel opus de Michel Onfray dont la lecture s'annonce roborative comme il se doit. Et nous vous proposerons très prochainement sur l'Etoile de Normandie un compte rendu de lecture précis et complet de cet ouvrage qui devrait faire parler de lui dans la presse parisienne improprement dénommée "nationale".

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Lire le texte de présentation de l'ouvrage proposé par Michel Onfray en 4ème de couverture:

« Tous les candidats aux présidentielles de 2017 sont Jacobins, tous. Or le centralisme qui fait de Paris la tête qui commande et des provinces un corps qui obéit a montré son inaptitude à incarner la démocratie qui reste formelle en ne produisant qu’une aristocratie d’élus insoucieux du peuple. De Philippe Le Bel à Charles de Gaulle en passant par Robespierre ou Napoléon, le modèle jacobin a failli. Je propose une révolution pacifique inspirée des Girondins de la Révolution française : redonner le pouvoir aux communautés, aux collectivités, aux régions, autrement dit : décoloniser les province. Le communalisme libertaire, les élections dans des parlements régionaux, l’autogestion sur le terrain sont seuls susceptibles de fournir des contre-pouvoirs efficaces à l’effondrement de la formule jacobine de la démocratie. La politique ne doit plus être une affaire de commettants qui délèguent mais de citoyens qui décident. » M.O


 Le thème de l'organisation territoriale de la République Française n'intéresse qu'assez peu les candidats à l'élection présidentielle et absolument pas les grands médias parisiens qu'il faudrait cesser d'appeler "nationaux". Cependant, on fera quelques exceptions à cette triste règle d'airain jacobine:

1) Sur France Culture, dans l'émission "Du grain à moudre" diffusé le 22 mars 2017 à 18h15, il était question de la Normandie comme laboratoire territorial idéal de l'actuelle réorganisation en cours de la carte communale et intercommunale. L'émission avait pour prétexte l'audition des candidats à la présidentielle par les maires de l'Association des Maires de France organisée le même jour dans un auditorium de la maison de la Radio.

https://www.franceculture.fr/emissions/du-grain-moudre/les-communes-doivent-elles-sunir-pour-ne-pas-mourir

Les communes doivent-elles s'unir pour ne pas mourir ?

22.03.2017

Des intercommunalités de plus en plus grandes ; des communes de moins en moins nombreuses : quelles sont les raisons de cette réorganisation du territoire français ?

Commune portée disparue
Commune portée disparue Crédits : Yann Castanier / Hans Lucas - AFP

Vous pensiez connaitre la Normandie comme votre poche ? Mais avez-vous jamais entendu parler de Belle Vie en Auge dans le Calvados ? De Remilly les Marais dans la Manche ? De Belforêt en Perche dans l’Orne ? Sans doute pas.Toutes ces communes n’existaient pas avant le 1er janvier 2017. Elles ont vu le jour en début d’année, suite à la fusion de plusieurs localités.

Depuis deux ans, la Normandie connait un nombre important de regroupements de mairies. La région est en pointe d’un phénomène qui touche l’ensemble du territoire. Le nombre de communes en France a baissé de plus d’un millier depuis 2015. La France n’en compte plus (si l’on ose dire) que 35 498.

Les dernières réformes liées à l’organisation territoriale ont encouragé cette tendance, à base d’incitations financières : unissez-vous et votre dotation ne sera pas diminuée. Mais la motivation n’est pas seulement pécuniaire. Les mairies voient dans leur regroupement une façon de peser davantage dans les intercommunalités : un niveau de pouvoir mal connu en France, et pourtant de plus en plus puissant.

Liens

  • Vincent Aubelle, rapport : "Panorama des communes nouvelles" (AMF - 2017)
  • Les Décodeurs : "Communauté de communes, d’agglo, urbaine... A quoi ça sert ?" (Le Monde - 2016)
  • "Communes nouvelles : un guide du Sénat pour accompagner la "révolution silencieuse""(Caisse des Dépôts - 2016)
  • "« La campagne du XXIe siècle » se dessine dans la France rurale" (Le Monde - 2015)

Intervenants

  • Françoise Gatel : Sénatrice-maire UDI de Châteaugiron, vice présidente de l'AMF
  • Laurence Lemouzy : Rédactrice en chef de la revue « Pouvoirs Locaux » et directrice scientifique de l'institut de la gouvernance territoriale
  • Jean Vogel : Maire de Saâle (Bas-Rhin)

Bibliographie


 2) Sur France 3, tournage du prochain numéro de "drôle d'endroit pour une rencontre", l'émission culturelle animée par Ali Baddou qui s'est déroulée dans le choeur de l'église désafectée et en partie ruinée depuis 1944 de Saint Etienne le Vieux de Caen. Michel Onfray et Anne Nivat étaient les deux invités pour évoquer une France dont on ne parle jamais à Paris.

http://www.ouest-france.fr/normandie/caen-14000/caen-drole-d-endroit-pour-une-rencontre-saint-etienne-le-vieux-4873604

Caen. « Drôle d’endroit pour une rencontre » à Saint-Étienne-le-Vieux

  • "Drôle d’endroit pour une rencontre" dans le chœur de l’église désaffectée Saint~Étienne-le-Vieux à Caen. L’émission sera diffusée vendredi 31 mars sur France 3 en 2e partie de soirée. "Drôle d’endroit pour une rencontre" dans le chœur de l’église désaffectée Saint~Étienne-le-Vieux à Caen. L’émission sera diffusée vendredi 31 mars sur France 3 en 2e partie de soirée. | Nathalie Baert

Nathalie LECORNU-BAERT

« Drôle d’endroit pour une rencontre », émission animée par Ali Baddou, était ce mardi 21 mars 2017 à Caen. Le journaliste recevait le philosophe Michel Onfray et la reporter de guerre Anne Nivat, dans un lieu insolite.

Drôle d’endroit pour une rencontre , c’est un film de 1988 avec Catherine Deneuve et Gérard Depardieu. C’est aussi le magazine culturel de  France 3 , présenté par Ali Baddou.

Après Jean d’Ormesson au Petit Palais ou Gérard Depardieu chez lui à Paris, l’équipe de l’émission s’est installée à Caen, pour réunir dans son décor imaginé par Philippe Starck, le philosophe Michel Onfray, et la reporter de guerre Anne Nivat. « Pas uniquement parce que chacun a une actualité littéraire, explique Ali Baddou,  mais parce que leurs deux livres se font écho. » En l’occurrence  Décoloniser les provinces (éditions de L’Observatoire), premier des trois tomes des contributions du philosophe à l’élection présidentielle, et  Dans quelle France on vit (Fayard).

Ali Baddou, Michel Onfray et Anne Nivat.

Ali Baddou, Michel Onfray et Anne Nivat. | Nathalie Baert

Le tournage s’est déroulé dans un lieu qui a surpris aussi bien Ali Baddou et son équipe que les invités : l’église désaffectée Saint-Étienne-le-Vieux.


 3) Lire ci-après, l'entretien accordé par Michel Onfray au Figaro Magazine (en date du 24/03/17):

Dans votre dernier livre, vous proposez de décoloniser les provinces. Pourquoi ce thème vous semble-t-il aussi central aujourd’hui ?

 Parce que je vis en province, que j’ai volontairement choisi de ne pas faire ma vie à Paris comme mon éditeur m’y invitait à la sortie de mon premier livre en 1989 en me faisant savoir, et il avait raison, qu’une carrière s’effectue dans la capitale, mais jamais en province où l’on est condamné à péricliter faute de fréquenter les gens utiles pour obtenir les cooptations qui permettent de faire partie des élites.

   J’ai fait toutes mes études en Normandie, sauf un DEA à la Sorbonne parce que l’université de Caen en était alors privé, j’ai enseigné vingt ans dans un lycée technique à Caen, j’ai créé l’Université populaire à Caen en 2002 et celle du goût à Argentan en 2007. Ma famille descend des vikings danois et se trouve en Normandie depuis dix siècles. Je n’ai jamais imaginé pouvoir vivre ailleurs. Surtout pas à Paris…

   Chaque fois que je me trouve dans un village de France, je le vois meurtri, blessé, abandonné, délaissé, oublié par les villes dans lesquelles on décide pour eux de ce qu’ils ont le droit de faire, voire le devoir de faire, pour se mettre en conformité avec les normes françaises, donc européennes… Les villages meurent et les villes sont socialement pathogènes. Je suis viscéralement un rat des champs…  

 Philosophiquement et politiquement, il s’agit aussi de vous inscrire dans la filiation du socialisme libertaire de Proudhon. Comment définissez-vous ce courant politique ? En quoi s’oppose-t-il aux autres gauches ? Est-il représenté aujourd’hui en France ?

 Sous le rouleau compresseur marxiste, le proudhonisme est passé, et passe encore, pour un socialisme utopique. La mise en pratique du socialisme dit scientifique a montré que l’utopie était plutôt du côté des marxistes. Proudhon n’a jamais fantasmé une fin de l’histoire, une humanité réconciliée, un homme nouveau, un messianisme révolutionnaire avec prophète et César, comme Marx qui appelait clairement à une « dictature du prolétariat » : dictature sur qui ? sinon du parti sur le prolétariat…

   Marx, fils d’un avocat, était un intellectuel qui n’a jamais travaillé, comme Lénine.  Il vivait des bénéfices effectués par Engels dans son usine et pensait le monde à partir des bibliothèques et de ses lectures…

   Proudhon, fils d’un tonnelier et d’une cuisinière, était un homme du peuple qui a travaillé et connu les affres du salariat et de l’entrepreneuriat, il a pensé le réel à partir du réel et non des fictions intellectuelles et livresques. Voilà pourquoi sa pensée pragmatique évolue en fonction des conditions historiques.

   Il est antijacobin et détestait Robespierre et la Terreur, il n’est pas centraliste et appelle à une véritable décentralisation autogestionnaire avec un pouvoir communaliste, fédéraliste, il récuse la dictature du prolétariat et veut une révolution douce par l’économie : mutaliste, coopérations, banques populaires, fédéralisme, Etat garantissant l’organisation anarchiste, autrement dit : autogestionnaire.

   A l’évidence, cette gauche-là existe, mais elle est invisible dans notre configuration jacobine, étatiste et centralisée : c’est la gauche d’une jeunesse qui, pour reprendre l’excellente expression de John Holloway que je viens de rencontrer au Mexique, se propose de « faire la révolution sans prendre le pouvoir ». Les paysans qui produisent et distribuent hors circuits, les jeunes talentueux qui, avec internet, travaillent en réseau de façon souple et libertaire, le tissu associatif de volontaires bénévoles, les crèches coopératives, les médias indépendants sur le net, les artistes qui évitent les circuits commerciaux, les galeristes associatifs, tout ceci existe. J’aspire juste à une extension de ces modèles alternatifs et à leur fédération. 

 Depuis les années 80 et les lois Deferre, notamment sous l’influence de l’Union Européenne, il y a un consensus politique autour de la décentralisation. La France est désormais divisée en grandes régions gouvernées par des barons locaux plus puissants que des ministres tandis que qu’Anne Hidalgo parle de métropolisation et de « ville monde ». L’Etat jacobin avec lequel vous voulez en finir, n’est-il pas déjà mort ?

 Non car, avec les départements, les régions héritent de la gestion des écoles, des collèges, des lycées, des déchets, des transports, de la protection du patrimoine, de la formation continue, du développement des ports et des aérodromes, de la qualité de l’air, autant de choses ingrates, mais en exécutants du pouvoir centralisateur étatiste et jacobin qui, lui, se contente de relayer les directives européennes venues de Bruxelles : ni l’Etat ni les régions ne font la loi sur un marché communal, c’est Bruxelles qui impose ses normes dites d’hygiène et qui  impose au citoyen de consommer des produits industrialisés, hautement toxiques pour la santé, en estimant que le danger vient du petit producteur de volailles qui vend directement sa production sur un étal non certifié. Cette décentralisation est assimilable à celle que l’employeur signifie à la personne qui s’occupe de son ménage, de sa vaisselle ou de son jardin : le patron paie l’homme de main qui lui obéit mais qui n’est pas maître de ses gestes et de ses décisions...

 Dans la France périphérique, qui a vu ses usines délocalisées et aujourd’hui ses services publics fermés, les citoyens réclame plus et non moins d’Etat. Face à la mondialisation consumériste, l’empire des multinationales et à la technocratie européenne, l’Etat-nation régalien ne constitue-t-il pas la meilleure des protections ?

 Ma proposition n’est pas anti étatiste, au contraire. Mais il existe une autre formule à l’Etat que sa formule centralisatrice, transcendante, qui appelle le césarisme. Depuis Philippe le Bel, l’Etat est la machine centrale qui se nourrit du sang des périphéries.  Dans la formule du dernier Proudhon, celle de Théorie de la propriété, l’Etat trouve sa légitimité par la capillarité venue des communes et non l’inverse, comme dans notre cas : les communes qui trouvent leur légitimité dans la parole descendue de l’Etat – elle même descendue de Bruxelles…

  Les questions régaliennes doivent être traitées par un conseil issu des autres conseils eux-mêmes issus de conseils, le président de cette république libertaire n’étant que le porte-parole, et non le monarque de droit divin, autrement dit, dans nos temps de déchristianisation,  le monarque réduit à lui même, à sa seule et propre petite personne souvent incapable de porter les deux corps du roi.

 Dans certaines banlieues où les élus locaux sont de plus en plus soumis aux entrepreneurs identitaires, l’idéal communautaire ne risque-t-il pas de virer au communautarisme ?

 Les élus locaux dans les banlieues chaudes veulent, pour une grande partie, et plus fort encore que leurs collègues, les allures de la paix, son apparence, et la réélection, la certitude de leur réélection. Tout est chez eux organisé autour de ces deux obsessions : pas de vagues, silence, motus et bouche cousue, éviter de faire la une de la presse et, pire, celle du journal de vingt heures ; et puis, pour ce faire : s’appuyer sur ceux qui, religion et drogue aidant, assurent que les apparences de la paix sont sauves, pourvu qu’on les laisse faire tranquillement leur business.

   Si le pouvoir n’était pas entre les mains de ces deux mafias, mais aux mains de citoyens déterminés à prendre en main leur destin contre la politique politicienne et contre ceux qui contrôlent  ces territoires perdus de la république qui ne sont donc pas perdus pour tout le monde, alors les choses pourraient changer un tant soi peu.

 Comment ce sursaut populaire et citoyen que vous appelez de vos vœux peut-il concrètement se mettre en place ?

 J’en ai bien conscience, ce livre porte un projet qui, par son caractère  inédit (la chape de plomb jacobine est terrible en France où le logiciel culturel dominant est néo-marxiste, donc très anti-proudhonien…) n’a pour autre dessein, à ce jour, que de faire savoir qu’une autre option républicaine est possible : libertaire et girondine, autogestionnaire et fédérative, coopérative et mutualiste, immanente et décentralisée.

   Je crois que, comme Monsieur Jourdain faisait de la prose sans le savoir, nombre de jeunes agissent déjà selon cet ordre d’idées. Leur jeunesse, leur manque d’expérience due à leur jeune âge (je me souviens de la mienne et de ce qu’elle me faisait penser et dire…) , leur légitime démotivation quant à la chose politique, surtout en ces temps de présidentielles, tout cela fait qu’ils sont moins soucieux d’une théorie de leur pratique que de leur pratique pragmatique. Si d’aventure, ils sortaient de leur sommeil dogmatique politique, ce livre leur proposerait une plateforme de travail. A eux, mais pas seulement…

 Votre livre se présente comme une contribution à la présidentielle. Que vous inspire les débats actuels ? Aucun candidat ne trouve grâce à vos yeux ?

 L’essentiel n’est pas abordé chez ceux qui sont en passe d’être élus. La vraie question est : dans une configuration comme la nôtre où, depuis Maastricht, la France a renoncé à sa souveraineté et, donc, ne saurait faire une politique autre que celle de Bruxelles, qui propose clairement de sortir de cette nasse ? Jean-Luc Mélenchon et Marine Le Pen parmi les « grands » candidats et quelques autres parmi les « petits » Dupont-Aignan, François Asselineau, Nathalie Artaud, Philippe Poutou…

  Mais Mélenchon et Le Pen sont deux jacobins emblématiques,  et, sous couvert de rendre le pouvoir aux français, Mélenchon cache mal un jacobinisme de fer bien visible dans sa constante dilection pour Robespierre et pour quelques dictateurs bien connus de la planète. J’ai lu récemment dans Paris-Match, dans lequel Alexis Corbière, son bras droit, racontait son idylle avec Raquel Garrido, qu’il y avait dans leur appartement parisien… un portrait de Lénine !  J’imagine ce qu’on dirait s’il y avait un portrait de Franco ou de Mussolini dans celui de Marine Le Pen !

 Hormis la question des provinces, quels sont les enjeux qui ne sont pas abordés ?

 Justement : celle de la sortie de l’Europe libérale de Maastricht sans laquelle rien n’est possible. Voici d’ailleurs pourquoi il y a des « grands » candidats et des « petits » : chez les premiers, on nage comme un poisson dans l’au libérale maastrichienne et quand on n’y adhère pas, on ne le dit pas clairement : Mélenchon veut renégocier les traités, ça ne mange pas de pain, et Marine Le Pen se cache derrière un référendum : pour quelles raisons alors que, sur d’autres sujets, elle dit clairement ce qu’elle fera. Chez les seconds, on pose les vrais problèmes, voilà pourquoi les média, TF1 en tête, ont décidé qu’ils étaient quantité politique, donc médiatique, négligeable.

   Et puis, à part Mélenchon parmi les « grands », personne ne remet en cause les guerres que la France mène partout sur la planète contre un islam qu’elle croit combattre ainsi, alors qu’au contraire elle attise le feu.

   Enfin, je crois que la culture est le parent pauvre de cette présidentielle. A part quelques miettes à la marge de la nappe, on voit bien que l’esprit compte pour pas grand chose chez ces requins de la politique.

 Vous appelez à l’abstention. Que répondez-vous à ceux qui vous accusent d’encourager l’incivisme ?

 L’incivisme se trouve chez les hommes politiques qui sollicitent le peuple par référendum pour avoir son avis et qui, après l’avoir obtenu, jettent à la poubelle la demande explicitement formulée par lui. Ce coup d’Etat qui fait que le PS de Hollande et l’UMP de Sarkozy, comme un seul homme, se sont entendus pour monter ce coup de force contre le référendum de 2005 en obtenant qu’il soit foulé au pied avec l’aide des députés et des sénateurs qui ont voté pour le même texte nommé Traité de Lisbonne en 2009 (c’est Giscard lui même qui a dit dans Le Point que c’était le même texte…), ce coup d’Etat, donc, est le summum de l’incivisme et du mépris de la démocratie. On ne fait pas plus antirépublicain que de jeter aux orties la volonté du peuple. L’incivisme est du côté de cette classe politique dont les français ont assez. Refuser l’incivisme, voilà le véritable civisme.

 Dans un livre à paraître, Zéro de conduite, vous annoncez que quel que soit le vainqueur de la présidentielle, ce sera un désastre. Pourquoi ?

 Parce que la France est devenue ingouvernable.  Si Macron ou Fillon sont élus, comme ils resteront dans la configuration de l’Europe libérale, leur premier travail le lendemain de leur élection consistera à prendre connaissance de la feuille de route libellée par Bruxelles avant de s’atteler à y obéir scrupuleusement. Alors, nous aurons à nouveau la politique de Hollande, celle de Sarkozy, celle de Chirac, celle du Mitterrand d’après 1983 ! Et comme les mêmes causes produisent les mêmes effets, les trois-quarts des français seront déçus, une grande partie se retrouvera dans la rue. Mélenchon, le PCF, le NPA, LO, sinon Valls et les siens dans les coulisses,  n’attendent que ça et avec eux les thuriféraires de « l’insurrection qui vient »… 

  Si c’est Marine Le Pen, c’est à la minute où l’on apprendrait son élection à 20h00 qu’une insurrection aurait lieu dans la rue. En attendant son entrée à l’Elysée une semaine plus tard, le président de la république, responsable de la police et de l’armée, serait François Hollande. Lui qui a longtemps pensé que ce devait être lui ou le chaos, autrement dit : elle, que croyait-vous qu’il ferait ? Hollande est un Machiavel souriant, ne l’oublions pas…

 A travers votre livre, vous proposez un projet, presque un programme. Pourquoi refusez-vous d’être candidat ?

Parce qu’il faut des compétences que je n’ai pas… Et puis des équipes et de l’argent que je n’ai pas plus…