Ecoutez, écoutez, che(e)s ami(e)s de la Normandie la petite musique de Bertrand Tierce, ce nostalgique de la ci-devant Haute Normandie, la satrapie Le Vern, qui est le rédacteur de la chronique de Normandie, une feuille d'informations régionales distribuée aux dirigeants...

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Lisez bien ce qui suit (Chronique de Normandie, n° 486, lundi 20 mars 2017):


 Un Etablissement Public Territorial pour la Seine ?

On le sait, l’aménagement de la vallée de la Seine est le projet de développement le plus important de la Normandie - Mais quand ils en parlent, nos élus restent prudents pour ne pas donner l’impression de couper la Normandie en deux : celle de Paris d’un côté, c’est de l’ancien duché de l’autre. Un exemple. Lors du dernier G.6 à Tocqueville, Hervé Morin a évidemment souligné la nécessité de se battre pour la vallée de la Seine en interpellant les candidats à la présidentielle. Mais il s’est presque excusé de le faire devant ses amis de l’ex-Basse-Normandie pour ne pas alimenter leur crainte d’être oubliés.

Sujet sensible !

Cette crainte d’être oubliés est bien réelle. On l’a vue, le 2 février dernier à Caen, lors du forum de lancement du SRADDET où plusieurs élus de la Manche, de l’Orne et du Calvados sont intervenus pour expliquer que“l’avenir de la région ne se résume pas à l’axe Paris Seine Normandie” et que leurs territoires doivent être pris en compte, comme ils le méritent, dans les politiques régionales d’aménagement. Oui, la peur de la marginalisation existe à Caen, Saint-Lô et Alençon,oui, Le Havre et Rouen sont souvent regardés comme des “aspirateurs à développement”qui risquent d’assécher leur environnement. Il y a bien sûr des discours rassurants sur les retombées positives de l’axe Seine pour toute la Normandie, selon le principe du  “ruissellement économique”. Constatons qu’ils “n’impriment pas” et qu’ils sont considérés comme des discours de circonstance qui ne satisfont que ceux qui y croient.

Depuis le début de l'année, on entend d’ailleurs une autre petite musique, produite par des acteurs économiques de plus en plus nombreux, qui dit :

“pour nous, la vraie région, ce n’est pas la grande Normandie, c’est Paris-Seine-Normandie ; autrement dit Paris-Ouest avec l’Eure, la Seine-Maritime et le Calvados...”

On entend aussi :

“Ce petit territoire de 200 km de long produit 30 % du PIB national, quel dommage qu’il ne soit pas gouverné de façon cohérente.” Naturellement, ce discours est politiquement incorrect puiqu’il consacre la division de la région, la “parisienne” d’un côté, et l’autre... de l’autre ; il n’est jamais publiquement exprimé, mais il se diffuse dans beaucoup d’esprits différents entre Paris, Vernon Rouen et Le Havre...

Attention : sujet sensible !

Et pendant ce temps-là, tout le monde dit et redit la nécessité d’aménager la vallée de la Seine, tout le monde constate et reconstate l’impuissance des élus normands et franciliens à porter le projet, tout le monde se tourne et se retourne vers l’État pour qu’il prenne ses responsabilités et qu’il décide et arbitre en faveur de l’axe Seine.

Comment sortir de la nasse?

La création d’un établissement public territorial de la vallée de Seine (EPT), financé par l’Etat, avec le concours des deux Régions et des autres grandes collectivités, est manifestement la seule solution. Enjeu et priorité nationale, la Seine a besoin d’une autorité supra-régionale (oui supra-régionale) pour piloter son développement ; les élus sont contre bien sûr, mais y a-t-il d’autres solutions pour sortir de l’impuissance ?


 Commentaire de Florestan:

La réunification de la Normandie, après plus de 40 années de division, de déclin et surtout de déshérence de tout projet régional normand cohérent et ambitieux, n'arriverait-elle pas trop tard?

C'est ce que certains dirigeants régionaux situés en aval de Paris (ne les appelons pas "Normands" par pitié !) défaitistes et résignés incapables d'avoir le dynamisme et les projets nécessaires pour faire rayonner une région ou, plus grave, une métropole régionale normande à Rouen, pensent tout bas et un peu plus fort avec le porte- voix proposé par Bertrand Tierce et sa feuille d'informations qui confirme ainsi qu'il ne croit pas au projet collectif de l'unité normande. Mais il est essentiel d'entendre sa critique sinon l'alerte qu'il donne finalement et qui doit résonner aux oreilles de ceux qui croient en l'avenir de la Normandie et qui sont certainement plus nombreux que ceux qui n'y croient pas ou qui n'y croient plus parce qu'ils passent plus de temps pour leurs affaires à Paris qu'en Normandie...

Ces Messieurs qui crachent dans la soupe de l'unité normande ont la mémoire courte:

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1965: le SDAU de la Basse-Seine, concocté sous l'autorité de Paul Delouvrier avait  pour objectif d'étendre la région urbaine de Paris jusqu'au port du Havre.

Avec comme dommages collatéraux: la fin de la Normandie comme espace régional et la rétrogradation de l'ancienne seconde ville de France au statut de banlieue industrialo-portuaire de Paris. La seconde tentative pour tuer Rouen, en quelque sorte, après les bombes de la Seconde Guerre Mondiale.

Souvenez-vous, encore !

 Le retour de ce cauchemar avec l'urbaniste Grumbach, dont le projet "Paris Seine Métropole" fut présenté en octobre 2009 à la Cité de l'architecture du palais Chaillot de Paris: notre collectif "Bienvenue en Normandie" était intervenu en déposant des tracts dans le kiosque présentant le projet Grumbach dans l'exposition avec un NON normand à la question suivante:

"Avaler la Seine aval sans l'aval des Normands ?"

http://www.lemonde.fr/planete/article/2009/10/15/l-homme-du-fleuve_1254406_3244.html

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Antoine Grumbach n'a pas renoncé à la fusion de la Normandie utile à la région parisienne, à l'horizon 2030. Il résume, à lui seul, ce qu'à Paris on pense de la Normandie, dès fois qu'on y pense.

Voir sa dernière tribune publiée sur le sujet (La Tribune, 3 décembre 2015):

http://www.latribune.fr/opinions/tribunes/paris-rouen-le-havre-une-seule-ville-reliee-par-la-seine-532382.html

La question de la vallée de la Seine est donc une question de vie ou de mort pour la Normandie.

Soit cette question devient une affaire normande au point d'en prendre la gouvernance pour organiser l'ensemble du projet régional normand (qu'il faut créer) autour de la Vallée de la Seine. Soit cette question est définitivement une affaire parisienne: dans ce cas la Normandie serait démembrée et sa partie la plus utile à la région parisienne (Calvados, Eure et Seine-Maritime) fusionnerait avec cette dernière en tant que grande banlieue Ouest et maritime d'une mégalopole mondiale.

Et la question normande pose une autre question que le philosophe Michel Onfray vient d'agiter dans son dernier livre:

"Décoloniser les provinces, contribution aux présidentielles."

Osera-t-on confier le pilotage, l'organisation et le développement d'un ENJEU NATIONAL à la région où cet enjeu national se déploie (en application du principe de subsidiarité territorial et girondin)?

Ou va-t-on reproduire, sans imagination, le modèle dominant du colonialisme jacobin consistant à tout piloter depuis PARIS?

... Avec des résultats si piètres et si peu convaincants que l'on est obligé de penser à une alternative régionale et girondine, notamment en cette Normandie si proche de Paris et seule vraie région sur la carte de la France métropolitaine.

Va donc pour un Etablissement Public Territorial mais avec une direction... NORMANDE !