Polémologie ou irénologie?

Etudier la guerre ou étudier la paix? Les réalités humaines éternelles nous poussent à nous intéresser à la première plutôt qu'à la seconde qu'on aura tendance à laisser aux doux rêveurs.

Dans un monde qui redevient incertain et dangereux, il est urgent de multiplier les lieux et les moments où l 'on puisse élaborer des dispositifs politiques de paix préventive au même titre que l'on aura pu abuser de la guerre préventive: la paix préventive ne serait qu'une illusion diront les plus cyniques et les plus désespérés. Mais affirmer cela c'est aussi manquer de la lucidité la plus élémentaire lorsqu'on oublie qu'une guerre préventive est illusoire et ce pour deux raisons:

1) On sait toujours très bien, pourquoi et comment commencer une guerre. On ne sait jamais, en revanche, comment ou pourquoi la finir.

2) On fait toujours la paix avec son ennemi: raison de plus de préparer la paix en faisant vraiment la paix plutôt qu'en préparant une nouvelle guerre.

De par son histoire contemporaine mais aussi séculaire, de part la sympathie que l'on éprouve à l'énoncé de son nom, dans le Monde entier, la Normandie semble être la terre idéale pour accueillir un institut international de réflexion et de discussion consacré à la Paix.

Pour lancer les journées "Normandie pour la paix" qui débutaient ce jeudi 24 mars 2017 sous un chapiteau posé dans le cloître de l'abbaye aux Dames de Caen, à l'initiative du Conseil Régional de Normandie, Hervé Morin, a justifié, dans son discours liminaire, la prétention normande, sinon la disposition normande toute particulière à la Paix:

Vers 17h00, le président Morin a d'abord déclaré qu'il était rare qu'une collectivité territoriale soit à l'initiative d'un projet aussi ambitieux : pour une fois, ces rencontres avec des personnalités de haute qualité venues du Monde entier ne se déroulent pas à Paris. Cette initiative s'inscrit naturellement dans le cadre de l'évidence normande: 1944 bien sûr, mais aussi et surtout les héritages institutionnels et intellectuels laissés par la Normandie médiévale. Ce n'est pas une ambition exagérée: avec le Mémorial de Caen, l'institut des droits de l'Homme et son concours des plaidoiries créés à l'initiative d'Alain Tourret, le Prix Bayeux Calvados des reporters de guerre, les commémorations du Débarquement, la Normandie est, en France, le territoire de référence pour parler de la Paix, pour en étudier les chemins mais aussi pour l'accueil solidaire des ouvriers de la Paix.

La Normandie qui a souffert sous les bombes de la Libération pourrait "devenir la patrie des ouvriers de Paix", déclare Hervé Morin, en faisant référence à l'héritage scandinave et médiéval de la Normandie ("la paix de Rollon", la "paix de la Charrue", le concile de Caen de 1047, le droit normand...) Et d'évoquer aussi l'oeuvre peu connue, mais à redécouvrir d'urgence, de l'Abbé Charles-Irénée (le bien nommé) Castel de Saint-Pierre né en 1658 à Saint-Pierre Eglise et qui fut le négociateur de la Paix d'Utrecht (1713) mais aussi l'auteur d'un ambitieux et étonnant projet de paix perpétuelle en Europe qui annonce l'actuelle construction européenne.

Hervé Morin évoque, ensuite,  Aristide Briand, le premier promoteur d'une réconciliation franco-allemande ou encore le président américain Wilson, qui tenta de mettre en route l'idée d'une communauté internationale responsable d'une sécurité collective mondiale. Sans oublier la figure émouvante et attachante du Père Jacques Hamel assassiné en 2016 dans son église de Saint Etienne du Rouvray par le retour sur notre sol du fanatisme religieux qui avait ciblé un authentique ouvrier de la paix interreligieuse. Avant de citer, pour finir, l'exemple de la fameuse poignée de main improvisée entre François Mitterrand et Helmut Kohl devant l'ossuaire de Douaumont, le 22 septembre 1984.

"On parle plus, en effet, de la guerre que de la paix. Depuis la nuit des temps la guerre et la paix s'opposent tout comme les ponts et les murs. La paix est rare", a déclaré le président Morin, évoquant son expérience au ministère de la Défense.

On reprenant la réflexion du normand Castel de Saint Pierre, Hervé Morin pose, pour finir, la question: "la paix perpétuelle existe-t-elle?". Et de répondre en citant cette phrase du philosophe Spinoza vivant dans la Hollande du XVIIe siècle qui était, à l'époque, le laboratoire des libertés occidentales modernes: "La Paix est une vertu, une volonté de bienveillance, une confiance dans la Justice. Ce n'est pas l'absence de la guerre".

Depuis la Normandie, il serait possible de réfléchir aux causes et aux conséquences des guerres mais surtout aux moyens de les éviter. De penser les réformes institutionnelles nécessaires, à commencer par celles de l'Union européenne dont il faut sauver le projet original et précieux parce qu'il s'agit d'un pacifisme supranational en action: face à "l'indigence matérialiste actuelle" (dixit Hervé Morin), il y a urgence. En conséquence, pour "construire une Nouvelle Europe de la Paix", il faut des "ouvriers de la Paix dont la Normandie pourrait être la patrie".

Après cette introduction, la table ronde a accueilli les grands témoins normands de l'héritage normand en matière de Paix, à savoir:

François-Xavier Priollaud, vice-président de la région en charge des affaires européennes et internationales

Stéphane Grimaldi, le directeur du Mémorial de Caen

Sophie Poirey, professeur de droit normand à l'université de Caen

Michel Onfray, philosophe, fondateur de l'université populaire de Caen.

François-Xavier Priollaud assume d'emblée l'ambition: la Normandie c'est LA région de la Paix en évoquant le lien intime entre la Paix et toute l'histoire normande depuis les origines. Par une tragique ironie du sort, la guerre a frappé la terre la plus pacifique qui soit. La question se pose du sens et de la transmission de ce qui est commémoré autour de la date du 6 juin 1944, notamment à destination des nouvelles générations puisque les témoins directs de la grande Histoire disparaissent. Il faut donc dépasser la question de la commémoration, ne pas s'en tenir qu'au seul tourisme de la Mémoire mais d'avoir une vision plus qualitative et de long terme de cet héritage historique hors-normes: réfléchir collectivement à la Paix à destination des générations futures en luttant contre le défaitisme et l'indifférence.

Stéphane Grimaldi en revient, bien évidemment, à la date pivot de l'Histoire mondiale: le 6 juin 1944 et la terrible bataille de Normandie qui s'en suivit permettant l'ouverture du second front réclamé par l'allié russe pour procéder à la Libération de l'Europe. Dès 1946, l'importance historique de cette date a été perçue. Mais il faudra attendre François Mitterrand pour que les commémorations du 6 juin 1944 sur les plages normandes deviennent un événement moral mondial utile à la diplomatie et aux relations internationales. C'est, en effet, François Mitterrand qui lança le dispositif du "format Normandie", pour déverrouiller, au plus haut niveau, les relations internationales. La dernière fois que cette méthode fut utilisée, ce fut lors du repas du 6 juin 2014 au château de Bénouville pour contraindre Vladimir Poutine et le président ukrainien à se parler...

Sophie Poirey prend ensuite la parole pour expliquer cette évidence qui ne l'est pas pour le grand public car le sujet est à découvrir: il y a un lien intime, consubstantiel et séculaire entre la Paix et l'aventure normande. "La Paix c'est la racine de l'identité normande". Elle évoque le "forum pour la Paix" réuni deux jours durant à Caen en 1047 par Guillaume le Conquérant qu'on devrait appeler le "Pacificateur" pour proclamer les premières lois assurant la paix et la sécurité sur la voie publique. La chapelle Sainte Paix, qui existe toujours à Caen (proche de la gare SNCF), avait été construite peu après pour commémorer cet événement qui fit la réputation des juristes et des ducs normands en tant que pacificateurs et restaurateurs de la paix publique. Sophie Poirey évoqua, hélas trop rapidement, la "paix de la charrue" mais aussi l'oeuvre pacificatrice des Normands en Sicile pour faire coexister, à partir du respect du droit normand, des Arabes, des Byzantins et des Latins. Enfin, Sophie Poirey évoqua de façon paradoxale la conquête de l'Angleterre après la sanglante bataille d'Hastings de 1066: malgré le choc et la violence de la conquête et le remplacement de l'élite saxonne par l'élite normande, l'Angleterre se trouva en paix et gouvernée de façon efficace et intelligente au point que les Anglais ont célébré en 2016, le 950ème anniversaire de la bataille d'Hastings non pas comme un Waterloo mais comme l'acte fondateur de leur civilisation.

Michel Onfray, fidèle à lui-même, prend la parole pour revenir sur des propos précédemment tenus pour défendre Jean-Pierre Chevenement injustement mis en cause pour avoir choisi de démissionner du gouvernement lorsque François Mitterrand avait pris la décision de s'engager avec les Etats-Unis de George Bush dans la première guerre du Golfe: "il ne faut pas faire l'éloge des va-t-en guerre" déclare Michel Onfray. Et, tout en évoquant la figure de l'Abbé de Saint-Pierre et son projet de "paix perpétuelle", il explique que la paix est une "volonté raisonnable" qui n'est pas un pacifisme béat ou naïf: c'est, d'abord, vouloir la Paix en résistant à la pulsion de mort qui met en branle le désir guerrier. Et de convoquer la belle figure normande et percheronne du philosophe Emile Chartier dit "Alain" qui fit la guerre de 1914 en pacifiste pour dénoncer les horreurs qu'il y vit... Et face au Dieu de la Guerre qui est aussi le Dieu de la Nuit il faut opposer la science de la Paix: l'irénologie.

Cependant, précise le philosophe normand,  "on préfère la polémologie ou science de la guerre à l'irénologie: les philosophes justifiant la guerre sont plus nombreux que ceux qui justifient la paix", quand bien même on pourrait alléguer que la guerre résulte d'un "défaut de cerveau" (dixit Onfray). Platon, même Proudhon, ont fait l'éloge de la guerre. "C'est l'hygiène des peuples" osait dire le grand penseur du socialisme libertaire. Saint Augustin et Thomas d'Aquin ont pensé la "guerre juste" qui n'est, " juste qu'une guerre" déclare Onfray en assumant la pirouette, pour la bonne et simple raison que l'on fait toujours une guerre "juste" contre une autre guerre "juste": les horreurs ayant besoin d'être justifiées plus que tout autre chose. La guerre de résistance et d'auto-défense ou d'ultime recours est la seule guerre juste possible: par exemple, la guerre de résistance du Général de Gaulle.

En croyant appliquer le principe d'une "guerre juste" en 1991, François Mitterrand a rompu avec Jaurès. Dans les écoles de guerre, on continue de lire et d'étudier l'oeuvre de Carl von Clausewitz, oeuvre en partie inutile car les grandes guerres aristocratiques sont finies. En revanche, il faut lire et étudier d'urgence la théorie de la "petite guerre" proposée par Clausewitz qui est le terrorisme, réponse du faible au fort.

En conséquence, face à cette tradition dominante de la polémologie, il y a urgence d'affimer une tradition plus irénique qui pourrait courir de Diogène à Alain.

Sophie Poirey reprend la parole pour convoquer la "Normanité" de Michel Onfray qui rappelle ses origines normandes et danoises depuis mille ans mais pour rappeler aussi que pour lui, Guillaume le Conquérant est bel et bien un conquérant avant d'être un pacificateur.

Stéphane Grimaldi reprend la parole pour expliquer la nécessaire transition de l'Histoire à la Mémoire et de la Mémoire à sa mise en perspective, en discussion ainsi qu'à sa transmission. La Normandie est une région privilégiée pour le faire. Une région pour les étudiants en histoire et en droit public constitutionnel: et de rappeler que le "brouillon de la 5ème République" a été conçu dans l'admirable discours du Général de Gaulle à Bayeux, le 14 juin 1946. La Normandie pourrait devenir la région de "l'histoire publique" (c'est nous qui ajoutons). Mais le directeur du Mémorial a déploré l'effondrement de l'enseignement de l'Histoire dans l'enseignement secondaire en France.

A la suite des ces différentes interventions, François-Xavier Priollaud a annoncé la constitution d'un Comité Scientifique et Stratégique de Normandie pour la Paix avec pour objectif de préparer la première véritable édition de ce grand forum international qui devrait avoir lieu en juin 2018 avec pour objectif, de prendre le relais des commémorations du 6 juin 1944. Un certain nombre de personnalités ont été associées à ce comité, dont Hubert Védrine. Philippe Augier, Sophie Poirey, Michel Onfray ainsi que quelques autres représenteront les forces normandes dans ce comité dans lequel on trouvera aussi la présidente de l'université franco-allemande. Parmi les projets de comité: la publication et la réédition des grands textes du patrimoine normand en ce qui concerne la Paix.


Voir aussi le compte rendu proposé par Ouest-France (Xavier Oriot, édition caennaise, 24/03/17):

Normandie pour la paix

23-03-2017 18;28;47

23-03-2017 18;31;02

23-03-2017 18;32;51


 

Voir enfin le compte rendu proposé par Ginette Bléry pour la feuille d'informations Normandie XXL

http://www.normandiexxl.com/article.php?id=2092

Projet Davos de la paix en Normandie …premiers pas réussis avec 1.500 participants

Dernière mise à jour 27/03/2017 La présentation s'est faite avec des participants sur les 4 côtés de l'espace, au 1er rang Hervé Morin et François-Xavier Priollaud

Idées. C’est une idée complètement folle que de lancer des journées pour la paix en Normandie, destinées à devenir, en juin 2018, le Davos de la Paix mais cela ressemble beaucoup plus qu’on ne l’imagine et qu’il ne le dit, à Hervé Morin Président de la Région et ancien ministre de la Défense. Si la Normande par son histoire peut être un exemple de paix grâce aux institutions de Guillaume le Conquérant qui avaient mis en place la paix de Dieu, la paix de la charrue, la paix des maisons, autant de moments où les combats s’arrêtaient entre les seigneurs belliqueux, si par son histoire tragique du D-Day, la Normandie peut se donner comme mission d’être un territoire producteur de paix, on ne sait pas combien Hervé Morin, en personne, est attaché à la paix depuis de longues années.

Cet homme bagarreur en politique et qui met toute son énergie (et elle n’est pas mince) à transformer la Normandie, fût-ce au prix de quelques bousculades avec les baronnies établies, en une région dynamique et attractive est un défenseur de la  paix de longue date. Dans son livre de 2014 Lettre à Alma il écrivait : « Puisque tout le monde sera en mesure d’avoir l’arme nucléaire ce serait un beau message pour le monde que la France et l’Europe détruisent leur arsenal, ou commencent par une dissuasion nucléaire partagée entre les Européens ».En  2013, ans le cadre d’un colloque organisé par le Club Participation et Progrès « Quel avenir pour la dissuasion nucléaire française face aux défis et aux changements géostratégiques d’aujourd’hui et de demain ?"  Hervé Morin, député de l’Eure et ancien ministre de la Défense, exposait son choix de sortie du nucléaire militaire. http://www.normandiexxl.com/article.php?id=370

Robert Frank, l'animateur, Bernard Guetta et Radu Mihaileanu

Ce sont près de 1500 personnes sur 2 jours qui ont assisté à cette rencontre, sous une vaste tente dressée dans les jardins de l’Abbaye aux Dames de Caen. Normandiexxl toujours à courir d’un reportage à l’autre n’a suivi que les conférences du vendredi après-midi et la moisson fut fort belle. Quelques idées ont émergé très clairement.

La paix a besoin de l’Europe

Cette Europe si vilipendée apparaît pourtant bien un bastion nécessaire pour la paix car ces pays européens, si proches, sont toujours prêts à ressortir la hache de guerre. L’historien Robert Franck rappelle qu’en 1989, après la chute du mur de Berlin, on parlait de la fin de l’histoire mais dans les années 90 naissait le conflit de la Yougoslavie au sein même de l’Europe. Et maintenant que nous sommes face à une guerre de 100 ans avec un Proche Orient qui implose, la sécurité européenne n’est plus assurée » affirme le journaliste Bernard Guetta. Dès que les tensions surgissent les nations cherchent à  retrouver les anciennes alliances. « Si on laisse se défaire l’Europe on prend un très grand risque »  (applaudissements)

Dessine-moi la paix

La nature de la paix reste difficile à définir, pour l’écrivain Jean-Claude Carrière : « la paix reste une énigme, nous nous sentons en paix et pourtant on ne cesse de nous dire que nous sommes en guerre, la seule définition de la paix c’est que c’est le contraire de la guerre. »

Le psychothérapeute Thomas d’Ansembourg rappelle les données de la sagesse ancestrale : « pour faire la paix il faut d’abord être en paix avec soi ». La paix ça s’apprend, comme les mathématiques et ça prend du temps. « Et ne croyez pas que c’est du bisounours » lance-t-il « La paix intérieure c’est du boulot ! »

Le conflit naît du mal exprimé, du mal compris, du « mal-entendu » comme le dit clairement le mot. Quand on est pacifié on devient pacifiant et au lieu d’un ministre de la Défense il faudrait un ministre de la Paix.

Violence…un combat incessant

Pourtant la violence est là, omniprésente, mais pour le philosophe Marc Crépon, « les diverses cultures ne voient pas la violence de la même manière et, bien des évolutions positives ont eu lieu » Au 19e siècle les enfants de 10 ans travaillaient à la mine ce n’est plus le cas en Europe et le combat reste à mener dans d’autres régions du monde. Au 20e siècle l’Etat considérait que la violence dans les couples et à la maison ne le concernait pas, il n’en va plus de même.

« La paix est toujours en train de se faire car nous faisons reculer la violence mais les choses ne se passent pas au même rythme dans les différentes cultures ». La paix progresse mais à touts petits pas et de façon inégale, selon les parties du monde.

La paix mise en pratique

Le grand moment d’émotion vint avec Frédérique Bedos, réalisatrice et à l’origine du Projet Imagine.

Pour nous émouvoir elle n’eut besoin que de quelques photos de sa famille et du récit de son enfance. Ses parents travaillaient pour une organisation spécialisée dans l’adoption d’enfants mais quelquefois se trouvaient confrontés à des cas considérés comme des enfants « inadoptables » parce que trop âgés, trop handicapés, trop irrécupérables…c’est ainsi que ses parents adoptèrent 20 de ces enfants en très grande difficulté.

« Avec mes parents adoptifs, à qui j’ai été définitivement confiée par la justice après mes 11 ans, j’ai découvert une ribambelle de frères et sœurs. Avec Cathy, murée dans son agressivité, Pierre-Vincent, le bébé né sans bras ni jambes, Gaston, le frère camerounais dont le visage avait brûlé dans un feu… il fallait nous voir dans la rue. Cette tribu arc-en-ciel où il manquait un œil à l’un, un bras à l’autre ne passait pas inaperçue. Chacun est arrivé clopin-clopant dans cette famille avec son parcours chaotique. Mais nous devenions des enfants “choisis”. Et la magie a opéré. Quand on reçoit la bonne dose d’amour, les blessures ne vous écrasent pas. Même, elles vous permettent de nourrir de l’empathie pour les autres. Vous avez beau être en colère devant votre souffrance, le cercle élargi où circule la vie et le rire vous fait le cadeau du partage. Ma sensibilité, je la dois aussi à mon enfance. C’est là que j’ai appris ce qu’est la famille de cœur. Des expériences comme celles-là vous permettent d’embrasser la famille humaine, d’expérimenter en petit ce qu’on rêverait de vivre dans notre monde

Les médias ont un rôle central à jouer pour aller vers la paix. Frédérique Bedos considère que l’information doit être traitée d’une autre manière, aussi a-t-elle créé une ONG pour que l’information n’en reste pas à l’agressivité gratuite, soit traitée en profondeur, montre les héros de l’ombre pour réinventer le monde. Son ONG compte 700 bénévoles et un film a été réalisé « Des femmes et de hommes".

Une paix à construire en Normandie

Dans sa synthèse finale Hervé Morin a constaté l’effondrement de l’’Europe dont l’effort de défense ne représente plus que 18% des dépenses mondiales, au lieu de 30%, il y a 10 ans encore ! Pendant ce temps en 48 mois, la Chine a sorti 75 bâtiments de guerre. L’Extrême-Orient s’est doté d’un sous-marin par mois ! La prolifération menace la planète. Menaces internes mais aussi menaces interétatiques. L’Inde face au Pakistan. L’Iran chiite face à l’Arabie saoudite sunnite. Israël bien sûr face au monde arabe.

« La sécurité ne se suffit pas, c’est aussi un message à retenir de nos journées. Elle est un processus aval, pas un processus amont. La sécurité doit se conjuguer avec le développement durable, avec la croissance, avec l’éducation, avec l’emploi. Les armes de la paix sont diverses.

C’est pourquoi, j’ai la certitude que la région Normandie et toutes les collectivités territoriales sont des acteurs légitimes et très bien outillées pour participer à cette construction de la paix. 

Et ce forum, fondation de notre Davos de la paix doit y participer. Un lieu d’échanges des grands de ce monde, des ONG, des associations en tout genre et des moteurs économiques, du monde de l’environnement, philosophes, politologues, chercheurs et historiens. Un lieu pour débattre, proposer des solutions nouvelles, un lieu pour renouer grâce à des émissaires, des discussions rompues ou difficiles. Un lieu où l’on vient car l’on sait que Normandie et Paix, c’est une évidence. »