S'il était possible de guérir le mal par le mal cela se saurait. De même, le grand Albert Einstein tout Einstein qu'il puisse être, nous rappelle l'évidence:

On ne peut pas résoudre un problème avec le même niveau de pensée que celle qui l'a créé.

La Guyane hurle ces temps-ci et de nouveau son profond désarroi et son désespoir avec une nouvelle grève générale et ce slogan arboré sur le barrage bloquant les accès au site spatial de Kourou: "Tant que la Guyane ne décollera pas, les fusées resteront à Terre! "

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Voir, par exemple, cet article de Ouest-France (édition caennaise, 29/03/17):

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Les Guyanais subissent au quotidien une organisation de l'administration de l'Etat français qui ne s'est pas départie de ses habitudes coloniales avec son lot de tracasseries diverses et de privilèges plus ou moins justifiés profitant d'abord aux "métropolitains" en mission dans ce département/ région d'outre mer. Le coût de la vie guyanaise vaut bien celui de la vie parisienne avec les revenus et les services en moins: tout est importé ou presque de France, la Guyane est une île au large avec un cordon ombilical branché sur Paris au lieu d'être un territoire français de l'Amérique latine.

Au delà des fortes particularités du problème guyanais, à savoir,  l'insécurité liée à l'orpaillage clandestin et l'immigration générée par la différence de richesse et de développement entre la Guyane française, pourtant le plus pauvre des territoires de France (avec Mayotte) et le Surinam à l'Ouest ou le Brésil au Sud et à l'Est, la Guyane subit jusqu'à la caricature ce que tous les autres territoires de la République française peuvent subir:

La centralisation jacobine et parisienne de toutes les décisions importantes avec ses trois redoutables conséquences:

1) L'arbitraire justifié au nom de l'intérêt général mais qui résulte trop souvent de connivences et de collusions ou l'affairisme des uns le dispute au clanisme partisan des autres.

2) La décision discrétionnaire justifiée au nom de la supériorité d'expertise d'une caste de haut-fonctionnaires  qui croient tout savoir sur tout et surtout mieux que ceux et celles qui sont les premiers concernés par la décision.

3) La cécité quant à des réalités concrètes et particulières toujours plus complexes que celles qui sont perçues dans des bureaux parisiens où l'on continue de croire naïvement que la rationalité des abstractions numériques et des grandes moyennes "nationales" permettent de prendre des décisions plus éclairées que celles qui pourraient être prises par celles et ceux qui sont les premiers concernés.


 

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Chateauroux: travaux de réaménagement de la rue Jean-Jacques Rousseau.

Marine Le Pen était récemment en meeting à Chateauroux dans le Berry (Indre) tandis que Jean-Luc Mélenchon le sera le 29 mars 2017 au Havre en Normandie...

Depuis la ville moyenne "capitale" de l'une de ces périphéries rurales éloignées de l'archipel métropolitain branché sur la Mondialisation (Christophe Guilluy) qui se sentent abandonnées par le Centre parisien, (la "champagne" berrichonne et la forêt de Saint Laurent du Maroni sont des déserts médicaux) ou depuis la ville portuaire normande dotée d'un grand passé maritime et industriel mais qui s'inquiète de ne pas avoir d'avenir, le populisme se développe comme une saine réaction de défense d'un corps attaqué par la force universelle, mondiale par principe, de l'Argent qui refuse fondamentalement l'arbitrage de l'intérêt général par la Démocratie, c'est à dire, concrètement, par les souverainetés populaires nationales.

Si l'on est authentiquement démocrate, il faut plutôt se réjouir de ce réflexe de défense populiste qui réclame le retour du gouvernement face à la "gouvernance" c'est à dire, l'idée faussement naïve que l'on puisse dépasser la nécessaire adversité des idées, des visions du réel, des valeurs, que l'on puisse dépasser ou se débarasser aussi bien de la Gauche que de la Droite, pour établir le pouvoir du "cercle de la raison" (Alain Minc) sur le réel, les territoires et leurs populations, bien loin des passions politiques afin de gouverner raisonnablement et véritablement au calme dans l'entre soi avec des gens bien propres sur eux quitte à décider des pires horreurs !

Alors que nous fêtons aujourd'hui le 60ème anniversaire de la ratification, sous le plafond somptueux d'un palais romain, d'un document vierge (car le véritable texte du traité de Rome n'était pas encore passé par l'imprimerie à l'heure de la cérémonie officielle: tout un symbole !), acte fondateur du printemps 1957 qui devait faire de l'Europe le grand chantier d'élévation de la souveraineté populaire au delà des Nations pour refermer, définitivement, les portes de la Guerre et assurer la Paix et le Progrès perpétuels, en 2017, l'Europe dite de "Bruxelles" est devenue le premier club mondial des relations publiques où l'urgence du moment consiste à ne pas considérer le glyphosate comme un poison.

En conséquence, le retour du populisme est une bonne nouvelle, moyennant deux conditions:

1) Ne pas confondre la population avec le peuple qui n'existe pas en soi mais qui permet à la première de trouver, grâce au second, un sens collectif pour la vie de chaque individu.

2) Ne pas confondre le populisme de gauche avec le populisme de droite, sachant que le premier cherche d'abord à combattre les véritables causes de la souffrance collective qui sont à chercher dans la prise du pouvoir réel par le Parti de l'Argent (globalisation financière, pillage fiscal, pillage écologique, puissance des grandes multinationales) tandis que le second s'en prendra d'abord à d'autres victimes de la globalisation néo-libérale pour en faire des souffre douleurs ou des boucs émissaires de nos propres malheurs...

En France, à moins de 30 jours du premier tour des élections présidentielles 2017, l'alternative démocratique populiste c'est Jean-Luc Mélenchon à gauche et Marine Le Pen à droite.

Sauf que, sauf que...

Nous aimerions bien pouvoir les distinguer davantage, notamment avec le critère pour nous essentiel, de l'organisation de l'Etat sur le territoire car, comme nous l'avons dit plus haut, la tradition française jacobine de centralisation parisienne autoritaire, arbitraire et discrétionnaire renforce, de fait, la gouvernance et la captation de l'intérêt général par une Europe captive à Bruxelles car c'est le pouvoir central jacobin de Paris qui, pour avoir à ramper sur le chemin des servitudes financières des Traités européens, abandonne désormais une part de sa souveraineté et donc sa légitimité et ce doublement:

1) Car depuis 1789 en France un pouvoir qui n'est pas issu de près ou de loin de la souveraineté populaire nationale est illégitime.

2) Car une autorité qui perd sa capacité d'agir ne sert plus à rien.

Ce constat est dressé par Jean-Luc Mélenchon à gauche et par Nicolas Dupont-Aignan ou Marine Le Pen à droite.

Mais quand on cherche dans les programmes de la France Insoumise, de Debout la France ou de la France Bleue Marine des solutions alternatives qui nous éviterait d'avoir à "résoudre un problème avec le même niveau de pensée que celle qui l'a crééon s'aperçoit avec une certaine déception ou avec lucidité que nos trois solutions populistes proposent la continuation du problème jacobin avec une Madame LE PEN qui s'offre le luxe insolent de dire haut et fort ce que les deux autres disent moins clairement et plus bas entre deux lignes de leurs programmes:

RETOUR AUX COMMUNES ET AUX DEPARTEMENTS

RETOUR DE L'ETAT CENTRAL FINANCEUR ET ORGANISATEUR

SUPPRESSION DES CONSEILS REGIONAUX

Autant il paraît judicieux de rétablir la commune comme base d'une démocratie réelle et participative ou qu'il paraît urgent que l'Etat central retrouve ses capacités financières et d'organisation stratégique pour assurer la solidarité nationale avec les collectivités territoriales et la cohérence des services publics.

Autant il nous semble regrettable de supprimer les conseils régionaux sous prétexte de supprimer les lois MATPAM (2014) et  NOTRe (2015) (très mauvaises lois par ailleurs) comme on jetterait le bébé avec l'eau du bain en croyant lutter contre la métropolisation qui fracture nos territoires.

Ainsi on peine à trouver la cohérence entre l'affirmation du principe constitutionnel de libre administration des collectivités territoriales dans la République, d'une part, et la suppression autoritaire, jacobine, d'un niveau territorial dans nos collectivités, d'autre part.

La maladie mentale du Jacobinisme est certainement responsable de ce désastre conceptuel: les responsables politiques français qu'ils soient de gauche ou de droite, n'ont plus jamais été capables de prendre l'idée de région au sérieux depuis l'échec du référendum voulu par le Général de Gaulle en 1969 pour faire du Sénat, la chambre des régions de France ou depuis les lois de Décentralisation de 1982.

Et c'est grand dommage car la belle idée de région, à condition d'évoquer les vraies provinces derrière l'idée abstraite et sans saveur de "région", serait un formidable outil de RADICALISATION de notre démocratie, celle d'une révolution citoyenne... girondine !


L'idée de région malmenée dans les programmes "populistes":

  • A GAUCHE, la France insoumise (Jean-Luc Mélenchon): il est question de supprimer les lois MATPAM et NOTRe, d'en revenir à trois niveaux d'administrations (communes, départements, Etat central) tout en affirmant le principe de libre administration des collectivités dans la République. De fait, l'échelon régional est supprimé. A moins que cette question de l'organisation territoriale définitive de la France ne soit renvoyée aux décisions de la CONSTITUANTE d'une VIe République qu'il faut souhaiter plus démocratique et fédérale (donc girondine) que l'actuelle Ve République...

https://avenirencommun.fr/livret-ruralite-amenagement-territoire/

  • A DROITE, le Front National (Marine Le Pen): la mention "suppression des conseils régionaux" n'est plus aussi explicite. Mais le 6ème des 144 engagements présidentiels de Marine Le Pen pour redresser le pays dit ceci: " conserver trois niveaux d'administration au lieu de six actuellement. Commune, département et Etat. Cette réforme sera un gage de simplification, de proximité et d'économies".

https://www.marine2017.fr/wp-content/uploads/2017/02/projet-presidentiel-marine-le-pen.pdf

  • Debout la France (Nicolas Dupont-Aignan): il s'agit de supprimer le conseil régional pour en revenir aux années... 1960 lorsque les régions étaient des Circonscriptions d'Action Régionale:  les régions pourraient exister comme entités territoriales à condition d'être couvertes par la casquette du Préfet ! On lit ceci dans le projet de "NDA": "supprimer l'échelon régional, le mandat de conseiller régional et créer une conférence régionale regroupant sous l'autorité du préfet de région les présidents des conseils départementaux et les représentants de l'Etat dans chaque département qui aura pour mission de répartir les investissements dans les transports et les universités".

http://www.nda-2017.fr/themes/nda/file/projet-nda-20170324.pdf

        Et ailleurs? C'est à dire, chez les "grands" candidats consacrés par la médiasphère parisienne?

        C'est à peu près la même chose... Ils sont TOUS jacobins !

  • Faire battre le coeur de la France (Benoît Hamon, parti socialiste déjà en arrêt cardiaque? ): on trouvera à la page 25 un voeu mystérieux: "je stabiliserai notre organisation territoriale"...S'agit-il d'obtenir la réunification de la Bretagne? Et plus loin: "je proposerai qu'une feuille de route soit établie avant la fin 2017 entre l'Etat et les collectivités lors d'une conférence des territoires. Elle définira un cadre financier pour le quinquennat décliné chaque année par une loi de financement des collectivités"

https://www.benoithamon2017.fr/wp-content/uploads/2017/03/projet-web1.pdf

  • En marche (Emmanuel Macron, ni gauche, ni droite): à partir de la page 28, le candidat de la métropolisation propose la suppression de la taxe d'habitation, et la suppression des départements: "nous supprimerons au moins un quart des départements, là où ils peuvent être rapprochés des grandes métropoles". Voilà qui devrait remettre de l'animation démocratique sur nos territoires... avec les fourches de futures jacqueries. Quel mépris! Mais surtout: DANGER POUR LA NORMANDIE ! Car avec ce programme de suprématie métropolitaine, la Normandie serait démembrée et la Seine-Maritime et l'Eure seraient rattachées à la région parisienne !

https://storage.googleapis.com/en-marche-fr/COMMUNICATION/Programme-Emmanuel-Macron.pdf

  • François Fillon (LR et on ne sait pas qui d'autre...): la question de l'organisation territoriale est d'abord appréhendée par le prisme de la ruralité. C'est la France vue d'un manoir de la Sarthe. On trouvera les mesures qui concernent notre curiosité à partir de la page 51 avec, cette mesure de bon sens, il faut le dire: le plan local de ruralité en remplacement, si nécessaire, du plan local d'urbanisme. Cependant on ne pourra que s'inquiéter de l'injonction sybilline "simplifier les structures chargées de la mise en oeuvre des politiques publiques" (p.23) qui clot le chapitre: "réforme de l'Etat".

https://www.fillon2017.fr/wp-content/uploads/2017/03/PROJET_FRAN%C3%87OIS_FILLON_2017.pdf

Le 22 mars 2017, l'Association des Maires de France avait auditionné l'ensemble des candidats ou leurs représentants sur la question de l'organisation territoriale de notre belle république:

http://www.amf.asso.fr/document/index.asp?DOC_N_ID=24446&TYPE_ACTU=1


 Sur notre analyse du populisme comme sursaut démocratique que nous devons aux réflexions stimulantes de la philosophe belge Chantal MOUFFE, voir le lien suivant:

https://www.franceculture.fr/emissions/la-grande-table-2eme-partie/la-gauche-et-le-peuple

 La gauche et le peuple

 Défendant un "populisme de gauche", elle a vu grandir avec fierté Podemos, qu'elle a inspiré : la philosophe belge Chantal Mouffe, professeure à l'université de Westminster, publie "Construire un peuple", aux Editions du Cerf.

Construir pueblo

Icône alter, figure du post-marxisme, professeure au département de sciences politiques et des relations internationales à l'université de Westminster, Chantal Mouffe a conceptualisé le "populisme de gauche". Dans L'Illusion du consensus, écrit il y a 10 ans et traduit en français l'année dernière, elle remettait en cause la vision néolibérale d'une démocratie sans affect et sans heurt.

Proche des mouvements citoyens et des partis qui en sont nés, elle publie aujourd'hui Construire un peuple : pour une radicalisation de la démocratie, avec Iñigo Errejol, l'un des fondateurs de Podemos. "Leçon majeure de politique", "réflexion stratégique essentielle pour celles et ceux qui entendent bâtir un projet émancipateur", comme le dit le politologue Gaël Brustier en introduction : elle s'interroge sur la réinvention de la démocratie, si celle-ci passe par sa radicalisation. En quoi l'émergence d'une force politique comme Podemos change-t-elle la donne ? Comment ce mouvement s'est-il construit à partir d'un effort de théorisation hors norme ?

Si Podemos s'inspire de divers courants théoriques, l'une de ces principales références est justement l'un des premiers ouvrages de Chantal Mouffe, écrit avec le philosophe argentin Ernesto Laclau : Hégémonie et stratégie socialiste. Vers une politique démocratique radicale, paru en 2009, dans lequel elle pose le caractère non-donné des identités politiques, constamment en construction. Une vision anti-essentialiste de la politique donc, fondée sur la constitution d'identités collectives, idée-clé de la stratégie politique de Podemos et son objectif : construire un peuple.

"Le peuple en tant que catégorie politique n'existe pas, est toujours quelque chose de construit. Ce qui existe c'est la population"

"Il faut reconnaître qu'en France, les secteurs populaires ont été abandonnés par le Parti Socialiste"

"Ce qui est en jeu pour construire un peuple : donner une traduction politique à cette demande sociale"

"La politique de consensus au centre a conduit à une crise de la social-démocratie et à l'émergence des mouvements populistes"
Chantal Mouffe, La Grande Table