La preuve irréfutable que l'Etat central jacobin parisien a perdu toute puissance c'est qu'il faut enfreindre la loi de la République pour se faire entendre de lui.

C'est grave car c'est une invitation au pire qui pourrait, à terme, mettre en cause l'unité nationale de la République Française faute de prendre au sérieux, à Paris, l'idée régionale pour une démocratie plus authentique et plus respectueuse de l'intelligence, de la maturité et de la compétence ou de la responsabilité des sociétés civiles locales et régionales...

En octobre 2013, le mouvement régionaliste et social breton des "Bonnets Rouges" est lancé par des petits patrons mécontents de l'arrivée en Bretagne de l'intérêt général républicain, un tantinet égalitaire et aveugle à certaines réalités locales, de l'ECOTAXE qui devait faire payer la pollution du transport routier pour permettre de financer les modes de transports plus écologiques du ferroutage: on s'en souvient, pour garder leurs autoroutes gratuites, les Bonnets rouges bretons ont bloqué toute la Bretagne et détruit les portiques de la future écotaxe qui a été, finalement, supprimée au grand dam des autres territoires français qui comptaient sur les revenus de cette taxe écologique pour financer leurs besoins en infrastructures, à commencer par la Normandie.

http://bonnetsrougesbzh.eu/

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Bonnets-rouges

Mais la mobilisation du mouvement des Bonnets rouges et ses méthodes objectivement illégales d'action (blocages, violences diverses et destructions de biens publics) arrivent à obtenir l'octroi de quelques 2 MILLIARDS d'euros pour la Bretagne de la part d'un gouvernement (par ailleurs travaillé par le lobby breton) dans le cadre d'un "plan d'avenir" d'une Bretagne en crise sur son modèle agro-productiviste couplé à des aides venues de l'Union européenne.

Le message des Bonnets Rouges breton est clair: pour se faire entendre de l'Etat central jacobin, il faut bloquer et casser, se mettre hors-la-loi pour obtenir un minimum de considération.

Ayant bien retenu la leçon, à l'été 2015, ce fut le tour des éleveurs laitiers normands de se mobiliser, au plus fort de la crise d'effondrement du prix du lait, pour obtenir l'oreille du ministre de l'Agriculture, Stéphane LeFoll avouant ne pas même avoir le téléphone portable du principal responsable de la crise en France, le milliardaire du lait Emmanuel Besnier.

Pendant près d'un mois tous les grands rond-points et échangeurs routiers de la  Normandie, et au-delà, de l'Ouest de la France furent bloqués par les tracteurs des agriculteurs en colère...

Là encore, les méthodes d'action dépassèrent largement le cadre légal: entrave à la liberté de circuler, blocage du périphérique de Caen, des ponts sur la Seine, dégradations des propriétés privées des entreprises responsables de la crise laitière (laiteries industrielles et supermarchés avec dépôts d'ordures et de fumier à leurs portes...)

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http://www.bfmtv.com/societe/eleveurs-caen-toujours-bloquee-barrages-leves-au-mont-saint-michel-902914.html

http://normandie.canalblog.com/archives/2016/08/21/34214489.html

Le résultat, là encore, fut politiquement positif: le ministre de l'Agriculture débloqua un fonds d'urgence pour sortir de la crise, trouva des marges de manoeuvre au niveau européen tandis que la justice se montra relativement clémente avec les syndicalistes agricoles qui ont mené certaines actions violentes ou illégales.

Et maintenant, c'est un territoire de la République française qui se mobilise tout entier au delà de la mer: la Guyane qui, reprenant en partie les mobilisations du "collectif contre la vie chère" qui avait échauffé précédemment la Guadeloupe, se lève contre les pesanteurs, l'inertie insouciante d'un état central parisien lointain pour ce territoire hérité de l'empire colonial et dont le souci, à Paris, ne se limite qu'à l'entretien de la très stratégique base spatiale de Kourou.

Face à ce mépris et au retard guyanais dans tous les domaines en raison de l'abandon chronique de ce territoire par le jacobinisme métropolitain, la méthode éprouvée du rapport de force et de l'action illégale au regard du cadre républicain est, à nouveau utilisée... avec succès !

Puisque le gouvernement de Bernard Cazeneuve trouve, dans l'urgence, à quelques jours des élections présidentielles, 1 MILLIARD d'euros pour un plan d'urgence pour la Guyane. Les grévistes guyanais se dirent alors qu'il fallait continuer le rapport de force afin d'obtenir davantage. On ne pourrait que leur donner raison quant à la poursuite maîtrisée au mieux d'un rapport de force de négociations car, dans l'outre mer, les populations disposent d'une arme atomique dont on n'ose pas encore trop se servir (à l'exception des Corses, Basques et certains Bretons) les populations de la "métropole" pour se faire entendre d'un Etat jacobin parisien aussi impuissant que méprisant: la revendication à l'autonomie, voire l'indépendance ! (Nouvelle Calédonie, Tahiti, Guyane, Martinique ou Guadeloupe autrefois...)

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http://www.lexpress.fr/actualite/societe/guyane-echec-des-negociations-les-grevistes-demandent-2-5-milliards-d-euros_1895110.html

Le collectif des 500 frères de la Guyane, contrairement aux apparences, est un mouvement civique d'auto-défense qui organise actuellement le blocage routier de la Guyane pour faire pression sur le gouvernement central parisien tout en tentant d'encadrer la colère populaire pour éviter le pire... Sauf, il y a quelques jours, où une tentative d'intrusion dans le bâtiment de la Préfecture à Cayenne s'est soldée par des affrontements avec la police. Un commissaire grièvement blessé est, depuis, à l'hôpital. En marque de courtoisie et d'apaisement, une délégation des 500 frères guyanais est allée saluer le fonctionnaire de police républicain sur son lit d'hôpital. Un geste salué par tous.

http://www.francetvinfo.fr/economie/crise-en-guyane/guyane-le-commissaire-blesse-a-recu-la-visite-du-collectif-des-500-freres_2137981.html

Michel Onfray connaît les réalités guyanaises et parle d'un pays malade qui souffre notamment de l'acculturation occidentale:

"La Guyane aux Guyanais"

http://michelonfray.com/interventions-hebdomadaires/la-guyane-aux-guyanais?autoplay=true

Cet état de fait nous oblige, en conséquence à reposer une question quelque peu taboue mais que nous avions déjà posée sur l'Etoile de Normandie:

Nous décrivons ici-même, à longueur de billets, une Normandie méprisée dans ses intérêts fondamentaux quand bien même les intérêts normands soient avant tout ceux de l'intérêt général de la France elle-même: on pensera au maintien de l'économie maritime française en France au lieu de la laisser filer à la hollandaise vers un port municipal belge.

Les Normands ont un énorme défaut:

C'est qu'ils se sentent avant tout français et n'ont aucune revendication territoriale ou banalement régionaliste (réclamer l'autonomie sinon l'indépendance) d'autant moins que la principale, sinon l'unique revendication du régionalisme normand depuis 1969, à savoir, le retour à l'unité normande, vient d'être satisfaite depuis le 1er janvier 2016.

En conséquence, les Normands ont l'énorme défaut d'être légalistes et républicains: être légitimement attachés au respect de la loi de la République, de ne pas vouloir tout casser ou tout bloquer, voire de poser des bombes pour se faire entendre du pouvoir parisien.

Mais, on a envie de se dire:

D'autres territoires de la République française entrent dans des logiques de rapport de force violents avec l'Etat central jacobin pour obtenir d'être enfin respectés de lui. Pourquoi ne pas faire la même chose en Normandie pour que notre région ne soit plus méprisée comme elle peut l'être depuis trop longtemps?

La question semble légitime au regard du passif de l'Etat central à l'égard de la Normandie et des Normands... A l'avenant:

1) Retard de près de trente ans dans les infrastructures publiques de transport, à commencer par le chemin de fer

2) Fuite de la matière grise normande vers la région parisienne selon un schéma quasi colonial avec la rétrogradation de l'ancienne seconde ville de France au niveau de banlieue industrialo-portuaire de la Capitale (on parle de Rouen bien sûr...)

3) Spécialisation fordienne de la Normandie dans l'industrie en général et l'industrie classée SEVESO en particulier pour faire de la Normandie utile de la vallée de la Seine ou du littoral un espace servant de la région parisienne

4) Tentatives sans cesse renouvelées depuis 1965 de mettre les enjeux normands ayant une dimension nationale sous la tutelle directe de la région parisienne dans le cadre de l'AXE SEINE avec, à terme, le démembrement de la Normandie transformée en banlieue élargie du Grand Paris étendu jusqu'à la mer

5) Fractures territoriales et sociales entre la Normandie urbaine littorale et séquanienne et les arrières-pays ruraux normands avec les conséquences électorales que l'on sait.

Ces marques de mépris du centralisme jacobin parisien pour la Normandie pourraient être symbolisées par l'absurde tonneau des Danaïdes de l'EPR de Flamanville engloutissant à lui tout seul les... 11 MILLIARDS nécessaires au GRAND PLAN D'INVESTISSEMENT que l'ensemble de la Normandie attend... en vain depuis des années !

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Alors faudra-t-il faire flotter nos léopards normands sur les ronds-points dans la fumée acre et noire des pneus brûlés? Bloquer les accès à Deauville le vendredi soir sur l'A 13 ? (ça déjà été fait par les Augerons de Lisieux qui avait dénoncé l'absence d'un échangeur direct entre l'autoroute de Paris et la route de Lisieux)

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http://www.huffingtonpost.fr/2014/05/10/reunification-normandie-rassemblement-manifestants-havr_n_5301972.html

La question doit être posée à juste titre car une mobilisation normande n'aurait pas pour but d'être régionaliste pour être régionaliste (chose absurde) mais elle aurait pour devoir de rappeler l'Etat central jacobin parisien à ses responsabilités les plus élémentaires...

Pour le dire encore plus clairement:

La mobilisation de la société civile de l'une des plus anciennes province de France ou de la seule vraie région de France métropolitaine sur la carte, qui fut actrice du retour à la Liberté et à la Souveraineté nationale et républicaine sur ses plages à partir du 14 juin 1944 (débarquement du Général de Gaulle à Courseulles sur mer avec Bayeux comme capitale constitutionnelle et institutionnelle de la France Libre jusqu'à la Libération de Paris en août 1944) et qui porte sur son sol l'un des grands enjeux d'intérêt national de notre pays (l'économie maritime et l'ouverture de la région parisienne sur le reste du Monde) aurait une certaine force sinon une grande légitimité:

Respecter la Normandie et expérimenter l'idée régionale en Normandie pour éviter la menace d'un éclatement de l'unité nationale française par la course au pire entre un Etat central jacobin parisien autoritaire méprisant mais impuissant et des colères régionales, sinon régionalistes irresponsables.

La Normandie est terre de France depuis 1204, elle en est même le "visage de majesté" pour reprendre une jolie formule attribuée au grand historien Michelet: le mépris de l'Etat central jacobin parisien pour ses territoires se verrait alors comme le nez au milieu de la figure si les Normands étaient contraints d'utiliser la voie d'ultime recours de la rébellion à l'instar d'un contrat social à faire respecter entre l'Etat et les citoyens-habitants dont il administre et organise le destin.

Rappelons, d'ailleurs, que cette idée de "contrat social" à faire respecter entre parties contractuantes et qui fut popularisée par Jean-Jacques Rousseau fut d'abord utilisée par les juristes normands du XVIIIe siècle invoquant la Charte aux Normands de 1315 comme traité constitutionnel liant la Normandie à l'Etat central français.

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http://www.persee.fr/doc/bec_0373-6237_1843_num_4_1_451702

https://ahrf.revues.org/12031

Si l'option constitutionnelle devait être ouverte après mai 2017 pour l'établissement d'une 6ème République comme le promet un certain candidat à l'élection présidentielle, il faudra alors se mobiliser pour faire entendre la voix puissante des arguments normands dans la plus noble des matières: celle de la politique, celle du droit public constitutionnel au nom  de l'intérêt général républicain, de la refondation de notre démocratie (plus girondine et plus authentiquement démocratique) et de l'indépendance nationale de la France.

Bref! La Normandie comme ultime recours pour sauver l'unité nationale de la France.